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Full text of "Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France ..."

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RECHERCHES 

SUR L'ORIGINE DE LA 

PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

ET DBS 

NOMS DE LIEUX HABITÉS 

EN FRANCK 

(PÉRIODE CELTIQUE ET PÉRIODE ROUAINE) 
H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE 



A.'s^ec la collaboi-ation de G. DOTTIN 



PARIS 

tllMiST THOBIN, ÉULTEUII 

DI L* SOtlËTft UKS tnJDES IIISTOKIQI'KS 



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PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 



NOMS DE LIEUX HABITES 



EN FRANCE 



OUVRAGES DE M. H. D'ARBOIS DE JUBAiNVILLE 



EN VENTE 

Chez THORIN, libraire-éditeur, 7, rue de Médicis, Paris. 

Histoire des ducs et des comtes de Champagne^ six tomes en sept volumes, 
in-8o (1859-1867). 52 50 

Ouvrage presque épuisé. 

Essai d'un catalogue sur la littérature épique de l'Irlande , précédé d'une 
étude sur les manuscrits de la langue irlandaise conservés dans les 
Iles-Bi'itanoiques et sur le Continent, in-8o, 1884. 12 » 

Inventaire sommaire des archives de la ville de Bar-sur-Seine , 1864 , 
in-4o. 5 » 

Résumé d*un cours de droit irlandais, professé au Collège de France pen- 
dant le premier semestre de Tannée 1887-1888 (Sources du droit celtique ; 
Date du Senchtjs Môa; Divisions du 6bnchus Môa, etc.), brochure 
in-8o. • ' 1 50 

Résumé d'un cours de droit irlandais, professé au Collège de France pen- 
dant le second semestre de Tannée 1887-1888 et pendant le premier 
semestre de' Tannée 1888-1889 (La saisie mobilière dans le Senchus M6r), 

brochure in-8''. 1 50 

« 

Les premierfjkabitants de l'Europe, d'aprôs les auteurs de Tantiquité et les 
recherches des linguistiques. Seconde édition, corrigée et considéra- 
blement augmentée par Tauteur, avec la collaboration de G. Dottin , 
secrélairc de la rédaction de la Revue celtique, 2 beaux volumes grand 
in -80 raisin. 

En vente : Tome l*', contenant : 1» Peuples étrangers à la race indo- 
européenne (habitants des cavernes, Ibères, Pélasges, Etrusques, Phé- 
niciens); 2» Indo-Européens, l'« partie (Scythes, Thraces, lUyriens, 
Ligures). — Prix de ce volume : 10 » 

N. B. — Le tome 12 paraîtra fin 1890. 

Catalogue d^ actes des comtes de Brienne, in*8<*, 1872. 3 50 

Cours de littérature celtique, t. I à IV. Prix de chaque vol. in-8*». 8 » 
Tome I»*" : Introduction à Vhistoire rfe la littérature celtique, 
ToMis II : Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique. 
ToMiss III el IV : Les Mabinogion^ suivis en appendice d'une traduc- 
tion et d'un commentaire des triades historiques et légendaires 
des Gallois et de divers autres documents, par J. Loth, profes- 
seur à la Faculté des lettres de Rennes, 2 vol. in-8*. 

Ouvrage couronné par T Académie française en 1890 (prix Langlois). 



TOULOUSE. — IHP. A. CHAUVIN R FILS, RUB DBS BALBlfQUBS , tS. 



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RECHERCHES 

SUR L'ORIGINE DE LA 

PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

KT DES 

NOMS DE LIEUX HABITÉS 
EN FRANCK 

(PÉRIODE CELTIQUE ET PÉRIODE ROHAINB) 

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Hf'D;iPOIS DE JUBAINVILLE , 185-7 - 19 10, 
Avec la coUabor-ation de G; DOTTIN \S(c?) — 



PARIS 

EKNEST THORIK, ÊUITEUH 

I.IHRAiHI! DUS ÉCOLES rHANÇAlBIiB d'aTUÈKEK ET 
OU coulai DE TEikECB ET DE l'ECOLE EOHEELi EOTl 
M U HOaiTt DES ETCDES B[STOELODES 



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ASTOH, LENOX AND 

TLLDEN FOUNDATION S 

R 1926 L 



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 LA MÉMOIRE DE 



Jules QUICHERAT 



A Monsieur Eugène de ROZIÈRE 



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PRÉFACE 



Le travail qui suit se divise en deux parties. L'une 
traite spécialement de Torigine de la propriété foncière 
en France, c'est le premier livre; l'autre a pour' ob- 
jet de montrer qu'en France un grand nombre de 
noms de lieux habités sont dérivés d'un nom de pro- 
priétaire , c'est le second livre. 



I 



Il y a deux manières de chercher d'où vient la pro- 
priété foncière : l'une est d'examiner comment ce 
grand fait contemporain se peut justifier par la mo- 
rale ou par le droit naturel , voire même par l'intérêt 
économique et politique des sociétés ; l'autre est 
d'étudier quels sont les faits antérieurs et successifs 
par lesquels ce fait moderne a été engendré. Cette 
seconde manière a été la nôtre. 

Nous n'entendons, en aucune façon, contester le 

mérite de la première. Nous ne chercherons pas à 

vérifier si les philosophes, les orateurs, les élégants 

écrivains, qui' exposent quelle est suivant eux 

la base rationnelle du droit de propriété foncière , 

n'attribuent pas quelquefois un caractère absolu et 

immuable à des doctrines qui sont le résultat de faits 

politiques et sociaux transitoires ; nous ne discuterons 

I 



II PRÉFACE. 

pas la question de savoir si leurs doctrines ne sont 
pas la formule ou la négation d'un certain degré de 
civilisation, qu'un autre a précédé et qu'un autre 
suivra; nous ne demanderons pas si eux-mêmes, 
en donnant ou refusant un fondement moral au fait 
de la propriété foncière moderne , n'ont pas été sou- 
vent guidés par des idées préconçues et si ces idées 
ne sont pas le résultat de l'éducation , s'ils ne les 
doivent pas à l'influence du milieu déterminé où ils 
ont vécu. 

Leur méthode, qu'on peut appeler philosophique 
et oratoire , est celle que préfèrent le plus grand nom- 
bre des esprits; elle a été suivie, dans un cours 
de philosophie du droit, par un des maîtres les 
plus éminents et les plus goûtés qui se soit assis 
dans une chaire française en notre siècle. Dans une 
de ses leçons, donnée le 29 mai 1849, mais restée 
inédite jusqu'en 1888, le spirituel et disert profes- 
seur met en présence deux formules qui sont la néga- 
tion l'une de Tautre : la première est de Bentham, 
la seconde de Ballanche. Voici celle de Bentham : 
« La propriété et la loi sont nées ensemble et mour- 
» ront ensemble. Avant les lois , point de propriété. 
» Otez les lois, toute propriété cesse. » Ballanche ré- 
pond : « La propriété est une institution divine. Les 
» déclamations du dernier siècle contre le tien et le 
» mien ne peuvent soutenir le regard de la raison , 
» malgré le secours que l'éloquence de Rousseau a 
» daigné leur prêter. L'homme fait le sol, la terre 
» c'est lui (1). » La thèse de Ballanche est celle qu'a 
défendue Edouard Laboulaye. 

(1) Trente ans d'enseignement au Collège de France^ 1849-1882. — Cours 
inédits de M. Edouard Laboulaye, publiés par tes fils, avec le concours de 



PRÉFACE. III 

Le but qu'on se "propose ici n'est pas de résoudre la 
question de savoir qui de Bentham ou de Ballanche 
a raison : il est de chercher à discerner comment , à 
l'origine de l'histoire, la notion de la propriété immo- 
bilière était conçue dans la région qui est aujourd'hui 
la France. 

Dès la période de l'unité indo-européenne, les Indo- 
européens ont eu l'idée de la propriété mobilière et 
du vol qui en est la négation. La propriété mobilière 
— de la famille , plutôt que de l'individu comme au- 
jourd'hui — était alors une des bases de l'organisa- 
tion sociale ; les travaux des linguistes et les recher- 
ches des historiens du droit l'établissent; mais il 
n'est pas prouvé que les premiers Indo-européens 
connussent la propriété foncière, telle du moins 
qu'on la conçoit ordinairement de nos jours en 
France. 

On peut distinguer deux sortes de propriété fon- 
cière : 1** la propriété individuelle ou la propriété fa- 
miliale dont dérive la propriété individuelle qui , au- 
jourd'hui , en France , détient presque tout le sol ; 
2' la propriété qui appartient à un groupe différent 
de la famille et plus vaste ; cette seconde espèce de 
propriété foncière existe encore de nos jours par 
exception en France sous forme 1** de propriété d'État, 
2' de propriété appartenant à une personne morale 
inférieure, de propriété communale par exemple. 

La propriété communale peut être l'objet de modes 
de jouissance très variés : un chemin qui appartient 
à une commune est afifecté à la jouissance publique, 
sans distinction entre les habitants de la commune 

M. Marcel Pournier, et avec une préface par M. R. Dareste, membre de 
rinstitut, p. 133, 159. 



IV PRÉFACE. 

et les étrangers; les uns et les autres ont également 
le droit de passer dans le chemin communal. Une 
pâture communale est affectée à la jouissance com- 
mune des habitants , avec exclusion des étrangers ; 
tous les habitants de la commune y font paître leurs 
bestiaux, les étrangers n'ont pas le droit d'y envoyer 
les leurs. Enfin une terre communale peut être 
partagée entre tous les habitants de la commune qui 
ont chacun la jouissance temporaire , viagère quel- 
quefois, d'un lot à l'exclusion des autres habitants 
de la même commune ainsi que des étrangers ; ils 
exploitent chacun séparément leur part sans préju- 
dice du droit collectif de propriété appartenant à la 
commune , et ce droit de la commune est représenté 
par une légère redevance annuelle. 

Il n'est pas ici question d'examiner si ce dernier 
mode d'exploitation de la terre est ou n'est pas en 
contradiction avec ce que Ballanche appelait « l'insti- 
tution divine, » mais ce mode d'exploitation , aujour- 
d'hui rare en France , présente une grande analogie 
avec le procédé généralement usité dans la Gaule 
barbare au moment où César en fit la conquête. Rem- 
plaçons la commune, propriétaire, par le peuple; 
au lieu des habitants de la commune qui jouissent 
chacun précairement d'un lot de la terre communale 
mettons les membres de l'aristocratie gauloise, et 
nous aurons une idée approximative de la condition 
de la terre dans la Gaule barbare quand elle perdit 
son indépendance au milieu du premier siècle avant 
notre ère. Vager publicus romain , sans être ex- 
ploité exactement aux mêmes conditions que la terre 
communale française offre avec elle beaucoup de 
ressemblance, il peut aussi être comparé à Vager 



PRÉFACE. V 

gaulois, et la comparaison serait également justifiée. 
Nous avons déjà soutenu cette doctrine dans plu- 
sieurs mémoires ; elle est en contradiction avec l'opi- 
nion d'un des hommes qui aujourd'hui, par leur talent 
et par leur caractère, honorent le plus la science 
et le professorat français. On trouvera , à la fin de 
cette préface, une réponse à plusieurs de ses critiques : 
cette réponse, destinée d'abord à une revue, sera 
plus à sa place ici ; quant aux autres points sur les- 
quels notre savant confrère a contesté nos conclu- 
sions, on les verra discutés plus loin. 



II 



La seconde partie du présent ouvrage est une étude 
étymologique sur une partie des noms les plus an- 
ciens de lieux habités qu'on trouve en France. Par 
les plus anciens , nous entendons ceux de ces noms 
qui remontent à une date antérieure à la conquête 
franque. Nous disons lieux habités , parce que les 
noms de coufâ d'eau et de montagnes restent en de- 
hors de notre travail. Les noms de cours d'eau et de 
montagnes, qui remontent à l'antiquité, appartiennent 
pour la plupart à une ou plusieurs langues antérieu- 
res à la conquête celtique et sont inexplicables pour 
nous ; tandis que les noms des lieux habités sont 
souvent faciles à comprendre , quand les lois de la 
phonétique et les siècles n'en ont pas trop modifié les 
formes primitives et les organes. 

L'étude des noms de lieux habités se rattache aux 
recherches sur l'origine de la propriété foncière par 
une doctrine qui est fondamentale en fait de topo- 
nymie française : les noms anciens de lieux habités 



VI PRÉFACE. 

sont pour la plupart tirés du nom porté par un pro- 
priétaire antique : il s'agit du premier propriétaire de 
bâtiments qui à la fois servaient à son habitation et 
étaient le centre d'une exploitation agricole dirigée 
par lui ou faite en tout cas par ses gens. 

Pour la période franque , cette doctrine est d'une 
complète évidence : des diplômes nombreux nous 
donnent les formes géographiques de cette période ; 
les noms d'hommes francs sont bien connus , grâce 
aux diplômes, aux chroniques et à divers autres docu- 
ments ; en mettant à profit ces textes on peut, sans de 
trop longues recherches, parvenir à reconnaître dans 
nos cartes de géographie les noms d'une quantité 
considérable de villa£y de viHaria, de contes j fondées 
par les Francs, vainqueurs et conquérants, les noms 
d'une foule de valles , de montes où ces dominateurs 
barbares ont construit leurs demeures. Us s'établis- 
saient tantôt à côté des villae gallo-romaines détruites 
par les invasions précédentes , tantôt même sur les 
ruines déjà vieilles et innommées de ces mllae anti- 
ques, tantôt peut-être près d'autres mllae gallo-ro- 
maines encore debout et habitées par les descendants 
des anciens propriétaires, mais que réduisit à un 
territoire moins vaste le voisinage d'une nouvelle 
exploitation imposée par la conquête. La terre , dans 
la Gaule dépeuplée, avait probablement si peu de va- 
leur, était si souvent sans emploi , que le vaincu n'a 
guère souffert de cette spoliation. 

Voici quelques exemples de ces fondations fran- 
ques. 

Dans le département de Meurthe-et-Moselle : Gon- 
dreville est une ancienne Gandulfi-mlla. Voilà son 
nom au huitième et au neuvième siècle; or, Gundul- 



PREFACE. vil 

fus est un nom d'homme franc déjà assez répandu au 
sixième siècle pour avoir été alors adopté , à l'exemple 
des vainqueurs, dans une famille sénatoriale gallo-ro- 
maine : on le voit par un duc Gundulfus, grand oncle 
maternel de Tévèque historien Grégoire de Tours (1). 

Une charte en faveur de l'abbaye de Saint-Denis , 
en 766, est datée d'une localité appelée Ansoaldo-viln 
lare (2). On trouve un exemple du nom d'homme 
Ansoaldus dans V Histoire des Francs de Grégoire de 
Tours. Il s'agit d'un grand seigneur de la cour ; c'est, 
pour employer la langue du temps , un des proceres 
du roi Chilpéric I", en 576 et les années suivantes (3), 
Plusieurs autres personnages du nom d' Ansoaldus se 
rencontrent dans divers documents mérovingiens. 
Tel est, au milieu du septième siècle, à la fîn du règne 
de Dagobert P', un fonctionnaire royal qui protégeait 
l'église de Poitiers (4). Tels sont, un peu plus tard, 
sous Glovis III , un comte du palais en 691 (5) , un 
évêque en 693 ou en 694 (6). La bonne orthographe 
de ce nom serait Ansi-taldtts , il signifie « celui qui 
a la puissance des dieux dits Anses. » Ansoaldo-ml" 
lare paraît être aujourd'hui Ansauvilliers (Oise). Il y 
a longtemps que dans ce village personne ne pense 
plus ni aux Anses ni à d'autres divinités de l'antique 
panthéon germanique. 

En 693 ou en 694, Clovis III ordonne, par un juge- 
ment, la restitution d'une propriété foncière appelée 



(1) Historié Francorum ^ 1. VI, c. ii, édition Arndt, p. 255, 1. 35; p. 250, 
1. 1-3. 

(2) Tardif, Monuments historiques, p. i9. 

(3) Grégoire de Tours, Historia Franco rum^ V, 3, édition Arndt, p. 105, 1. 2» 
(A) Gesta Dagoberii, c. 44 ; édit. Krusch, p. 421. 

(5) Tardif, Monuments historiques, p. 691, col. 1. 

(6) /6id., p. 26, col, 2. 



VIII PREFACE. 

Baddane^urtis (1). Baddane est le génitif féminin de 
Baddo. Baddo est le nom d'un envoyé de Frédégonde 
qui , en 587, fut accusé d'avoir tenté de faire assas- 
siner le roi Gontran (2). Un diplôme royal de Tannée 
625 mentionne un autre Baddo , père de Dodo , abbé 
de Saint-Denis (3). Baddane-'Curtis paratt être au- 
jourd'hui Bethencourt (Oise). 

Bougival (Seine-et-Oise) est appelé BaudechisHo-- 
vallis dans une charte de Tannée 697. Baude-chisilo- 
est le thème du nom d'un grand personnage franc de 
la fin du sixième siècle ; pour ce nom, il y a plusieurs 
orthographes : Bate-chisilus (4) , Baude-gysilus (5) , 
Bade-gysilus (6) , Badi-gysilus (7) : le personnage , 
d'abord maire du palais , 581 , devint , vers 584 , 
quoique marié, évêque du Mans. Un certain Baude- 
gisilus, simple diacre, avait été envoyé par le roi 
Chilpéric, en 577, porter sur le tombeau de saint 
Martin , à Tours , une lettre avec demande d'une ré- 
ponse que naturellement saint Martin ne donna pas ; 
il est peut-être le même que celui qui fut élevé à la 
dignité de maire du palais, puis à Tépiscopat. Le fon- 
dateur de Bougival avait, comme le diacre, le même 
nom que le maire-évêque. Ce nom ne doit pas avoir 
été rare à l'époque méroVingienhe : Grégoire de Tours 
cite deux autres Baudegisilus , tous deux gens 



(1) Lcpagc, Dictionnaire topographique du département de la Meurthe ^ 

p. 149. 

(2) Historia Francorum, VIII, 44 ; IX, 13, édit. Arndt. p. 356, 1. 11; p. 369, 

1. 13. 

(3) Tardif, Monuments historiques^ p. 4, col. 2. 

(4) Historia Francorum, VI, 9; édit. Arndt, p. 255, 1. 3. 

(5) Ibid,, VII, 15; édit. Arndt, p. 300, 1. 9. 

(6) Ibid., VIII, 39; édit. Arndt, p. 352, 1. 1. 

(7) Ibid., X, 5, édit. Arndt, p. 413, 1. 20. 

(8) Ibid,, X, 5 ; édit. Arndt, p. 205, 1. 1-7. 



PRÉFACE. IX 

obscurs, l'un d'Anjou (1), l'autre de Nantes (2). 

Le nom de Vaudéraont (Meurthe-et-Moselle) , ap- 
parrftt pour la première fois au douzième siècle , où 
on le trouve écrit Vadoni-mons; mais ce nom de 
lieu est beaucoup plus ancien. Son premier terme est 
un nom hypocoristique franc. Un certain Waddo a 
été, au sixième siècle, maire du palais de Rigunthe, 
fille de Chilpéric P', roi des Francs, et femme de Ré- 
carôde, roi des Wisigoths; il avait été comte de 
Saintes (3). On doit croire que le nom de Vaudémont 
remonte aux premiers siècles de la période franque ; 
s'il datait du neuvième siècle, par exemple, l'ordre 
des termes serait différent et on aurait dit Morts Wor 
doniSy comme on a dit Monasterium Adremari pour 
désigner l'abbaye dite plus tard de Montiéramey, qui 
a été fondée en 837 par le prêtre Adrémare. 

Ce ne sont pas les Francs , ce sont les Gallo-Ro- 
mains qui ont donné ces noms aux villae fondées par 
les conquérants. Les Francs auraient employé comme 
second terme des mots germaniques : ils auraient dit 
au lieu de mlla et de mllare^ heim; au lieu de cortiSj 
hof; au lieu de mons^ berg ; au lieu de vallis, thaï; 
je donne ces mots sous la forme allemande moderne, 
sans chercher à restituer la forme franque de l'épo- 
que mérovingienne. Les seconds termes latins : mUa, 
mllare, cortis, valliSy monsy attestent que nous som- 
mes en présence d'une idée gallo-romaine identique 
à l'idée germanique ; cette idée est que la manière la 
plus commode de désigner une maison nouvellement 



(1) De virtutibus sancti Martini, IV, 14 ; édit. Krusch, p. 653, 1. 6. 

(2) Ibid,, IV, 27 ; édit. Krusch, p. 656, 1. 14. 

(3) Grégoire de Tours, Historia Francorurrit 1. VI, c. 45, édit. Arndt, 
p. 285, I. 18, 19. 



X PRÉFACE. 

bâtie est de lui donner le nom de son propriétaire. 

Pour atteindre ce but , il y avait deux principaux 
procédés; outre le procédé de la composition, celui 
de la dérivation. C*est le procédé de la dérivation qui, 
sous la domination romaine, a été ordinairement pré- 
féré, exemple JaliaciiSj de Julius. Ce procédé était 
plus conforme au génie de la langue latine; mais 
sous la domination romaine on a aussi fait usage de 
la composition. Ce serait une erreur de croire que la 
conquête germanique, en introduisant en Gaule des 
noms de lieu composés dont le premier terme est un 
nom de propriétaire germain, ait importé dans notre 
patrie un procédé nouveau : ce procédé était usité 
antérieurement comme le prouvent les noms com- 
posés suivants qui désignent des localités de la Gaule 
dans des documents du temps de l'empire romain : 

Claudio-magus , « champ de Claudius , » aujour-* 
d'hui Clion, Indre (1). 

Nerich-magus , « champ de Nérius , » Neris (Al- 
lier) (2). 

Arganto-magus y « champ d'Argantos, » Argen- 
ton-sur-Creuse (Indre) (3). 

Caranto-maguSj « champ de Carantos, » Cran ton, 
commune de Campolibat (Aveyron) (4). 



(1) Sulpice Sévère, DiaL, 2, 8. Cet auteur écrivait au commencement du 
cinquième siècle. J. Quichcrat, De la formation, p. 50, traduit Claxidiomagus 
par Cloue (Vienne), ce qui est phonétiquement inadmissible. M. Longnon, 
Atlas historique, p. 27, préfère Clion. 

(2) Vicani Neriomagienses, inscription romaine; E. Desjardins, Géogra- 
phie de la Gaule d'après la Table de Peutînger, p. 299. Sur le gentilice 
Norius, voir ci-dessous, p. 155. 

(3) Table de Peutingery chez E. Desjardins, ibid,, p. 272. Arganto est le thème 
gaulois du nom d'homme écrit Argant dans te Cartulaire de Redon , p. 83. 

(4) Table de Peutinger, chez E. Desjardins, ibid,, p. 312; cf. Longnon, 
Atlas historique^ p. 26. Sur le nom pérégrin Carantos, voir ci-dessous, 
p. 109. 



PREFACE. XI 

Germanico-maguSy « champ de Germanicus, » 
Sainte- Sévère (Charente) (1). 

Ic[c]io-magus^ «champ d'Iccius,» Usson (Loire) (2). 

Marco-magus , « champ de Marcus , » Marmagen 
(Prusse Rhénane) (3). 

Eburo-duntimj « Forteresse d'Eburos, » Yverdun 
(Suisse) (4). 

Velatw-durum j « forteresse de * Velatus ou Ve- 
ladus, » Velleret-les-Belvoir (Doubs) (5). 

Vitu-durum , « forteresse de Vitus, » Winterthûr 
(Suisse) (6). 

Eburo-briga , « château d'Eburos » (7) , A vrolies 
(Yonne) (8). 

De ces noms composés, dont le premier terme est 
un nom d^homme propriétaire, on ne peut séparer 
celui de Caturigo-magus (9) , « champ des Caturi- 
ges , » où le nom de propriétaire qui a fourni le pre- 
mier terme est un nom de peuple; c'est aujourd'hui 
Chorges (Hautes- Alpes) (10). 

A ces exemples antiques on peut ajouter ceux que 



(1) Table de Peutinger^ choz E. Desjardins, ibid,, p. 274; cf. Longnon, 
Atlas historique t p. 28. 

(2) Table de Peutinger, chez E. Desjardins , ibid.^ p. 302; cf. Longnon, 
Atlas historique, p. 29. Sur le gontilice Iccius^ voir ci-dessous, p. 148. 

(3) Table de Peutinger^ chez E. Desjardins, ibid.y p. 110; cf. Longnon , 
Allas historique^ p. 29. Sur le cognomen romain Marcus, voy. Do-Vit, Ono- 
masticon, t. IV. p. .340. 

(4) Table de Pcuiinger, chez E. Desjardins, ibid.^ p. 234. Sur le nom pé- 
régrin Eburus^ voir ci-dessous, p. 108. 

(5) Velatudoro dans Vilinéraire d'Anloinn^ p. 349, 1. 1 ; cf. Longnon, Allas 
historique, p. 32. Le nom pérégrin Veladus est conservé par une inscription 
de Nimes (C. /. L., XII, 3984). 

(6) Itinéraire d'Antonin, p. 251, 1. 5. Le nom pérégrin Vitus est attesté 
par une marque de potier trouvée à Vienne (Isère) (C. /. L., XII, 5686, 942). 

(7) Itinéraire d'Antonin, p. 361, 1. 2. 

(8) Longnon, Atlas historique, p. 28. 

(9) Table de Peulinger, chez E. Desjardins, i6id., p. 22. 

(10) Longnon, Atlas historique, p. 27. 



xn PREFACE. 

donnent les documents du moyen Age; tels sont : 

Turno-magus y « champ de Turnus (1), » aujour- 
d'hui Tournon-Saint-Pierre (Indre-et-Loire) (2). 

Ic[c]ÙMiurum (3), « champ d'Iccius , » Izeures 
(Indre-et-Loire) (4) , et Issoire (Puy-de-Dôme) (5). 

Albio-duram (6), « forteresse d'AIbius, » Augers, 
(Seine-et-Marne) (7). 

Turno-durum (8), « forteresse de Turnus, » Ton- 
nerre (Yonne). 

Arto-dunum (9) , « forteresse d'Artos ou Ar- 
tus (10), » Arthun (Loire). 

Curtio-dunum (11), «forteresse de Curtius,» 
Ck)urson (Yonne) (12). 



(I) VicuB Tornomagensis, chez Grégoire de Tours, HisLFrancorum,!. X, 
c. zxxi, éd. Amdt, p. 444, 1. 4. Sur le cognomen Turnus, voir ci-dessous, 
p. 170. 

(?) Longnon, La Gaule au sixième siècle, p. 294. 

(3) !• îciodoro, Grégoire de Tours, Hisloria Francorurrii 1. X, c. xxxi, 
édition Arndt, p. 431, 1. 20; pagus Isiodorensis, ibid.^ 1. VI, c. xn, p. 257, 
1. 10 ; vicus Iciodorensis , dans le Gloria Martyrum . c. LViii, éd. Krusch , 
p. 528, 1. 10. — 2* Iciodorensis Vicus dans le Gloria confessorum, c. xxix, 
éd. Krusch, p. 766, 1. 4-5. 

(4) Longnon, La Gaule au sixième siècle^ p. 273-274. 

(5) Ibid,, p. 499-500. 

(6) Albioderum^ chez Frédégaire, 1. IV c. Lxxxni, éd. Krusch, p. 163, 1. 18; 
comparez la vallis Albi-drum au comté de Rioz (Basses- Alpes), dans une 
charte do la fin du dixième siècle ; Bruel , Recueil des chaires de Cluny, 
t. III, p. 81. 

(7) Longnon, Atlas historique^ p. 163. 

(8) In Tornoderensi pago^ Grégoire de Tours, Gloria confessorum, c. 85; 
éd. Krusch , p. 803 , 1. 5 ; avec un e (mauvaise notation) à la première syl- 
labe : Ternoderensem castrum dans Historia Francorum, 1. V, c. 5, édit. 
Amdt, p. 196, 1. 25; et Ternoderensis caslri dans Gloria confessorum^ c. 11, 
éd. Krusch, p. 754, 1. 26 : cf. Quantin, Dict, top, de l'Yonne, p. 129. 

(9) In villa que Artidunus dicitur, 943; Bruel, Recueil des chartes de 
Cluny^ t. I, p. 598; in villa Arteuno, 981; ibid,^ t. II, p. 623; Artadunum^ 
994; ibid.f t. III, p. 386; Artedunus villa, vers 1080, Aug. Bernard, Cari, de 
Savigny, 1. 1, p. 414. 

(10) Sur ce nom d'homme, voir livre II, chap. m, g 3, au mot Ariia. 

(II) Curcedonus, Règlement de Saint- Aulaire , sixième siècle, cité par 
Quantin, Dict, top, de l'Yonne, p. 41. 

(12) Longnon, Atlas historique, p. 176. 



PRÉFACE. XIII 

Liber[o]-dunum (1), « forteresse de Liber (2), » 
liverdun (Meurthe-et-Moselle) . 

Donno-briga (3), « château de Donnos (4); » Deneu- 
vre (Meurthe-et-Moselle), et Chatel-Deneuvre (Allier). 

Vindo-briga y « château de Vindos (5) , » aujour- 
d'hui Vendeuvre (Vienne) (6), Vandoeuvre (Meurthe- 
et-Moselle) (7), Vendeuvre-sur-Barse, (Aube), Ven- 
deuvre (Calvados) (8). 

Entre ces formations antiques et celles de la pé- 
riode firanque , il n'y a qu'une différence : elle con- 
siste dans la langue à laquelle les termes appartien- 
nent. Dans les formations de la période franque le 
premier terme des noms de lieu est germanique, 
tandis que dans les formations antérieures le premier 
terme est gaulois, comme Argantos, Artos, Carantos, 
Donnos, Eburos, Vindos, qui sont des noms gaulois 
d'hommes, ou il est romain comme Glaudius, Albius, 



(!) Liber-dunum, en 894; Lepage, Dict. top. de la, Meurthe, p. 79. 

P) C. /. L., XII/2916; 5686, 480. 

(3J Ecclesia Donobrii, 1120; castrum quod dicitur Donobrium, 1127; Le- 
page, Dict. top. de la Meurthe, p. 40. — In fundis Donobrens^ 950; vicaria 
Donobrena, 954; vicaria Donobrensia, 966; chez Bruel, Recueil des chartes 
de Cluny, t. I, p. 736, 825; t. II, p. 286; cf. Longnon, Atlas, p. 143, 147. 

(4) Sur ce nom pérégrin, voyez De- Vit, Onomasticon, t. II, p. 663. 

(5) Sur le nom d'homme Vindos, voir Rhys, Lectures, 1" éd., p. 171. 

(6) Terra Sancti Petn VindobHae, 973-974; Curtis VindobHa, 988-1020; 
Vindovria, vers l'an 1000 ; Redet. Dict. top, de la Vienne, p. 431. Il a existé 
une villa de même nom dans la Côte d'Or ; de là vient la Finis Vendo- 
brensis de la Chronique de Bèze ; Gamier, Nomenclature, p. 55, n* 239 ; cf. 
p. 41, n- 175. 

(7) Pour cette localité, nous n'avons que l'orthographe prétendue savante 
Vindopcra (971) ; Vendopera, même siècle ; Lepage, Dict. top, de la Meur- 
the, p. 148. On trouve aussi villa Vindopere en 938, pour Vendeuvre (Vienne). 
Redet, Dict. top. de la Vienne, p. 431. 

(8) Les Bretons, venus de Grande Bretagne sur le continent, au cinquième 
siècle, apportèrent le même procédé de formation, mais l'âge relativement 
moderne de leur langue leur imposa l'ordre inverse des composés : Plu- 
maugat et Ploufragan (Côtes-du-Nord) ; Ploermel et Pleucadec (Morbihan) 
sont d'anciens Plebs Maelcat, Plebs Fracan, Plebs Arthmael, Plebs Catoc ; 
Maeicat, Fracan, Arthmael, Catoc sout des noms d'hommes. 



XIV PRÉFACE. 

Curtius qui sont des gentilices romains, comme Ger- 
manicus , Liber et Marcus qui sont des cognomina 
romains. 

La même différence entre le procédé antique et 
le procédé de la période franque se remarque pour 
le second terme des noms de lieux : dans les for- 
mations de la période franque, le second terme, 
mlUiy villarey cortiSj mons^ vallis est latin, tandis que 
dans les formations antérieures il est gaulois. Les 
noms communs gaulois magus « champ, » dunum 
et durum « forteresse , » briga « château » étaient 
encore usités comme mots indépendants et en dehors 
de la composition, quand ont été formés, tant à l'épo- 
que de l'indépendance celtique que sous l'Empire ro- 
main, les noms propres de lieux dont ces noms com- 
muns sont le second terme. 

Alors les habitants de la plus grande partie de la 
Gaule parlaient gaulois. Ils parlaient gaulois , quand 
ils étaient libres et que César les subjugua; ils ont 
continué à parler gaulois pendant les premiers temps 
de l'Empire romain , et alors ils ont créé des compo- 
sés hybrides comme Claudio-maguSj Marco-magaSj 
Germanico-magus j Albio-dururriy Curtio-dunum , 
Libero-dunanij dont le premier terme est latin quoi- 
que le second soit gaulois. Mais quand, au cinquième 
siècle, la domination franque se superposa aux ruines 
de l'Empire romain, les habitants de la Gaule ne 
parlaient plus gaulois , leur lajigue était le latin ; ce 
fut au latin qu'ils empruntèrent le second terme des 
noms de lieu composés qui sont encore , dans notre 
nomenclature géographique , les monuments de la 
grande révolution politique accomplie à cette date. 
Dans le second terme des formations nouvelles, 



PRÉFACE. XV 

pendant la période franque, les mots latins villa y 
cortiSj morts f vallis supplantèrent les mots gaulois 
mcxgus , dunum , durum , briga , en même temps 
qu'au premier terme les noms francs, comme Gun- 
dulfus , Ansevaldus , Baddo , Baudechisilus , etc. , 
remplaçaient les gentilices romains Claudius, Albius, 
Curtîus, etc., les cognomina romains, Germanicus, 
liber, Marcus et autres. 



III 



Il n'y a donc pas à douter du rôle important que 
les noms d'hommes ont joué dans la formation des 
noms de lieux habités , et voilà comment il y a une 
liaison entre les deux livres dont cet ouvrage se 
compose , comment l'étymologie des noms de lieux 
offre un rapport intime avec les recherches sur l'ori- 
gine de la propriété foncière. 

Cependant le second livre , qui traite de l'étymo- 
logie des noms de lieu , n'a pas été engendré par le 
premier où est étudiée l'origine de la propriété fon- 
cière ; la paternité de ce second livre remonte à un 
petit ouvrage dont l'auteur, aujourd'hui défunt, 
n'avait guère attaché d'importance , à la relation 
entre l'étymologie des noms de lieu et l'origine de la 
propriété foncière : ce petit ouvrage est le traité De la 
formation française des anciens noms de lieu, par 
Jules Quicherat, courte brochure, qui a paru en 1867. 

Jules Quicherat, maître dont les élèves ne peuvent 
parler sans une noble fierté, était surtout remarqua- 
ble comme professeur d'archéologie ; autant il possé- 
dait à fond la matière de cet enseignement , autant il 
sentait vivement ce que cet enseignement pouvait 



XVI PREFACE. 

avoir d'incomplet et de défectueux. Aussi est-il mort 
sans avoir pu se décider à publier ce cours qui aurait 
été son chef-d'œuvre. Quand les circonstances l'ame- 
naient à étudier un sujet qu'il connaissait moins , il 
était plus facilement satisfait et il se décidait plus ra- 
pidement à publier ses travaux ; telle est la loi psycho- 
logique qui a fait mettre au jour le court traité De la 
formation française des anciens noms de lieu. Ce 
petit, volume, malgré d'inévitables lacunes et bien des 
défauts, porte à toutes les pages la vigoureuse em- 
preinte du puissant esprit auquel nous le devons. 

Beaucoup de gens penseront sans doute qu'en le 
recommençant je fais acte de grande témérité. Deux 
raisons m'ont déterminé cependant à publier le pré- 
sent ouvrage : il est sur un grand nombre de points 
beaucoup plus complet que celui de Jules Quicherat; 
d'autre part, il y a chez mon savant maître un cer- 
tain nombre de doctrines linguistiques qui à mes 
yeux sont arriérées. Ainsi il n'avait pas une notion 
très nette de la différence qui existe entre les com- 
posés et les dérivés ; il réunit, dans le chapitre II inti- 
tulé : accidents particuliers de la désinende (p. 27) , 
le suffixe --acus (p. 41) et les mots danum, magus 
(p. 48-51) , employés souvent comme second terme de 
composés. A ce chapitre II , dans lequel il comprend 
les noms de lieux formés à l'aide de ces deux mots , 
il oppose un chapitre III intitulé : des noms composés 
(p. 53) ; et les noms composés dont dunum et magus 
sont le second terme n'apparaissent pas dans ce cha- 
pitre. 

Je n'admets pas, comme Jules Quicherat, que pen- 
dant la période romaine on ait formé des noms de 
lieu avec un suffixe -iacus : le suffixe -iacus date de 



PRÉFACE. XYii 

la période mérovingienne. On peut être étonné de 
voir Jules Quicherat citer comme autorité , à Tappui 
de sa thèse (p. 34) , la légende de saint Domitien où 
il est dit que le nom de lieu Latiniacus vient de 
Latinus (1). Cette légende n'est pas antérieure au 
neuvième siècle, et elle s'appuie sur un document 
évidemment faux, puisqu'il est daté de l'an l"* de 
l'empereur Valentinien , contrairement à l'usage ro- 
main et suivant celui des chancelleries carlovin- 
giennes (2). 

Dès le sixième siècle on a dû former des noms de 
lieu en ajoutant -iacus à un nom d'homme. Autre- 
ment Grégoire de Tours n'aurait pas rattaché le nom 
de Martiniacas à celui de saint Martin (3) . L'usage 
du suffixe "iactis est attesté au milieu du septième 
siècle par le nom de Daccognaca ou Daccugnaca 
(pour Dacœniaca) villa y dans un diplôme de Clo- 
taire III (4) ; ce nom de lieu est dérivé du nom 
d'homme hypocoristique franc Dacco; un personnage 
de ce nom, fils de Dagaricus, fut mis à mort en 
578 (5). Un autre témoignage de l'époque mérovin- 
gienne est le nom de lieu écrit Childriciaecas , Chil- 
driciagas et Childriciaegas dans un diplôme de Chil- 
debert III en 709 (6) ; ce nom de lieu dérive du nom 
d'homme si connu Childericus , porté par trois rois 



(1) BoUand, juillet, t. I, p. 51, col. 2; p. 52, col. 1. 

[*2] c Data octavo calendarum julianim anno primo Valentiniani impera- 
toris. 9 (Bolland, juillet, t. I, p. 57, col. 1.) 

(3) c Oratorium situm in villa Martiniacensim, in quo célèbre ferebatur 

saepius orasse Martinum. v Gloria confeasorum, ch. viii, éd. Krusch, p. 753, 
1. 11 et 12. 

(4]t Tardif, Monuments hisU, p. 13, col. 2. 

(5) Grégoire de Tours, Historia Francoruniy 1. V, ch. xxv, éd. Amdt, 
p. 220, 1. 11. 

(6) Tardif, Monum, hist,^ p. 36. 

II 



^viii PREFACE. 

francs dont le premier était père de Clovis et vivait 
au cinquième siècle. Le nom de Childericus n'était 
pas en usage seulement dans la famille royale : Gré- 
goire de Tours parle d'un certain duc Childéric qui 
vivait à la fin du sixième siècle (1), 

Le nom de lieu Teodeberciaco j dans la légende 
d'une monnaie mérovingienne (2), aurait été écrit 
Theudebercthiacus par un scribe plus exact que les 
monnoyers, et ce nom dérive du nom d'homme 
Theudebercthus porté par deux rois francs, 534*548 
et 596-612. 

Ainsi , créer des noms de lieu en développant des 
noms d'homme à l'aide du suffixe -iacus est un pro- 
cédé de formation usité à l'époque mérovingienne. 
Les auteurs de l'époque carlovingienne le connais- 
saient, et ils l'ont formulé en en faisant une ap- 
plication inexacte et en prétendant en faire remonter 
l'usage au temps de l'empire romain : c'est ainsi que, 
suivant le biographe du roi Dagobert, le mot Catal-- 
liacus, nom primitif de Saint-Denis, près Paris, s'ex- 
plique par CatuUa, nom d'une matrone qui, au temps 
de Domitien, 81-96 de notre ère, aurait fait enterrer 
saint Denys et ses compagnons? (3). Catulliacus vient 
de Catullius et non de Catulla. 

Il y a donc certains points sur lequels je ne par- 
tage pas la manière de voir de Jules Quicherat, 
c'est ce qui m'a décidé à étudier de nouveau le sujet 
qu'il avait traité lui-même il y a un peu plus de vingt 
ans avec une si légitime autorité. Je ne crois point 



(1) Historia Fr&ncorum, Vn, 3; VHI, 18; X, 22, éd. Arndt, p. 29J, 1, 2; 
p. 337, 1. 10; p. 434,1.24. 

(2) A. de Barthélémy, Bibl, de VEc. des Chartes^ 6* série, 1. 1, p. 462, n* 634. 

(3) Krusch, Scriptorum rerum merovingicArum, t. H, p. 401, 1. 24-32. 



PREFACE. XIX 

en cela faire outrage à sa mémoire ; la vraie manière 
d'honorer un maître est de marcher sur ses traces 
et de chercher à faire faire des progrès nouveaux à 
la science que sa langue, glacée par la mort, ne peut 
plus professer. Le livre lui-même que je publie n'est 
ni complet ni parfait : je suis loin d'avoir épuisé le 
sujet; mon unique prétention est d'avoir tracé, à 
côté des sillons ouverts par Jules Quicherat, quel- 
ques sillons nouveaux dans un champ à peu près 
friche que d'autres achèveront de défricher après 
nous. 

Il y a plus de quarante ans que, sous la direction 
de Benjamin Guérard et assis à côté de mon excel- 
lent et malheureux camarade, Alfred Jacobs, j'ai 
commencé à étudier les textes géographiques du 
moyen âge mérovingien et carlovingien ; je con- 
sidère mon livre comme un testament par lequel 
je lègue à ceux qui auront la patience de me lire le 
dernier résultat de mes travaux. Ils y trouveront 
beaucoup à reprendre et à rectifier, notamment en ce 
qui concerne le rapport des noms de lieu du haut 
moyen âge avec les noms de lieu modernes au 
double point de vue de la linguistique et de la géogra- 
phie; il me semble déjà entendre résonner à mes 
oreilles une sorte de murmure précurseur et des 
critiques que m'adresseront mes savants amis 
MM. G. Paris, P. Meyer, *A. Longnon, l'abbé Rous- 
selot, et de l'écho unanime qui leur répondra dans 
le monde si nombreux des érudits dont les loisirs 
sont consacrés à l'histoire locale. J'espère qu'un jour 
les nombreux travaux entre lesquels M. Longnon se 
partage lui laisseront le loisir de reprendre le même 
sujet pour remplacer mon œuvre par un travail dé- 



PREFACE. 

flnitif , et qu'en se servant peut-être un peu d'elle il 
la fera oublier : c'est le sort ordinaire des leçons et 
des livres. Un écrivain qui, au moyen âge, avait fré- 
quenté l'université de Paris le constatait déjà : 

« Dis-moi où sont maintenant tous ces maîtres 
» que tu as bien connus quand ils vivaient et qu'ils 
» brillaient par les études. Déjà d'autres touchent 
» leurs appointements, et je ne sais si ces docteurs 
» nouveaux pensent à leurs prédécesseurs. Ceux-ci, 
» pendant leur vie, avaient l'air d'être quelque chose 
» et maintenant on ne parle plus d'eux (1). » 

Un grand nombre de ces vieux maîtres n'écrivaient 
point ; mais à quoi sert un livre qui , remplacé par 
un meilleur, ne se lit plus? Il a pu être quelque 
temps utile, comme l'œuvre obscure du laboureur 
qui trace des sillons et qui ainsi, travaillant pour sa 
part à l'alimentation annuelle de ses concitoyens, 
collabore à la vie d'une grande nation , puis meurt 
oublié. Tel est le sort de la plupart des livres d'éru- 
dition : dans l'avenir, leur seule notoriété est celle 
qu'assurent les recueils bibliographiques ; l'immor- 
talité qu'ils confèrent à leurs auteurs peut être com- 
parée à celle que donnent aux potiers de l'empire 
romain les index du Corpus inscriptionam latinarum. 

Jubainville (Vosges), le 2 septembre 1889. 



(1) • Die mihi ubi sunt modo omnes illi domini et magistri, quos bene no- 
visti, dum adhuc vivercnt et studiis florerent? Jam eorum praebendas alii 
possident et nescio utrum de eis recogitant. In vita sua aliquid esse vide- 
bantur, et modo de illis tacetur. » [De Imitatione Christi^ liv. I, c. ,iil { 5.) 



PREFACE. XXI 



POST-SCRIPTUM 

En corrigeant les épreuves de cette préface, j'ap- 
prends que M. Fustel de Coulanges a été enlevé par 
la mort aux lettres, à l'attachement et à Tadmiration 
de ses élèves. Il est dans la vie un âge où c'est sur 
des tombeaux qu'ordinairement le regard s'arrête, 
quand la pensée se reporte aux maîtres, souvent 
même aux compagnons de travail et aux émules qu'on 
a entendus, qu'on a aimés, dont on a plaint les mal- 
heurs ou quelquefois peut-être envié les succès. Cet 
âge sérieux, c'est le mien. 

La bibliothèque d'un érudit est toujours une sorte 
de nécropole ; les livres des morts y sont bien plus 
nombreux que ceux des vivants, et la plupart des 
titres ressemblent à des épitaphes ; mais ce qui, dans 
ma bibliothèque, est surtout émouvant pour moi, 
c'est que presque sur chaque rayon il y a un livre 
écrit par un défunt que j'ai personnellement connu, 
qui a été pour moi soit un maître, soit un ami, quel- 
quefois tous les deux : je ne puis jeter les yeux sur 
ses œuvres sans voir se dresser à côté de moi sa 
figure bienveillante et douce qui semble me sourire 
comme autrefois et m'encourager dans mes travaux, 
en attendant que j'aille le rejoindre dans une autre 
vie. Pardessus, B. Guérard, F. Guessard, Natalis de 
Wailly, Ad. Renier, Ch. Jourdain, E.Benoist, E. Des- 
jardins, P. Paris, Henri Martin, Pitra et combien 
d'autres dont, en ce moment, le nom m'échappe, 
mais qui font battre mon cœur chaque fois que des 
travaux analogues aux leurs me ramènent à leurs 
livres. Ils n'avaient ni les mêmes croyances, ni le 



XXII PREFACE. 

même genre de vie, mais tous étaient dominés par le 
même amour pour la science et pour la vérité histo- 
rique ; et aujourd'hui leur carrière littéraire est ter- 
minée, comme va Têtre bientôt la mienne. 

Mais Térudition ne meurt pas avec les érudits : 
elle continue à vivre avec les élèves ; à côté de mon 
nom on lira, dans le titre de ce livre, le nom de mon 
jeune et zélé collaborateur, M. G. Dottin, dont le 
concours a aidé mes recherches , et qui a rédigé les 
index de ce volume. Tous les professeurs auxquels 
j'ai dû le bienfait de l'instruction n'ont pas encore 
disparu de ce monde, et dans la dédicace de cet 
ouvrage, j'ai pu réunir au nom de M. J. Quicherat , 
mon maître défunt, celui du maître encore vivant qui 
m'a initié à l'étude historique du droit, il y a qua- 
rante ans, M. Eugène de Rozière, alors professeur 
à l'Ecole des Chartes, aujourd'hui toujours vigoureux 
et ferme en dépit des années , et un des membres 
les plus écoutés de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres. 

JubainvillS) le 30 septembre 1889. 



RÉPONSE A M. FUSTEL DE GOULANGBS 



M. Fustel de Goulanges a fait paraître dans la Revue des ques- 
lions historiques y en avril dernier, la critique d'un petit mémoire 
que j*avais publié en 1887 dans les Comptes rendus de V Académie 
des inscriptions, sous ce titre : la Propriété foncière en Gaule. Le 
savant académicien a eu l'attention de m'adresser un exemplaire 
de son travail (1) en raccompagnant d'une lettre dont la grâce ai- 
mable et cordiale m'a profondément touché. Dans son texte im- 
primé, il parle de moi dans les termes les plus flatteurs : « L'un 
» des premiers érudits de notre temps, > dit-il, c M. d'Ârbois de 

> Jubainville, dont les travaux sur le moyen âge et sur la litté- 

> rature irlandaise sont si hautement appréciés. > 
Toutefois, je ne songe pas à tirer la moindre vanité de la gra- 
cieuse appréciation faite de mes écrits par un juge aussi compé- 
tent. Car je n'ai pas Tillusion do croire qu'il les ait lus. Mes écrits 
n'ont en général aucun rapport avec les sujets que M. Fustel de 
(boulanges a traités dans les beaux livres qui lui ont acquis en 
France une si légitime renommée. Les seuls lecteurs qu'aient trou- 
vé:> mes livres ont été ceux qu'attirait l'intérêt du sujet, et même 
la plupart de ces lecteurs se bornent à de courtes recherches faites 
à Taide des index dont chaque ouvrage est muni. 

Tout autre a été la fortune des travaux do M. Fustel de Cou- 
langes. Ils ont ou d'innombrables lecteurs et chacun d'eux, après 
avoir commencé un volume, n'a pu s'en détacher avant d'avoir 
atteint la dernière lip:nc. De ces lecteurs, j'ai été un des plus pas- 
sionnés. Plusieurs, af»rès avoir lu une première fois les livres do 



(1) La critique de mon mémoire occupe les pages 83-93 d'une brochure 
intitulée : Le problème des origines de la propriété foncière y Bruxelles, 
Vromant, 1889, in-8', 95 pages, qui est un tirage à part de la Revue des 
questions historiques. 



XXIV REPONSE A M. FUSTEL DE C0ULANGE8. 

M. Fustel de Goulanges, ont recommencé. Je suis de ces der- 
niers. Je crains de n'avoir pas obtenu auprès de lui le même 
succès avec les vingt pages dont se compose ma notice sur la pro- 
priété foncière en Gaule dans les Comptes rendus de l'Académie des 
inscriptions pour 1887. Certainement M. Fustel de Goulanges l'a 
lue^ car il la cite deux fois ; mais il a fait cette lecture d'une 
façon quelque peu distraite, l'esprit préoccupé de questions étran- 
gères à mon sujets et certainement il ne m'a pas relu. 

II 

Voici ce que je dis au début de mon petit mémoire, p. 66 des 
Comptes rendus de f Académie des inscriptions pour 1887 : « Ce que 
» j'entends, c'est qu'en général chaque peuple gaulois avait sur 
» tout son territoire un droit analogue à celui du peuple romain 
• sur Vager publicus; c'est qu'ordinairement en Gaule, vers le 
» milieu du premier siècle avant notre ère, le particulier qui 
» jouissait d'une portion plus ou moins considérable du sol de sa 
1 cité détenait cette portion à titre précaire. 11 se trouvait légale- 
» ment dans une situation analogue à celle des patriciens et des 
» nobles romains, qui, après avoir occupé des parcelles plus ou 
» moins étendues de Yager publicus^ en furent expulsés en partie 
» par les lois agraires, quand ces lois déterminèrent le maximum 
» de la fraction de Vager publicus qu'un particulier pouvait pos- 
» séder. » 

Rien n'est plus banal que le fait de l'histoire romaine auquel 
je me réfère ici , et l'histoire de Vager publicus romain peut être 
considérée dans ses traits généraux comme universellement con- 
nue. Cependant je vais, pour plus de clarté, insérer ici la traduc- 
tion de quelques lignes du Manuel des antiquités romaines de 
MM. Mommsen et Marquardt : 

« La partie la plus importante et la plus lucrative de la pro- 
» priété de l'Etat romain consistait en Vager publicus italique. Cet 
» ager publicus remontait aux temps les plus anciens, il s'agrandit 
» de plus en plus à mesure que se développait l'étendue des terri- 
» toires soumis à la domination romaine, puis il alla se réduisant 
» dans les derniers siècles de la république... Parmi les terres 
» réunies par la conquête à Vager publicus, celles qui n'étaient 
» point cultivées étaient abandonnées à l'occupation dont le but 
» était le défrichement à charge d'une redevance annuelle égale 
» au dixième du produit en blé et au cinquième du produit des 
» arbres à fruit. En outre, une condition de l'occupation était 



REPONSE A M. FU8TEL DE C0ULANQE8. xxv 

> que TEtat aurait toujours le droit de reprendre ces fonds de terre. 
» On les appelait agri occupatoHi ; leur transmission se faisait par 
» héritage, donation et vente. Jamais on no pouvait par usuca- 
» pion les transformer en propriété privée. Ils restaient propriété 
» de TEtat à charge de redevance annuelle et le terme technique 
« pour désigner la relation précaire établie entre eux et le déten- 

> teur s'appelait possessio (1). » 

Ainsi, les portions de Vager publicus occupées par les patriciens 
et les nobles romains se transmettaient héréditairement. Voilà en 
Italie un des caractères distinctifs de Fespëce de biens immobi- 
liers que je crois retrouver dans la Gaule barbare au moment où 
César en a fait la conquête. Or, M. Fustel dé Coulanges m'attri- 
bue la doctrine que voici : en Gaule , suivant moi , « la règle 
• d'hérédité ne devait pas exister ; » voyez son tirage à part , 
p. 86 , ligne 8. Je n'ai rien dit de pareil. J'ai simplement affirmé 
que M. Fustel de Coulanges tirait, suivant moi, une conséquence 
exagérée du passage de César, De bello gallico , où il est dit que 
les diniides jugent les procès de heredilate. Suivant lui, un procès 
de hereditaie suppose nécessairement la propriété foncière dans le 
sens où , en France , nous entendons ce mot. Mais Iweditas n'est 
pas synonyme d'heredium qui est le terme technique du vieux 
droit romain pour désigner la propriété immobilière dans le sens 
qu'a cette expression en français aujourd'hui. Hereditas^ c'est 
Tensemble des biens quelconques du défunt; c'est ce qu'ont dit 
sous l'Empire romain deux jurisconsultes qui répètent la même 
formule : Nihil est aliud heredilas quam successio in universum jus 
quod defuncius habuU (2). Hereditas nihil aliud est quam successio 
in universum 'lus quod defuncius habueril (3). Cicéron auparavant 
l'avait dit en d'autres termes : Heredilas est pecunia quae morte 
alicujus ad quempiam pervenit jure (4). Dans ce dernier texte , 
contemporain de César, pecunia est employé comme synonyme 
en quelque sorte d'heredilas. Pecunia, dans la langue de la loi des 
Douze Tables, est à pou près Téquivalent du mot français « for- 
tune » : un U'fjassit super pecunia tulelave suae rel, itajus eslo (5). 
Tel est le texte que savaient par cœur à l'Ecole de droit de Paris, 
il y a quarante-trois ans, tous les étudiants quelque peu studieux. 



(1) Handbucfi der rœmischen Aller thûmer, 2* édit., t. V, p. 151, 152, 155. 

(2) Gaius, Ad ediclum provinciale^ livre VI (Digeste, livre L, lit. xvi, § 24). 

(3) Junianus, Digesta, livre VI (Digeste, livre L, titre xvir, { 62). 

(4) Cicéron, Topica, { 29. 

(5) Ulpicn, Liber regularum, titre xi, | 14. 



XXYi REPONSE K M. FUSTEL DE COULANGES. 

M. Fustel de Coulanges, craignant que depuis cette époque j'aie 
oublié le sens de ce mot pecunia , prend soin de me le rappeler. 
Je lui sais beaucoup de gré de cette attention, mais je ne croyais 
pas avoir, autant qu'il le pense, perdu la mémoire des leçons de 
mes maîtres Ducaurroy et Pellat. Par pecunia, on entend non 
seulement l'argent comptant, mais tout bien, soit meuble, soi^ 
immeuble. On doit cotte observation à Ulpien (1) et à Hermogé- 
nien (2). L'hérédité peut donc comprendre des biens-fonds; dans 
l'hérédité, il peut se trouver des heredia dont le défunt avait 
la pleine propriété, comme des possessiones sur lesquels , pendant 
une longue période de l'histoire romaine , il n'a pu avoir qu'un 
droit précaire. Mais il peut aussi dans l'hérédité ne se trouver 
aucun droit immobilier. L'hérédité peut consister exclusivement 
en meubles; ainsi, de ce que, suivant César, les druides jugeaient 
les contestations de hereditale, on ne peut conclure qu^il y eut 
dans la Gaule indépendante des heredia, c'est-à-dire des biens- 
fonds dont le défunt aurait eu la pleine et entière propriété. 

J'ai dit en 1887, dans le passage des Comptes rendus de l'Acadé- 
mie des inscriptions reproduit plus haut : « Ordinairement en 
» Gaule, vers le milieu du premier siècle avant notre ère, le par- 
» ticulier qui jouissait d'une portion plus ou moins considérable 
» du sol de sa cité détenait cette portion à titre précaire. » 

Voilà ma doctrine; or, suivant M. Fustel de Coulanges (p. 83 
de son tirage à part), j'ai voulu — parlant des Gaulois — « intro- 
» duire dans leur histoire l'indivision du sol. » J'ai eu tort évi- 
demment , car, dit-il plus bas (p. 84) , César « ne mentionne pas 

> cette indivision du sol. » Cependant , répète M. Fustel de Cou- 
langes (p. 85), « M. d'Arbois de Jubain ville a cru voir chez eux 
• (les Gaulois) l'indivision du sol. » J'ai même, suivant M. Fus- 
tel de Coulanges (p. 92), commis l'erreur de « supposer que l'Etat 

> gaulois fût le maître de tout le sol et le distribuât annuellement 
9 entre les citoyens. > Les membres de phrase entre guillemets 
sont littéralement copiés dans la brochure de M. Fustel de Cou- 
langes : les passages de mon mémoire auxquels ces membres de 
phrase font allusion existaient dans la pensée de M. Fustel de 
Coulanges quand il écrivait, mais ils ne se trouvent ni dans l'édi- 
tion de mon mémoire qu'on peut lire dans les Comptes rendus de 
l'Académie des inscriptions , ni dans le tirage à part. Je n'ai parlé 
ni de l'indivision du sol gaulois, ni d'un partage annuel entre les 



(1) Ad S&binumt livre XLIX (Digeste, livre L, titre xvi, { 178). 

(2) Juris Epitomê, livre II (Digeste, livre L, titre xvi, { 222). 



RÉPONSE A M. FUSTEL DE COULANGES. xx^ii 

citoyens de la Gaule indépendante ; j'ai dit qu*en Gaule, au milieu 
du premier siècle , ordinairement les particuliers possesseurs du 
sol le détenaient , me semble-t-il , à titre précaire , à peu près 
comme les patriciens et les nobles romains possesseurs d'une 
grande grande partie de Vager publicus avant les lois Licinia et 
Sempronia. Or, entre ces patriciens et ces nobles, il n'y avait ni 
partage annuel, ni jouissance indivise; leur domaine s*appelle 
ager occupatorius , arcifinalis ou arcifinius (1); il n'a pas été offi- 
ciellement divisé ot délimité (2)^ mais il a des limites, fines ^ de 
fait. 

III 



Par quel phénomène psychologique M. Fustel de Coulanges 
a-t-il été amené à m'attribuer ainsi une doctrine qui n'est point 
la mienne? On le comprend facilement quand on connaît Ten- 
semble de son œuvre littéraire et qu'on s'est rendu compte des lois 
qui dominent sa puissante intelligence, qui en font la force et qui 
lui ont assuré le succès; ce succès, il le doit à la simplicité dos 
idées qu'il conçoit et qu'il expose : les faits dont il parle sont mul- 
tiples , présentent une infinie variété ; mais son vigoureux esprit 
les a disposés de manière à constituer le développement d'un tout 
petit groupe de doctrines très simples, et qui par conséquent sont 
exposées sans effort avec une merveilleuse clarté. Ouvrez la Cité 
antiquej le premier en date des livres de M. Fustel de Coulanges, 
le type de ceux qu'il a écrits depuis, un des chefs-d'œuvre de la 
littérature fi*ançaise au dix-neuvième siècle. Ce livre est tout en- 
tier le déYoloppement d'une thèse qui peut se résumer en quel- 
ques lignes. 

La société antique a commencé par la famille et la famille an- 
tii^e a pour base le culte des ancêtres. Ce culte se célèbre sur le 
foyer et sur le tombeau. La permanence de la famille suppose la 
permanence du foyer et du tombeau , par conséquent la propriété 
du sol où tous deux sont établis. La cité est une association de 



(1) « Occupatorii autom dicuntur agri quos quidam arcifinales vocant, 
qnibas agris victor populus occupando nomen dédit ; bellis enim gcstis 
victores populi terras omncs ex quibus victos ejecerant publicavcro..., 
deinde ut quisque virtuto colendi quid occupavit, arcendo vicinum arcifi- 
nalem dixit. b (Siculus Flaccus , De conditione agrorum , chez Lachmann , 
Grom&tici veteres, p. 138.) 

(2) « Ager ergo divisus adsignatus est coloniarum. » (Frontin, De agrorum 
qualitate^ édit. Lachmann, p. 2.) 



XXVIII RÉPONSE A M. FUSTEL DE COULANQES. 

familles, et c'est sur la famille qu'elle se modèle. A cet antique 
système , qui a pour principe une infinie multiplicité , l'empire 
romain substitua le despotisme unitaire d'un seul homme; et 
le christianisme, auquel la philosophie grecque a préparé les 
voies, a complété ce système nouveau en mettant le culte d'un 
seul Dieu, d'un Dieu universel à la place des dieux innombrables 
et spéciaux des familles et des cités. 

Il y a dans cette doctrine une grande part de vérité, mais elle 
est inexacte en ce qu'elle est incomplètiî. L'idée d*un Dieu uni- 
versel ne date pas seulement du christianisme; dans les plus an- 
ciens monuments de la littérature grecque, Zeus n'est le mo- 
nopole ni d'une famille, ni d'une cité. La cité antique n*est pas 
exclusivement une institution religieuse : c'est la conquête à main 
armée et ce n'est pas la religion qui est Torigine de la propriété 
foncière indo-européenne. Si le père , le mari , le frère ont une 
situation si eiclusivement dominante dans la famille antique, ils 
ne le doivent pas seulement à une conception religieuse ; leur rôle 
sacerdotal n'est que l'accessoire de leur supériorité guerrière sur 
l'enfant, la femme et la sœur. M. Fustel de Coulanges n'a vu dans 
les textes antiques qu'un côté secondaire de l'histoire de la famille 
et de la cité ; l'ensemble lui a échappé ; une loi de son esprit l'em- 
pêchait de saisir cet ensemble; si cette loi de son esprit a été une 
cause de faiblesse au point de vue où se placent les érudits, elle 
a été sa force dans Tordre littéraire, car elle a fait la merveilleuse 
simplicité d'un livre qui, s'il eût été complet , aurait été, comme 
on dit aujourd'hui , louffa , ce qui est bien près de confus , c'est- 
à-dire obscur pour le plus grand nombre des lecteurs, fatigant 
pour tous. 

M. Fustel de Coulanges, en écrivant la Cité antique^ a cru faire 
toujours œuvre d'historien ; il a fait œuvre de philosophe quand 
il s*est lancé dans des hypothèses préhistoriques qu'aucun texte 
ne justifie. Aucun document historique par exemple n'établit qu'il 
ait existé dans le monde indo-européen un temps où la famille ne 
vivait pas dans la société politique ; il n'y a pas de preuve que le 
mot indo-européen « pjère » soit plus ancien que le mot indo- 
européen « roi. » 

IV 

Quand M. Fustel de Coulanges est dominé par une idée, cette 
idée, dont un article ou un livre va être le développement, est 
plus puissante que ses lectures si variées et si attentives; elle 



RÉPONSE A M. FUSTEL DE C0ULANGE8. xxix 

remporte sur sa mémoire cependant si vigoureuse, elle est plus 
forte que son érudition , qui pourtant provoque chez tous ses lec- 
teurs une si légitime admiration ; de là certaines citations singu- 
lières qu on peut recueillir dans ses écrits. Ainsi M. Fustel de 
Coulanges cite entre guillemets comme étant de moi des phrases 
que je n'ai jamais écrites : « A Rome , modas agri était Texpres- 
3 sion consacrée quand on parlait de Vager pubUcus, > M. Fustel 
de Coulanges m'attribue cette phrase, page 92, note 1, de son 
tirage à part; or, voici ce que j*ai écrit, page 18 de mon mémoire : 
« Modus agrorum , modus agri est à Rome le terme consacré dont 
» se servent les lois agraires quand elles fixent la quantité de 
» Vager publicus que peut détenir un citoyen. » Après avoir sub- 
stitué à mes expressions la phrase qui précède, M. Fustel de 
Coulanges continue : « Mais où a-t-il vu cela , » dit-il en parlant 
de moi. Or, voici comment je continuais ma rédaction : « On le 

> voit par Tite-Live quand il parle de la loi Licinia de Tan 367 
» avant J.-C, par le passage où Siculus Flaccus analyse la loi 

> Semprania de Taunée 133 : dans ces textes latins, nous lisons 
D que la loi Licinia était de modo agrorum ne guis plus quingenta 
» jugera agri possideret (1) et que suivant Ti. Gracchus, auteur de 

> la loi Sempronia , il ne fallait pas : majorem modum possidere 

> quam qui ah ipso possidenu coli possil (2). » J'ai donc répété ce 
que disaient Tite-Live etSiculus Flaccus ; j*ai cité ces auteurs, et 
j'ai même indiqué pour Tun le livre et le chapitre, pour l'autre 
l'édition y le tome, la page; M. Fustel de Coulanges demande : 
« Où a-t-il vu cela? » 

Rendre inexactement mes doctrines et m'attribuer, en les pla- 
çant entre guillemets, des phrases qui ne sont pas de moi; ajouter 
ensuite que l'opinion exprimée dans ces phrases manque de fon- 
dement c'est un acte dont les conséquences n'ont aucune gra- 
vité ; ce qui est beaucoup plus sérieux , c'est quand la préoccupa- 
tion exclusive d'une seule et unique idée oblitère la mémoire de 
M. Fustel de Coulanges au point de lui faire traduire les textes 
des auteurs anciens de la même façon qu'il a rendu ma pensée. 
Dans les Topiques de Cicéron , c. 10 , § 43 , il y a un passage ainsi 
conçu : Si in Drbe de finibus controversia est, quia fines magis agro- 
rum esse videntur quam Urbis, finibtAS regundis adigere arbitrum 
non passis, c'est-à-dire : « Si à Rome il y a contestation sur des 
1 limites, le demandeur ne peut contraindre son adversaire à 

(!) Tite-Live, 1. VI, c. xxxv. 

{2) Lachmann, Gromatici veteres^ t. I, p. 136. 



XXX RÉPONSE A M. FU8TEL DE C0ULANGE8. 

» paraître devant le jage en vertu de l'action finium regundorum^ 
» parce que le mot fines paraît convenir plutôt aux champs qu'à 
» Rome (1). » Voici comment s'exprime M. Fustel de Goulanges 
(p. 88 de son tirage à part) : « Cicéron... écrit : Quand vous dites 
» si de finibus conlroversia est , c'est de limite de propriété qu'il 
B s'agit visiblement. » Les guillemets sont de M. Fustel de Cou- 
langes. Evidemment, quand M. Fustel de Goulanges a fait cette 
traduction , il n'avait plus présent à l'esprit le passage précité du 
grand orateur romain; à ce moment d'oubli rien d'étonnant, 
mais ce qui pourra sembler bizarre, c'est que, traduisant ainsi, il 
croie devoir me donner des leçons de traduction : « M. de Jubain- 
» ville ne traduit pas très exactement les textes latins » (p. 92, n). 
Les renvois au texte de César n'ont pas toujours plus d'exacti- 
tude que cette traduction de Cicéron. A la page 88 de son tirage 
à part, parlant de l'auteur des Commentaires De bello gallico^ 
M. Fustel de Coulanges écrit : a Au milieu de ses récits de guerre, 
)> il se trouve seulement sept paragraphes sur les mœurs des 6au- 
» lois et leurs institutions en temps de paix(YI, 11, 13, 15, 18, 
» 19, 21, 22). Or, dans ces sept chapitres, vous rencontrez trois 
» fois le mot fines avec le sens parfaitement certain de limites de 
» champs. » Dans ce passage, M. Fustel de Coulanges emploie 
paragraphe comme synonyme de chapitre , oubliant que chez 
César les paragraphes sont une subdivision des chapitres; cette 
observation a peu d'importance; ceci est plus sérieux : les chapi- 
tresde César concernant les mœurs des Gaulois sont les chapitres xi 
à XX du livre Yl. Les chapitres suivants xxi et xxii concernent, 
quoi qu'en dise M. Fustel de Coulanges , non les Gaulois, mais 
les Germains. Des trois exemples du mot fines^ « avec le sens par- 
» faitement certain de limites des champs, » comme dit M. Fustel 
de Coulanges, deux se trouvent dans le chapitre xxii ; par consé- 
quent dans un passage où il est question des Germains et non 
des Gaulois , en sorte que les trois exemples qui me sont opposés 
et qui se trouveraient dans les^chapitres relatifs aux mœurs des 
Gaulois sont réduits à un (livre VI , chapitre xni). Or c'est préci- 
sément celui dont le sens est à déterminer. On y reviendra plus 
loin (2). 

(1) G^est resté la doctrine des jurisconsultes postérieurs. Ulpien, Ad Edic- 
tum^ liv. XIX, dit que l'action finium regundorum : « Pertinet ad praedia 
rustica. » — Paul, Ad Edicium^ liv. XXIII, a écrit, en parlant de la même 
procédure : c Hoc judicium locum habet in confinio praediorum rusticorum : 
urbanorum displicuit. » (Digeste, liv. X, tit. i, 1. 2 pr.; 1. 4, | 10. 

(2) P. 117. 



RÉPONSE A M. FU8TEL DE COULANQES. xxzi 

Nous croyons devoir arrêter ici cette discussion : il nous sem- 
ble avoir montré quel est le défaut de la méthode d'un historien 
dont on ne peut cependant trop admirer Térudition comme le 
talent littéraire. Il raisonne sur des lambeaux de phrases ou sur 
des mots isolés qu'après de longues et persévérantes lectures sa 
mémoire a conservés; il écrit sans avoir sous les yeux un texte 
complet, des fragments seuls lui sont présents à l'esprit; ces 
fragments mêmes, par un travail inconscient de sa vigoureuse 
intelligence , ont été transformés quelquefois au point d'être de- 
venus méconnaissables. On peut admirer en lui un héritier de 
Montesquieu , mais il est difficile d'être à la fois le continuateur 
de ce grand penseur , de cet admirable écrivain, et d'observer 
partout , dans un travail d'érudition , les règles minutieuses aux- 
quelles se sont assujettis autrefois les Bénédictins et , dans ce 
siècle-ci , le laborieux , sympathique mais glacial maître auquel 
on doit les prolégomènes du Polyptyque dlrminon. 



Paris, le l** mai 1889. 



LIVRE PREMIER 

RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

EN FRANCE. 



CHAPITRE PREMIER. 

NOTIONS GÉNÉRALES SUR l'hISTOIRE DE LA PROPRIÉTÉ 

li'ONGIÈRE EN FRANCE. 



Sommaire : 

l \» Conquête de la Gaule par les peuples gaulois. — { 2. Le sol conquis 
est réparti entre les peuples conquérants ; il devient propriété d'Etat , 
laristocratie se le partage ensuite et en jouit à titre précaire. ^ { 3. La 
conquête romaine, le cadastre d'Auguste , ses effets sur la propriété fon- 
cière. — {4. Origine de la commune rurale en France. — { 5. La pro- 
priété foncière en France d'Auguste à nos jours. 



S l"". — Conquête de la Gaule par les peuples gaulois. 

La propriété foncière en France tire son origine de 
la conquête. Pour atteindre cette origine, il faut remonter 
à l'époque inconnue où les Gaulois passant le Rhin vin- 
rent s'établir à Touest de ce fleuve. Ce n'était peut-être 
guère plus tôt que Tan 500 avant notre ère. Alors, armés 
d'épées de fer et du gaison, redoutable javelot qu'ils lan- 
çaient du haut de leurs chars de guerre, les Gaulois entrè- 
rent vainqueurs et conquérants dans la vaste contrée 
qui depuis deux mille ans, après tant de révolutions et de 
désastres, porte encore leur nom dans les livres des his- 
toriens. 

Cette contrée, que nous appelons Gaule, était habitée 
déjà par une population qui avait atteint un degré élevé de 
civilisation, qui possédait des chevaux et des bœufs, qui 



4 LIVRE !•'. CHAPITRE !•'. { 2. 

connaissait le bronze et Tor. Cette population était probable- 
ment bien plus nombreuse que les conquérants. Nous igno- 
rons son nom. Les Grecs ont connu les prédécesseurs des 
Gaulois , et distinguent chez eux deux groupes , les Ibères 
et les Ligures. Les principaux monuments de cette popu- 
lation antique semblent être aujourd'hui les cimetières où 
elle repose depuis plus de vingt siècles : c*est par les débris 
qu'elle y a enfouis que nous cherchons à nous faire d'elle 
une idée. Mais il est vraisemblable qu'outre ces monuments 
lugubres, cette population antique en a laissé d'autres, 
qui sont moins loin de nous et dont l'étude est moins fu- 
nèbre : c'est nous-mêmes ; car nous sommes , pour la plu- 
part j les descendants des peuples oubliés dont les Gaulois , 
nos aïeux supposés, ont triomphé et qu'ils ont asservis avant 
d'être eux-mêmes conquis par les Romains. Nous sommes 
les petits-fils de cette plèbe vaincue, mais toujours vivante, 
que l'orgueil gaulois, au temps de César, traitait à peu 
près comme les Romains traitaient leurs esclaves : pêne 
servorum habetur loco. 

§ 2. — Le sol conquis est réparti entre les peuples conquérants ; 
il devient propriété d'Etat^ Varistocratie se le partage 
ensuite et en jouit à titre précaire. 

La conquête gauloise eut l'effet que produisait toute 
conquête dans les idées du monde antique : la spoliation 
des vaincus. Chez les anciens, la victoire conférait à la 
fois au vainqueur et le droit de souveraineté et le droit de 
propriété sur le territoire, sur les personnes et sur les 
biens mobiliers du peuple contre lequel avait tourné la 
fortune des armes. Les Gaulois devinrent donc proprié- 
taires du sol conquis. Ils étaient divisés en un certain 
nombre de peuples. Nous connaissons, par César et par 
les auteurs postérieurs , romains et grecs , les noms d'un 
certain nombre de ces peuples. Chacun de ces peuples eut 
pour lot une portion du territoire conquis. Ainsi , à une épo- 



NOTIONS GÉNÉRALES. 5 

que plus ancienne , lorsque , arrivant du nord des Alpes , la 
race latine était venue s'établir au sud du Tibre, chacune des 
genks^ dont l'association devait plus tard donner naissance 
à la ville de Rome , avait reçu une portion de territoire 
dont elle eut d'abord la propriété collective (1). Ainsi, plus 
tard, Rome conquérante réunit à son domaine public le 
domaine des cités vaincues. Dans chacun des groupes de 
guerriers dont Tassociation constituait un peuple gaulois : 
Arvemit BiturigéSj Remi^ Aedui^ etc., c'était la coopération 
des courages qui avait produit le succès des armes. Le sol, 
dont la conquête avait été le résultat de ce concours, resta 
propriété collective de chaque peuple. Il ne fut partagé 
(pi'entre les peuples : le butin mobilier fut seul d'abord 
partagé entre les guerriers. Ce procédé est celui que pa- 
raissent avoir suivi , dans toute l'Europe, les conquérants 
indo-européens. La propriété collective du sol était le prin- 
cipe; la propriété immobilière individuelle n'apparaissait 
qu'à l'état d'exception. A Rome , lorsque le roi légendaire 
Romulus fit le premier partage des terres, chaque chef 
de famille ne reçut que deux jugera ou cinquante ares , 
c'est-à-dire de quoi se créer un enclos autour de la maison 
des champs. Tel fut primitivement Vherêdium romain. Le 
reste du territoire de Rome était affecté à une jouissance 
soit commune, soit précaire : en d'autres termes, consti- 
tuait le domaine public. 

Vherediwn romain parait identique à l'enclos, faithce, 
que la loi irlandaise nous montre attenant à la maison des 
membres de la noblesse irlandaise. Telle est aussi la terra 
salica du titre LXII de la loi des Francs Saliens. Dans la 
période historique primitive dont les Gaulois n'étaient pas 
çncore sortis , quand César les assujettit au joug romain , 
ie territoire de chaque peuple était affecté à la propriété 
collective de ce peuple, sauf peut-être le sol des maisons de 
ville, des maisons des champs, et l'enclos attenant à cha- 

(t) Mommsen, Rœmiêche Geêchiehtêj 6* édition, t. I, p. 35, 150. 



G LIVRE !•'. CHAPITRE 1*\ l 3. 

cune de ces propriétés bâties. Cette situation peut sembler 
démocratique au plus haut point, quand elle est Tobjet 
d'une observation superficielle. En réalité, rien ne se con- 
cilie mieux avec la constitution aristocratique des Etats et 
des fortunes. La propriété collective n*a pas pour consé- 
quence nécessaire la jouissance collective ; la propriété 
collective qui appartient à TEtat se combine facilement avec 
la jouissance individuelle au profit d'un petit nombre. 
L'exploitation du sol public par Tagriculture ou par le 
pâturage exige un capital que possèdent seuls les gens 
riches , c'est-à-dire les membres de l'aristocratie , car c'est 
par abus de langage que chez nous, dans l'usage vulgaire, 
on distingue naïvement de la richesse l'aristocratie. Les 
gens riches seuls avaient les bœufs ou les chevaux , les 
charrues nécessaires au labourage ; seuls , ils pouvaient 
faire l'avance de la semence et des salaires, loger et nourrir 
bétes et gens jusqu'à la récolte ; seuls, ils avaient les trou- 
peaux nécessaires pour exploiter le sol en le pâturant ; en 
sorte qu'en fait ils divisèrent entre eux le domaine public 
et en jouirent, comme s'il leur eût appartenu, à charge de 
redevances insignifiantes, tandis que, dans notre organisa- 
tion moderne, ceux qui possèdent les mêmes capitaux sont 
obligés d'acheter ou de tenir à bail des particuliers la 
terre qu'ils labourent , les pâtures et les prés qui nourris- 
sent leurs bestiaux, et ces particuliers ne leur font pas 
les conditions qu'une aristocratie obtient de l'Etat. 

S 3. — La conquête romaine , le cadastre d* Auguste, ses effets 

sur la propriété foncière. 

Le système d'impôts qu'Auguste établit en Gaule eut 
pour effet la substitution de la propriété privée à la pro- 
priété collective ou publique de la terre. Il consolida la 
jouissance jusque-là précaire du sol par les membres de 
l'aristocratie , et transforma cette jouissance en une sorte 
de droit de propriété définitive. 



NOTIONS GÉNÉRALES. 7 

César vainqueur avait frappé la Gaule d'un impôt de 
répartition, iributum ou stipendium^ qui s'élevait à qua- 
rante millions de sesterces, c'est-à-dire un peu plus de huit 
millions de francs (1) ; chaque peuple ou Etat supportait , 
dans cet impôt, une part déterminée et se procurait les 
fonds comme il l'entendait. À ce système primitif, Auguste 
substitua le cens, c'est à-dire un impôt de quotité qui frap- 
pait à la fois les personnes et les terres ; le montant total 
n'en était pas fixé d'avance ; chaque particulier contribuable 
payait d'après un tarif uniforme, et les exonérations indivi- 
duelles, quand elles avaient lieu, n'étaient pas compensées 
par une surtaxe des imposés ; la perte qui en résultait était 
supportée par le fisc impérial (2). L'établissement du cens 
changea les rapports de chaque contribuable gaulois avec 
sa cité , et de chaque portion du sol avec celui qui la dé- 
tenait : les particuliers délenteurs du sol cessèrent de ver- 
ser dans la caisse de la cité la redevance annuelle qui était 
la condition de leur jouissance précaire ; cette redevance 
fut remplacée par l'impôt dû au fisc romain ; et, par l'efTet 
de la loi fiscale romaine, ces particuliers furent substitués 
à la cité comme possesseurs légaux des parcelles territo- 
riales qui , en fait, étaient entre leurs mains : payant l'im- 
pôt foncier au fisc, ils furent considérés comme investis 
d'une sorte de propriété foncière au lieu et place du peuple 
ou de la cité. 

Le recensement qui servit de base à l'établissement de 
ce nouveau système d'impôts fut commencé par Auguste 
l'an 27 avant notre ère (3). Il paraît avoir été précédé d'un 
arpentage général de l'empire prescrit par Jules César et 



il) Entropc, Ht. VI, ch. xvn. Cf. Suétone, Ca^ar, cb. XXV, et le com- 
mentaire donné sur ces deux textes par Marquardt, Handbuch dor rômis- 
chen Alterthûmer, 2* édit., t. V, p. 191, note 10. 

(2) Suétone, Auguste, ch. XL : < Liviae pro quodam tributario Gallo ro- 
ganti civitatem negavit, immunitatem optulit : affirmans, se faciiius passu- 
rtim fisco detrabi aliquid, quam civitatis Roroanae vulgari honorem. » 

(3) E. Desjardins , Géographie historique el administrative de la Oaulc 
romaine, t. III, p- 154. 



8 LIVRE I". CHAPITRE !•'. { 3. 

dirigé par quatre géomètres, à chacun desquels fut attribué 
un quart de cette vaste circonscription. La portion occi- 
dentale de Tempire, qui comprenait la Gaule, avait été 
confiée, dit-on, à un certain Didyme, dont le travail avait 
duré seize ans et trois mois; commencé Tannée 44, il 
s'était terminé l'an 27 avant notre ère (1). Un des résultats 
géographiques de cette vaste entreprise fut la rédaction 
d'un livre publié sous le nom d' Agrippa, et qui était une 
sorte de géographie géométrique de Tempire romain ; pour 
donner à cette œuvre une publicité plus grande. Agrippa 
et Auguste voulurent qu'une carte représentant l'empire 
romain fût peinte et exposée aux yeux du public, à Rome 
même , dans un portique (2). Cette grande opération géo- 
graphique était inspirée par des préoccupations beaucoup 
plus administratives que scientifiques ; elle jetait les bases 
du cadastre qui devait servir à l'assiette de l'impôt foncier. 
La Gallia comata (3) , ou la Gaule conquise par César, pa- 
rait avoir compris trois cent cinq peuples (4). Auguste trouva 
ce nombre trop considérable, il maintint, à quelques mo- 
difications près, une grande partie de ces peuples dans 
l'état de subordination où ils se trouvaient à l'égard d'au- 
tres peuples plus importants, et il divisa la Gallia comata 
en soixante circonscriptions financières , si nous nous en 
rapportons à Strabon ; en soixante-quatre , si nous en 
croyons d'autres documents (5). On se sert souvent du mot 

(1) Voyez les textes réunis chez Marquardt et Mommsen, Handbuch der 
rœmischen Alterthûmer ^ 2« édit., t. V, p. 209-210. Les divisions de la cos- 
mographie de Julius Honorius et de la cosmographie d'Ethicus ont pour 
base le partage de l'empire romain entre les quatre géomètres. Pour la 
section occidentale, voy. Riese, Geographi latini minores , p. 33-40, ^8-86. 

(2) Riese, Geographi latini minores, p. i-xvi, 1-8. 

(3) On trouve déjà cette expression chez Catulle , 29 , 3, c'est-à-dire dans 
une pièce contemporaine de la guerre des Gaules. 

(4) C'est le chiffre donné par Josèphe , icévre 8è xal xp laxoaioïc icXv)Ouovt£; 
ëOveat. De bello judaico, liv. II, ch. xvi , édit. Didot, p. 119, 1. 11 et 12. Ce 
chiffre exact est remplacé par des chiffres ronds chez Plutarque qui dit trois 
cents, èOvY) 5à éx8ipiQ(raT0 Tpiaxôaïa. César, ch. XV, édit. Didot, p. 852, 1. 43, 
44, et chez Appien qui dit quatre cents, iOvY) de TCTpaxôoia. De rébus galliciti, 
ch. II, édit. Didot, p. 24. 

(5) Marquardt et Mommsen, Handbuch der rœmischen AUerihûmer , 



NOTIONS GÉNÉRALES. 9 

civikts pour désigner ces circonscriptions ; mais cette ex- 
pression désigne plutôt Tétre moral qui, créé par un fait 
politique , vivait sur chacune de ces circonscription , et, à 
proprement parler, cette circonscription elle même s'appe- 
lait en latin terriiorium (1) ou regio (2). Le sol de la cité se 
divisait en pagi, et le pagixs lui-même, dans le système 
romain, se subdivisait en fundi. Cette triple division du sol 
est la base du cadastre et de Timpôt foncier romains (3). 
On peut comparer la cité à notre département; le pagus (4), 
à notre arrondissement; le fundus, à notre commune. Pour 
constituer un fundus, il faut une certaine étendue de ter- 
rain, officiellement délimitée, qu'on appelle a^er, et sur 
ce terrain, des bâtiments qu'on appelle villa (5). 

2* édiL, t. IV, p. 268. Cf. Desjardins, Géographie de la Gûule romaine, t. HI, 
p. 156 et suIt. 

(1) a Territormm est nniversitas agrorum intra fines cujusque civitatis. » 
Pomponius, Liber êingularis EncMridii; Digeste, lib. L, tit. xyi, 1. 239, { 8. 

(2) a Regiones autem dicimus , intra quarum fines singulamm coloniarum 
ant mnnicipiorum magistratibus jus dicendi coercondique est libéra potes- 
tas. » Sicttlus Flaccus , chez Blume , Lachmann et Rudorff , Die Schriften 
der rœmischen Feldmessery Gromatici veteres, t. I, p. 135, 1. 4-7. 

(3) c Forma censuali cavetur, ut agri sic in censum reforantur : Nomen 
fondi cujusque; et in qua civitate et in quo pago sit; et quos duos vicinos 
proximos habeat. » Ulpien , De censibus, livre III , dans Digeste , livre L , 
tit. XV, 1. 4. 

(4) Il est déjà question des pagi de la Gaule chez César qui les oppose 
d'une façon générale aux cités ; In omnibus civitaiibus atque pagis, livre VI, 
ch. 10, et qui mentionne les pagi des Helvètes, livre I, ch. 12, 13, 27 ; ceux 
des Morini , livre IV, ch. 22 ; ceux des Arvemes , livre VII , ch. 64. Tacit<^ 
parle de ceux des Sequani, Annales y I, 45, et de ceux des Aedui, His- 
toires , II, 61. 

(5) « Locus... sine aedificio... rure... ager appellatur. Idemque ager cum 
aedificio fundus dicitur. Florentinus, libro VIII Institutionum , » dans Di- 
geste, livre L, titre xvi, 1. 211. — « Locus est non fundus sed portio aliqua 
fondi ; fundus autem integrum aliquid est , et plerumque sine villa locum 
accipimus... Sed fundus quidem suos habet fines. » Ulpien, livre LXIX, Ad 
edictum, dans Digeste , livre L , titre xvi, 1. 60. — t Ager est locus qui sine 
villa est. > Ulpien, livre XVII, Ad ediclum, dans Digeste, livre L, titre xvi, 
1. 27. — Les passages suivants de Caton, De re rustica, achèveront de faire 
comprendre le rapport qui existe entre fundvs et villa : a Paterfamilias, 
ubi ad villam venit, ubi larem familiarem salutavit, fundum eodem die, si 
potest, circumeat; si non eo die, at postridie... Ita aedifices ne villa fundum 
quaerat neve fundus villam » (c. II , III). Le sens de cette maxime est que 
les bâtiments d'exploitation doivent avoir une importance proportionnée à 
celle du domaine. On la trouve reproduite chez Pline le Naturaliste , 



10 LIVRE I". CHAPITRE I". { 4. 

S 4. — Origine de la commune rurale en France. 

On doit reconnaître dans le fundus romain Torigine de 
nos communes rurales. Les plus anciennes de ces com- 
munes, portant en général un nom formé avec un gentilice 
romain et avec le suffixe acus^ comme Juli-acu$y remontent 
à un fundus qui date de TEmpire romain (1) , et dont les 
limites ont été primitivement fixées par les arpenteurs, agri- 
mensores^ employés à la confection du cens, sous le règne 
d'Auguste. Le premier propriétaire est un grand seigneur 
gaulois qui , ordinairement , en devenant citoyen romain , 
avait pris le gentilice de son protecteur romain. De ce 
gentilice vint le nom de son fundus. La villa construite 
dans ce fundus eut avec lui, pour premiers habitants, ses 
obaerati, ses clients qui, jadis, consacraient leur temps au 
soin des troupeaux, à l'agriculture et aux armes. Sous la 
domination romaine, cessant de combattre, ils ne furent 
plus que laboureurs et pâtres. Leur ancien chef, devenu 
leur propriétaire, leur partagea une partie de son domaine, 
à charge de redevances ; pour la pâture , le bois de chauf- 
fage et de construction, il leur donna Tusage collectif d'une 
autre portion : on appela villa leurs habitations groupées 
autour de la sienne ; à la villa, le village a succédé (2). 

Cette nouvelle organisation de la propriété eut financiè- 
rement l'avantage de répartir la charge de l'impôt foncier 
entre les Gaulois les plus riches et, par conséquent, les 

livre XVIII, ch. vi (7), { 32. Cf. Columelle, livre I, ch. iv. — Sur les modi 
Qcations dont les fonds étaient susceptibles, voyez Pomponius, livre V, Ad 
Sadintim , dans Digeste, livre XXX, titre unique, 1. 24, } 3. Cf. Ulpien, 
livre LXIX» Ad edictum, dans Digeste, livre L, titre xvi, 1. GO. 

(1) Je ne parle pas ici de colles de nos communes, évidemment peu nom- 
breuses, qui remontent à un vicus ou à un oppidum. 

(2) Un passage d'Apulée, Métamorphones , 1. VIII , nous donne un exem- 
ple d'une villA qui est déjà un village moderne : « Villae vero quam forte 
tu)^^ praeteril>amus coloni, roultitudinem nostram latrones rati, satis agcntes 
rerum suarum, ezimieque trepidi, canes rabidos et immanes et quibusvo 
iupis et ursis saeviores. quos ad tutelae praesidia curiose fuerant alumnaii 
Jubilationibus solitis ci cujuscemodi vocibus nobis inhortantur. 



NOTIONS GÉNÉRALES. 11 

plus solvables. L'impôt foncier était payé par les proprié- 
taires des fundi. Le plaisir que leur fit éprouver l'acquisi- 
tion du droit de propriété leur fit accepter, sans trop de 
peine , la charge d*un impôt probablement plus considérable 
que la redevance autrefois due à la cité. Quant à la plèbe, 
condamnée à cultiver le bien d'autrui, elle ne perdait rien 
à la révolution qui faisait partager entre les membres de 
l'aristocratie le droit au sol : ce droit jusque-là était resté 
en théorie dans les mains de chaque peuple ou de chaque 
Etat, et il cessait de lui appartenir ; mais, au point de vue 
de la plèbe , il n'y avait pas de changement pratique : en 
efTet, presque toujours, par la force des choses, Taristo- 
cratie seule avait jusque-là joui de la terre. 

La contenance moyenne de ^os communes est aujour- 
d'hui de treize à quatorze cents hectares. Il serait certai- 
nement téméraire d'affirmer qu'au temps d'Auguste telle 
fut l'étendue moyenne des fundi. Le fundus était une créa- 
tion arbitraire que l'homme pouvait modifier suivant les 
exigences de sa fortune et de sa fantaisie. Des fundi, 
reconnaissables à leur nom, sont aujourd'hui de simples 
sections de communes; les villae, qui leur servaient de 
centre, sont réduites à l'état de hameaux, ou même elles 
ont disparu sans laisser d*autres traces qu'un nom dans de 
vieux titres ou que des ruines innommées qu'étudient quel- 
ques archéologues. Des villae nouvelles ou, pour se servir 
d'une autre expression , des cartes de création plus récente 
ont surgi : monuments des grandes invasions qui amenè- 
rent la chute de l'empire romain ou qui en furent la con- 
séquence ; leurs noms sont des composés dont le premier 
terme est un nom propre d'homme d'origine germanique , 
dont le second,-ville, -court, -mont, -val, appartient à la 
langue que parlaient les vaincus du cinquième siècle après 
notre ère. A côté de Clichy, Clippiacus^ d'Antony, Anto^ 
niacusj noms d'anciens fundi formés à Taide d'un gentilice 
romain et du suffixe gaulois -acus , témoins qui attestent , 
lout près de Paris même , la conquête de la Gaule par les 



n 



12 LIVRE !•'. CHAPITRB I". { 5. 

Romains , nous trouvons des noms de lieu : Billan-court , 
Clîgnan-court et Bougi-val, Baudechisilo-valliSj mots de for- 
mation hybride, mi-partie germains, mi-partie gallo-ro- 
mains, qui rappellent la conquête franque et la création 
de villcte nouvelles, faite sur les ruines de villae gallo- 
romaines, ou à côté d'elles en démembrant leur territoire. 
Ce serait donc une opération fort délicate que de cher- 
cher à retrouver sur notre sol les limites exactes des fundi 
gallo-romains dont un grand nombre de nos communes ont 
conservé le nom. Mais je crois qu'il ne faut pas désespérer 
d'arriver un jour à ce résultat par une étude attentive, là 
surtout où les textes nous permettent d'atteindre les pre- 
miers siècles du moyen Age. Il est fort possible qu'un cer- 
tain nombre de nos communes représentent exactement la 
circonscription de fundi gallo-romains. L'étendue n'est pas 
un obstacle. Nos communes, ai-je dit, contiennent de treize 
à quatorze cents hectares. Les fundi gallo-romains pou- 
vaient avoir une étendue moyenne approchant de celle-là, 
puisqu'Ausone appelle parvum herediolum sa propriété de 
famille , dont la contenance dépassait mille jugera, c'est-à- 
dire deux cent cinquante hectares (1). 

S 5. — La propriété foncière en France d'Auguste à nos jours. 

Les clients de chaque eques gaulois, installés par lui 
sur son fundus^ c'est-à-dire sur la portion du territoire 
commun que le cens impérial lui avait attribuée, détinrent, 
partagée entre eux, une section, ordinairement la plus 
considérable, de ce fundus; une autre resta affectée à la 
jouissance directe du propriétaire nouveau que la puis- 
sance romaine avait créé. Une troisième section fut attri- 
buée à la jouissance commune des habitants du fundus, 
logés autour du maître dans IdL villa. Ce qui subsiste de 
pette dernière section constitue aujourd'hui nos biens corn- 

(1) Ausone^ idylle III, v. 9. 



NOTIONS QÉNÉRAUBS. 13 

munaux; la seconde est la terra indominieata du moyen 
âge; quant à la première, c*est en elle que nous devons 
reconnaître l'origine de la plus grande partie de la pro- 
priété immobilière telle que nous la connaissons dans la 
France moderne. 

Chacun des obcterati, des clientes^ des ambacti eut un lot 
à cultiver. Fermier au point de vue du droit romain , il 
considérait peut-être son petit lot comme la part qui légale- 
ment lui revenait dans Tantique propriété collective de la 
cité. De là ce caractère mixte du colonat, où le tenancier, 
irrévocablement lié au ftmdus , et comme tel , en une cer- 
taine mesure y esclave , a cependant un droit sur le terrain 
qu'il cultive. Ce droit, qui remonte au droit collectif de la 
cité fut pendant des siècles en lutte avec celui que le pro- 
priétaire du fandus reçut de la loi romaine. On appelle ce 
dernier droit domaine émineni; le premier, celui du tenan- 
cier, est le domaine utile. Ces deux droits avaient pour 
objet le même immeuble. En France , aujourd'hui , le do- 
maine utile subsiste seul. Le moyen âge avait, en général, 
fixé en argent les redevances qui grevaient le domaine 
utile au profit du domaine éminent. Du treizième siècle à 
1789, la quantité de matières précieuses contenues dans les 
espèces monétaires diminua dans la proportion de vingt à 
un , et le pouvoir commercial de l'or et de l'argent s'abaissa 
dans la proportion de trois à un ; en sorte que , dans cette 
période, le poids des redevances pécuniaires annuelles qui 
grevaient le domaine utile au profit du domaine éminent 
s'était réduit, suivant un rapport que l'on peut comparer, 
à celui de soixante à un. Ainsi , le domaine éminent en 
France n'était plus guère qu'une institution honorifique, 
lorsqu'il disparut dans la tourmente révolutionnaire comme 
les feuilles des arbres que le vent des derniers mois d'au- 
tomne emporte au loin quand les premières gelées ont 
achevé l'œuvre du soleil de juillet et d'août. 

Tout Butte a été l'histoire économique en Ecosse et en 
Irlande. Une législation aristocratique à outrance, de date 



1 



14 LIVtlE I". CHAPITRE !•'. | f,. 

toute récente, a fait considérer comme bail temporaire et 
non écrit le titre du tenancier. Elle a permis d'accroître 
indéfiniment sa redevance, que la loi française diminuait 
progressivement et finissait par supprimer ; elle a livré le 
tenancier à la merci du landlordy maître de l'expulser 
suivant son intérêt ou son caprice. Le domaine utile a 
disparu, et Ton ne connaît plus, en général , qu'une seule 
forme de la propriété , qui est le domaine éminent. 

Le droit que récbment les tenanciers d'Irlande et 
d'Ecosse est le droit ancien : ils en ont été dépouillés par 
une révolution économique et législative, qui est l'op- 
posé de celle dont la secousse politique de la fin du siècle 
dernier a été chez nous la conséquence logique et le cou- 
ronnement. 



CHAPITRE II. 



RAPPORT DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE AVEC LA SOUVERAINETÉ 
DANS LE DROIT PUBLIC DE ROME ET DES GERMAINS. Vager 
pUblicUS ET LES LOIS AGRAIRES A ROME AVANT CÉSAR ET DE 
SON TEMPS. 

SOMMAIBB : 

I 1. La notion de la propriété foncière dans la France moderne. Autres 
manières de concevoir la propriété foncière soit dans l'ancienne France, 
soit hors de France. Le domaine éminent , le domaine utile. — { 2. Le 
droit de souveraineté comprend-il le droit de propriété ? Réponse à cette 
question dans le droit public de Rome et des Germains. La deditio, 
Arioviste et les Burgundes en Gaule. — i 3. Uager publicus romain et 
les lois agraires. 



S I*^ — La- notion de la propriété foncière dans la France 
moderne. Autre manière de concevoir la propriété foncière 
mt dans V ancienne France^ soit hors de France : le domaine 
éminentf le domaine utile. 

Nous avons de la propriété foncière, nous Français de 
la fin du dix-neuvième siècle , une notion qui est le résultat 
d'habitudes d'esprit toutes récentes, car la législation qui 
les a produites remonte à environ cent ans : cette notion 
n'est pas conforme aux doctrines reçues chez nos ancêtres 
à une date très rapprochée de nous. En France , la pro- 
priété foncière était conçue, au siècle dernier, tout au- 
trement qu'aujourd'hui , et alors elle comportait certains 
démembrements qu'un droit nouveau a fait disparaître en 
prohibant le bail perpétuel , en déclarant la rente foncière 



16 LIVRE I-. CHAPITRE II. | 1. 

rachetable ou même en la supprimant sans indemnité 
quand on la considérait comme féodale. Ainsi , des deux 
éléments de la propriété foncière en France sous Tancienne 
monarchie, domaine éminent du seigneur ou, théorique- 
ment, du propriétaire primitif, et domaine utile du tenan- 
cier, le second seul subsiste; il est théoriquement une 
émanation du premier; il est certainement plus ancien 
dans bien des cas; mais peu importe la solution qu'on 
donne à cette question historique ; ce qui est certain, c'est 
qu'en France le domaine utile a , de nos jours , absorbé le 
domaine éminent. 

Beaucoup de nos compatriotes, même instruits, parais- 
sent ignorer combien est nouvelle la notion française mo- 
derne de la propriété foncière. L'ardeur de la discussion 
de ce qu'on appelle chez nous les questions sociales a créé 
dans leur esprit l'habitude de considérer comme une base 
nécessaire de la société la propriété foncière individuelle , 
telle que nos lois actuelles la définissent ; quand ils vont 
dans certains pays étrangers où la propriété foncière n'a 
pas eu la même histoire que chez nous et où elle est com- 
prise autrement, ils n'en peuvent croire leurs yeux. Rien 
n'est ridicule, par exemple, comme les observations des 
publicistes français qui vont se promener en Irlande. Là , 
il y a deux siècles, par une révolution opposée à la nôtre, 
le domaine éminent , quoique de date récente , a absorbé 
le domaine utile, dont l'origine se perdait dans la nuit des 
temps , et la généreuse équité du gouvernement anglais 
d'aujourd'hui cherche à rétablir le domaine utile au profit 
du tenancier spolié. Le voyageur français n'y comprend 
rien et croit assister à la réalisation des théories à priori 
émises par les socialistes du continent. — Il s'agit de donner 
à toute une nation , une réparation analogue à celle qu'en 
France obtinrent, il y a un demi-siècle, quelques milliers 
de vaincus, et qu'on appelle 1' « indemnité des émigrés. » 

Un peuple contemporain a beau être rapproché de nous 
géographiquement , on ne peut avoir l'intelligence de ses 



SOUVERAINETÉ ET PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. It 

institutions présentes et des passions qui raniment, si Ton 
ne se donne pas la peine d*ëtudier son histoire et si Ton 
n'arrive pas ainsi à se rendre compte de l'influence qui . 
dans ce peuple , est exercée sur chaque homme par la tra- 
dition. Combien^ sont puissants les souvenirs d*une nation, 
ces souvenirs , les uns brillants et doux , les autres péni- 
bles et irritants qui , traduits par la langue passionnée des 
mères , passent de leur bouche dans Toreille des enfants 
et deviennent le premier aliment de leur jeune intelli- 
gence. Il n'y a pas en Irlande une pierre ou un brin 
d'herbe qui ne rappelle à un Irlandais la spoliation si 
récente dont sa race a été victime. 

Ainsi, pour se rendre compte des passions qui agitent 
aujourd'hui un peuple étranger, pour concevoir comment il 
comprend ses institutions présentes, il faut connaître son 
passé ; sans connaître son passé à lui, on ne peut apprécier 
en quelle mesure ses idées sont différentes des idées d'un 
peuple qui, comme nous, a derrière lui un passé différent. 
Si quelqu'un ne saisit pas bien ce en quoi la façon de pen- 
ser des voisins qu'il veut observer s*éloigne de la sienne , 
l'étude qu'il prétend faire de leurs actes sera frappée de 
stérilité. 

Quand, au lieu d'un peuple contemporain, c'est le monde 
antique que l'on veut étudier, il faut commencer par une pré- 
paration analogue et chercher à se rendre compte de ce en 
quoi se distinguent de nos doctrines modernes les doctrines 
analogues admises à ces âges reculés. Si à l'idée que nous 
exprimons actuellement en France par le mot de propriété 
foncière , on compare les idées similaires dans le droit ro- 
main, vers la fin de la République , à Tépoque où la Oaule 
a perdu son indépendance, on est obligé de reconnaître 
entre ces idées romaines et la nôtre des différences impor- 
tantes. 

S 2. — Le droU de souveraineté comprend-il le droit de 
propriété? La réponse à cette question en droit public 

2 



18 LIVRE I". CHAPITRE II. | 2. 

romain et germanique. La deditio ; Arioviste et les Bur- 
gundes. 

Aujourd'hui la notion de la distinction entre la propriété 
et la souveraineté a fait des progrès considérables. Quand 
une province conquise est réunie au territoire d'un Etat 
vainqueur , cette province change de souverain ; mais la 
propriété privée reste dans les mains qui la détenaient 
avant la conquête. C'est une maxime du droit public euro- 
péen. Si ce principe subit quelques exceptions , lorsqu'il 
s'agit de la propriété mobilière , c'est-à-dire si , dans une 
certaine mesure, la propriété mobilière du vaincu passe 
entre les mains du vainqueur par le pillage ou par l'indem- 
nité de guerre qui est le rachat du droit au pillage, il est 
de principe que la propriété foncière privée tout entière et 
sans exception continue d'appartenir au vaincu. La pro- 
priété foncière publique du vaincu est la seule que la con- 
quête fasse passer entre les mains du vainqueur. 

Tel n'était pas le droit des Romains. On connaît la for- 
mule terrible de ce qu'ils appelaient deditio. Voici comment 
Tite-Live raconte la capitulation de CoUatie , ville sabine , 
qui, dit-on, se rendit aux Romains au temps de Tarquin 
l'Ancien. Quand les délégués des habitants se présentèrent 
à lui, Tarquin leur demanda : « Etes-vous les ambassa- 
» deurs envoyés par le peuple coUatin pour consentir à la 
» deditio du peuple coUatin ?» — « Nous le sommes , » 
répondirent-ils. — « Le peuple coUatin a-t-il le droit de 
» disposer de lui-même? » reprit Tarquin. — « Il Ta, » 
répondirent les délégués. — « Donnez-vous , pour être en 
» mon pouvoir et en celui du peuple romain, vos personnes 
» et le peuple coUatin , la ville , les champs , les eaux , les 
» limites, les temples, les meubles, toutes les choses di- 
)) vines et humaines? » — « Nous les donnons, » répon- 
dirent les députés. — « Et moi je les accepte , » répondit 
le roi. Cette formule se trouve répétée à peu près dans 
les mêmes termes par Tite-Live dans le récit des événe- 



SOUVERAINETÉ ET PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. 19 

ments de Tan 343 av. J. C. (1). II était de principe que le 
sol du territoire appartenant aux dedititii , c'est-à-dire aux 
vaincus qui s'étaient rendus sans conditions comme les 
CoUatins, devenait « propriété » de l'Etat romain. La formule 
de la deditio ne doit pas être entendue en ce sens que 
Rome acquit simplement la souveraineté. A la souve- 
raineté acquise par la conquête se joignait un droit de 
a propriété » absolue. Les champs conquis cessaient d'ap- 
partenir aux vaincus et entraient dans le domaine public 
romain. C'est encore la doctrine formulée par un des juris- 
consultes les plus célèbres du temps d'Hadrien et de Marc- 
Aurèle au second siècle de notre ère : « Fait partie du 
domaine public le champ qui est pris à l'ennemi (2), » et 
cette règle persiste dans le droit de Justinien ; du livre de 
Pomponius, elle est passée dans un des grands recueils de 
droit compilés par ordre du prince byzantin (3). 

Quand la capitulation était conditionnelle, il ne se sui- 
vait pas de là que le vaincu dût conserver la totalité de 
son territoire. Ainsi en Tan 486 avant notre ère la guerre 
avec les Herniques se termina par un traité qui leur enleva 
les deux tiers de leur territoire. C'est alors que fut présen- 
tée la première loi agraire. Elle proposait que le territoire 
conquis fût partagé moitié entre des Latins moitié entre des 
plébéiens romains (4). 

(1) a Deditosque Collatinos ita accipio eamque dedîtionis formulam esse : 
rex interrogavit « Estisno vos legaU oratorcsque missi a populo collatiao ut 
vos populumque coUatinum dederetis? » — a Sumus. » — « Estne populus 
coUatinus in sua potestate? » — « Est. » — « Deditisnc vos, populumque 
collatinum, urbem, agros, aquam, tcrminos, dolubra, ustcnsilia, divina hu- 
manaque omnia in mcam populiquc romani dicioncm? » — a Dedimus. » 
— « At ego recipio. » Tite-Live, livre I, c. xxxviii (éd. Teubncr-Wcissen- 
born, t. I , p. 41). Cf. Mommscn et Marquardt, Handbuch der rômischen 
Alterihûmer, t, III, p. 55-56, 138-139, 723. Comparez ce que rapporte Tite- 
Livc, livre VII, c. xxxr. 

(2) c Publicatur euim illo agcr qui ex hostibus captus sit. » Pomponius , 
Ad Sàbinum, livre XXXVI. 

(3) Digeste, livre XLIX, titre xv, loi 20, g 1. 

(4) t Cum Hemicis foodus ictum, agri partes duae ademptae. Inde dimi- 
dioxn Lalinis, diinidium plebi divisurus consul Cassius crat. » Tite-Live, 
livre II, c. XLi ; éd. Teubner-Weissemborn, t. I, p. 102. 



20 LIVRE !•'. CHAPITRE II. { 2. 

Telle était donc la doctrine des Romains sur le droit du 
vainqueur lorsque Jules César, de 58 à 51, fit la conquête 
de la portion de la Gaule restée jusque-là indépendante. Il 
régla en Gaule sa conduite sur cette doctrine. Nous voyons 
par exemple que deux Allobroges , Raucillus et Egus , fils 
d'Adbucillus, prince de la cité des Allobroges, reçurent de 
lui en présent des champs pris sur l'ennemi en Gaule. 
Grâce à ce cadeau et à des dons importants en argent , ils 
devinrent riches de pauvres qu'ils étaient d'abord (1). 

Les Germains, qui avaient comme César la prétention de 
conquérir la Gaule et auxquels César venait disputer cette 
proie, avaient la même notion que lui du droit du vainqueur 
sur le sol du territoire habité et cultivé par le vaincu. 
Quand le général romain arriva en Gaule, Arioviste avait 
dé^k occupé un tiers du territoire des Sequani, et il voulait 
en occuper un second tiers (2) ; or il ne faut pas se mépren- 
dre sur le sens du latin occupare dont César se sert et que 
nous avons tant bien que mal rendu par le français occu- 
p&i^ ; occupare agi^m en droit romain , c'est s'eu mettre en 
possession par un acte d'exploitation agricole. A la même 
date, les Aedui^ vaincus par les Germains, avaient perdu de 
la même façon que les Sequani la plus grande partie de 
leur territoire (3). 

Etait-ce le tiers ou les deux tiers comme les Sequani , 
nous n'en savons rien. En tout cas, il est curieux de voir, 
cinq siècles plus tard, les Burgundes réaliser définitivement 
dans la même région l'entreprise où Arioviste échoua, et 
procéder d'une façon analogue à l'égard des anciens habi- 
tants du pays. En 443 , les Burgundes prirent aux posses- 



(1) a His... agros in Gallia ex hostibus captos pracmiaquo rei pecuniariae 
magna tribuerat locuplctesque ox egcntibus fccorat. » De bello civili , 
III, 59. 

(2) « Ariovistus rox Germanorum... tcrtiam partcm agri Sequani qui es- 
set optimus totius Galliao occupavisset et nunc de altéra parte tertia Se- 
quanos decedere juboret. n De bello gallico, I, 31, | 10. 

(3) « Multatos agris. » De bello gallico, VII, 54, g 4. 



SOUVERAINETÉ ET PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. 21 

seurs romains une partie de leurs biens immobiliers (1 , 
d'abord la moitié des terres tant arables que friches, bois et 
jardins (2). Us avaient droit à un tiers desb&timents comme 
hôtes en exécution d*une loi des empereurs Ârcadius et 
Honorius en 398 (3) ; mais ils semblent bien en avoir pris 
moitié comme du reste (4). Vers l'année 500, la part des 
Burgundes dans les terres arables fut augmentée ; on Téleva 
de la moitié aux deux tiers pour tous les Burgundes qui 
n'avaient pas reçu de leur roi des dons immobiliers équi- 
valents (5). 

Ce chiffre des deux tiers enlevés aux anciens possesseurs 
semble copié sur l'exemple donné par Arioviste au premier 
siècle avant notre ère, quand, ayant pris ^uxSeqtuini un tiers 
de leurs terres, il voulut les contraindre à lui en livrer un 
second tiers, et sur l'exemple donné par les Romains quatre 
cents ans plus tôt qu'Arioviste, huit siècles avant les Bur- 
gundes, quand ils enlevèrent aux Herniques les deux tiers 
de leur territoire. 11 y a toutefois une grande différence. 

Lors de la conquête burgunde , ce n'est pas en un bloc 
les deux tiers d'une province que les Barbares occupent. 11 
y a autant de partages qu'il y avait d'exploitations agricoles 
ou de villœ: chacune est partagée entre l'ancien propriétaire 
romain et un Barbare nouveau venu qui prend moitié des 



(1) c Sabaudia Burgnndionum reliquiis datur cum indigenig dividunda. » 
Chronique de Prosper^ sur Tannée 443. ir Eo anno Burgundiones partem 
GaUiae occupavenint terrasque cum Gallicis senatoribus diviserunt. » 
Chrofiique de Marius, à l'année 456. 

(2) C'est ce que l'on doit conclure, semble-t-il, des titres XIII et XXXI de 
la loi des Burgundes. Ces titres appartiennent à la partie la plus ancienne 
de la loi, 488-490, et traitent, Tun des défrichements, Tautre des plantations 
de vignes , et supposent tous deux le principe de Tégalité du partage. Le 
même principe parût rappelé par les paragraphes 2 et 3 du titre LIV qui 
est postérieur. 

(3) Cade Tlièodosien, livre VII, titre viii, loi 5. 

(4) a Si militer de curte et pomariis circa faramannos condicione servata, 
id est ut medietatem Romani estiment praesumendam. » Loi des Burgundes, 
^H.LIV. |3. 

(5) c Tempore quo populus noster mancipiorum tertiam et duas terrarura 
partes accepit. » Lot des Burgundes, titre LIV, 2 1. Cf. Binding, Geschichte 
des Burgundisch-romsinischen^KQnigreichSf p. U^tsuiv. 



22 LIVRE I". CHAPITRE IL | 3. 

bâtiments et de l'enclos , moitié des friches et des bois , 
moitié d'abord, et deux tiers ensuite, des terres arables 
comprises dans l'exploitation. D'Arioviste aux Burgundes, 
il s'est écoulé cinq siècles. Dans cet intervalle , il s'est 
produit une grande modification dans les doctrines sur la 
valeur du lien que la jouissance plus ou moins prolongée 
du sol produit entre Thomme et la terre qu'il cultive et 
dont il récolte les produits. Les possesseurs romains étaient 
considérés comme ayant sur la terre un droit dont au mo- 
ment de l'établissement des Burgundes , au cinquième siè- 
cle de notre ère , on ne crut pas possible de les dépouil- 
ler entièrement. Quand, au contraire, Arioviste prit aux 
Sequani un tiers de leur territoire, quand les Sequani^ avec 
l'alliance d' Arioviste, s'emparèrent d'une grande partie des 
champs des Aedui, ne leur laissant guère que leurs vil- 
les (1) , l'opération doit s'entendre en ce sens qu'une vaste 
région, sans exception ni réserve (2), fut détachée du terri- 
toire des Sequani et du territoire des Aeduiy que les déten- 
teurs gaulois furent chassés de cette région et qu'elle fut 
occupée par de nouveaux habitants et par de nouveaux 
cultivateurs en même temps qu'elle changea de souverain. 

§ 3. — i'ager publions romains et les lois agraires. 

A Rome, le terrain conquis sur l'ennemi était propriété 
publique. Telle est l'origine de Vager publicus, qui, après 
la conquête de l'Italie par les Romains, comprit une grande 
partie du sol de la péninsule et qui s'étendit ensuite hors 
d'Italie dans de vastes territoires. On ne pouvait sans une 
loi, sous la république romaine, détacher de Y ager publions, 
à titre définitif, une portion quelconque du sol pour en at- 
tribuer à un Romain la propriété , ce que la loi romaine 



(1) c Compulsos in oppida, multatos agris. » César, De bello gMico, 
VII, 54. i 4. 

(2) « Tertiam partem agri sequani... occupavisset, et nunc de altéra parte 
tertia Sequanos decedere juberet. Ibidem, I> 31, | 10. » 



SOUVERAINETÉ ET PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. 23 

appelait le dominium ex jure Quiritium (1). En règle gé- 
nérale, Vager pviblicus n'était l'objet que d'une jouissance 
précaire, toujours révocable et grevée d'une redevance 
annuelle ; cette jouissance s'appelait possessio par opposition 
au dominium qui était la pleine propriété. La possessio de 
Vager publicus était, dans les premiers siècles de la répu- 
blique romaine, une sorte de monopole que se réservaient 
les patriciens et les familles nobles élevés par les fonc- 
tions publiques au niveau du patriciat. Ce monopole était 
un fait inévitable économiquement aussi bien que poli- 
tiquement : seuls, les patriciens et les nobles avaient à 
leur disposition , soit en esclaves , soit en bestiaux , soit 
en argent, les capitaux nécessaires pour mettre en valeur 
les vastes domaines de l'Etat romain. 

Avec le temps la possessio de Vager publicus romain, per- 
sistant héréditairement dans les mêmes mains , se rappro- 
cha peu à peu du dominium ^ ou, si l'on veut parler 
français, de la propriété. Mais les lois agraires dont la 
première fut présentée par le consul Cassius, l'an 486 
avant notre ère , et dont la plus célèbre est la loi Sempro- 
nia présentée par Ti. Gracchus , l'an 133 avant notre ère, 
furent une protestation de l'ancien droit et du sentiment 
populaire contre le droit nouveau que l'aristocratie avait 
la prétention d'introduire à son profit. Les dernières lois 
agraires furent votées en 59 pendant le consulat de César, 
grâce à la puissante influence acquise par le futur dictateur 
qui, pendant les années suivantes, se créa par la conquête 
de la Gaule les titres définitifs à la domination du monde 
romain. César était le chef du parti démocratique et conti- 
nuait à chercher la faveur populaire par les moyens qu'a- 
vaient employés les agitateurs les plus anciens. Les por- 
tions de Vager publicus italique, détenues depuis longtemps 
par la noblesse romaine , étaient devenues entre les mains 



(OHommsen et Marquardt, Uàndbuch der rômiechen Alterthûmer, 2* éd., 
t. ÏV, p. 94 et suiv.; t. V, p. I5i et suiv. Cf. t. III, p. 731 et Buiy. 



24 LIVRE !•'. CHAPITRE II. g 3. 

de cette noblesse une sorte de propriété, à laquelle pendant 
le premier siècle avant notre ère on n'osait plus opposer 
le droit primitif de l'Etat, mais TEtat empêchait cette 
quasi-propriété de s'étendre à des territoires nouveaux et 
voilà comment César ât partager Vager publions de Cam- 
panie (1), qui remontait à la seconde guerre punique et qui 
n'avait ainsi qu'un siècle et demi de date. 

Les lois agraires (3) dont César obtint le vote en 59 étaient 
en quelque sorte une seconde édition d'une loi déjà présen- 
tée par son parti sous le consulat de Cicéron, en 63, quatre 
ans plus tôt et qu'avait fait échouer l'éloquence du grand 
orateur romain Quand la loi agraire de 63 fut présentée , 
Vager publicus de Campanie était partagé entre des locatai- 
res qui seraient arrivés peu à peu à acquérir les mêmes 
droits que les noblessur l'ancien ager publicus italique, sans la 
mesure qui les remplaça parles protégés de Jules César (3). 
Cicéron, dans un de ses discours contre le projet de loi de 
l'année 63, cherche à exciter la pitié en faveur de ces bra- 
ves gens qui cultivent et possèdent tout Y ager campanus^ 
qui y sont nés, qui y ont été élevés et que la colonisation 
expulsera sans leur laisser d'asile (4). 

Ces considérations n'arrêtèrent point le parti démocrati- 
que ni son chef tout-puissant , et quand César arriva dans 
la Gaule barbare pour en faire la conquête, l'exécution de 



(1) Sur rhistoire de Vager publicus romain et des lois agraires jusqu'au 
premier consulat de César , voy. Mommsen et Marquardt , Handbuch der 
rômischen Alterthûmer, t. IV, 2* éd., p. 96-114. 

{2, Ces lois paraissent avoir été au nombre do deux ; Tune ayant pour ob- 
jet spécial rétablissement d'une colonie romaine à Capoue, Tautre con- 
tenant un règlement général sur la fondation des colonies. Celle-ci est ap- 
pelée, du nom de ses rédacteurs : Lex Mamilia, Roscia, Peducea, AJliena, 
Fabia. 

(3) Voyez les textes réunis par Mommsen, Corpus inêcriptionum lattna- 
rum, t. X, p. 366, 368. 

(4) « Sic enim dico : Si Campanus ager dividatur, exturbari et expelli pie- 
bem ex agris, non constitui et collocari. Totus enim ager Campanus coli- 
tur et possidetur a plebe et a plebe optima et modestissima... Atqne illi 
miser! nati in illis agris et aducati... quo se subito confetant.iioii habent. ■ 
De lege agraria çratio secunda, c. XXXI> {84. 



SOUVERAINETi ET PROPRIÉTÉ FONCIËRB. tt 

ses lois agraires commençait , au grand désespoir de la no- 
blesse romaine (1). Pendant ses campagnes en Graule, Ce* 
sar n'oubliait pas Rome ; ses Commentaires en offrent plu- 
sieurs traces et il y a un passage où ses préoccupations 
agraires se sont fait jour clairement. Ce passage fait partie 
de la description des mœurs des Germains. « Personne 
parmi eux , » dit César , « n'a une quantité de champ dé- 
terminé ou des limites qui lui appartiennent en propre , 
mais chaque année, les magistrats et les princes attribuent 
aux familles et aux parents par les femmes, qui se sont as- 
sociés entre eux, la quantité de champs qu'ils jugent à pro- 
pos, dans l'endroit qui leur parait convenable, et Tannée sui- 
vante ils les obligent à se rendre ailleurs (2). » Âpres avoir 
ainsi décrit des mœurs si différentes de celles de Rome, 
César se demande la cause qui les a fait établir, et mettant 
dans la bouche des Germains ses propres doctrines, il leur 
fait dire que le but de ces institutions est d'empêcher qu'il 
ne se crée en Germanie de vastes domaines et que les gens 
puissants ne chassent les petits de leurs possessions. Ne 
latos fines parare studeant potentioresque humiliores passes^ 
Hùnibus eœpellanL Latos fines ^ ce sont déjà ces latifundia Aoni 
parlent les moralistes du temps de l'empire romain : lati^ 
fundia perdidere Italiam (3). Quant à la spoliation des pau- 
vres par les riches , c'est un des motifs par lesquels on 
justifiait la loi agraire de Ti. Gracchus. La loi Licinia, en 

367 av. J.-C. , avait fixé à cinq cents jugera , c'est-à-dire 

* 

à cent vingt-six hectares, la portion de Vager publieus 
que pouvait détenir , à titre de possessio , un citoyen ro- 
main. Cette loi fut quelque temps exécutée , et l'on voyait 
souvent, à côté du riche possesseur de cinq cents jugera y 
des voisins pauvres jouissant chacun d'une portion beau- 
coup moins étendue. Mais peu à peu ces petites fermes 
passèrent malgré la loi entre les mains de riches voisins qui 

(1) Cicéron, Ad Atticuniy livre II, ép. xvîii, { 2, 

(2) De beUo gallico, VI, Î2. 

(3) Pline, Uvrs XVIII» 1 35, 



1 



36 LIVRE I- CHAPITRB H. { 3. 

les achetèrent d*abord par personnes interposées, ensuite 
ostensiblement. Telle fut la cause de la loi agraire de Ti. 
Gracchus en 133 avant J.-C. Nous l'apprenons par Plutar- 
que (1) et surtout par Salluste, contemporain, comme on 
le sait , de Jules César. Salluste raconte qu'après la chute 
de Carthage en 146 avant J.-C. , la noblesse romaine 
triomphante abusa de son pouvoir. Le peuple était accablé 
par le service militaire et par la pauvreté. Les généraux 
s'emparaient du butin fait à la guerre et le partageaient 
avec quelques amis ; pendant ce temps , les pères et les 
jeunes enfants des soldats étaient chassés de leurs maisons 
par des voisins plus puissants qu'eux : uii quisque poten- 
tiori eonfinû erat sedibus pellebatur (2) , ce sont presque les 
expressions dont César se sert dans le passage des Com- 
mentaires cité plus haut. Plus tard , Horace , un des fami- 
liers d'Auguste, c'est-à-dire du continuateur de César, 
exprime en vers la même idée ; il peint le pauvre expulsé 
par un riche voisin ; « on voit partir la femme et le mari ; 
» ils portent dans leur sein les dieux paternels et des en- 
» fiants en haillons (3). » 

César, dans sa description des mœurs des Gaulois, s'at- 
tache à mettre en relief les différences entre cette nation 
barbare et les usages romains. Il est naturel que trouvant 
chez tous les peuples de la Gaule cet ager^ publicus qui , à 
Rome , occupait si vivement le parti démocratique , il ait 
cru inutile d'en parler. En quoi renonciation d'un fait aussi 
banal pouvait-il piquer la curiosité de ses lecteurs ? 

Pour bien comprendre ce qu'était en Gaule la propriété 



(1) Vie de Tib. Grecchue, ch. VIII. 

m Jngiirtlia, 41. 

(S) Qnid qnod osqiie proximos 

RevelUs agri tenninos et ultra 

Limites clientium. 

Salis aTams ? Pellitnr patemos. 

In sinu ferons deos. 

Et nxor et yir sordidosqne natos. 

Horace, Odee, U, 18, vers 23-28. 



SOUVERAINETÉ ET PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. H 

foncière au temps de la conquête , il faut commencer par 
se rendre compte de Torganisation de la société politique 
dans le même pays , à la même date. Les lois qui règlent 
la condition de la terre sont toujours une conséquence des 
lois qui fixent la condition des hommes. 



CHAPITRE III. 



LA GAULE BARBARE AU MOMENT DE LA CONQUÊTE PAR CÉSAR. 
INÉGALITÉ DES PEUPLES ET DES HOMMES. 



Sommaire : 

Sbgtiom I. Les PEUPLES , distingués en principes et en clientes. — Sec- 
non II. Les HOMMES : A. Rois ; — B. Magistrats et principes ; — C. Sé- 
nats ; — D. Equités ; — E. Ch>nles ; ^ F. Comparaison avec la Féodalité 
française; — Q. Caractères distinctifs de la Féodalité celtique. 



Section première. 
Les PEUPLES, distingués en principes et en clientes. 

Dans la Gaule indépendante , à rarrivée de César , Tan 
58 avant notre ère , nous ne comprendrons pas TAquitaine , 
qui appartient ethnographiquement à TEspagne et qui n'a 
fait partie de la Gaule que lorsque celle-ci est devenue une 
circonscription administrative de TEtat romain. Sans doute 
Fauteur des Commentaires nous dit que TAquitaine est en 
Gaule ; mais , en s*exprimant ainsi , il n*énonce pas plus 
un fait politique qu*un fait ethnographique. Il parle en 
conquérant. Dans sa bouche, le mot Gaule exprime déjà une 
conception administrative : de cette conception, due proba- 
blement à son génie , il donne connaissance à ses compa- 
triotes pour leur apprendre comment ils devront gou- 
verner le pays vaincu. 

Quand César commence au nord des Alpes sa première 



INÉGALITÉ DE8 PEUPLES EN GAULE. 29 

campagne , la Gaule indépendante est divisée en deux par- 
ties qui, chacune, forment un groupe politique séparé : la 
Celtique et la Belgique. Dans la Celtique sont concentrés 
ceux des Gaulois encore libres qui ont les premiers passé 
le Rhin, peut-être vers Tan 500 avant notre ère. La Bel- 
gique est habitée par d'autres Gaulois qui plus récemment, 
peut-être vers Tannée 250, ont été, par les Germains, 
chassés de la région située à Test du Rhin, leur séjour 
primitif. Par une exception due à un phénomène géogra- 
phique, les Helvetii, quoique tout nouveaux venus, parais- 
sent compris dans la Celtique dont ils sont voisins , sans 
communication immédiate avec les Belges. Des nécessités 
topographiques l'emportent ici sur Fethnographie. 

Dans chacun des deux groupes politiques entre lesquels 
la Gaule se divise , il y a un peuple qui a exercé la supré- 
matie sur les autres peuples du même groupe pendant 
Tâge précédent , et qui prétend la conserver. Ce peuple , 
en Celtique, ce sont les Arverni; en Belgique, ce sont les 
Suessiones, Mais les Arverni et les Suessiones ont des enne- 
mis qui se placent sous la direction d*un ou de plusieurs 
peuples rivaux. Ceux-ci demandent l'appui des Romains, 
qui en profitent pour imposer leur domination à tout le 
pays en ne laissant à leurs protégés qu'une indépendance 
nominale avec le titre honorifique d'alliés , foederati (1). 



(1) Les Aedui et les Rémi reçurent le titre de foederati. Us avaient été , 
les uns en Celtique, les autres en Belgique , chefs du parti romain pendant 
les campagnes de César. Le même honneur fut conféré aux Lingone$ et 
anx Camutes. Les Lingonea dominaient sur un territoire très vaste , puis- 
que les Tricasses (Troyos), et les Caluellauni (Chàlons-sur-Marno) , parais- 
sent avoir été leurs sujets et que, par conséquent, le pays qui s'étend de 
Dijon à Chàlons-sur-M^c était soumis à leur autorité. Sans avoir un rôle 
aussi éclatant que les Aedui ou les Rémi, ils furent du nombre dos plus 
fidèles alliés de César. Dés l'année de* sa première campagne, en 58, ils lui 
fournissent du froment {De bello gallicOy I, 40) ; en 52, ils sont un des trois 
peuples (ftemi, Lingones, Treveri) qui refusent de prendre part à l'insur- 
rection générale de la Gaule iVII, 63); en 51, leurs cavaliers sont mentionnés 
parmi les cavaliers gaulois qui donnent leur concours aux opérations mili- 
taires des Romains (VIII, 11). 

Quant aux Carnutes^ la concession du titre de foederati qu'ils obtinrent 



30 LIVRE I". CHAPITRE III. SECtION 1-. 

L'histoire de la Gaule , à l'époque de la conquête , pré- 
sente une analogie curieuse avec celle de TAUemagne pen- 
dant les derniers siècles. En Allemagne dominait la maison 
d'Autriche , comme en Celtique les Àrverni et en Belgique 
les Suessiones, La politique française consista à soutenir les 
ennemis de cette maison, comme la politique romaine à 
soutenir ceux des Arverni et des Suessiones; mais, entre les 
mains inexpérimentées des hommes d*Etat français, Tarme 
qui, aux mains des Romains, était devenue Tinstrument 
de la conquête, a créé dans le vieil empire germanique 
une puissance beaucoup plus redoutable à la France que 
n'avait jamais été celle des princes autrichiens. Les rois 
de Prusse, chefs en Allemagne du parti protestant que la 
France soutenait jadis contre TAutriche, n'ont pas marché 
jusqu'au bout sur la trace des magistrats qui, par haine 
pour les Arverni et les Suessiones ^ ont jeté les Aeduiy les 
Rémi et leurs clients dans les bras des Romains. 

La Celtique et la Belgique, au moment où César en fait 
la conquête, sont divisées en un certain nombre d'Etats 
que César appelle civitates. Ces Etats ne sont point égaux 
entre eux. Certains , plus importants , ont les autres dans 
leur clientèle. Toutefois , les Etats clients conservent leur 
autonomie; ils ont leur armée distincte de celle de l'Etat 
dominant. Ils sont en quelque sorte les membres d'une 
ligue dont l'Etat dominant est chef. Il ne faut pas confon- 
dre les Etats clients avec les peuples clients qui ont cessé 
de former un Etat séparé et dont l'armée est fondue dans 
celle de l'Etat sous l'autorité ou imperium duquel ils se sont 
placés. Ces clients de second ordre ou sujets ne reçoivent 
pas dans les Commentaires de César le titre d'Etat, civitas^ 
donné par l'auteur aux clients de premier ordre ou alliés. 

En Celtique , l'Etat qui , au temps de César , a la clien- 
tèle la plus considérable est celui des Aedui qui , en con- 

peut avoir été la conséquence de ce que pour être agréables aux Romains, 
ils s'étaient placés dans la clientèle des Rémi (De hello gallico VI, 4). On 
étendit à eux la dignité de foederati accordée aux Rémi, 



INÉGALITÉ DES PEUPLES EN GAULE. 31 

séquence, possède sur la Celtique ce que César appelle le 
principal (1). L'Etat des Aedui est rival des Arvemi que les 
Romains ont vaincus et contre lesquels les Romains le 
protègent. Des Etats de la Celtique qui s'étaient placés 
dans la clientèle des Aedui, nous connaissons les Bitvr' 
rige$ (2) , les Senones (3) , les Parisii (4) , les Boii (5) , qui , 
dans la guerre entreprise par Vercingétorix , fournirent 
chacun un contingent séparé , et reçurent directement les 
ordres du conseil des principes de la Gaule. On demanda 
aux Bituriges 12,000 hommes, autant aux Senones^ 10,000 
aux Parisii , 2,000 aux Boii ; aussi ces quatre peuples ob- 
tiennent-ils chez César la qualification de civiias. 

Mais, en outre des Etats clients dont nous connaissons 
quatre, les Aedui avaient d autres clients qui étaient en quel- 
que sorte des sujets dont le contingent militaire se confon- 



(1) César, s* adressant au roi germain Arioviste, prétend que les Aedui 
ont obtenu « oroni tempore totius Galiiae principatum » (De bello gallicOj 
l, 43, 1 7). C'est une exagération contredite par les faits puisque les Arvemi 
avaient eu ce principal. Dans les idées reçues en Gaule à cette époque , il 
est nécessaire qu*un peuple ait le principat. Chez les Aedui^ un parti sou- 
tient qoe si les Aedut ne peuvent obtenir le principat de la Qaule , prin- 
cipatum Galiiae , il faut accepter le principat des Arvernes, car la domina- 
tion des Gaulois vaut mieux que celle des Romains (De bello gallico , 
1, 17, 1 3. Remarquons bien que, dans ces passages, Gaule et gaulois veulent 
dire Celtique et Celte, à l'exclusion de la Belgique). 

(2) « Bituriges ad Acduos quorum erant in fide legatos mittunt. » De bello 
gallico, VII, 5, { 2. Il s'agit vraisemblablement ici des Bituriges Cubi, dont 
la ville principale est Avaricum. César ne parle pas, seroble-t-il, des Bitu~ 
rigesVivisci qui, sous Tempire romain, ont Bordeaux pour capitale. Peut- 
être cependant le mot Bituriges désigne- t-il à la fois chez César les Bitu- 
riges Vivisci et les Bituriges Cubi, 

(3) « Senones... Caesarem... adeunt per Aeduos quorum antiquitus erat 
in fide civitas. » {De bello gallico, VI, 4, | 1-3.) 

(4) c Concilium Lutetiam Parisiorum transfert. Confines erant hi Senoni- 
Ims civitatcmque patrum memoria conjunxerat. » (De bello gallico, VI, 3, 2 5.) 

(5) « Boios petentibus Aeduis quod egrcgia virtute erant cogniti ut in 
finibus suis coUocaront concessit : quibus illi agros dederunt quosque pos- 
tca in parem juris libertatisque condicioncm atque ipsi erant receperunt. » 
De bello gallico, I, 28. Les Boii payaient tribut, slipendium, aux Aedui, 
Qaand Vercingétorix attaqua Gorgobina, oppidum des Doti.(quos ibi helve* . 
tico proelio victos Caesar coUocaverat, Aeduisque attribuorat), César vint 

à leur secours, « ne stipendiariis Aeduorum expugnatis cuncta Gallia 
deficeret » (De bello gallico, VII, 10, { 1.) 



32 LIVRE I". CHAPITRE 111. SECTION 1". 

dait avec le leur. Ces derniers ne reçurent pas d*ordres directs 
quand le conseil des principes de la Gaule , conformément 
aux instructions de Vercingétorix, prescrivit la levée d'une 
armée pour secourir Alesia. C'étaient les Segusiavi^ les Am- 
bivareti, les Aulerci Brannovices et les Brannovii. L'effectif 
imposé à ces quatre peuples se confondait avec celui des 
Aedui fixé en bloc à 35,000 hommes. Au début de la guerre, 
le plus important de ces clients de second ordre des Aeèuiy 
le peuple des Segusiavi^ avait été compris par Vercingé- 
torix, dans Tordre donné aux Aedui, de fournir 10,000 fan- 
tassins pour attaquer les Allobroges (1). Ces fantassins, tant 
Segusiavi qu' Aedui ^ avaient été placés sous le comman- 
dement d'un chef appartenant à la tribu dominante des 
Aedui j malgré l'antipathie naturelle de Vercingétorix pour 
ce peuple rival du sien (2). 

On sait que les Aedui étaient , dès le second siècle avant 
notre ère, les alliés du peuple romain (3). Hs restèrent les 
alliés de César pendant toute la guerre des Gaules, sauf 
durant la grande insurrection de l'année 52. Sous l'empire 
romain, ils portent encore le titre d'alliés, foederati^ 
donné alors en Gaule à trois autres peuples seulement : 
les Remit les Linganes, les Carnutes, 

Les Arverni , rivaux des Aedui , apparaissent dans l'his- 
toire comme ennemis du peuple romain. C'est en l'année 
121 avant notre ère. Leur clientèle atteignait à cette date : 
au sud , Narbonne , les Pyrénées et le territoire de Mar- 
seille; à l'ouest, l'Océan; à l'est, le Rhin (4); les Allô- 



(1) « Âediiis Segusiavisque... decem millia peditum imperat. > (De bello 
gallico, VII, 64, { 4.) 

(2) « His praofecit fratrem Eporedorigis. » {De bello gallicOf VII , 64, { 5.) 

(3) « Quodque Âeduorum agros socionim populi romani vastassent. • 
Titc-Live, Epitome du livre LXl, Les événements dont il s'agit dans ce 
texte se rapportent à Tannée 122 avant notre ère. Mommsen, Rœmische 
Geschichte, 6* édit., t. II, p. 162. Cf. Desjardins , Géographie historique et 
administrative de la Gaule romaine, t. II, p. 274. 

(4) « AUTttvav 8è Ti^v àpx^v ol 'Apovepvoi xal ii^xP^ Nap6wvoc xal tûv 6pc0v tl)c 
MaaffoXiutiSoc, ixpàTouv 8è xal to^v (iéxpt OupiQvT); iOvûv xal fiixp^ 'OxcavoO xai 
*P^ov. » Strabon, liv. IV, ch. ii, { 3, édit. Didot, p. 159, 1. 9-12. Mommsen, 



INÉGALITÉ DES PEUPLES EN GAULE. 33 

broges, alors, devaient être leurs clients (1). Au temps de 
César, la clientèle des Arverni est bien réduite ; leurs 
clients méridionaux sont tombés sous la domination romaine 
et forment la Province ; les peuples du nord , qui avaient 
été placés originairement dans la clientèle des Awerni en 
conservant leur indépendance , et plutôt comme alliés que 
comme sujets, paraissent avoir brisé en grande partie ce 
lien. 

On vit même les Sequani^ un des principaux clients 
septentrionaux des Ai^emi, supplanter les Arverni comme 
chefs du parti opposé aux Aedui pendant les premières an- 
nées du séjour de César en Gaule (2). Plusieurs des peuples 
ennemis des Aedui, après avoir été successivement clients 
des Arverni et des Sequani , voulant s'assurer Tamitié des 
Romains, demandèrent Tappui d'un peuple allié de Rome, 
et se placèrent dans la clientèle des Rémi (3), peuple belge, 
mais immédiatement voisin de la Celtique ; de ce nombre 
furent les Carnutes (4). 

Dès les premiers succès de César, il ne resta guère aux 
Arverni d'autres clients que leurs sujets , c'est-à-dire les 
peuples dont le contingent militaire se confondait avec le 



Rœmische Geschichte^ 6* édit., t. II, p. 162. Desjardins, Géographie histori- 
que et administrative de la Gaule romaine, t. II, p. 217, 274. Los Sequani, 
clients des Arverni, atteignaient le Rhin. 

(t) « AUobroges deinde et Arverni cum adversus eos similes Aeduorum 
querelae, opem et auxilium nostrum flagitarent. » Florus, livre I, ch. xxxvi, 
ou liv. III, ch. II. Edition d'Otto lahn, p. 159, 1. 21-23. Nous pouvons en- 
core citer les Ruleni (Oello supcratos esse Arvernos et Kutcnos) comme 
clients des Arverni, au deuxième siècle avant J.-C. (De bello gallico, î, 45, 
i 2), et les Carnutes {De bello gallico, VI, 4, § 2 ; 12, | 7). 

(2} « Galliac totius factioncs esse duas, Tiarum alterius principatum tenere 
Aeduos, alterius Arvernos. Hi, cum tantopcre de potost.itu intor se multos 
annos contcndercnt, factum esse uti ab ArvernisÔcquauisqucGenuani mor- 
cedc arcesscrontur. » (De bello g illico, 1 , 31 , § 3-4.) « Sequani principatum 
diiiiiscrant , in corum locum Rcmi successcrant. » (De bello gallico, VI, 
12, l 6, 7.) 

(3) « li, qui proptcr veteres inimicitias nullo modo cum Acduis conjungi 
potorant, se Remis In clientelam dicabaut. » (De bello gallico, VI, 12, § 7.) 

(4) • £odem Carnutes legatos obsidesquo mittunt, usi deprecatoribus Re- 
mis, quorum erant in clientela. » (De bello gallico, VI, 4, g 2.) 

3 



34 LIVRE !•'. CHAPITRE III. SECTION 1-. 

leur et sur lesquels ils exerçaient une autorité appelée par 
César imperium. Quand le conseil des principes de la Gaule 
convoqua Tannée qui devait inutilement tenter de secourir 
Alésia, il prescrivit une levée de 35,000 hommes chez les 
Àrvemi , y compris les Eleuteti , les Cadurci , les Gabali et 
les Vellavi (1). Cependant les Cadurci semblent avoir été , 
dans une certaine mesure , indépendants , puisque César 
leur donne dans un endroit le titre de civitas (2), que dans 
un autre endroit nous voyons marcher, distinct des troupes 
arvernes, un corps de Buteni et de Cadurci (3). 

Les Arvemi, après la conquête romaine , conservèrent 
une situation privilégiée, l'exemption d'impôts, une admi- 
nistration et une juridiction locale indépendante avec le 
titre de libres liberi, mais ils perdirent leur suprématie 
sur les Cadurci y les Gabali et les Vellavi qui devinrent 
autant de cités immédiatement subordonnées aux magis- 
trats romains. Les Eleuteti seuls semblent être restés soumis 
aux Arverni sous la domination des Romains. 

Dans la Gaule Belgique , les Suessiones ont eu , avant 
l'arrivée de César, une situation dominante analogue à celle 
des Arvemi dans la Celtique. Leur roi Divitiacus , quelque 
temps avant l'arrivée de César , a étendu son autorité sur 
une grande partie des régions voisines du pays des Sues^ 
siones et même sur la Grande-Bretagne. En 57, Galba, suc- 
cesseur de Divitiacus , est général en chef de l'armée des 
Belges coalisés contre les Romains (4). Jusqu'à cette date, 
les Rémi ont vécu sous la domination des Suessiones ; ils ont 
été soumis au même droit, aux mêmes lois, ont obéi au même 
commandement, et au même magistrat qui est le roi des Sues- 



(1) a Parem numerum Arvemis , adjunctis Eleutetis , Gadurcis , Qaballs « 
Vellavis qui sub imporio Arvemorum esse consuerunt. » {De bello gallico, 
VII, 75, § 2.) 

(2) Celeriter sibi Benones , Parisios , Pictones, Cadurcos... adjungit... 
bis civitatibus obsides imperat. » (De bello gallicOf VII, 4, § 6.) 

(3) a Rutonos Gadurcosque ad fines Volcarum Ârecomicorum depopulan- 
dos mittit. » [De bello gallico, VII, 64, i 6.) 

(4) De bello gallico, II, 4, i 7. 



INÉGALITÉ DES PEUPLES EN GAULE. 35 

siones (1). Alors les Rémi se révoltent contre les Suessiones, 
demandent le secours des Romains qui sont vainqueurs, 
qui contraignent les Suessiones à se rendre à discrétion et 
qui leur font grâce sur la demande des Rémi (2). Mais les 
rôles sont renversés ; de maîtres , les Suessiones deviennent 
sujets; ils passent sous la domination des Rémi qui, autre- 
fois, leur obéissaient (3) et sous la protection desquels 
viennent se placer même des peuples de la Celtique autre- 
fois clients des Arverni. Telle est l'origine de la haute for- 
tune qu'a eu depuis la ville de Reims ; de là son rang de 
métropole dans Tordre administratif sous les Romains, dans 
Tordre religieux jusqu'à nos jours , et même dans Tordre 
industriel et commercial où elle a encore maintenant, sur 
Sûissons 5 la suprématie acquise avec Taide du conquérant 
des Gaules, il y a près de deux mille ans. 

Les deux grandes clientèles des Arverni et des AedAii 
paraissent s'être partagé la Gaule celtique avant Tarrivée 
de César. Nous ne voyons pas que les Arterni aient eu 
aucun Belge parmi leurs clients , et quant aux Aedui , s'ils 
entrsdnent les Bellovaci dans leur clientèle, c'est une nou- 
veauté , résultat de l'ambition des Bellovaci , qui veulent , 
comme les Rémi , se soustraire à la suprématie des Sues- 
siones (4). 

(1) a Suessiones... fratres consanguineosque suos, qui eodem jure et iis- 
dem legibas utantur, unum imperium, unumque magistratum cum ipsis ha- 
béant. » {De beUo gallico^ II, 3, § 5.) 

(3) a Petentibus Remis, ut conservarentur, impétrant, o (De bello gallico, 
II, 12, 1 5.) 

(3) « In fines Suessionum qui Remis erant attributi. » (De bello gallicOy 
vm, 6. i 2.) 

(4) Quand Divitiacus , celui des chefs des Aedui qui est le plus dévoué 
anx Romains , vient demander à César la grâce des Bellov&ci vaincus , il 
prétend que les Bellovaci ont été de tout temps les alliés des Aedui ; a Bello- 
vacos omni tomporc infide atque amicitiacivitatis Âeduae fuisse » (De bello 
yailtco, II. 14, I 2). Il exagère évidemment la durée de la période pendant 
laquelle les Bellovaci ont accepté ce que César appelle ailleurs le principat 
des Aedui, 11 est inadmissible qu'à l'époque où le roi des Suessiones était 
le plus puissant de la Gaule et avait mis sous son autorité la plus grande 
partie de la Belgique et de la Grande-Bretagne : Divitiacum totius Galliae 
potentiorem qui cum magnae partis harum regionum etiam Britanniae 



36 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION 1". 

Les Suessiones étaient évidemment le peuple de la Bel- 
gique qui, avant César, avait dans cette région la clientèle 
la plus considérable. Après eux venaient les Nervii et les 
Treveri. Cinq petits peuples formaient la clientèle des Nei-- 
vii^ dont ils étaient en quelque sorte les sujets; ils étaient, 
nous dit César, soumis à leur commandement. César nous 
apprend leurs noms : Ceutrones, Grudii, Levaci, Pleumoxii, 
Geidumni (1). 

Les Treveri avaient sur leurs clients beaucoup moins 
d'autorité. C'étaient les Eburones et les Condrusi (2) , et 
probablement aussi deux peuples moins connus , les Cae- 
roesi et les Paemani. On réunissait ces quatre peuples sous 
la domination générique de Germani (3), ce qui ne veut 
pas dire qu'ils fussent Germains dans le sens ethnogra- 
phique exclusivement admis de nos jours (4). Ces peuples, 
clients des Treveri, n'étaient pas soumis à leur commande- 
ment. Lors de la coalition des Belges contre les Romains, 
en 57, ils entrèrent dans cette ligue qui accepta pour chef 
le roi des Suessiones, et ils firent défection aux Treveri dont 
la cavalerie se joignit à l'armée romaine (5). Ils étaient fort 
nombreux, puisque leur effectif fut fixé en bloc à 40,000 
hommes. C'était le plus considérable, après ceux des Bello- 



imperium obtinuerit (De bello gallico^ II, 4, § 7), les Bellovacif ses voisins lei« 
plus proches, n'aient pas été soumis à sa domination. 

(1) (c Facile hac oratione Ncrviis persuadet. Itaque confestim dimissis 
nuntiis ad Ceutrones, Grudios, Levacos, Pleumoxios, Geidumnos, qui om> 
nés sub eorum imperio sunt. » (De bello gallico, V, 39, {1.) 

(2) a In fines Eburonum et Condrusorum qui sunt Treverorum clientes 
pcrvenerant. » (De bello g&llico, IV, 6, g 4.) 

(3) « Condrusos, Eburones , Caeroesos , Paemanos , qui uno nomine Ger- 
mani appellantur. » (De bello gallico^ II , 4, 2 10.) u Segni Gondnisiquo ex 
gente et numéro Germanorum qui sunt inter Eburones Treverosque. » 
(/bid., VI, 32, i 1.) 

(4) Ces peuples n'étaient pas plus Germains dans le sens ethnographique 
que les Oretani, a qui et Germani cognominantur » en Espagne (Pline, 
liv. III, § 25) ou que les Treveri et les Nervii qui se vantaient d'avoir une 
origine germanique, comme Tacite nous l'apprend (Germanta, 28). 

(5) « Equités Treveri quorum inter Galles virtutis opinio est singularis 
qui auxilii causa ab civitate ad Caesarem missi vénérant. » (De bello gallicOj 
II, 24, i 4.) 



INÉGALITÉ DES PEUPLES EN GAULE. 37 

uoci, 60,000 hommes; des Suessiones et des Neivii^ chacun 
50,000. Cette comparaison nous montre quelle aurait du 
être en Belgique la puissance des Treveri , si leurs clients 
leur avaient été fidèles. De ces clients , dont quatre nous 
sont connus, les plus importants étaient les Eburones. 

Il fallait que les Eburones fussent non seulement belli- 
queux mais en état de mettre sous les armes un nombre 
de guerriers considérable , puisqu'ils détruisirent un corps 
de troupes romaines composé de quinze cohortes ou d'une 
légion et demie. Cependant leur état de subordination à 
l'égard des Treveri nuisait à leur considération. Voilà pour- 
quoi César les appelle une cité peu connue et de mince 
dignité (1). La cause qui provoqua leur seconde prise d'ar- 
mes contre les Romains atteste Tinfluence que les Treveri 
avaient conservée chez eux. Ils vinrent attaquer les Ro- 
mains sur le conseil d'Indutiomarus , chef du parti qui, 
chez les Treveri^ était hostile à César (2). C'était en 54, trois 
ans après la guerre de Tannée 57, où les Treveri avaient 
envoyé leur cavalerie dans le camp romain, tandis que 
leurs clients étaient dans le parti opposé. 

La maxime de Tégalité des peuples était aussi étrangère 
à la politique de César qu'à celle des Gaulois. Nous avons 
vu César placer sous la domination des Rémi les Suessiones 
vaincus. Il y a un autre exemple du même procédé. César, 
content des services de Commius, roi des Atrebates, fit sortir 
ce peuple de la catégorie des dedititii ou sujets de Rome 
pour le faire entrer dans celle des peuples libres , et mit 
dans sa dépendance les Morini (3). En général, le principal 

(1) « Civitatem ignobilem atque humilem Eburonum. » (De bello gallico, 
V,28,il.) 

(2) a Indutiomari Treveri nuntiis impulsi. » {De bello gallico , V, 26 , g 2.) 
f3) (! Quibus illo pro mcritis civitatem ejus immunem esse jusserat , jura- 

que legcsque rcddiderat atque ipsi Morinos attribuerat. » (De bello gallico, 
VII, 76, i 1). Les Atrebates avaient fait partie de la ligue des Belges en 57 (De 
bello gallico, II, 4, 16, 23). Ils furent évidemment deditilii à la fin de cette 
campagne. César leur imposa Commius comme roi et renvoya en ambas- 
sade en BreUgne en 55 (De bello gallico, IV, 21), gj 6-7. Les Morini furent 
conquis par Labiénus la même année (De bello gallico, IV, 38). 



38 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION l~. 

des Aedui en Gaule fut le résultat de la politique romaine. 
Cette politique n'était qu'une façon particulière d'appliquer 
le système gaulois du principat, que le parti opposé aux 
Romains, entendait appliquer différemment : Vercingétorix 
proposa aux Allobroges le « principat » de la province ro- 
maine (1), et quand l'assemblée générale de la Gaule in- 
surgée élut, à Bibracte, Vercingétorix général en chef, les 
Aedui virent avec douleur que le « principat » leur était 
enlevé et retournait aux Arverni (2). 

Un détail de la politique de César après la prise d'Alésia 
et la capture de Vercingétorix montre combien le général 
romain entendait peu changer, au moins dans la forme, 
le système général de l'organisation gauloise : les Aedui 
l'avaient trahi , les Arvernes avaient été à la tête de l'in- 
surrection qui avait semblé sur le point de terminer par 
un désastre six années de victoires. Or César, qui livra, 
en règle générale, les Gaulois captifs à ses soldats, avec 
droit d'en disposer comme esclaves, fit exception pour les 
prisonniers Arverni et Aedui qui furent, la plupart, ren- 
voyés chez eux. Les Arverni^ comme peuple, restèrent 
liberi avec une sorte d'indépendance municipale et l'exemp- 
tion d'impôts, les Aedui non seulement gardèrent leurs 
magistrats, jouirent de l'exemption des impôts, mais de- 
meurèrent foederati^ conservèrent le titre d'alliés des Ro- 
mains dont ils avaient abandonné la cause au moment du 
danger. Au contraire, la plupart des peuples de la Gaule, 
dont le tort unique avait été de se laisser entraîner par les 
Arverni et par les Aedui^ furent comprisjdans la catégorie in- 
fime des dedititii et frappés d'impôt au profit de l'Etat ro- 
main : tant le respect des privilèges consacrés par l'usage 
l'emportait sur l'équité ! Ainsi le voulait la politique. 

Nous ne pouvons pas donner d'une façon absolument cer- 



(1) (( Imperium totius provinciae. » (De hello gallicOf VII, 64, ( 8.) 

(2) a MagQo dolore Aedui ferunt se dejectos principatu. » (De belîo gallico, 
VII, 63, g 8.) 



INÉGALITÉ DES PEUPLES EN GAULE. 39 

laine la liste des Etats dont la Gaule se composait au temps de 
César. Au commencement de Tempire romain , leur nombre 
s'élevait à soixante ou soixante-cinq. Les Commentaires en 
nomment un nombre moindre, quarante-quatre seulement (1). 
Il est possible que cette différence soit , dans une certaine 
mesure , le résultat d'omissions commises par César ; mais 
nous n'avons aucune raison pour supposer qu'Auguste ait 
diminué dans la Gaule conquise le nombre des cités ou 
états. Il est même certain qu'il en a créé de nouveaux. 
Tels sont les Vellavi et les Gabali, qu'il a fait sortir de la 
dépendance des Arvemi ; les Tricasses et les Catuellauni , 
affranchis de la domination des Lingones ;2) ; les Silvanectes 
et les Meldi , enlevés aux Suessiones (3) ; les Segusiavi , dé- 
tachés du territoire des Aed^ii et attribués à celui de la co- 
lonie de Lyon ; les Aulerci Brannovices , sujets des Aedui , 
qui forment une cité dont la capitale est Autessiodurum (4). 
Auguste, s'attachant surtout à diminuer l'influence exa- 
gérée que certains peuples avaient acquise , ne maintint 
pas les agrandissements de territoires accordés par César 
à des protégés. Il ôta aux Rémi le territoire des Suessiones 



(1) Aedui, Ambiani (VII, 75; VIII, 7), Ambibarii (VII, 75), Ambiliati (III, 
9, 10), Andes (VII, 4), Arvemi, Atrebates, Aulerci Genomanni et Aulerci 
Eburovices (VII, 75), confondus ailleurs sous le nom d'Aulerci(II, 34; III, 29; 
VII, 4; VIII, 7), Bellovaci (11,4,15; V, 24; VII, 59, 75; VIII,7, 21),Bituriges 
(Vn, 15, 75; VIII, 11). Boii (VII, 17, 75), Cadurci (VII, 4; VIII, 32), Caleti 
(VII, 75; VIII, 7). Camutes (V, 25, 56; VII, 43 , 75; VIII, 31, 38), Curioso- 
lites (II, 34; III, 7; VII, 75), Diablintes (III, 9, 10), Eburones (V, 24, 27, 28; 

VI, 34; VIII, 38). Elvetii (I, 2, 4, 9, 12; VII, 75), Esubii (II, 34; III, 7; V, 
24), Lcmovici (VII, 4, 75), Lexovii (III, 9, 10, 29; VII, 75), Lingones (VIII, 
U), Mediomatrici (VII, 75). Menapii (III, 9, 10), Morini (III, 9, 10; V, 24; 

VII, 75, 76), Namnetes (III, 9, 10), Nenrii (II, 28; V , 24 ; VII, 75), Nitiobro- 
ges (VII, 75), Osismi (II, 34; III, 9, 10; VII, 75), Parisii (VI, 3 ; VII. 4, 75) , 
Petrucorii (VII, 75), Pictones (VII, 4, 75; VIII, 26), Rauraci (VII, 75), Re- 
doncs (II, 34 ; VII, 75), Rémi, Ruteni (VII, 7, 75), Santoni (VII, 75), Senones 
(V, 54, 56; VI, 5; VII, 4, 75), Sequani (I, 3, 31 ; VII, 75), Suessiones (II, 13; 
VIU, 6), Treveri (II, 24; V, 3, 4; VI, 8 ; VIII, 25), Turoni (VII , 4, 75), Ve- 
liocasses (VII, 75; VIII, 7), Venelli (II, 34; VII, 75). 

(2) Longnon, Atlas historique de la France, texte explicatif des planches, 
page 6. 

(3) Longnon, tbtd., p. 7. 

(4) Longnon, ibid., p. 4. 



40 LIVRE !•'. CHAPITRE III. SECTION 2. 

et aux Atrebatcs celui des Morini. Il n'y a donc pas contra- 
diction entre le chiffre de quarante-quatre cités ou Etats 
fourni par les Commentaires de César et celui de soixante 
ou soixante-cinq au début de l'empire romain. 

Nous savons par Josèphe le chifiFre officiel , semble-t-il , 
du nombre des peuples de la Gaule indépendante, Aqui- 
taine comprise. Il est de trois cent cinq (1). En retranchant 
pour l'Aquitaine les trente peuples dont Pline fait Ténu- 
mération (2), il reste deux cent soixante-quinze peuples 
comme total pour la Belgique et la Celtique. Déduisons les 
quarante-quatre peuples qui constituent des Etats, nous 
trouvons deux cent trente et un peuples sujets, c'est-à-dire 
un peu plus de cinq par peuple autonome et dominant à 
l'époque de César. 

Section II. 

Les hommes. 
A. — Rois. 

Chez les Gaulois, l'égalité des hommes n'est pas plus 
un dogme politique que l'égalité des peuples. Cependant la 
plupart des Etats gaulois sont des républiques. Mais les 
républiques établies sur les ruines des monarchies sont en 
général aristocratiques. Cette loi est confirmée par l'exem- 
ple de la Gaule. 

En Celtique, à l'arrivée de César, il n'y a plus que deux 
rois : l'un Teutomatus ou son père et prédécesseur Ollovico, 
sur la frontière de l'Aquitaine, chez les Nitiobroges {3)] 

(1) « flevTe 8è xal TptaxoaCot; 7r).r|6uovTec {Bve^i. » (De bello jud&ico^ livre II, 
cb. XYi, édit. Didot, p. 119, 1. 11 , 12.) Ce chiffre précis a été remplacé par 
un nombre rond chez Plutarquo qui dit trois cents, a iOvv) Si iyjtiçv^tra'zo Tpia- 
xoffia u [Césary 15, édit. Didot, p. 852. 1. 43, 44), et cbcz Appien qui dit qua- 
tre cents, « iOvT] tï tExpaxosta » (De rébus gallicis^ ch. II, édit. Didot, p. 24). 

(2) Histoire naturelle ^ liv. IV, g 108. à partir du mot Sediboviates. Les 
peuples dont les noms précèdent appartiennent à la Celtique de César dont 
Auguste les a démembrés. 

(3) De bello gallico, VII, 31, | 5, 46 ,{ 5. 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 41 

l'autre Moritasgus , dans le nord , chez les Senones (1) ; or 
dans ce dernier peuple, Cavarinus , pour succéder à Mori- 
tasgus, son frère, qui lui-même succédait à ses ancêtres, a 
besoin de la protection de César; malgré cet appui si puis- 
sant, une assemblée publique le condamne à mort et il 
n'échappe au supplice que par la fuite (2). Partout ailleurs 
la royauté parait avoir péri antérieurement au début de la 
guerre des Gaules. Comme exemple, nous pouvons citer 
cinq peuples : les Arverni , les Sequani , les Helvetii , les 
Camutes^ les Aedui, 

César est notre autorité. Chez les Arverni le fameux roi 
Bituitus , qui a été au siècle précédent vaincu par les Ro- 
mains , n'a pas de successeur ; le père de Vercingétorix , 
Celtillus , accusé de prétendre à la royauté , a payé cette 
ambition de sa vie (3). Chez les Sequani , Casticus , fils du 
dernier roi , n'a pas obtenu la couronne et cherche en vain 
à se la faire donner (4). Chez les Helvetii^ Orgetorix, accusé 
de prétendre à la royauté , est traduit devant le tribunal 
suprême de l'Etat et aurait été condamné au supplice du 
feu si une mort subite et probablement volontaire ne l'eût 
soustrait au jugement (5). Chez les Carnutes, le conquérant 
romain fait rendre à Tasgetius la royauté de ses aïeux, 
en 56 avant notre ère. Tasgetius règne un peu plus de 
deux ans, puis ses ennemis le tuent publiquement avec 
Tapprobation de la plus grande partie de leurs concito- 
yens (6). 

(1) De bello gallico, V, 54. Cf. note 7. 

(2) « Cavarinuro, qucm Caesar apud eos rcgem constituerai, cujus frater 
Horitasgiis advcntu in Galliam Caesaris cujusque majores rcgnum obtinue- 
rant, interficore publico consilio conati. » (De bello gallicOy V, 54, 2 2.) 

(3) De bello g&llico, VII, 4, § 1. 

(4) « Orgetorix persuadet Castico, Catamantalocdis filio , sequano, cujus 
patcr rcgnum in Scquanis multos annos obtinuorat et a senatu populi ro- 
mani auiicus appcUatus erat, ut rognum in ci vitale sua occuparet, quod pa- 
1er anle habuorat. » (De bello gallico, I, 3, § 4.) 

(5) De bello gallico, I, 4. 

(6) De bello gallico , V, 25, 29; VI, 2, 4. Acco avait pris l'initiative de ce 
meurtre; César le fit périr sous les verges puis décapiter (VI, 44, 9. 2; 
cf. VIII, 38, l 5). 



42 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION 2. 

Chez les Aedui, Tambitieux Dumnorix prétend aussi à la 
royauté ; mais comme il sait que cette institution est anti- 
pathique à ses concitoyens, c'est par Tappui de Tétranger 
qu'il compte s'assurer le succès. Il arrivera, pense-t-il 
d'abord, avec l'aide des Helt)eHi (1) ; et après la défaite de ce 
peuple , quand il a vu César créer des rois chez les Carnutes 
et les Senones , il espère obtenir du général romain la même 
faveur et il a l'imprudence de s'en vanter dans l'assemblée 
des Aedui, propos qui provoque un mécontentement général 
parmi ses concitoyens (2). César le fait tuer, et dans cette 
circonstance, sa politique est d'accord avec l'opinion domi- 
nante contre laquelle il s'était inutilement mis en lutte 
lorsqu'il avait donné des rois aux Senones et aux Carnu- 
tes, 

Pour rendre un peu de popularité à la royauté en Celtique, 
il fallut le grand soulèvement de l'année 52 et la nécessité 
universellement sentie d'un chef militaire unique et tout- 
puissant; on proclama roi Vercingétorix (4). Mais ce chan- 
gement d'opinion fut éphémère. Au bout de quelques mois, 
le nouveau roi est déjà accusé de trahison. On prétend 
qu'il voudrait tenir de César plutôt que des Gaulois le 
titre que ceux-ci lui ont conféré (5). Nous savons le reste 
de sa tragique histoire. L'impopularité du titre qu'on lui 
avait donné a pu être une des causes du désastre final. 
Généralement, en Celtique, à cette époque, on n'aime pas 
les rois. 

En Belgique, la royauté paraît moins antipathique à la 
masse de la population. Lors de la coalition formée contre 
César, en 57, un roi est choisi pour général en chef; c'est 



(1) De bello gallico, I, 3, 9, 18. 

(2) <x In concilio Aeduorum Dumnorix dixerat sibi a Caesare regnum ci- 
vitatis deforri, quod dictum Aedui graviter ferebant. » (De bello gallico, 
V, 6, î 2.) 

(3) De bello gallico, V, 7, § 7-9. C'était en 54. 

(4) « Rex ab suis appellatur. » (De bello gallico^ VII, 4, § 4.) 

(5) a Regnum illum Galliae malle Caosaris concessu quam ipsorum haberc 
beneficio. » (De bello gallico, VII, 20, i 2.) 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 43 

Galba , qui règne sur les Suessiones (1). Les Eburones , ce 
peuple obscur qui tue aux Romains une légion et demie , 
c'est-à-dire un corps d'au moins cinq mille hommes , sont 
gouvernés par deux rois qui ont soulevé leur peuple contre 
les Romains (2). Il y eut en Belgique un roi créé par César, 
comme en Celtique Cavarinus et Tasgetius ; ce fut Com- 
mius, chez les Airebates (3). Mais Commius fut plus heureux 
que ses collègues nommés par César chez les Senones et 
chez les Camutes; son autorité fut respectée de ses conci- 
toyens ; il devint un prince national , prit part aux insur- 
rections de 52 et de 51 (4) ; ce furent les Romains, et non 
ses concitoyens, qui lui ôtèrent le pouvoir (5). 

Quoi qu'il en soit , même en Belgique , la royauté est 
une exception. La plupart des Etats de la Gaule indépen- 
dante sont des républiques à la tête desquelles nous voyons 
des magistrats (6) , un sénat , et au-dessous d'eux des ci- 
toyens divisés en deux catégories : les équités^ cavaliers 
ou chevaliers, qui combattent à cheval, et la plèbe ou 
multitude, plebs, multitudo^ qui fournit aux armées l'in- 
fanterie. 

B. — Magistrats et principes. 

Les magistrats des Helvetii prennent la défense de la loi 
à laquelle Orgétorix veut se soustraire et réunissent contre 
lui les citoyens en armes (7). Il y a aussi des magistrats 



(1) De bello gallico, II, 4, i 7. 

(2) c Initinm repentini tumultus ac defectionis ortum est ab Âmbiorige et 
GatUTolco, qui, cum ad fines regni sui... » {De bello gallico , V, 26, {{ 1-2.) 
« Catnvolcus, rez dimidiae partis Eburonum. » (De bello gallico, VI, 31, { 5.) 

(3) a Gommium, quem ipse Atrebatibus superatis regem ibi constituerat, » 
{De bello gallico, IV, 21, { 7.) 

(4) De bello gallico, VII, 75, 76, 79; VIII, 6, 7, 10. 

(5) Ibid., VIII, 21, 23, 47, 48. 

(6) César, VI, 20, §2 2-3, parlant en général de Tadministration des cités 
de la Gaule, désigne l'autorité suprême par le mot magistraiui employé une 
fois an singulier, une fois au pluriel. 

(7) « Cum civitas ob eam rem incitata armis jus suum exsequi conaretur. 



44 LIVRE !•'. CHAPITRE III. SECTION 2. 

chez les Aedui. On prétend que chez eux , Dumnorix s'est 
acquis sur le peuple une influence qui surpasse Tautorité 
des magistrats (1). 

Parmi ces magistrats des cités , il y en a un qui est in- 
vesti d'une autorité supérieure à celle des autres et que 
César appelle magistrat suprême , summus magistratus (2) , 
ou plus brièvement magisiratus (3). Chez les Aedui et chez 
les Lexovii^ le magistrat suprême se nommait, en gaulois, 
vergobretos ; il était annuel et unique (4). Nous connaissons 



DQUltitudinomque hominum ex agris magistratus cogèrent. » {De bello gai- 
lico, I, 4, g 3.) 

(1) « Esse nonnullos quorum auctoritas apud plebem plurimum valeat , 
qui privatim plus posscnt quam ipsi magistratus. » (De bello gallico , I , 
17, { 1. Cf. Intcrmissis magistratibus, ibid.y VII» 33,4.) 

(2) De bello gallico, I, 16. § 5; VII, 33, § 2. 

(3) De bello gallico, 1, 19, § 1 ; VII, 32, § 1 ; 37, § 6; 55, g 4. Dans I, 19, | 3-4; 
le magisiratus qui accuse Dumnorix est Liscus, vergobret, comme on le 
voit aux chap. IG et 17. 

(4) ff Convocatis eorura principibus... in his Divitiaco, et Lisco qui summo 
magistratui pracerat quem vergobretum appellant Acdui, qui creatur anuus 
et vitae necisquo in suos habot potestatom. o (De bello gallico, I, 16, g 5.) 
M. Mowat a soutenu qu'il fallait lire praeerant et qu'il y avait deux vergo- 
brets comme à Rome doux consuls ; mais cette doctrine est contredite par 
le passage de César. VII, 32, g 3. où les principes des Aedui racontent que : 
« Cum singuli magistratus antiquitus creari atque rcgiam potestatom annum 
obtincre consucsscnt, duo magislratum gérant et se uterque eorum legibus 
crcatum esse dicat. » César annule une des deux, élections. De ces textes 
il ne faut pas séparer le passage suivant de Strabou, liv. IV, ch. iv, g 3, 
édit. Didot, 164, I. 6-9 : « ^Ëva 6*iflYE|ji6va f,(/oOvTO xat* évtauxàv x6 icaXaiov, (b; 
fi'aOxfii); el; icoXepiov si; uicà toO icXiq^ou; dire6eCxvvT0 orpatriYÔç. » Ainsi , outre le 
magistrat annuel, chaque état avait, en cas de guerre, nous dit Strabon, 
un général élu par la multitude. C'est elle qui élit Vercingétorix {De bello 
gallico^ VII, 21, g 1.) Les Commentaires nomment, outre Vercingétorix, 
sept de ces généraux : Divico qui commandait les Helvelii quand , en 107 , 
ils battirent et tuèrent le consul L. Cassius Longinus (De bello gallico , I , 
13, g 2. Cf. Mommsen, Rœmisrhe Geschichte, 6" édit., t. II, p. 174, 175); Epo- 
redorix , sous les ordres duquel les Aedui , s'étaient fait battre par les Se- 
quani avant l'arrivée de César en Gaule {De bello gallico, VII, 67, g 7); Bo- 
duognatus, général des Nervii en 57 (Duce Boduognato qui summain imperii 
tonebat. Ibidem, II, 23, H); Camulogenus, général des Aulerci et do leurs 
alliés en 53 (8umma imperii traditur Camulogeno Aulerco. Ibid. ,\ll, 57, g 3. 
Dux hostium Camulogenus, VII, 62, g 5); Sedulius, général des Lemootces 
la môme année (Sedulius, dux et princcps Lemovicum occiditur. Ibid., \ll, 
88); Correus, général des Bcllovaci en 52 (Bellovacos... duce Correo Bello- 
vaco. Ibid.y VIII, 6; cf. 17), et Dumnacus, qui, la même année, comman- 
dait les Andecavi (A Dumnaco , duce Andium, /6td., VIII, 26). Chez les 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 45 

les noms de trois vergobrets des Aediii, L'un est Liscus , 
investi de cette fonction en Tannée 58 (1). Valetiacus la 
remplit en 53 ; son frère Cotus prétendit lui succéder en 
52; mais le parti opposé lui préféra Convictolitavis , qui 
l'emporta grâce à Tintervention de César, et qui cependant 
se laissa entraîner du côté de Vercingétorix (2). 

Nous apprenons par une monnaie le nom de Cattos, ver- 
gobretos chez les Lexovii (3). 

Tel est le mot gaulois que César rend par summus ma- 
gistratus. On n'a pas encore déterminé d'une manière pré- 
cise en quoi consiste la situation qu'il désigne par le mot 
de principatus . Chez les Aedui^ Dumnorix, en l'an 61, ob- 
tenait le principatus (4). César parait lui avoir ôté cette 
dignité (5). En 53, Eporedorix, jeune homme de haute 
naissance , et Viridomarus , d'origine moins distinguée , 
mais protégé de César, prétendent tous deux au principatus 
chez le même peuple, et lors de l'élection du vergobretos^ 
l'un avait donné son appui à Convictolitavis, l'autre à 
Cotus, concurrent de ce dernier (6). 

Aedui, le vergobret ne pouvait commander l'armée parce qu'il lui était in- 
terdit de sortir du territoire de la cité (Ibid, , VII , 33, § 2). Il est possible 
que la même loi existât chez d'autres peuples et ainsi s'expliquerait l'é- 
lection d'un général en cas de guerre par la multitude , comme nous 
l'apprend Strabon. Cette distinction entre l'autorité civile et l'autorité 
militaire n'existait pas à Rome. 

(1) De bello gallico, I, 16, | 5. 

(2) De bello gallico, VII, 32, 37, 42, 55, 67. 

(J} Cette monnaie a fourni le sujet d'intéressantes dissertations à 
MM. Mowat, Charles Robert et Emile Ernault. Nous adoptons l'opinion des 
deux derniers. 

(4) « Qui eo tcmpore principatum in civitate obtinebat. » (De bello gai- 
lico, I, 3, I 5.) 

(5) « Dumnorigem... odisse etiam suo nominc Cacsarem et Romanes quod 
eomm advenlu potentia cjus deminuta et Divitiacus fratcr in antiquum 
locum gratiae atque honoris sit rcstitutus. x> {De bello gallicOj I, 18, | 8.) 

(6) a Uis erat inter se de principatu contcntio , et in illa magistratuum 
controversia, alter pro Convictoiitavi . altcr pro Goto summis opibus pug- 
naverant. » {De bello gallicOy VII, 39, g 2.) César les appelle collectivement 
princes do la cité : « Principes civitatis Eporedorix et Viridomarus. » (De 
bello gallico, VII, 38, g 2.) La magislratuum conlrovcrsia dont il est ques- 
tien au chap. 39 est celle dont il a été traité aux chap. 32 et 33 du même 
livre. 



46 LÎVRE I". CHAPITRE lîl. SECTION 2. 

En 54, Indutiomarus et Cingétorix se disputent le prin^ 
cipatus chez les Treveri , et César , après des démarches en 
faveur du second, semble les laisser tous deux au pouvoir 
concurremment jusqu*à Tannée suivante où, Indutiomarus 
étant tué , Cingétorix est investi du principatus et du com- 
mandement, — probablement militaire (1). — Plus tard, dans 
le De bello civili , il est question d'un certain Adbucillus 
qui avait obtenu le principatus chez les AUobroges pendant 
un grand nombre d'années (2). 

Si Ton se bornait à étudier les textes que nous venons 
de citer, le mot principatus pourrait sembler indiquer une 
magistrature qui aurait dû régulièrement être occupée par 
un seul individu dans chacun des trois peuples dont il vient 
d'être question, c'est-à-dire chez les Aedut^ chez les Tre- 
veri et chez les AUobroges. Mais cette explication présente 
une difficulté. C'est que , précisément pour chacun de ces 
trois peuples. César, dans d'autres textes, nous fait connaî- 
tre l'existence simultanée de plusieurs principes. 

Prenons d'abord les Aedui. 

Avant l'arrivée de César en Gaule, au moment même 
où Dumnorix avait le principatus chez les Aedui , ceux-ci 
vaincus sont contraints à livrer comme otages les fils de 
leurs principes aux Sequani qui, avec l'aide d'Arioviste, 
les ont, en 61 , battus dans plusieurs combats (3). César, 
en 58 , a dans son camp un grand nombre de principes des 
Aedui; il les convoque à une assemblée (4). En 53 , il reçoit 
une ambassade composée de principes des Aedui (5). 



(1) « Duo de principatu inter se contendebant , Indutiomarus et Cingé- 
torix. » (De bello gallicOy V, 3, g 2.) a Cingetorigi... principatus atque impe- 
rium est traditum. » (De bello g&llicOj VI, 8, § 9.) 

(2) a Qui principatum in civitato multis annis obtinuerat. » (De bello ci- 
vili, III, 59.) 

(3) a Obsides ab iis principum filios acciperent. » (De bello gàllico , VI, 12, 
8 4.) 

(4) <x Gonvocatis eorum principibus quorum magnam copiam in castris 
habebat. » (De bello gallico, I, 16, g 5.) 

(5) « Legati ad eum principes Aeduorum veniunt. » (/)e bello gallico, 
VII, 32, 8 2.) 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 47 

On peut faire la même observation chez les Treveri, 

A rinslant même où Indutiomarus et Cingétorix se dis- 
putent le principatus chez les Treveri , César , qui préfère 
Cingétorix, convoque les principes des Treveri et obtient 
d'eux qu'ils se mettent du côté de Cingétorix (1). 

La même pluralité dans le principat se rencontre chez les 
Allobroges : en 52, Vercingétorix , cherchant à les gagner, 
promet de l'argent à leurs principes (2), et cependant nous 
lisons ailleurs que chez les Allobroges^ Adbucillus avait eu 
le principatus pendant un grand nombre d'années (3). 

Les /îemi donnent lieu à une remarque analogue. En 57, 
César leur ordonne de lui amener comme otages les fils de 
leurs principes (4) ; six ans plus tard, les Rémi perdent dans 
une bataille Vertiscus , princeps de leur cité , qui comman- 
dait leur cavalerie (5). Conclurons-nous de là que la con- 
stitution des Rémi était changée et qu'en 51 le nombre des 
principes était réduit à un ? Il nous semble que non. Ver- 
tiscus est un des principes qui momentanément a plus d'in- 
fluence que tous les autres, puisqu'il est parvenu à se 
faire donner le commandement de la cavalerie. 

Il y a dans chaque peuple gaulois un certain nombre de 
personnages influents ; ils sont riches , commandent à une 
gensj à un clan puissant, à une clientèle nombreuse. César 
les appelle principes. Tels sont les principes des Aedui, des 
Treveri, des Allobroges et des Rémi dont nous venons de 
parler. Tels sont ceux des Arverni qui résistent inutilement 
à Vercingétorix (6); ceux des Bellovaci qui entraînent ce 



(1) e Principibus Treverorum ad se convocatis , hos singiUatim Gingeto- 
hgi conciUavit. » {De bello gallicOf V, 4, § 3.) 

(2) e Horum principibus pecunias. » {De bello gallico, VII, 64, g 8.) 

(3) « ÂdbuciUi filii, qui principatum in civitate multis annis obtinuerat. » 
(De bello civili, III, 59.) 

(4) « Principum liberos ad se adduci jussit. » {De bello gallico^ II, 5, § 1.) 

(5) « Amisso Vertisco , principe civitatis , praefecto equitum. » {De bello 
gàllico, Vni, 12, § 4.) 

(6) « Probibetur ab Gobannitione patruo suo reliquisquc principibus, » 
{De bello gallico, VII, 4, { 1-) 



48 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION 2. 

peuple à combattre les Romains en 57 (1). et qui donnent 
leur consentement au soulèvement de Tannée 51 (2); ceux 
des Nervii qui, avec les généraux du même peuple, ont, en 
54 , une entrevue avec Cicéron , lieutenant de César , et 
cherchent à le tromper (3 . Tels sont les principes de toutes 
les cités de la Gaule (4) que César, près de s'embarquer 
pour la Grande-Bretagne, réunit au portus Itius en 54; les 
principes des cités qui viennent demander à César son 
appui contre Arioviste en 58 (5) et ceux qui se trouvent 
auprès de Vercingétorix en 53 (6). Tels sont : les principes 
Galliae dont il est question dans d'autres passages des 
Commentaires (7). La seule circonstance où ils paraissent 
remplir une fonction publique oflBcielle se présente lors- 
qu'ils se rendent à une assemblée générale de la Gaule. 
Alors César leur donne , dans un passage , la qualification 
de legati (8), que nous pouvons traduire par « députés. » 
Mais ordinairement princeps veut dire, ce semble, homme 
influent, non fonctionnaire, — qui, quelquefois, parvient 
à se faire nommer général ; — princeps s'oppose à magis- 
Praius (9). 



(1) <c Impulses a suis principibus. » (De bello yallico^ II, 14, { 3.) 

(2) a Omnium principum conscnsu. » (De bello gallico, VIII, 7, 1 6.) a Nemi- 
nem vero tantum pollere ut invitis principibus... » (lbid.<, VIII, 22, 2 2.) 

(3) a Tune duces principosquc Nerviorum. » (De bello g&llico^ V, 41.) Je ne 
cito pas ici les passages oii il est question des principes de plusieurs peu- 
ples à la fois. On no peut démontrer que les principes dont ces passages 
font mention soient plusieurs pour chaque peuple ; exemple : les pHncipes 
des Esubii , des Curiosolites et des Veneti qui se liguent contre César en 
56 (ibid,, 111,8, § 3); les principes des Ambiani, des Aulerci^ des Caleti, des 
Veliocasses , des Alrebales f qui ont pris parti contre les Romains en 51 : 
a Gomplures principes esse belli auctores. » (Ibid.^ VIII, 7, 2 ^•) 

(4) « Principes ex omnibus civitatibus. » {De bello gallicOy V, 5, 2 3.) 

(5) De bello yallico, h 31, 2 ^ 

(6) /6id., VII, 28, 2 6. 

(7) a Principibus Galliae cvocatis. » (De bello gallico, IV, 6, 2 5.) « Prin- 
cipes Galliae sollicitare. » (Ibid.^ V, 6, 2 4.) a Indictis inter se principes 
Galliae conciliis. » (Ibid., VII, 1, 2 ^0 

(8) « Totius fore Galliae legati principes civitatum. » (De bello gallico, 
I. 30, 2 !■) 

(d) Une manière de voir différente de la nôtre a été soutenue par M. De- 
loche dans son savant mémoire intitulé : Eludes sur la géographie histori- 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 49 

Le titre de princeps ne désigne pas une magistrature, 
quand même il est employé au singulier comme pour 
Sedulius, général des Lemovices en 53 (1). C. Valerius 
Procillus, que César appelle princeps de la province de 
Gaule (2), est simplement un des hommes qui exercent le 
plus d'influence dans cette province ; à Valerius Procillus 
on peut comparer, chez les Helvii^ c'est-à-dire chez un 
peuple de la province de Gaule, Valerius Donnotaurus 
qui, suivant César, est princeps de la cité (3). 

Principatus au singulier, cette situation qu'à occupée 
Dumnorix chez les Aedui, que se disputent chez le même 
peuple Eporedorix et Viridomarus, chez les Trévères Indu- 
tiomarus et Cingétorix, dont a joui Adbucillus chez les 
Allobroges, c'est la primauté parmi les principes^ probable- 
ment une sorte de prépondérance au Sénat. Cette primauté 
peut durer plusieurs années, tandis que la magistrature est 
annuelle. Résultat d'une influence personnelle, elle peut 
être fixée sur la même tête que le commandement des 
troupes , qui est décerné annuellement par le suffrage po- 
pulaire (4). 



que de la Gaule , p. 43 et suiv. Suivant lui , le princeps est un magistrat. 
Mais le passage en apparence décisif des Commentaires, VI, 23, sur lequel 
M. Deioehe appuie sa thèse, concerne la Germanie et non la Gaule. Lo 
principalus Galliae qu'avait eu Cellillus avant César {Ibid. , VII , 4) était 
l'influence exercée en Gaule par Coltillus quand il était le plus puissant 
des Arvemes et que les Arvemcs avaient la suprématie en Gaule {De bello 
gallico, VII , 4). Les passages relatifs aux Aedui {De bello gallico, VII, 38, 
39) cités plus haut (p. 45, n. 6) établissent nettement la distinction entre la 
magistrature et le principatus. Au même moment, chez les Aedui, Epore- 
dorix et Viridomarus étaient principes, Convictolitavis et Cotus se préscn- 
daicnt chacun investis du magislratus unique et annuel auquel était attaché 
la puissance royale. Il no parait pas qu'il y ait grande ressemblance entre 
les pnnctpes des cités de la Gaule au temps de César, et le principalis 
qui, an commencement du cinquième siècle, est dans certaines cités de la 
Gaule le chef de l'administration {Code Théodosien, liv. xii, t. I, 1. 170). 

(1) c Sedulius, dux et princeps Lemovicum. » {De bello galliro, VII, 88, (4.) 

(2) a C. Valerium Procillum, principem Galliae provinciae. » {De bello gai- 
iico, I, 19, i 3.) 

(3) c Gaio Valerio Donnotauro, Caburi filio, principe civitatis. » {De bello 
gêllico, VII, 65, I 2.) 

(4) Sur rélection annuelle du chef do l'armée par le peuple, voy. Strabon, 

4 



50 LIVRE l". CHAPITRE III. SECTION 1. 

C. - SénaU. 

A côté du magistrat , nous trouvons le sénat. C'est une 
institution commune à la Celtique et à la Belgique. Parmi 
les sénats de la Celtique , le sénat des Aedui est celui sur 
lequel César nous donne les indications les plus précises. 
En l'année 52, au moment où Convictolitavis et Cotus se 
disputent chez les Aedui la dignité suprême de vergobretos^ 
une partie du sénat se met du côté de Cotus, l'autre soutient 
Convictolitavis; César, voulant juger la question, fait venir 
le sénat à Decetia (1). Quand, la môme année, les Aedui 
se laissent entraîner dans le soulèvement dirigé par Ver- 
cingétorix, la résolution d'abandonner la cause romaine est 
prise dans une assemblée du sénat à Bibracte; la plus 
grande partie des sénateurs s'y trouvent; quelques-uns 
seulement, restés fidèles à César, font défaut (2). 

Quatre autres sénats de la Celtique sont mentionnés par 
les Commentaires, 

Lors de la grande insurrection des cités du nord-ouest . 
en 56, le sénat des Veneti se met à la tête du mouvement ; 
et, pour jeter la terreur parmi les ennemis du peuple ro- 
main , César vainqueur fait mettre à mort tous les séna- 
teurs prisonniers (3). Les sénateurs des Aulerci Eburovices 
et des Lexovii ne veulent pas prendre parti contre les 
Romains ; ils sont massacrés par leurs concitoyens (4). 
L'année suivante, quand chez les Carnutes le parti hostile 
aux Romains , uni à celui qui ne voulait plus de roi . eut 
chassé le roi Cavarinus que César avait nommé , le général 
romain envoya au sénat des Carnutes Tordre de se présen- 



liv. IV, ch. IV, § 3, édition Didot, p. 164, li^ne 6-9), et ci-dessus, p. 44, 
note 4. 
(î) De bello gallico, VU, 32, 33. 

(2) /bic/., VII, 55, I 4. 

(3) a Omni scnatu nccato. » {De bello gallico, III, IG, J 4.) 

(4) « Aulorci Eburovices Lcxoviiquc, scnatu suo interfecto, quod auctorcs 
belli ossc nolobant. » {Dp. bello gallico, III, 17, g 3.) 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 51 

ter tout entier devant lui , mais le sénat se garda bien de 
venir (1). Voilà donc cinq peuples dont les sénats appa- 
raissent chez César : Aedui^ Veneti, Aulerci Eburovices, 
léxoviiy Camutes, et qui appartiennent à la Celtique. 

En Belgique, trois sénats sont mentionnés : ceux des 
Remij des Nervii^ des Bellovaci. Quand, seuls avec les Tre- 
veri et les Letici » les Rémi prennent parti pour les Romains 
en 57 , César ne se contente pas des promesses que deux 
ambassadeurs des Rémi lui apportent ; il exige que tout le 
sénat des Rémi vienne le trouver (2). Dans la guerre qu'il 
fait aux coalisés , l'armée des Nervii est presque entière- 
ment détruite; de six cents sénateurs, trois seulement 
survivent (3). Plus tard, lors du dernier effort de la Gaule 
contre le vainqueur de Vercingétorix, le Bellbvaque Cor- 
reus perd la vie en se mettant à la tête d*un inutile soulë- 
vement ; les sénateurs des Bellovaci soutiennent que la 
guerre s'est faite malgré eux (4). 

Le nombre total des sénats gaulois, tant Celtiques que 
Belges, dont il est question dans les Commentaires est de 
huit. 

Un des faits que nous venons de citer nous montre que 
les sénats des Etats gaulois étaient fort nombreux : chez 
les Nervii il y avait six cents sénateurs. Nous voyons ail- 
leurs, chez les Aeduiy les lois défendre que deux per- 
sonnes de la même famille fissent en même temps partie 
du sénat (5). Il semble que ces deux faits nous mettent en 
présence d'une organisation analogue à celle de Rome pri- 
mitive. En Gaule, la race dominante dans chaque civitas 



(i) « CtUD is omnem ad se sonatum vonire jussissot, dicto audientes non 
ftierunt. » {De bello gallico, V, 54, § 3.) 

(2) • Omncm senatum ad se convcnirc. a {De bello gallico, II, 5, | 1.) 

(3) « Ex soxccutis nd trcs scnatorcs. » (De bello gullico, II, 28, § 1.) 

(4} f Numquam cnim senatum tantum in civltatc illo vivo quara impcritam 
plebem potuissc. — Nemincm vcro tantum pollcro ut... rcsistcnte sonatu. » 
pc bello gallico, VIII, 21, g 4; 22. i 2.) 

(5) f Cum loges duo ex una familia... in sonatu osso prohibèrent. • {De 
bello galHco, VII, 33, { 3.) 



52 LIVRE !•'. CHAPITRE III. SECTION 2. 

se compose d*an certain nombre de génies représentées 
chacune au sénat par son chef qui , dans cette assemblée , 
ne peut jamais disposer de plus d'une voix; le nombre des 
gentes est probablement de six cents chez les Nervii; voilà 
pourquoi le sénat des Nervii compte six cents membres. Le 
sénat romain en avait originairement trois cents , corres- 
pondant à autant de gentes groupées elles-mêmes en trois 
tribus de cent gentes chacune (1). 

D. — Equités. 

L'organisation militaire était constituée primitivement, à 
Rome, sur les mêmes bases que le sénat ; chaque gens devait 
un cavalier, 9ques, et dix fantassins ; dans chaque gensy il 
y avait deux groupes : le premier, peu nombreux, qui 
exerçait la suprématie, fournissait le sénateur et le cava- 
lier ; le second groupe, qui acceptait la suprématie du pre- 
mier, fournissait les fantassins, dix fois plus nombreux 
que les cavaliers. Chaque peuple gaulois avait, ce semble, 
une organisation analogue : il était formé de gentes ou clans, 
au-dessus de chacun desquels s'élevait une famille plus 
noble et plus riche que les autres, c'est-à-dire un petit 
groupe aristocratique qu'entouraient des clients de race 
moins distinguée et de moindre fortune. 

L'ensemble de ces petits groupes aristocratiques domi- 
nant le reste de chacune des gentes est ce qui constitue, dans 
la doctrine de César, la classe des équités, chevaliers ou ca- 
valiers, rivaux des druides et qui se partagent avec eux, en 
Gaule , la considération et le pouvoir (2). Cette classe four- 
nit les sénateurs en même temps que les équités ; mais chez 
César, le côté stratégique domine : César a eu moins affaire 



(1) Mommsen, Roemische Geschichte, livre I, c. iv, v ; 6* édit., t. I, p. 41 
et suiv., 64 et suiv., 74 et suiv. 

(2) (I In omni Gallia eorum hominum qui aliquo sunt numéro atque honore, 
gênera sunt duo .. de his duobus generibus alterum est druidum, alterum 
equitum. » (De bello gallico, VI, 13, § 1, 3.) 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 53 

aux sénats qu'à la cavalerie gauloise qui lui a fourni d'uti- 
les auxiliaires et dans laquelle il a aussi trouvé , sur les 
champs de bataille, de redoutables ennemis. 

En arrivant dans la Gaule transalpine, il navait que de 
l'infanterie. Il prit sa cavalerie dans le pays. Dès la pre- 
mière année, elle fut de quatre mille hommes, fournis une 
partie par la province romaine , mais le reste par les Aedui 
et leurs alliés ou clients (1) ; c'était en 58. En 55, le chifiFre 
était le même (2) ; César en emmena moitié en Bretagne et 
laissa le reste à Labiénus, sur le continent (3). 

Lors de la grande insurrection de l'année 52 , le patrio- 
tisme fit faire aux Qaulois contre les Romains un effort 
beaucoup plus grand que celui que le conquérant avait exigé 
d'eux pour assurer le succès de ses armes. Quand les Aedui 
eurent abandonné les Romains et que tous les Etats gau- 
lois, sauf les Rémi, les Lingones et les Treveri^ se furent 
laissés entraîner dans le parti national , Vercingétorix put 
compter sur quinze mille cavaliers (4). 

Une fois sur le point d'être enfermé dans Alésia, il ren- 
voya sa cavalerie et garda son infanterie au nombre de 
quatre-vingt mille hommes , chiffre très inférieur au total 
des forces de pied dont la Gaule pouvait disposer. Mais 
Vercingétorix n'en avait pas voulu davantage (5). La com- 
position de l'armée de secours que les Gaulois lui en- 
voyèrent peut montrer dans quelles proportions la popu- 
lation militaire de la Gaule se répartissait entre l'aristo- 
cratie et la classe inférieure. L'assemblée générale craignit 



(1) « Gaesar equitatum omnem ad numerum quattuor milium quem ex 
onmi provincia et Aodnis atque eomm sociis coactum habcbat praemittit. » 
(De bello gtLllico, I, 15, | 1.) 

(2) « Equitatus totius Qalliae convenit numéro milium quattuor. » (De bello 
palHco, V, 5, i 3.) 

(3) De bello gallico, V, S, § 1. 

(4) a Omnes équités quindecim milia numéro celeritcr convenire jubet. » 
{De bello g&llico, VII, 64, { 1.) 

(5) c Peditatu quem ante habuerat se fore contcntum dicit. » (De bello 
gaUiro, VII. 64, { 1.) a Omnem ab se equitatum noctu dimittere, VII, 71, § i. 
Milia hominum délecta LXXX una secum interitura demonàtrat. » (Ibid.jl 3.) 



54 LIVRE I-. CHAPITRE III. SECTION 2. 

qu'une année trop considérable ne pût être ni conduite ni 
approvisionnée ; elle réduisit le nombre des cavaliers à en- 
viron moitié : de quinze mille à huit mille , et elle réunit 
deux cent cinquante mille fantassins (1). C'est trente et un 
fantassins pour un cavalier, trois fois plus que dans la 
Rome primitive où Ton comptait dix fantassins seulement 
pour un cavalier. 

E. — Clientes. 

Le grand vice qu'offrait la constitution politique de cha- 
cun des Etats gaulois consistait dans le système de la gens 
ou du clan et de la clientèle, et dans la compétence res- 
treinte des tribunaux. 

La Loi des Douze Tables, qui remonte au milieu du 
cinquième siècle avant notre ère , débute par une procé- 
dure qui appartient déjà, ou peut le dire, malgré sa haute 
antiquité , à la civilisation moderne ; il s'agit de la citation 
à comparaître devant le magistrat : la comparution sera 
forcée; le juge, sans le consentement du défendeur, ren- 
dra, quoique l'intérêt privé soit seul en jeu, une sentence 
dont l'exécution sera assurée par la force publique. 

Dans le droit primitif des Indo-Européens, cette procédure 
est inconnue, il n'y a de juridiction obligatoire que lorsqu'il 
s'agit de crimes contre la sûreté de l'Etat ; c'est alors que 
le magistrat intervient. Alors l'accusé, contraint à compa- 
raître devant le tribunal qu'a institué la coutume , c'est- 
à-dire ordinairement devant le peuple ou devant le roi , 
est, en cas de condamnation, frappé d'une peine que la 
puissance publique fait exécuter. 

Mais la puissance publique se désintéresse des questions 
qui ne touchent pas aux droits et à la sûreté de l'Etat ; et, 
à cette période reculée, les crimes et les délits contre les 



(1) « Coactis equitum VIII milibus et peditum circitcr CCL. » {De 6#'//o 
gàUico, VII, 76, { 3.) 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 5ô 

particuliers , même le meurtre et Tassassinat , sont consi- 
dérés comme aussi indifférents à TEtat que les contesta- 
tions civiles : la mort violente d'un homme est affaire qui 
concerne sa famille et non la société. Â plus forte raison , 
le vol d'un objet appartenant à un particulier n'est pas du 
nombre des crimes que les magistrats ont reçu mission de 
châtier. Par conséquent , celui qui est accusé de vol n'est 
pas obligé de se soumettre à la juridiction du tribunal pu- 
blic; à ce point de vue , pas de différence entre lui et la 
personne à laquelle on réclame le paiement d'une créance 
quelconque ou la restitution d'un objet emprunté. 

Celte manière de distinguer entre l'intérêt public et l'in- 
térêt privé , cette indifférence de l'Etat à l'égard du second, 
nous explique la constitution de la société en Gaule , à 
l'époque de la conquête romaine , sous un double aspect ; 
elle nous fait comprendre l'origine de la juridiction des 
Druides et le grand développement du système de la clien- 
tèle. Il V avait deux façons de résoudre les contestations 
privées : Tune était de s'adresser à un tribunal arbitral, à 
des hommes investis de la confiance des parties et dont 
les deux adversaires promettaient d'accepter la sentence ; 
l'autre consistait à employer la force : la famille de celui 
qui avait été tué prenait les armes, obtenait Taide du chef 
dans la clientèle duquel elle était placée (1), se faisait sou- 
tenir par ses clients si elle en avait au-dessous d'elle, 
puis elle tuait le meurtrier quand il ne lui payait pas la 
composition pour meurtre; le volé, accompagné de ses 
parents, de ses clients, ou de son patron s'il était lui- 
même dans la clientèle d'un autre , cherchait à reprendre 
l'objet volé et à enlever en outre d'autres objets équivalant 
comme prix à l'indemnité pour vol , fixée par l'usage ; en 
cas d'insolvabilité du voleur, ce qui était le plus fréquent, 
le volé , s'il le pouvait , s'emparait de la personne du vo- 



lt) • âuos enim qnisque opprimi et circumveni non patitur. ») (De bello 
gMieo, livre VI, c. il, | 4). 



56 LIVRE !•'. CHAPITRE III. SECTION 2. 

leur , et la coutume lui reconnaissait sur ce malheureux le 
droit de vie et de mort (1). 

Quand on n'avait pas recours à la force , le tribunal ar- 
bitral auquel on s'adressait ordinairement en Gaule, au 
temps de César , était celui des Druides (2) : cela résultait 
de leur réputation de science et de leur prestige religieux. 
Parmi les Gaulois , un certain nombre avaient été leurs 
élèves, ou leur confiaient eux-mêmes l'éducation et l'in- 
struction de leurs enfants ; tous les Gaulois les considé- 
raient comme investis d'une puissance surnaturelle et en 
quelque sorte divine , qui leur faisait prévoir l'avenir et 
connaître dans le présent les choses les plus secrètes : il 
était logique de les prendre pour arbitres quand, dans une 
contestation , on voulait éviter TefFusion du sang (3). Mais 
s'adresser à cet arbitrage n'était pas obligatoire. 

Lorsqu'on recourait à la force, il est clair que les chances 
les plus nombreuses étaient du côté de celui qui pouvait 
mettre en ligne le plus grand nombre de combattants : de 
là l'utilité de la clientèle , qui donnait aux parents de la 
partie lésée des auxiliaires quelquefois très nombreux et 
qui pouvait d'autre part assurer l'impunité du coupable en 
lui donnant un appui. On connaît par César l'histoire d'Or- 
gétorix qui, accusé de haute trahison, se présenta devant 
le tribunal national en amenant avec lui ses parents , ses 
esclaves, ses clients et ses débiteurs; il inspira ainsi à ses 



(1) Naturellement le meurtrier et le voleur cherchaient à se défendre et 
appelaient à leur aide leur famille et leur patron. De là ces guerres conti> 
nuelles dont parle César, VI, 15, 1 1 : Hi [équités] cum est usus atque aliqnod 
bellum incidit (quod fere ante Caesaris adventum quotannis accidere solebat 
uti aut ipsi injurias inferrent aut illatas propulsarent) omnes in bello versantur. 

(2) Caesar, De bello gallico^ VI, 13, § 5 : a Nam fere de omnibus contro- 
yersiis publicis privatisquc constituunt; et, si quod est admissum faci- 
nus, si caedes facta, si de hercditatc, do finibus controvorsia est, iidem 
decernunt ; praemia pocnasque constituunt. » — Les druides ne jugeaient, 
comme on dit, qu'au civil, même en cas de crime , oh ils fixaient le chiffre 
de la composition due par le condamné et ne prononçaient pas de peine 
dans le sens français du mot en droit criminel. 

(3)Z)ebe2{oyaaico, VI, 13, 14; Cicéron, De divinalione, livre 1, |90. Diodore 
de Bielle, 1. V, c. 31, f 5; éd. Didot, p. 273, 1. 4-15. 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 57 

juges une terreur si grande qu'ils n'osèrent d'abord enta- 
mer son procès (l). 

La majorité du sénat des cités gauloises était impuissante 
contre le sénateur ou le chevalier qui réunissait autour de 
lui , grâce à Tappui de sa gen^ et de ses clients , une force 
armée supérieure à celle dont la majorité du sénat pouvait 
disposer. Chez les Helvetii, le chiffre total de la population 
s'élevait à 263,000 âmes , dont un quart , soit environ 
65,000 ou 66,000, en état de porter les armes (2) ; les « gens » 
d'Orgétorix , sa gens ou son clan , c'est-à-dire ses parents 
et ses esclaves , débiteurs et clients non compris , étaient 
au nombre de 10,000 hommes, près du sixième de la popu- 
lation guerrière totale ; Orgétorix entreprit de tenir tête à 
l'autorité légale, et, après un succès momentané, il ne put 
échapper à une défaite certaine qu'en perdant la vie. 

D'autres, par leur clientèle, furent maîtres de leur cité. 
Quand en 51, Correus, après avoir soulevé en vain les 
Bellovaques contre les Romains, eut succombé dans la 
lutte , les sénateurs bellovaques soutinrent que cette ré- 
volte avait eu lieu malgré eux, et ils obtinrent grâce de 
César (3). L'année précédente , Vercingétorix avait pris les 
armes contrairement à la volonté des principes de sa cité (4) 
et l'avait emporté sur eux à l'aide des clients qu'il avait 
réunis (5). 

C'était l'anarchie ; elle a fait le succès des Romains. La 
brillante entreprise de Vercingétorix a été, par son succQ^ 
momentané, un des symptômes les plus caractéristiques 



(1) « Orgetoriz ad judicium omnem suam familiam, ad hominum milia 
decem, nndique coegit, et omnes clientes obaeratosque suos, quorum mag- 
num nuroemm babebat , eodom conduzit ; per eos , ne causam diceret , se 
eripnit. > {De bello gaUico^ livre I, 4, § 2.) 

(2) D€ bello gallico, I, 29, i 2. 

(3) Ibid., VIII, 21, 22. 

(4) « Probibetur a Gobannitione patnio suo reliquisque prineipibut. » (De 
beUo gallico, VII, 4, { 2.) 

(5) < In agris babet dilectum egentium ac perditonim. » (De bello paUtco, 
VII. 4. I 3.) 



58 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION 2. 

de la défectueuse organisation sociale qui a rendu défini- 
tive la défaite des Gaulois. 

Il est question de la clientèle des chefs gaulois dans un 
certain nombre d'autres passages du De belle gallico. Nous 
les citons en note. On y voit, par exemple, qu'une ville 
entière pouvait être comprise dans la clientèle d'un chef. 
Telle était Uxellodunum chez les Cadurci^ cet oppidum 
dont le siège par César fut un des événements principaux 
de la campagne de 51 (1). 

Quand le chef considérait ou prétendait considérer la 
cause du client comme légitime, il lui donnait sa protection : 
rien n'était dangereux comme de faire tort au client d'un 
chef puissant; de là, la multiplication de la clientèle, qui 
était, pour les hommes de condition inférieure, une garan- 



(1) Dumnorigom... magnum numonim equitatus suo sumptu semper alere 
et circum se habere » (I, 18, § 5). 

« Equitum... ut quisque est genero copiisque amplissimus , ita plurimos 
circum se ambactos clicntesque habet, Hanc unam gratiam potentiamque 
novorunt » (De bello gstUico VI, 15, g 2). — La même organisation existait 
chez les Gaulois d*Italio : « Ilepl 5è xàç étaipeCoc (icyiorviv oicoufi^v éiroioOvro, 
ttà TÔv foCtpbiTaxov xal SuvaTcoxatov slvai irap* aOxoTc toOtov 8c &v icXeCorou; 
i^tiv dox) Toùc OftpaiccuovToc, xal av|Aicepi9epo(iévovc aÙTû » (Polybe, 1. II, c. XVII , 
I 12). Cf. circum se habere et ou|iitepi9epo|iivovc. Le mot grec, comme les 
trois mots latins, traduit le gaulois ambactos =s ambi-acto-s. 

« Paulo supra hanc memoriam servi et clientes , quos ab lis dilectos esse 
constabat, justis funeribus confectis, una cremabantur d {De bello gallico ^ 
VI, 19.84). 

ff Vercingotoriz , Celtilli filius , arvernus , summae potentiae adulescens 
(cujus pater principatum Galliae totius obtinuerat, et ob oam causam, qood 
regnum appetebat, ab civitate erat interfcctus) convocatis suis dientibus, 
facile inccndit » (VII, 4, g 1). 

«( [Aoduorum] civitatem esse omnem in armis, divisum scnatum, divisum 
populum ; suas cujusque eorum clientelas » (VII, 32, g 5). 

« Litaviccus cum suis clientibus « quibus more Gallorum nefas est etiam 
in extrema fortuna desercre patronos, Gergoviam profugit » ^VII , 40, { 7). 

« Lucterius... oppidum Uxellodunum quod in clientela fuerat ejus... oc- 
cupât » (VIII, 32, i 2). 

Aux fragments VI, 19, g 4, et VII. 4, § 1, comparez le fragment suivant, III, 
22, 1-3 : « Adiatunnus... cum sexcentis devotis, quos illi soldurios appellant 
(quorum baec est condlcio, uti omnibus in vita commodis una cum his 
fruantur quorum se amicitiae dediderint; si quid ils per vim accidat, aut 
eundem casum una ferant , aut sibi mortom consciscant ; neque adhuc ho- 
minum memoria ropertus est quisquam, qui , eo interfecto , cujus se amici- 
tiae dei^ovisset, mori recusaret). » 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 59 

tie de sécurité beaucoup plus qu'un état de servitude (1). 
Entre le système de la clientèle gauloise et la féodalité 
française du moyen &ge, il y a une grande analogie , mais 
aussi de grandes différences. 

F. <— La féodalité française repose sur le ffrincipe de la propriété 
individueUe du sol , et ce principe n'existe pas chez les Celtes, 

La féodalité si puissante au moyen &ge en France, dans 
les Etats voisins, même en Orient, et qui jouait encore chez 
nous un rôle si brillant au siècle dernier, était fondée 
sur la propriété immobilière. La France féodale nous appa- 
raît comme un vaste ensemble de domaines fonciers sys- 
tématiquement étages les uns au-dessus des autres. Les 
relations de suprématie et de subordination qui relient 
entre eux le suzerain et le vassal sont la conséquence de 
relations identiques entre le domaine du premier et le do- 
maine du second. Ces relations se répétant de degré en 
degré, on peut se figurer la France féodale comme une 
sorte de pyramide , au sommet de laquelle la royauté repose 
sur les grands fiefs : duchés de Normandie, de Bourgogne 
et de Guyenne , comtés de Flandre , de Champagne et de 
Toulouse ; les grands fiefs s appuient sur des fiefs secon- 
daires mouvant d*eux en pins grand nombre ; ces derniers 
sur d*autres moins importants et dont le nombre est en- 
core bien plus considérable. 

Un fief consiste en une habitation grande ou petite, avec 
des dépendances plas ou moins étendues ; c*est d*abord 
un chftteau magnifique avec une vaste province, c'est en- 



(1) « No quis ex plèbe contra potentiorem auxilii egeret. Suos onim quis- 
que opprimi et circumveni non patitur; neque, aliter si faciat, ullam inter 
suos babet auctoritatom. » (De belle gallico, VI, il, f 4.) La société germa- 
nique était organisée d'après les mêmes principes ; celui qui tuait le client 
d*un hommo puissant était exposé à une vengeance d'autant plus redouta- 
ble que la clientèle du patron était plus nombreuse, plus habile au manie- 
ment des armes et bien commandée ; c'est une dos raisons pour lesquelles 
dans la loi sallque le v^ehrgeld des leudes royaux est si élevé. 



60 LIVRE I". CHAPITRE III. SECTION 2. 

suite un château moins beau dont dépend un petit comté 
ou une baronnie ; plus bas c'est une maison forte qui do- 
mine un village , enfin c'est une chaumière avec un petit 
champ ; à chacune de ces propriétés s'attachent des droits 
ou des charges, de là le rang occupé dans la société féo- 
dale par rhomme auquel le flef appartient. 

Soit le comté de Champagne : c'est un des grands fiefs 
du royaume de France ; si Thibaut le Chansonnier est vas- 
sal du roi saint Louis, c'est que Thibaut le Chansonnier a 
hérité du comté de Champagne. Du comté de Champagne 
dépend le comté de Brienne ; Gautier IV, prenant posses- 
sion du comté de Brienne au temps où Thibaut le Chan- 
sonnier était comte de Champagne , devient par là vassal 
de Thibaut le Chansonnier. A son tour, le comté de Brienne 
a, comme on dit, une mouvance : de lui meut, par exemple, 
la seigneurie d'Epagne , qui est un simple village où une 
petite maison forte sert d'abri à un modeste feudataire , à 
un petit gentilhomme; celui-ci, à cause de sa maison forte 
et de sa seigneurie , dépendance du comté de Brienne , est 
vassal de Gautier IV, comte de Brienne. Au pied de la pe- 
tite maison forte du seigneur d'Epagne, on voit rangées 
de pauvres cabanes en bois couvertes de chaume ; des vi- 
lains les habitent et , à cause de ces masures , ils sont les 
vassaux du seigneur d'Epagne. 

Que les vilains d'Epagne abandonnent leur misérable 
chaumière, que, mécontents, ils partent, laissant au seigneur 
d'Epagne l'immeuble qui a créé le lien féodal entre eux et 
lui, ils sont dégagés et cessent d'être ses vassaux. De 
même, le seigneur d'Epagne peut remettre sa terre aux 
mains de Gautier IV, comte de Brienne , et briser ainsi le 
lien qui l'unit à son suzerain. A leur tour , le comte de 
Brienne, le comte de Champagne ont chacun, à l'égard de 
leur suzerain , le même droit. La propriété territoriale est 
la base de la féodalité française au moyen âge ; et , dans 
les temps modernes, ce principe a persisté jusqu'à la Ré- 
volution, 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 61 

La féodalité celtique se fonde sur un principe tout diffé- 
rent. En général , chez les Celtes , la propriété immobilière 
est collective ; le sol appartient au peuple , c'est principa- 
lement un vaste pâturage semé çà et là d'ilôts cultivés ; en 
droit, il est commun à tous les citoyens, et par consé- 
quent les chefs du peuple , les membres influents de Taris- 
tocratie, qui, de fait, en ont principalement la jouissance, 
mais qui n'en ont pas la propriété, n'ont sur lui aucun 
droit réel, ils ne peuvent donc transformer le sol en sa- 
laire, ils ne peuvent en disposer pour payer le dévouement 
de leur clientèle ; c'est par le don ou le prêt d'objets mo- 
biliers qu'ils se créent des vassaux. 

Cette doctrine n'est pas imaginaire , ce ne sont pas des 
raisonnements arbitraires qui nous ont conduit à la soutenir, 
elle résulte des textes. Un des plus anciens auteurs qui nous 
ait laissé des indications un peu précises sur les mœurs des 
Gaulois est Polybe ; il écrivait au second siècle avant notre 
ère ; nous lui devons d'intéressants détails sur les guerres 
soutenues par les Romains contre les Gaulois en Italie à 
partir des premières années du quatrième siècle avant J.-C. 
Or, suivant lui, ces Gaulois qui prirent Rome, et qui depuis 
la firent longtemps trembler, se nourrissaient principalement 
de viande , et chez eux la fortune de chacun consistait 
exclusivement en or et en troupeaux (1). Ce qu'ils man- 
geaient, c'était surtout la chair de leur bétail (2) ; ils vivaient 
de l'élevage du bétail , et , sans ignorer l'agriculture , ils 
demandaient aux céréales une très petite partie de leur 
alimentation. Ce fut seulement après la conquête romaine 
que la culture du sol prit en Gaule une place importante. 
« Autrefois, » nous dit Strabon en l'an 19 de notre ère, 
environ un siècle et demi après Polybe, « autrefois les 
Gaulois étaient guerriers plutôt que laboureurs, aujour- 



(!) « "YwoipCfc ye i*^ ixàtnoiQ fy (^éy.\iaxa xaX xpw^« » (Polybe.^ livre ÎI , 
c. XVII, i 11; cf. i 10). Seconde édition de Didot, p. 80. 
(2) KpttdçoYeîv » (Polybe? ibid,, l 10). 



6Î LIVRE I-. CHAPITRE III. SECTION 2. 

d'hui ils sont forcés de cultiver la terre (1). » La conquête 
romaine donna la paix : on vit se développer ragriculture, 
tandis que se transformait en propriété individuelle le do- 
maine collectif de chaque peuple, ager publicus. 

G. — jLa féodalité eeUique dans Vantiquité. 

Dès Tépoque reculée à laquelle nous fait remonter la 
description des mœurs des gaulois chez Polybe, — que cette 
époque soit, comme cet auteur le semble dire , celle de la 
prise de Rome par les Gaulois, 390 avant J.-C, que ce 
soit la fin du troisième siècle avant J.-C, date à laquelle 
a été écrite l'histoire romaine de Fabius Pictor, source 
probable de ce passage de Polybe, peu importe, — à l'épo- 
que dont il s'agit, une sorte de féodalité celtique existait, 
fondée, comme nous le disons, sur le don ou le prêt d'ob- 
jets mobiliers, c'est-à-dire évidemment de bestiaux dans 
la plupart des cas. De là, chez les Gaulois, des groupes 
d'hommes réunis chacun sous l'autorité d'un chef, comme 
nous le raconte Polybe. « Parmi les Gaulois, » dit-il, 
« celui qui se fait le plus craindre, celui qui exerce la plus 
grande puissance , est celui qui se montre entouré du 
nombre le plus considérable de serviteurs. » Je traduis par 
« serviteurs » le mot grec ôepaiwuovraç ; mais il y a dans la 
phrase grecque une autre expression qui relève singuliè- 
rement la dignité de ces serviteurs gaulois : Ces hommes, 
nous dit Polybe , forment avec leur chef une association 
de camarades, âtaipeia (?). 

 une autre extrémité du monde celtique , en Irlande , 
le mot consacré par l'usage pour désigner un vassal signifie 



(i) « 01 8'dvdpsç \uf,yi\xa\ (iâX).ov fj yecopYot, vvv S'&vaYxdCovxat YMSpT'îv , xaTa- 
esiJLcvoi Ta IhrXa » (Strâbon, livre IV, c. I, § 2, édit. Didot, p. 147, 1. 51-52). 

(2) « IIcpl 8è tac éxaiptta; piEy'oTTiv oicov6if|v èicotoûvto , 8tà ri xal 9o6cpwTaTov 
xal (uvaTcoTaTov cTvai icap* avToT; toOtov , d; &v ir>t(aTov; Ix^t^^ ^ox^ toOc Scpa* 
ittuovToc xal av|»cepi9Kpo|iévou; aOTCf» » (Polybe, livre II, c. XVli, { 12, 2* édit. 
Didot, p. 80-. Le grec av|jiitepifepo(i(vo; est la traduction du gaulois ambactus. 
César exprime la mémo idée par circum se habere (VI, 16, 2). 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 6S 

en même temps « associé , » ce mot est cèle. Il appartient 
au vocabulaire de Tecclésiastique irlandais qui , au neu- 
yième siècle, a glosé les épitres de saint Paul. Chez ce 
glossateur le mari est le cèle de sa femme, la femme est 
le cèle de son mari (1) ; les membres d*une paroisse chré- 
tienne qui se réunissent pour manger les agapes sont cèle 
l'un de l'autre (2). Or, dans la langue du droit irlandais, 
le vassal est le cèle de son suzerain ; cèle veut dire « vassal » 
dans le Senchus Môr. Les jurisconsultes irlandais distin- 
guent le soer-chéle (3) ou « vassal franc » du doer-chéle (4) 
ou « vassal dépourvu de liberté ; » la première de ces 
expressions glose au neuvième siècle le liberlus Domini 
« affranchi du Seigneur » de saint Paul (5). 

La c( vassalité » s'appelle céilsine , au moyen âge dans le 
Senckus Môr et dans les autres écrits des vieux juriscon- 
sultes irlandais, et au neuvième siècle le glossateur irlan- 
dais de saint Paul emploie le composé co-cèilsine pour 
expliquer à ses compatriotes le latin societas dans le pas- 
sage où saint Paul parle de Tassociation formée entre lui 
et les apôtres pour la prédication de TEvangile (6). Il y 
eut dès lors , entre saint Paul et les apôtres , une sorte de 
camaraderie, tel est le sens du mot irlandais céilsine : 
saint Paul et les apôtres furent des camarades , cèli. Or, 
céiUine est l'expression consacrée pour désigner les rela- 

(1) Manuscrit de Wurzbourg , f 9 d , glose sur la première aux Corin- 
ihicns, c. VII, verset 5 ; chez Zimmer, Glossae hibemicae, p. 64. Cèle veut 
dire mari dans le Senchus Môr {Ancient Iaw« of Ireland, I, 52, 250; II, 386, 
396,400). 

(2) Manuscrit do Wurzbourg, {• 11 d, glose sur la première aux Corin- 
thiens, c. II, verset 33, chez Zimmer, p. 72. 

(3) Glose du Senchus Môr {Ancient iaw» of Ireland, II, 204, ligne 24). 

(4) Daercheile, 0*Donovan, supplément à O'Reilly. 

(5) Sàirchele do Dia (Ad Corinthios, I, c. vu, verset 22, ms. de Wurz- 
bourg) texte, bien lu par Zcuss-Ebel, Gr. Ci, 31, mal lu par Zimmer, Clos- 
Me hibemicae, 60, corrigé par Whitley Stokos, Literarisches Ceniralblatt , 
1883, p. 1673, col. 1, ligne 18, correction admise par M. Zimmer, Supple- 
mentum^ p. 8. 

(6) Ms. de Wurzbourg, ^ 19 a, glose sur l'épîtrc aux Galatos, ch. II, v. 9, 
chez Zimmer, p. 119. Le mot céilsine se trouve dans le Senchus Môr y aux 
pessages publiés dans Ancient Inws, II, 206, 268, 282. 



64 LIVRE I-. CHAPITRE IIl. SECTION 2. 

lions que là vassalité créait entre le chef irlandais et les 
subordonnés attirés par ses largesses. Les formes égalitai- 
res qui déguisaient la rudesse de la hiérarchie sociale 
irlandaise au moyen âge étaient si puissantes que les 
relations du vassal au suzerain étaient considérées comme 
établissant entre eux une sorte de camaraderie. Déjà la 
vassalité était une camaraderie, suivant Polybe, chez les 
Gaulois du sud des Alpes à Tépoque reculée où ils se sont 
emparés de Rome, 390 ans avant J.-C. 

Nous retrouvons le vasselage à Tépoque de César dans 
la Gaule transalpine , avec cette différence toutefois que , 
si nous en croyons le grand capitaine, la condition des 
vassaux aurait été fort dure. La plèbe, dit-il, vit dans une 
situation qui est presque celle des esclaves , elle ne prend 
l'initiative de rien, elle n'est appelée à aucun conseil. La 
plupart de ses membres , accablés soit par les dettes , soit 
par de lourds impôts , soit par l'injustice des grands , se 
soumettent eux-mêmes à la servitude en prenant pour maî- 
tres les nobles qui ont sur eux les mômes droits que sur 
des esclaves (1). 

Il y a certainement là beaucoup d'exagération , puisque 
nous savons par Strabon que dans chaque peuple Gau- 
lois , le chef de l'armée était élu par la plèbe (2) , et que 
conformément à cette théorie, nous voyons, chez César, 
la plèbe Arverne élever Vercingétorix à l'autorité suprême 
pour faire la guerre aux Romains. Parmi les vassaux des 
nobles , on doit distinguer deux classes , les hommes libres 
et ceux qui ne le sont pas. Tous les débiteurs des nobles 
n'étaient pas réduits à une condition analogue à celle 
de l'esclave romain. Orgétorix, accusé de haute trahi- 
son et menacé du dernier supplice , se rend devant ses 



(1) « Plerique cum aut aère alieno , aut magnitudine tributorum , aut in* 
juria potcntiorum premuntur, sese in servitutom dicant nobilibus , quitus 
in h08 eadem omnia sunt jura quac dominis in servos. » (De bello gallico, 
VI, 13, 2.) 

(2) Voir plus haut, p. 44, n. 4. 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN GAULE. 65 

juges , accompagné non seulement de dix mille parents et 
esclaves , mais aussi d'un grand nombre de clients et de 
débiteurs qui n'étaient par conséquent ni ses parents ni 
ses esclaves : le procès est suspendu (1). César se plaint de 
ce qu un des obstacles à la conquête de la Gaule par les 
Romains était la puissance des gens assez riches pour 
prendre, moyennant salaire, des hommes à leur service (2). 
Ces hommes étaient des guerriers libres qui vendaient leur 
concours. Les clients et les débiteurs qui firent suspendre 
le procès d'Orgétorix étaient des hommes libres qui avaient 
accepté un suzerain et qui lui devaient leur appui. Tels sont 
aussi cf ces pauvres et ces hommes perdus , » — delecium 
egentium et perditonimi , dit César , — que Vercingétorix, 
banni par l'aristocratie arverne, joint à sa clientèle et avec 
Taide desquels, devenu maître de TEtat, il exile à son tour 
ceux qui l'avaient chassé (3). 

Il est évident que les chefs gaulois avaient deux catégo- 
ries de vassaux : les uns , compagnons de leurs combats , 
tenaient , quoique pauvres , un rang presque égal au leur ; 
les sôer-chéli de l'Irlande , vassaux francs , dont le nom 
glose le libertus Domini de saint Paul , leur ressemblent 
beaucoup ; les autres étaient des bergers , des ouvriers ru- 
raux , dont la condition était analogue à celle des esclaves 
romains : on peut leur comparer les vassaux non libres, 
doer-chéli , de l'Irlande. Ce sont les vassaux francs , sôer- 
chéli^ que César a en vue quand, parlant des habitudes 
belliqueuses de la noblesse gauloise, il dit que chez elle : 
« Plus un homme se distingue par la naissance et les ri- 
chesses, plus est grand le nombre des ambacti et des 
clients qui l'entourent à la guerre (4). » Ambactus est un 



(1) f Omnem snam familiam... omnes cUentes et obaeratos suos, quorum 
magnum numerum habebat, eodem conduxit... » (De bello gallico, I, 4, § 2.) 

(2} « Quod in GaUia a potentioribus atque iis, qui ad conducondos homi- 
nés facultatcs babcbant , volgo régna occupabantur. » {De bello gallico, II, 

1, 1 4.) 

(3) De bello gallico, VII, 4, 2§ 2-4. 

(4) n Atquc cornm ut quisque est ganere copiisque amplissimus, ita plu* 

5 



66 LIVRE I**. CHAPITRE III. SECTION H. 

mot gaulois dont « client » est la glose (1). Diodore de Sicile, 
écrivant après César , mais copiant un auteur plus ancien 
que César de plus d'un demi-siècle, parle aussi de ces 
compagnons de guerre des chefs gaulois : « Ceux-ci, » dit-il, 
« emmènent avec eux des domestiques, qui sont des hom* 
» mes libres , mais pauvres , et qui leur servent de cochers 
» et de satellites dans les combats (2). » Diodore ici repro- 
duit probablement la relation de Poseidonios d*Apamée qui 
avait visité la Gaule vers l'an 100 avant notre ère ; il s'ac- 
corde avec le passage plus ancien de Polybe que nous 
avons cité , au commencement de ce paragraphe (3) et qui 
parle de « camaraderie » entre les vassaux et les chefs 
gaulois. 

Ainsi en Gaule, au premier siècle avant notre ère, anté- 
rieurement à la conquête romaine , il existait une sorte 
d'organisation féodale ; elle était distincte de l'Etat : à côté 
des magistrats de la cité, quelquefois en opposition avec 
eux, vivaient des grands seigneurs entourés d'une foule 
de vassaux. Avec l'aide de ces vassaux, de hauts person- 
nages comme Orgétorix et Correus, tenaient tète aux ma- 
gistrats ; en outre, ils avaient le concours de leurs vassaux 
dans les guerres privées, fréquentes, que causait l'absence 
de toute juridiction établie par la loi pour réprimer les cri- 
mes et délits contre les particuliers (4). 

rimoB circum se ambactos clientesque habet. » {De bello oialHco, VI, 15, { 2.) 

(1) Le mot ambactus a été employé par Ennius, 239-169 avant Jcsus- 
Cbrist. Il parût donc avoir été porté de la Gaule Cisalpine à Rome, an 
pins tard vers le commencement du second siècle avant notre ère. Fcstus, 
qui nous a conservé cette citation d'Ennius, en nous disant que le mot est 
gaulois, traduit ambactus par servu». Il ne faut pas entendre cette traduc« 
tion dans le sens littéral; elle est seulement approximative. Le gaulois 
ambactus n'avait pas, en latin, d'équivalent exact ; sa valeur était intermé- 
diaire entre servus et clienê; le Uen qui attache l'ambactus au chef est 
moins étroit que celui qui attache le servus au maître, moins lAche que 
celui qui attache le client romain au patron. 

(2) a * Effdrfovxai Sk xal OipairovTa; éXeuOlpev; Ix Tâv «sv^^taiv xcRoXiYOVTtc , oTc 
^6xoK xal icoLpoomaraTc XP^^'^ *^^^ ^^c f^^* ^ (Diodore de Sicile, V, 29, 
1 2, éd. Didot, I, 271.) 

(3) Voyez ci-dessus, p. 58, n. i. 

(4) t. Alterum genus est equitum. Hi , cum est usus atque aliquod bollum 



INÉGALITÉ DES HOMMES EN QAULE. «7 

Mais les dons par lesquels les suzerains gaulois, au 
milieu du premier siècle avant Jésus-Christ, tenaient ces 
Yassaux dans leur dépendance n'étaient pas immobiliers. 
Ces gnmds seigneurs n'avaient pas d'immeubles dont ils 
pussent disposer. La propriété rurale en Gaule était encore 
indivise dans chaque peuple; la propriété b&tie était la 
seule que jusque-là les individus se fussent attribuée , et 
la nature de leurs droits sur elle n'est pas déterminée. 

Toutefois la terre cultivée en Gaule, bien qu'appartenant 
à chaque peuple, à la date où écrit César, est l'objet d'une 
jouissance analogue , en une certaine mesure , à la jouis- 
sance que justifie la propriété individuelle ; les sénateurs 
et les chevaliers jouissent précairement de la terre culti- 
vée ; ils paient pour elle une redevance à l'Etat, et c'est 
pour eux que cette terre est labourée et moissonnée par la 
plèbe réduite presque en esclavage. Quant aux prés, pâtu- 
res et bois , ils sont livrés à la jouissance commune (1) ; 
mais c'est principalement aux sénateurs et aux chevaliers 
qu'appartiennent les bestiaux qui y trouvent leur nourri- 
ture. 

incidit (quod fere ante Caesaris advcntum qnotannis accidere solebat , uU 
sut ipsi injurias inforrent, aut illatas propulsaront), omnes in bello veraan- 
tur. > {De hello gallico, VI. 15, { 1.) 

(1) Cest en partie Thistoire de Taper publicus romain. Quand, à Romo, la 
propriété immobilière individuelle n*czi8tait pas et que la fortune de cha» 
caa consistait en esclaves et en troupeaux, lo^mot pecunia t troupeaux » 
fat Texpression créée pour désigner la fortune de chaque particulier, es- 
claves {familia) déduits ; ce sens subsista quand les immeubles furent en- 
trés dans le domaine privé, et alors on entendit que les immeubles comme 
les meubles étaient compris dans la pecunia de chacun. (Hcrmogénion au 
Digeste, livre L, t. xvi, loi 222. Comparez Tarticle de la loi des Douze 
Tables : « Utl Icgassit super pecunia [familiaque] tutelave suae rei, ita jus 
este. 9 On cite ordinairement ce texte d*aprës Ulpien. Le mot familia^ ou- 
blié par Ulpien ou par ses copistes, nous a été conservé par Cicéron.) 



CHAPITRE IV. 



l'agriculture bt les lieux habités dans la gaule barbare 
au moment de sa conquête par césar. 

Sommaire : 

I !•'. L'agriculture. — f 2. Les lieux habités : A. Vici , — B. OppidM. — 
C. Aedi/lcia. 

S !•'. — L'agriculture. 

Cicéron, dans sa République^ prétend qu'aux yeux des 
Gaulois il est honteux de produire le blé par le travail des 
mains, et en conséquence, dit-il, les Gaulois vont ar- 
més moissonner les champs d'autrui (1). Le grand orateur 
commet là une grande exagération. Entendue en un sens 
absolu , sa doctrine ne peut se concilier avec les faits que 
nous apprennent Polybe et César. 

Si nous nous en rapportons à Polybe , les Gaulois qui 
ont pris Rome au quatrième siècle , ou plus exactement 
ceux qui habitaient l'Italie du Nord au troisième siè- 
cle , se nourrissaient principalement de viande , mais il ne 
se suit pas de là qu'ils dédaignassent l'agriculture : le 



(1) Qalli turpe ducunt frumentum manu quaerere, itaque armati alienos 
agros demetunt. » (De re pubiica, livre III , c. iz, 2 15.) -^ La source de ce 
passage parait être la même que celle de Strabon, quand il a écrit dans sa 
description de la Gaule : a 01 8*àv8pec fiax^iTal (iSXXov ij yttù^'^oi » (Poseido- 
nios? vers 100 av. J.-G.)' — La suite du texte de Strabon est de source 
plus récente : « Nûv 8e àvapidCovrai yuàçyiîw xata6i(tevoi Ta 6iû<a » (Strabon, 
livre IV, c. I, I 2, édit. Didot, p. 147. 1. 51-52, écrit vers l'an 20 de J.-C). 



AGRICULTURE EN GAULE. 69 

contraire est même établi, puisque, Fauteur grec le dit 
formellement : ils cultivaient la terre. La guerre et l'agri- 
culture étaient, suivant lui, les seuls arts qu'ils connussent, 
et la simplicité de leur vie était si grande qu'ils couchaient 
sur de la litière (I). Polybe, dans ce passage, copie le récit 
de Fabius Pictor ; ce dernier , qui écrivait à la fin du troi- 
sième siècle, décrit probablement les mœurs des Gaulois 
italiens de son temps. 

Au troisième siècle avant J.-C, les Gaulois d'Italie 
mangeaient de la viande , donc ils élevaient du bétail ; 
des deux éléments dont chez eux alors se constituait la 
fortune et qui étaient le bétail et l'or, le bétail est celui 
que l'historien grec nomme le premier (2). César nous parle 
aussi du bétail élevé par les Gaulois auxquels il fit la 
guerre (3), mais nous ne pouvons savoir si la nourriture 



(1) « Ità YÀp ta (rrt^aSoxoiTcTv xal xpeiiifaYsTv, Iri H \Lrfiht dlXXo irXi^v xà icoXt- 
|taà «aI xà «axà yu&çrxia^ &axttv dncXovç e^X^ '^^C pCouc * oOt* éniOT^|iY)C àXXiic , 
oÛTS téxviK '>^>p' oOtoTç to icapdicGtv yvmaino^isi^ » (Polybe , livro II , c. XVII , 
i 10, 2* édit. de Didot, p. 80). 

(2) « Ticoplic yt i&^v tnéaxoii ^v Opt|&|&aTa xai x^m^oç » (Polybe , livro II , 
c. rvn, i il). 

(3) Nous citerons les exemples suivants : Dans la campagne de Tannée 56, 
César s'empare des troupeaux des Morini et des Menapii : a Cum jam pe- 
eus atque extrema impedimenta ab nostris tenerentur. » (De bello g&HicOf III, 
29, 2.) En Tannée 53, il prend aux Nervii et donne à ses soldats une grande 
quantité de bestiaux et d'hommes : « Magno pecoris atque hominum nu- 
méro capto atque ea praeda militibus concessa » {Ibid,, VI, 3, 2). Il entre 
dans le pays des Menapii ; un grand nombre de bestiaux et d'hommes tom- 
bent en son pouvoir : t Magno pecoris atque hominum numéro potitur » 
(Ibid., VI, 6, 1). Les Germains appelés par César s'emparent des nombreux 
troupeaux que possédaient les £5iirone8 : a Magno pecoris numéro... po- 
tiantur » {Ibid., VI, 35, 6). Au siège d'Avaricum, en 52, les Romains trouvent 
des bestiaux dans la campagne » {Ibid,^ VII, 17, 3 ; cf. 20, 10). La même an- 
née, César s'empare d'une certaine quantité de bestiaux : « Pecoris copiam 
nactus 9 surles bords de la Loire {Ibid., VII, 56, 5); les défenseurs d'Alésia 
ont du bétail (VII, 71, 7). En 51, César prend aux Eburones leurs troupeaux 
{ibid,, VIII, 24, 4), et il trouve des bestiaux à UxeHodunum, chez les Cadurct 
(ibid., VIII, 41, 6). Après la conquête, les Gaulois fournissaient de manteaux 
de laine et de salaisons Rome et une grande partie de l'Italie au commen- 
cement de Tére chrétienne : « 0\ktù; S'Iorl SaipiXfj, xal xà iTo(|ivia xal Ta {lofop- 
6ta 6tfT« Tûv ffdcyuv xal Ti)c ToipixeCoiç àçOovCav \i^ t^ *Pb)|jL^ yopjiytXafiai |i6vov &).Xà 
xai Toî; «XsCoTOtc fiipcat T^jc IvaXCaç » (Strabon, livre IV, c. iv, ) 3, éd. Didot, 
p. 164, I. 2-5. 



10 LIVRE I*. CHAPITRE IV. | t. 

animale avait chez les Gaulois da temps de César Fimpor- 
tance que d*après Polybe on devrait lui attribuer chez 
ceux du troisième siècle. U est cependant vraisemblable 
que , dans la Gaule vaincue par César , ragriculture et le 
froment tenaient plus de {dace que dans le monde celtique 
plus ancien de l'Italie du Nord auquel se rapporte le texte 
de Poljhe. 

Le degré de civilisation auquel étaient parvenus les 
Gaulois transalpins du I" siècle av. J.-C. comportait un 
développement de l'agriculture qui fusait contraste avec le 
genre de vie des Germains. « Ceux-ci , » nous dit César y « ne 
mangent pas beaucoup de froment et vivent principalement 
du lait et de la chair de leurs bestiaux (1':; > les Germains, 
ijoute César , s*appliquent peu à ragriculture (2) : tandis 
qu*il nous représente la plupart des Gaulois comme occu- 
pés de travaux agricoles {Z. De crainte de manquer de 
blé, le général romain n*ose pénétrer en Germanie (4) ; au 
contraire, en Gaule, fl fût habituellement sans diflSculté 
les approvisionnements de Ué nécessaires à la nourriture 
de son armée. 

César naturellement parie beaucoup plus de ses appro- 
visionnements que de ceux des Gaulois. Cependant son 
récit nous montre les HelTètes faisant les semailles les plus 
considérables qu*ils peuvent pour se procurer le blé dont 
ils auront besoin dans la grande expédition qu'ils projet- 



• 'JOe ktOm faOâc», VI, S, { 1.) — « Mi- 

. ibêé^ VI, a, 1 1). 

'!uni«l« «lint ex GaBia pcrditonim homi- 
q^os spcs yrmfiliaiii ■!» <i«—mc beHandi ab 
agrîcQltarm et coci%îiiao Uiborv mocatel. > Dt d«L^ faHâca» III» 17, 1.) De 
BB ae doit pas tootefMs ai y mu œhu oà Straboa . im peu plus 
et dix aa» ptes Uni . pnesseabe les pc yr s de ragncoltnre en 
le ressttu de U ci a ay i è t e rofluùel « *ài4fc; pez^tsl pAliv 
t -ï— r;*^ ' wir»T«C»«~ T«iig?«S^ iiÉl àpâ »^ q i^m» C^î^re IV, c i, 1 2, 
Pl u:, L ^1-4^ , CL o-dessss. p. Cts. ■. L 

» U»« W£;o gaOica, VI, ^ I U) 





AORICULTURB EN GAULE. 71 

tent (1) ; au moment de partir, ils brûlent le froment qu'ils 
ne peuvent emporter (2); quand, vaincus, ils retournent 
chez eux, c'est du froment qu*il leur faut pour vivre, et les 
Âllobroges le leur fournissent par ordre du vainqueur (3). 

Lia suite de son récit nous apprend que les approvi- 
sionnements des défenseurs d'Âlésia et d'Uxellodunum 
consistaient en froment comme en bétail (4). Mais c'est au 
siège d'Alésia surtout que la réserve de froment réunie 
par les Gaulois parait avoir été considérable : il y avait 
de quoi nourrir quatre-vingt mille hommes pendant un 
mois, un peu plus longtemps même, avec de l'économie (5) ; 
et quand cette réserve fut épuisée (6) , on eut beau se dé- 
faire des bouches inutiles , condamner à mourir de faim les 
vieillards, les enfants et les femmes, et joindre à cette 
cruauté des prodiges de valeur, il fallut se rendre. 

Antérieurement à ce siège célèbre, quand les Belges 
rassemblèrent contre César une armée de plus de trois cent 
mille hommes , c'est-à-dire un effectif environ décuple du 
sien qui était de huit légions, une circonstance imprévue 
les mit dans l'impossibilité de tirer parti de cette énorme 
supériorité numérique : le froment leur manqua, et après 



(1) « Sementes quam maximas facere ut in itinera copia frumenti suppe- 
teret. b (Oe bello gallico, I, 3, | 1.) 

(2) c Fnunentnm omne, praeterquam quod secum portaturi erant combu- 
mnt. » {De bello gallico, l, 5, { 3.) 

(3) « AUobro^bus imperavit ut iis frumenti copiam facerent. • (i>e bello 
yallico, I, 28, { 3.) 

(4) An siège d^Alésia, Vercingétorix déclare : « 8e exiguë dierum triginta 
habere fmmentum... Pecus cujus magna erat copia ab Mandubiis compulsa, 
Tiritim distribuit, fmmentum parce et paulattm metiri instituit. » (De bello 
gellico, VII, 71, { 4.) — Avant le siège d*Uxellodunum , Drapes et Lucte- 
rins : « Magnum numerum frumenti comparant d (ibtcf. , VIII, 34, { 3). — - 
Quand la source où les assiégés se fournissaient d'eau est coupée : « Non 
tantnm pecora atque jumenta, sed etiam magna hostium multitudo siti 
eonsumebatur i» {ibid,, VIII, 41, { 6). — Quand César, Tannée précédente, 
avait pris Avaricum, il avait trouvé du froment et d'autres approvision- 
nements : f Summamque ibi copiam frumenti et reliqui commeatus nanctus » 
{ibid,y VII, 32, { 1). Le bétail est probablement l'élément fondamental du 
reliqiMê eommealus. 

(5) De bello yalltco, VH, 71, { 4. 

(Q m Gonsainpto onmî frumanito. » {De bello geUicOf VU, 77, | 1.) 



n LIVRE !•'. CHAPITRE IV. ) l. 

avoir tenu conseil , ils conclurent que le plus sage était de 
retourner chacun chez soi (1). Voilà comment les Gaulois 
apprirent Futilité des approvisionnements. Aussi, lorsque 
Tannée suivante les Esubii^ les Curiosolites et les Veneti se 
préparèrent à la guerre , ils transportèrent des champs le 
froment dans les oppida (2). Cet exemple fut suivi plus 
tard à Alésia et à Uxellodunum. 

Pour nourrir son armée , César trouvait du froment dans 
toutes les parties de la Gaule celtique et de la Belgique. 

Dans la Gaule celtique , il s'en procure chez les Aedui , 
chez les Sequani et chez les Lingones (3) , c'est-à-dire dans 
la région orientale de cette contrée. L'armée romaine en 
trouve aussi à l'ouest : P. Crassus, prenant avec la septième 
légion ses quartiers d'hiver chez les Andeccwi que César ap- 
pelle Andesy et ne pouvant réunir chez eux les approvision- 
nements nécessaires, envoie chercher le reste, notam- 
ment du froment, chez les Esubii, les Curiosolites et les 
Veneti {i). La région centrale de la Celtique fournit aussi 
du froment aux Romains : César fait observer quAvaricum 
est situé au milieu d'une campagne très fertile (5), et quand 
il a commencé le siège de cette place, Vercingétorix entame 
les hostilités en faisant attaquer les détachements romains 
qui vont chercher aux environs du fourrage et du fro- 



(1) « Ipsos res frumentaria deficere coepit, eoncilio convocato constitue- 
runt optimum esse , domum suam quemque reverti. » {De bello gallico, II, 
10, 1 4.) 

(2) c Frumenta ex agris in oppida comportant. » (De bello g&llico^ III, 
9, l 8.) 

(3) Arioviste veut couper les vivres à César : « Uti frumento commeatuque 
qui ex Sequanis et Aeduis supportaretur , Gaesarem intercluderet, > [De 
bello gallico^ I, 48, { 2.) Dans la même campagne, César s'approvisionne 
chez les Sequani et les Lingones : n Frumentum Sequanos... Lingones 
subministrare » (tbtd., I» 40» § 11). Plus tard : « Q. Tullium Ciceronem et P. 
Sulpicium Cabilloni et Matiscone in Aeduis ad Ararim rei frumentariae 
causa collocat » (ibid., VII, 90, § 7). 

(4) « Praefectos tribunosque militum complures in finitimas civitates fni- 
menti causa dimisit , quo in numéro est T. Terrasidius missus in Esubios , 
M. Trebius Qallus in Curiosolitas, Q. Velanius cum T. Silio in Venotos. » 
{De bello g&llico, III, 7, U 3-4.) 

(5) c Agri fertilissima regione. » (De bello gàllico, VII, 13, { 3). 



AGRICULTURE EN GAULE. 73 

ment (1). Pendant quelques jours, les soldats romains furent 
réduits à ne se nourrir que de viande. Pour leurs estomacs 
italiens, c'était la famine poussée à ses extrêmes limites; 
mais, suivant leur général, ils ne montrèrent jamais plus 
de grandeur d'âme ; dans cette rude épreuve , ils ne firent 
pas entendre une plainte, il ne sortit pas de leur bouche 
une parole indigne de la majesté du peuple romain et de 
leurs précédentes victoires (2). Cette disette momentanée 
fat le résultat des opérations militaires faites par Vercin- 
gétorix; car la région était abondamment pourvue de fro- 
ment. 

La Gaule Belgique produisait aussi du froment. Les Leixi 
en fournissent aux Romains , pendant la guerre contre 
Arioviste, 58 (3). Dès le début de la première campagne de 
Belgique, 57, les Rémi promettent du froment à César (4). 
À la fin de la campagne de Tannée 54 , César, sachant que 
le froment n'avait été généralement récolté qu'en petite 
quantité dans la Gaule , disperse ses légions afin qu'elles 
trouvent partout sur place les vivres nécessaires; il met 
dans la Belgique sept légions et demie, dont une chez les 
Moriniy une chez les Nervii^ une chez les Remif une et 
demie chez les Eburones, trois chez les Bellovaci (5) ; il avait 
alors à Samarobriva, chez les Ambiani, une réserve de 
froment recueilli sans doute dans les environs (6). D'autres 
faits de guerre établissent l'importance de la culture du 
froment chez les Belges. Ainsi, dans la campagne de l'an- 



(1) 9 Omnis nostras pabulationes frumentationesque observabat , disper- 
sosque... adoriebatur. » (De bello gallico, VII, 16, { 3.) 

(2) a Usque eo ni eomplures dies frumento milites canierint, et pecore ex 
longinqnioribns vicis adacto extremam famem sustentarent. NuUa tamen 
Toz est ab eis audita, populi romani majestate et superioribus victoriis in- 
digna. 1 (De bello gallico^ VII, 17, 2 3.) 

(3) « Pramentum... Leucos... subministrare. » (De béllo gallico^ l, 40, 2 ^^O 

(4) « Paratos esse... frumento ceterisque rébus juvare. » (De bello gal- 
lico, n, 3, 2 3.) 

(5) De bello gallico, V, 24, 2 2. 

(6) c Samarobrivae... frumentum omne quod eo tolerandae hiemis causa 
devexeral relinquebat. 9 (De bello gaUico^ V, 47» 2 2) 



74 LIVRE I". CHAPITRE IV. { 1. 

née 55, les Romains dévastent les champs des Mennpii et 
coupent leur froment (1). Pendant Tannée 54, des cavaliers 
germains vont chercher du froment chez les Ambivaritiy 
sur la rive gauche de la Meuse (2). Quand, en Tannée 53, 
César fit saccager le pays des Eburones , les froments de 
ce malheureux peuple furent partie mangés, partie dé- 
truits (3). 

Il 7 avait cependant en Belgique, à côté des champs de 
blé, de nombreuses forêts. L'une d'entre elle existe encore 
sous le nom que lui donne César ; c'est la forêt d'Ardenne, 
autrefois Arduinna ; elle commençait au Rhin à Test, cou- 
vrait une partie du territoire des Treveri^ atteignait à l'ouest 
celui des Remi^ au nord celui des Nervii et TEscaut; c'était 
la plus grande de toute la Gaule (4) ; on Thonorait comme 
une divinité et après la conquête romaine elle fut assimi- 
lée à Diane (5). La Gaule renfermait bien d'autres forêts , 
principalement en Belgique. Ainsi César, lors de sa dernière 
campagne, en 51, trouve les Bellovaci et leurs alliés cam- 
pés sur une colline, au milieu d*une forêt qu'un marais en- 
veloppait (6). Les forêts des Eburones (7), celles des Mench- 
pii (8), des Morini (9) et des Nervii (10), tiennent une grande 
place dans le récit des opérations militaires qui eurent lieu 
chez ces quatre peuples. 

Les forêts de la Celtique paraissent avoir été moins 

(1) c Omnibus eorum agris vastatis, framentis succisis. » (De bêllo g^llico, 
IV, 38, { 3.) 

(2) « Magnam partom equitatus... praedandi frumentandique causa ad 
Ambivaritos trans Mosam missam. » (De bello gallico, IV, 9, { 3.) c Qui fni- 
montandi causa ierant trans Mosam » (tbtd., IV, 12, { 1 ; cf. IV, 16, { 2). 

(3) « Frumenta non solum a tanta multitudine jumentorum atque hominum 
consumebantur sed, etiamanni temporo atque imbribus procubuerant. » {De 
bello gallico, VI, 43, { 3.) 

(4) De bello g&llico, V, 3, | 4; VI, 29, | 4; 51, § 2; 33, { 3. 

(5) Corpus inscriplionum laiinarum, t. VI, n* 46; cf. Brambach, Inscrip- 
Hones rhenanae, n* 589. 

(6) De bello gallico, VIII, 7, { 4; cf. c. 12, g 1 ; 18, { 1 ; 19, 1 1. 

(7) Ibid., V, 32, î 1 ; 37, { 7; VI, 30, l 3; 34, J 2; 37, { 2. 

(8) ma., III, 28, 29 ; IV, 38 ; VI, 5. 

(9) I6id., III, 28, 29. 

(10) /5W., II, 18, 19 ; V, 39, 52, 



AGRICULTURE EN GAULE. 75 

considérables. Cependant le récit de César nous en montre 
chez les Arvemi près de Gergovia (1); chez les BHuriges^ 
près d'Avaricum (2) ; chez les Cadurci , dans le voisinage 
d'Uxellodunum (3); chez les CamuteSy qui, fuyant devant 
César, se réfugient dans }es bois et en sont chassés par les 
rigueurs de Thiver (4) ; chez les Senones dont les bois ser- 
vent d*asile aux soldats vaincus de Camulogenus (5); chez 
les Sequani dont les bois abritent les Tigurini qui échap- 
pent aux légions de César (6) : ces bois des Sequani de- 
viennent ensuite par leur étendue une cause d*effroi pour 
les Romains au début de la guerre contre Ârioviste (7). 

Mais les forêts de la Gaule semblent avoir été considé- 
rées comme dépourvues de valeur. La portion du territoire 
à laquelle on attribue du prix au temps de César est celle 
qui est cultivée, ce sont les champs, agri. Ainsi, quand au 
conseil de guerre tenu par les défenseurs d'Alise, peu de 
temps avant la capitulation, TArverne Critognatus rappelle 
la guerre des Cimbres et les maux affreux qu*elle avait 
amenés, il ajoute que ce peuple est parti laissant aux Gau- 
lois leurs lois, leurs champs, agros, et leur liberté, et que 
dans ces champs les Romains veulent s'établir pour impo- 
ser au peuple qui les habite une servitude sans fin (8) ; des 
forêts de la Gaule, Critognatus ne dit pas un mot. 

Les Germains contemporains de César ont pris ou veu- 
lent prendre aux Gaulois non pas des forêts, mais des 
champs; ils aiment les champs des Gaulois (9); une des 
raisons pour lesquelles César force les Helvètes vaincus à 
retourner dans leur pays est, dit-il, la crainte que séduits 



(1) De bello g^llico, VII, 44, { 3; 45, { 5. 

(2) /6id., VII, !6. I 1 ; 18. { 3. 

(3) Ibid., VIII, 35, 1 3. 
l4) Ibid., VIII. 5, I 4. 

(5) Ibid., VII. 62. i 9. 

(6) Ibid., I, 12, 1 3. 

(7) Ibid., I, 39, i 6. 

(8) Ibid., VII, 77, I 5, 

(9) c Agroft... GaUorum... adaniMseat. » {De bello gMllico, I, 91, | ^\ 



76 LIVRE !••. CHAPITRE IV. | 1. 

par la bonne qualité de leurs champs , les Germains ne 
viennent s'y établir (1). Arioviste , lisons-nous ensuite , a 
forcé les Sequani à lui abandonner le tiers de leur ager 
qui est le meilleur de toute la Gaule ; et au moment où les 
Gaulois terrifiés sollicitent Tintervention de César, le roi 
barbare vient d'enjoindre aux malheureux Sequani de lui 
céder un second tiers de cet ager (2). Quand Arioviste, 
vaincu par les Romains, a été contraint de s'enfuir, on voit 
apparaître d'autres Germains qui demandent des champs , 
agros, et César leur répond qu'il n'y en a pas de vacants (3). 

Ce sont aussi les champs et non les bois qu'entre peu- 
ples gaulois on se dispute. Ainsi, avant l'arrivée de César, 
les Sequani , grâce à l'appui d' Arioviste , s'étaient emparés 
d'une partie des champs des Aedui (4). Les Bellovaci parlent 
à César avec envie des champs fertiles que possèdent les 
SuessiùneSj leurs voisins (5). 

Les Aedui y ayant besoin d'auxiliaires dans leur lutte 
contre les Sequani , espèrent en trouver parmi les Boii que 
l'audace entreprenante des Helvetii avait entraînés en Gaule. 
Us établissent ces Boii dans leur territoire et leur donnent, 
moyennant une redevance annuelle, des champs, agros (6), 
où ceux-ci fondent un Etat gaulois nouveau. 

Le récit des opérations militaires , qui sont le principal 
objet des Commentaires de César, nous offre de fréquentes 
mentions des champs des Gaulois. Ainsi, dans la Celtique, 



(1) c Ne propter bonitatem agrorum, Germani... in Helvetiorum fines 
transirent. » (De bello gallico^ I, 28, g 4.) 

(2) Tertiam partem agri Sequani qui esset optimus totius Galliae occupa- 
visset et nunc de altéra parte tertia Sequanos decedero juberet. » (De bello 
g&llico, I, 31, i 10.) 

(3) De bello gallico, IV, 7, § 4 ; 8, 2 2. 

(4) « Partem finitimi agri per vim occupatam possiderent. » (De bello gai- 
lico , VI , 12, 2 4). Le même fait est rappelé plus loin par l'expression mul- 
tàtoi agris, VII, 54, 2 4. 

(5) a Suessiones... feracissimos agros possidere. » (De bello gallico, II, 
4, S 6.) 

(6) c Quibus illi agros dederunt. » (De bello gallico, 1 , 28, 2 ^0 César ap- 
pelle les Boii, « stipendiarii Àeduorum » (De bello gallico, VII, 10, 2 !•) 



AGRICULTURE EN GAULE. 77 

nous voyons les Helvetii ravager les champs des Aedui (1) , 
les Ymeti transporter des champs le froment dans les op- 
pida (2). César invite les Aedui à venir en Belgique ravager 
les champs des Bellovaci (3) ; dans la même partie de la 
Oaule, son armée dévaste les champs des Morini et des 
Menapii (4) ; les Menapii qui avaient des champs sur les 
deux rives du Rhin abandonnent aux Germains ceux qui 
étaient sur la rive droite (5) ; Indutiomarus , chef des 7V«- 
um, annonce qu'il viendra ravager les champs des Rémi (6); 
César dévaste ceux des Nervii et par là les contraint à la 
soumission (7). 

Alors donc Tagriculture était un facteur important de la 
civilisation Gauloise, et la Gaule avait sur la Germanie 
une grande supériorité agricole ; ajoutons que , si Ton en 
croit César , le développement de l'agriculture en Grande- 
Bretagne, à cette date , était dû à la colonisation de cette 
lie par les Gaulois du continent (8). 

§ 2. — Les lieux habités. 

A. — Fict. 

Si nous nous en rapportons à Polybe , les Gaulois qui 
envahirent l'Italie au quatrième siècle groupaient leurs ha- 
bitations en villages sans murailles (9). Nous devons inter- 



(1) c In Aeduomm fines pervenerant , eorumque agros populabantur. » 
[ùt bello gallico, 1, 11, { 1.) 
(^) De bello gallico, III, 9, { 8. 

(3) Ibid., II, 5, i 3. 

(4) t Vastatis omnibns eoram agris. » {De bello gàllico, III, 29, { 3, { 3.) 

(5) De bello çaIHco, IV, 4, { 3. 

(6) Ibid,, V, 56, i 5. 

0) « Vastatisqne agris, in deditionem venire atque obsides sibi dare coe- 
git. • (De bello gàllico, VI, 3, { 2.) 

(8) c Britanniae... incolitur... maritima pars ab iis qui praedae ac belli in- 
ferendi causa ex Belgio transienint... et beUo iUato ibi permansenint atque 
agn>8 colère coeperunt. » (De bello gallico , V, 12, 1 1-2.) « Interiores pie- 
riqtie framenta non serunt » {Ibid,, V, 14, | 2). 

(9) • *Qxouv Sa xaxà xib|iac àxuxiarwç » (Polybe, livre II, c. XVii, | 9 ; 2* éd. 
Didot, p. 80. 



78 LIVRE !•'. CHAPITRE IV. | 1 

prêter ce texte en ce sens que tel était encore l'usage des 
Gaulois dltalie au temps de Fabius Pictor, à la fin du 
troisième siècle. Dans ces villages sans murailles de la 
Gaule Cisalpine, dont parle Polybe, nous devons recon- 
naître des groupes d'habitations analogues aux vici transal- 
pins dont il est souvent question chez César. 

Ainsi, au début de la guerre, en 58, les Helvetii ont quatre 
cents vici qu'ils brûlent avant de quitter leur pays (1) et 
que César vainqueur leur ordonne de rebâtir (2) ; les Allô- 
broges ont des vici sur la rive droite du Rhône et les Hel- 
vetii les détruisent (3). Les Belges coalisés en Tannée 57 
brûlent tous les vici des Rémi qu'ils peuvent atteindre (4). 
L'année suivante, Servius Galba avec huit cohortes de la 
douzième légion s'établit pour hiverner dans un vicus des 
Veragri qui est appelé Octodurus; il prend pour lui et pour 
ses soldats une partie du vicus et il en chasse les habitants 
qu'il oblige à se réfugier dans l'autre partie de ce vicus (5). 
La même année. César brûle les vici des Morini et des 
Menapii (6). Les Menapii avaient des vici sur les deux rives 
du Rhin (7) ; en l'année 53 , César brûle ceux qui étaient 
sur la rive gauche (8) ; il traite de même ceux des Eburo^ 
nés (9). Vercingétorix , au début de la grande lutte de 
l'année 52 , prescrit de brûler les vici où les Romains pour- 



(1) De bello gallico, I, 5, | 1. Quatre cents vici pour 263,000 habitants 
supposent par viens 656 habitants , s'il n'y avait pas d'habitants dans les 
édifices agricoles isolés. Les Raurici, les Tulingi et les Latovici avaient 
aussi des vici qu'ils brûlent (tbtd., | 4). 

(2) Ibid., I, 28. 2 3. 

(3) Ibid,, I, il, i 5. 

(4) Ibid., II, 7, i 3. 

(5) Ibid,, III, 1, l 4-6. Le nom d*Octoduru8 désigne, à proprement parler, 
un point fortifié ; mais il n'y avait probablement de fortifié que l'habitation 
d'un chef et cette habitation avait donné son nom à un groupe d'habita- 
tions moins importantes qu'aucune enceinte ne protégeait. Tcla étaient, 
au moyen âge, les villages bâtis autour des châteaux. 

(6) Ibid., III, 29, { 3. 
CT) Ibid., IV, 4, i 3. 

(8) Ibid., VI, 6, i 1. 

(9) Ibid., VI, 43, I 2. 



LIBUX HABITÉS EN GAULE. 79 

ront trouver du fourrage (1) ; pendant le siège d'Avaricum , 
c'est dans les vici épargnés par les Gaulois que César 
troavele bétail nécessaire à la nourriture de son armée (2). 
Durant la dernière campagne, en 51, les Camutes aban- 
donnent leurs vici (3}. 

Ainsi , les Oaulois , au temps de César , possédaient un 
certain nombre de vici, c'est-à-dire de villages ou de bourgs 
non clos de murs et semblables à ceux qui faisaient Thabi- 
tation exclusive de leurs compatriotes italiens du troisième 
siècle dont Polybe nous parle. Mais ce n'était pas tout. Ils 
avaient des villes fortes que César appelle oppida ordinai- 
rement, et quelquefois urbes. Ils avaient aussi des maisons 
isolées I aedificia, 

B.^ Oppida. 

L'usage des lieux fortifiés appelés oppida par les Romains 
existait déjà en Gaule au temps de la guerre des Cimbres, 
c'est-à-dire à la fin du second siècle avant notre ère (4) ; 
au siège d'Alésia, Critognatus rappelle à ses compatriotes 
qu'à l'époque où les Cimbres et les Teutons avaient envahi 
la Gaule, les guerriers gaulois, réfugiés dans les oppida et 
souffrant les plus extrêmes rigueurs de la faim, avaient été 
réduits à se nourrir de chair humaine (5). 

César distingue deux sortes à! oppida. Les oppida des 
Bretons consistent en une portion de forêt dont une levée 
de terre garnie de palissades et précédée d un fossé interdit 
l'accès ; c*est un lieu de refuge momentané où l'on cherche 
un abri contre les incursions de l'ennemi (6). Mais les 



(1) De bello g&llico, VII, 14, { 5. 
P) Jbid., VIL 17, I 3. 
(8) 16W.. VIII. 5, i 1. 

(4) La défaite du consul M. Julius Silanus , envoyé pour protéger le ter- 
ritoire des AUobrogos, eut lieu Tannée 109 avant notre ère. 

(5) De bello gtUlico, VII, 77, { l^- 

(6) • Oppidum autem Britanni vocant cum silvas impeditaa vallo atque 
fossa munierunt, quo incursionis hostium vitandae causa convenire consue- 
mat. • (De beUo gallico, V, 21, i 3.) 



M 



80 LIVRE I-. CHAPITRE IV. { 2. 

oppida de la Gaule sont de vraies villes : des murailles 
percées de portes les entourent; elles contiennent des 
maisons où vit une population stable, ce qui ne les empêche 
pas d'offrir, en cas de guerre, un refuge aux habitants des 
campagnes voisines, non seulement pour eux-mêmes, mais 
aussi pour leurs troupeaux, leurs approvisionnements et le 
reste de leur avoir mobilier. 

Deux passages intéressants des Commentaires de César nous 
expliquent comment les Gaulois construisaient les murailles 
qui interdisaient rentrée de leurs oppida (1). Les portes 
dont ces murailles étaient percées se fermaient en cas de 
guerre, comme celles des oppida possédées par les Aulerci 
Eburovices et les Leœovii en Tannée 56 (2) ; dans le récit du 
siège d'Avaricum, il est souvent question des portes percées 
dans les murailles de cet oppidum (3). Derrière les murailles 
des oppida^ il y a des maisons : en 51, César faisant camper 
son armée dans Voppidum de Cenabum, chez les Carnutes^ 
y loge une partie de ses soldats dans les maisons des 
Gaulois (4) ; l'incendie des oppida exécuté chez les Helvètes 
en 58 (5) , prescrit d'une façon générale par Vercingétorix , 
en Tannée 52 (6), suppose des maisons dans les oppida ; et 
ce qui l'établit d'une façon formelle, ce sont les expressions 
dont se sert Tauteur latin pour nous faire connaître comment 

(1) Dans le premier , il est question de Voppidum , où se réfugièrent les 
Aduatuci : « Quod cum ex omnibus in circuitu partibus altissimas nipes 
despectusque haberet, una ex parte Icniter acclivis aditus in latitudinem 
non amplius ducentonim pedum relinquebatur; quem locum duplici altis- 
simo muro munierant ; tum magni ponderis saxa et praeacutas trabes in 
muro collocabant. » (De bello gallico, II, 29.) L'autre passage, plus détaillé, 
se trouve au livre VII, c. 23; il est trop long pour être rapporté ici. 

(2) « Aulerci Eburovices Lexoviique... portas clauserunt. » (De bello gàl- 
lico, III, 17, i 3.) 

(3) De bello g&llico, VII, 24, 25, 28, 47, 50. 

(4) « Gaesar... in oppido Carnutum Cenabo castra ponit atque in tecta 
partim Galloruro partim quae collectis celeriter stramentis (tentoriorum in- 
tegendorum gratia) erant inaedificata milites compegit. » (De bello g&llico , 
VIII, 5, l 1.) 

(5) De bello gallicOy 1 , 5, { 2; cf. 28, { 3 : a Oppida sua omnia numéro 
ad duodecim incendunt. » 

(6) f Oppida incendi oportere. » (De bello gallico^ VII, 14, | 9.) 



UEVX HABITÉS EN QAULE. 81 

chez les Bituriges cet ordre fut exécuté. En un jour, chez 
ce peuple, on brûla plus de vingt villes, urbes (1). UrbSj en 
Gaule, est synonyme d'oppidum : voilà pourquoi les trois 
oppida d'Avaricum, de Gergovia et d'Alésia sont désignés 
chez César, non seulement par le nom à! oppidum^ mais 
aussi par celui d'urbs (2). 

Le mot latin wrbs suppose non seulement des maisons, 
mais une population permanente qui les habite en temps 
de paix. Cette population permanente des oppida apparaît 
dans le passage où César, racontant un usage de la Gaule, 
dit que les marchands dans les oppida sont entourés de la 
foule qui les questionne sur les pays d'où ils viennent , et 
qui leur fait «raconter les nouvelles qu'ils y ont apprises (3). 
C'est la population permanente des oppida qui attire dans 
ces oppida les négociants romains pendant les campagnes 
de César, par exemple à Cenabum, chez les Commutes (4), 
à Cabillonum (5) et à Noviodunum (6) chez les Aedui ; ces 
négociants furent massacrés dans l'insurrection de l'an- 
née 52. 

Les oppida sont beaucoup moins nombreux que les vici : 
chez les Helvetii, on compte quatre cents vici contre douze 
oppida : un oppidum pour trente-trois vici. Comme chez 
les Helvetii , il y a , chez les Suessiones , douze oppida ; on 
en trouve plus de vingt chez les Bituriges. 

Les peuples de la Gaule, tant Celtique que Belgique où 



(1) « Uno die y amplius viginti nrbes Biturigum incenduntur. » (De bello 
gillico, VII, 15, ! 1.) 

(2) Pour Avaricum, y oyez De bello g&llicOy VII, 15, g 3, 4. Pour Gergovia, 
iWd., vu, 36, î 1 ; 47, } 4. Pour Alesia, VII, 68, g 3. 

(3) c Hoc gadlicae consuetudinis uti... mercatores in oppidis volgus cir- 
cnmsistat quibusque ex regionibos veniant quasque ibi res cognoverint 
pronuntiare cogant. » (De bello gallico, IV, 5, g 2.) 

(4) « Cenabam... cives romanos qui negotiandi causa ibi constiterant... , 
interficiunt, bonaqne eorum diripiunt. » {De bello gallico, VII, 3, g 1.) 

(5) a Ex oppido Cabillono educunt... qui negotiandi causa ibi constite- 
rant. > (De bello gallico, VII, 42, g 5.) 

(6) « Interfectis Novioduni custodibus quique eo negotiandi causa conve- 
aenat {De belh gallico, VII, 55, g 5.) 

6 



«2 LIVRE !•'. CHAPITRE IV. { 2. 

nous pouvons signaler des oppida sont au nombre de vingt- 
cinq, savoir dix-neuf dans la Celtique : Aedui, Ambarri, 
Arverni, Aulerciy Bituriges^ Biri, Cadurci^ Camutes^ Curioso- 
lites, Elvetii, EsuAii, Lexovii, Mandubil^ Parisii^ Ptctones^ 
Raurici, Senones, Sequani^ Veneti; six dans la Belgique : 
Aduatuci, Bellovaci, Eburones^ Nervii , Remif Suessiones, 
plus un peuple d'Aquitaine, les Sontiates. 

Nous suivrons Tordre alphabétique : 

Aduatii4)i. Ils avaient des oppida dont César ne nous fait 
point connaître le nombre. L'auteur latin leur attribue 
aussi des castella qui seraient des points fortifiés d'une im- 
portance moindre. Ils abandonnèrent à Tennemi tous leurs 
castella et même leurs oppida, à l'exception d'un qui était 
assez considérable pour que Ton ait pu, après plusieurs 
combats meurtriers dans Tun desquels quatre mille guer- 
riers Aduatuques périrent , y faire encore cinquante-trois 
mille prisonniers. César donne des détails intéressants sur 
la double muraille de cette forteresse et parle deux fois 
des portes dont cette muraille était percée (1). 

Aed^i. Ce peuple possédait un nombre d' oppida qui n'est 
pas indiqué et Sont quelques-uns furent pris par les Hel- 
vetii en 58 (2). Cependant il ne parait pas que les Germains 
ou les Sequani en eussent enlevé aucun aux Aedui dans la 
guerre des années précédentes (3). Trois oppida des Aedui 
sont nommés par César ; ce sont Bibracte , Cdbillonum et 
Noviodunum. — Bibracte était le plus important des trois : 
c'était même le plus grand , le plus riche , le mieux appro- 
visionné de tous les oppida de ce peuple. Nous voyons le 
général romain à la poursuite des Helvetii se détourner de 
sa route dans l'espérance de trouver à Bibracte le froment 
nécessaire à la nourriture de ses soldats (4). Bibracte chez 

(1) De bello gallicOj II, 29-33; cf. p. 80, note 1. 

(2) « Oppida expugnari non debucrint. » (De bello gallico^ l, 11, | 3.) 

(3) « Compulsos in oppida. » (De bello gallico, VII, 54» g 4.) 

(4) « Gum exercitui frumentum metiri oporteret, et quod a Bibracte, op- 
pido Aeduonim longe maximo et copiosissimo, non amplius passuum octo- 
dccim aberat..., Bibracte iri contendit. » (De bello g&llico, I, 23, {1.) 



LIEUX HABITÉS EN QAULE. 83 

les Aedui semble avoir été une sorte de capitale (1) : quand 
en l'année 52 , les Aedui abandonnent la cause romaine et 
se laissent entraîner dans le parti opposé dont Vercingéto- 
rix est le chef, un des faits principaux par lesquels le chan- 
gement des esprits se manifeste est la réception à Bibracte 
de Litaviccus, partisan de Vercingétorix, et quelque temps 
auparavant obligé à se réfugier à Gergovie chez les Arver- 
nes (2) ; Convictolitavis , magistrat suprême de la cité , 
c'est-à-dire vergobret , et une grande partie du sénat des 
Aedui viennent trouver Litaviccus à Bibracte ; c'est de là 
qu'ils envoient des ambassadeurs à Vercingétorix ; c'est là 
qu'on amène à Convictolitavis les otages que César s'était 
fait livrer par les peuples de la Gaule , comme garantie de 
leur fidélité (3) ; une assemblée générale de toute la Gaule 
y est convoquée et s'y réunit, et Vercingétorix y est élu 
général en chef (4) ; quelques mois après , César, vain- 
queur de Vercingétorix, prend, à Bibracte, ses quartiers 
d'hiver (5). — Cabillanum parait avoir été moins important : 
quand les Aedui commencèrent à se tourner du côté de 
Vercingétorix , en 52 , un de leurs* premiers actes fut de 
chasser les négociants romains de VoppidAAm de Cabillonum 
où ils s'étaient établis et de les massacrer en route (6) ; 
c'est aujourd'hui Chalon-sur-Saône. — Noviodunum, autre 
oppidum des Aedui^ probablement Nevers, était en quelque 
sorte en 52 la capitale romaine de toute la Gaule ; César y 
avait placé ses approvisionnements de froment, la caisse 
centrale de l'armée, les chevaux achetés pour sa cavalerie, 
les otages qui lui garantissaient la fidélité des peuples vain- 
cus ; des marchands romains s'y étaient installés ; une gar- 
nison protégeait le tout ; cette garnison fut massacrée par 



(1) « Bibracii quod est oppidum apud eos maximae auctoritatis. p (De bello 
gàllico, VII, 55, i 4.) 
P) De bello gallico, VII, 40, ( 7. 

(3) Ihid,, VII, 55, i 4, 6. 

(4) Ibid,, VII, 63, i 5. 

(5)i6W„ VII, 90, Î8; VIII, 2, J l. 
(6) /6id., VII, 42, J5, 6. 



84 LIVRE I-. CHAPITRE IV. | 1 

les Gaulois qui s'emparèrent de Voppidum et de ce qu'il 
contenait, et livrèrent Yoppidwm aux flammes (1). 

Les Ambarri, clients des Aedui , avaient des oppida que 
les Helvetii attaquèrent pendant la campagne de Tan- 
née 58 (2). 

Arverni. Chez eux était le fameux oppidum de Oergovia 
près Clermont-Ferrand, assiégé, pris par César en 52 ; Cé- 
sar qualifie ordinairement cette localité d*oppidum ; mais il 
Fappelle aussi urbs (3). 

Aulerci Eburovices. Ce peuple avait des oppida dont il fit 
fermer les portes en 56 , quand il se prépara à la guerre 
contre les Romains (4). 

Bellovaci. Dans la campagne de Tannée 57 , les Bellova^i 
paraissent avoir abandonné, sans aucun essai de résistance, 
leur territoire aux Romains, sauf Voppidum de Bratus- 
pantium où ils s'étaient réfugiés tous. Or ils pouvaient met- 
tre cent mille hommes sous les armes (5) , ce qui suppose 
une population de quatre cent mille âmes réunie dans 
Tenceinte de Bratuspantium. Mais probablement ils man- 
quaient de vivres, aussi demandèrent-ils la paix, en sorte 
qu'en approchant, les Romains virent sur les remparts , au 
lieu de guerriers, des femmes et des enfants qui leur ten- 
daient des mains suppliantes (6). 

Bituriges. Ce peuple avait beaucoup d'oppida (7). César 
en nomme deux : Avcmcum et Noviodunum. Il donne au 
premier non seulement la qualification d'oppidum j mais 

(1) De bello g^lico, VU, 55. César, ibid.y VII, 33, { 2 ; 90, { 7, menUozme deux 
autres localités dépendant des Aedui. C'est d'abord Decetia; il y réunit, en 
52 , le sénat des Aedui et y tint une sorte d*assemblée générale de la cité, 
n ne nous dit pas si Decetia était un oppidum ou un vicus, — La même 
observation peut être faite au sujet de M&tisco , Mâcon , où une partie des 
troupes romaines prirent leurs quartiers d'hiver à la fin de Tannée. 

(2) De bello gallico, I, 11, { 4; 14, { 3. 

(3) Ibid., VII, 36, l 1 ; 47, | 4. 

(4) Ibid., III, 17, i 3. 

(5) Zbid., II, 4, { 5. 

(6) Ibid., II, 13, g 3. 

(7) ff Gum latos fines et complura oppida haberent. c (De bello gëUico , 
VIII, 2, i 2.) 



LIEUX HABITÉS EN GAULE. 85 

aussi celle de ville, urbs; c'était à peu près la plus belle 
de toute la Gaule. Ou évaluait à quarante mille personnes 
la population abritée derrière ses murs ; toutes , sauf huit 
cents, furent massacrées par les Romains irrités de leur 
révolte (1), Parmi les oppida des Bituriges, Avaricum ne 
méritait pas seul le titre d'urbs ; plus de vingt autres, nous 
dit César, étaient des villes, urbes^ et on fit le sacrifice de 
les brûler pendant la grande insurrection de Tannée 52 (2). 
Malheureusement César ne nous dit pas le nom de ces 
vingt villes ou oppida des Bituriges , un seul excepté , qui 
s'appelait Noviodunum et dont les Romains s'étaient em- 
parés au début de la campagne (3). 

Boii. Ce petit peuple, dont rétablissement en Gaule date 
de Tannée 58, avait un oppidum qui s'appelait Gorgobina. 
Vercingétorix voulut le prendre (4). César lui fit lever le 
siège (5). 

Cadwci. Chez eux se trouvait Toppidum (ï Uxellodunum^ 
qui était dans la clientèle de Lucterius c'est-à-dire dont les 
habitants étaient clients de ce chef gaulois lorsqu'il prit 
les armes contre les Romains, en Tannée 51. Le continua- 
teur de César raconte longuement comment cette place fut 
approvisionnée, assiégée, défendue et prise, et comment 
César, dont il vante la clémence politique, laissa la vie 
aux vaincus, mais ordonna de couper les mains à tous ceux 
d'entre eux qui avaient porté les armes, et fit ainsi de 
chacun d'eux un témoin de sa vengeance (6). 

Camutes. En Tannée 51 , terrifiés par Tannonce de la 
prochaine arrivée de César, ils abandonnent les oppida où 
ils s'étaient réunis , se dispersent dans les bois et finissent 



(1) c Pulcherrimam prope totius Galliae urbem quae praesidio et orna- 
mento sit civiUU. » (De bello gallico, VII, 15, } 4; c. 28, § 4.) 

(2) a Uno die ampUus viginti urbes Biturigum incenduntur. » (De bello 
gàlUco, VII, 15, î 1.) • 

(3) De belU) gallico, VII, 12, 13. 

(4) ma., VII, 9, t 6. 

(5) Ibid,, VII, 12, § 1. 

(6) Ibid,, VIII, 32-44. 



86 LIVRE I". CHAPITRE IV. | 2. 

par se réfugier chez les peuples voisins. César explique à 
ce propos que les Camutes avaient un certain nombre d'op- 
piday qu'à la suite des revers subis par eux Tannée précé- 
dente (1) ils en avaient abandonné une partie, s'étaient 
concentrés dans les autres et dans plusieurs vici, et habi- 
taient fort à l'étroit de petites maisons construites à la hâte 
pour résister aux rigueurs de Fhiver (2). Il n'y a qu'un de 
leurs oppida dont le nom nous soit connu : Cenabum , où 
s'étaient établis des négociants romains dont le massacre 
donna le signal de la grande insurrection de l'année 52 (3). 
César, irrité, parut presque immédiatement sous les murs 
de Cenabum. Après en avoir fait brûler les portes , il pé- 
nétra avec son armée dans l'intérieur des fortifications. 
Pour venger les citoyens romains qui avaient été mis à 
mort dans cet oppidum, ses soldats massacrèrent non seu- 
lement les hommes, mais encore les femmes et les enfants. 
Après avoir enlevé le butin, les Romains livrèrent les 
maisons aux flammes (4). L'année suivante, César revint 
dans cet oppidum avec deux légions qu'il y fit camper. 
Les Gaulois avaient rebâti les maisons brûlées l'année 
précédente. Une partie des soldats s'y logea; les autres 
s'établirent dans des cabanes construites à la hâte (5). 

Curiosolites. C'est un des trois peuples qu'en l'année 56 
César nous montre fortifiant leurs oppida et y réunissant 
des approvisionnements de froment (6). 

Eburones. Quand César , en l'année 53 , eut entrepris de 

(1) De bello gallico, VII, 11. 

(2) a Desertis vicis oppidisquc, quae tolerandao hiemis causa constitutis 
repente exiguis ad noccssitatem aedifîciis incolobant (nuper enim devicti 
complura oppida dimiserant), dispersi profugiunt. v (De bello gallico^ VIII, 

5, i 1.) 

(3) De bello g&llico, VII, 3, § 1 ; 17, g 7. * 

(4) « Oppidum diripit atque incendit. » (De bello gallico, VII, 11, } 9; 
cf. 28, 8 4). 

(5) « In oppido Carnutum Cen&bo castra ponit atque in tecta partim Gai- 
lorum, partim quae collectis celcriter stramentis... erant inaedificata, milites 
compegit. » (De bello gallico, VIII, 5, § 2.) 

(6) a Oppida muniunt... frumenta ex agris in oppida comportant. » (De 
bello gallico, III, 9, { 8 ; cf. 6, g 4; 8, g 3.) 



LIEUX HABITES EN GAULE. 87 

détruire ce peuple obscur (1), qui lui avait infligé l'humilia- I 

lion d'extenniner un corps de troupes de quinze cohortes i 

ou d'une légion et demie , il ne trouva pas d'oppidum qui 

lui résistât (2). Il ne nomme qu'un de ces oppida^ auquel il , 

donne le titre de castellum; c'est AduaPuca, point central 

de la contrée. César y plaça ses bagages sous la garde 

d'une légion (3). 

Elvetii^ynlgBiTemeni Helvetii. Ce peuple possédait, comme 
les Suessiones^ douze oppida qu'il brûla, croyant les aban- 
donner pour toujours. César obligea les Helvetii d'y re- 
tourner et de les reb&tir ; mais il ne nous donne les noms 
d'aucune de ces places fortes (4). 

Esubii. C'est un des trois peuples que César nous mon- 
tre fortifiant et approvisionnant leurs oppida , au commen- 
cement de la campagne de l'année 56 (5). 

Leœovii, Ce peuple prit les armes contre les Romains en 
l'année 56; après avoir massacré tous les sénateurs qui 
s'opposaient à la guerre, les Leœovii fermèrent les portes 
de leurs oppida (6). 

Mandubii. Chez eux était Alesia , place assez vaste pour 
renfermer les quatre-vingt mille soldats de Vercingétorix. 
C'est un des oppida que César appelle urbs. Tout le monde 
connaît l'histoire du siège célèbre de cette place , dont la 
prise rendit définitive la conquête de la Gaule (7). 

Nervii. César vainqueur et leur ayant, prétend-il, tué 
cinquante-neuf mille cinq cents guerriers sur soixante 
mille qu'ils avaient, leur laissa leur territoire et leurs 

(1) • Civitatem ignobilem atque humilem. » (De bello gallicOf V, 28, | 1.) 
8ar le sens de ces mots, voyez ci-dessus, p. 37. 

(2) ff Non oppidum, non praesidium, quod se armis defendoret. » (De bello 
gàllico, VI, 34.) 

(3) c Impedimenta omnium legionum Aduatucam contulit. Id casteUi no- 
men est. Hoc fere est in mediis Eburonum finibus. » {De bello g&llicoy 
VI, 32, I 3, 4.) 

(4) De bello gallico, I, 5, { 2 ; 28, | 3. 

(5) Jbtd., III, 9, l 8. 

(6) /Md., m, 17, i 3. 

(7) /Md., VII, 68-89. 



88 LIVRE I-. CHAPITRE IV. | 2. 

oppida dout il ne s'est pas soucié de nous faire connaître 
les noms (1). 

Poâ^isii, Ils avaient un oppidum que les manuscrits des 
Commentaires de César appellent LuteHa. Les Gaulois y 
mirent eux-mômes le feu (2). L'année précédente , César y 
avait réuni l'assemblée générale des Gaulois (3). 

Pictones. Chez eux se trouvait Voppidum Lemon/umt où 
Duratius, partisan des Romains, fut inutilement assiégé 
en 51 , par Dumnacus , chef des Andecavi (4). 

Raurici. Entraînés par l'exemple des Helvetii^ ils brûlent 
comme eux leurs oppida en 58 (5). 

Rémi. Lors de la coalition des Belges contre les Ro- 
mains, en 57, les Rémi ofifrent à César de recevoir ses 
troupes dans leurs oppida (6). César nous apprend le nom 
d'une de ces places fortes : c'est Bibrax. Les Belges coa- 
lisés assiégèrent cet oppidAAm\ mais l'arrivée du général 
romain les contraignit à battre en retraite (7). Plus bas , 
César nous parle d'une autre localité située chez les Remi^ 
Durocortorum ^ où il tint une assemblée générale de la 
Gaule en 53. Mais il ne nous dit pas si c'était un oppidum 
ou un simple vicus (8). 

Senones, En 53 , Acco qui s'est mis à la tète de la résis- 
tance contre les Romains chez les Senones , ordonne à la 
multitude de se réunir dans les oppida (9) ; mais l'arrivée 
rapide de César empêcha la réalisation de cette mesure. 
Les Commentaires nous font connaître les noms de trpis 



(i) De bello gallico, II, 28. 

(2) « Lutetiam... , oppidum Parisiorum quod positum est in insula fla- 
minis Sequanae... Lutetiam incendi pontesque ejus oppidi rescindi jubent. » 
(De bello gallico y VII, 57, J 1 ; 58 , | 8.) Les manuscrits de Vmnértiire 
d'Antonin offrent Luticiaj Luiecta, Lutitia^ Lotica, 

(3) De bello gallico, VI, 3, § 4. 

(4) Ibid., VIII, 26, 27. 

(5) Ibid., I, 5, i 4. 

(6) « Oppidis recipere. » (De bello gallicOf II, 3, { 3.) 

(7) De bello gallico, II, 6, 7. 

(8) Ibid., VI, 44, 8 l. 

(9) « Jubet in oppida multitudinem convenire. » (De bello palitco, VI, 4, 1 1.) 



LIEUX HABITÉS EN GAULE. 89 

de ces appida : 1^ Melodunum^ ou en adoptant une autre 
leçon , Meiiosedum^ dans une lie de la Seine ; Labienus s'en 
empara dans la campagne de Tannée 52 (1); 2'' Vellav/noA^ 
ntim , pris par César dans la même campagne , après un 
siège de trois jours (2) ; 3^ Agedincum auquel les Commsn^ 
taires ne donnent ni la qualification d'oppidum , ni celle 
de vious , mais qui doit avoir été un oppidum important , 
puisqu*en 53 six légions y prirent leurs quartiers d^hiver (3) 
et puisqu'on 52 nous voyons César y laisser deux légions 
et tout le bagage de l'armée romaine (4). 

Seqifani. En 58 , au moment où César entreprit sa cam- 
pagne contre Ârioviste , tous leurs oppida étaient au pou- 
voir du roi germain (5). Voilà du moins ce que César rap- 
porte , et par une contradiction singulière il nous montre , 
quelques lignes plus loin, Arioviste s'avançant avec ses 
troupes pour aller occuper Vesoniio^ le principal oppidum 
des Sequani où se trouvait un grand approvisionnement 
de munitions de guerres. César prévient Arioviste, s'em- 
pare de Vesontio , y met garnison et y reste plusieurs 
jours (6). 

Sontiatesj peuple de l'Aquitaine; son oppidum fut pris 
par Crassus , en 56 (7). 

Suessiones. Ils avaient, comme les Helvetii, douze op- 
pida (8). Un s'appelait Noviodunum ; César l'assiégea en 57 ; 
il fait remarquer que le fossé était large et le mur élevé , 
cependant les défenseurs effrayés se rendirent (9). 

Yenetù Ce peuple est, en 56, à la tôte de l'insurrection 
des cités armoricaines. Il fortifie ses oppida et y transporte 



(1) De beUo g^llico, VII, 58. Cf. 60, 61. 

(2) Ibid., VII, 11, § 1. 

(3) /ôid., VI, 44, l 3. 

(4) Ibid., VII, 10, l 4; 67, 1 1 ; 62, I 10. Cf. 59. | 4. 

(5) « Qui intra fines sucs ArioTiBtum recepittent , quorum oppida omma 
in potattate ejua essent. b {De beUo gtillico, I, 32, ) 5.) 

(6) De bello yaUico, I, 38. 

(7) Ibia,, m, 21. 22. 

9) ma., u, 4, i 8. 

(9) Jbtd,, II, 12. 



90 LIVRE !••. CHAPITRE IV. ( 2. 

des approvisionnements de froment (1). La plupart de ces 
oppida étaient situés sur le bord de la mer, dans des pres- 
qu'îles qui devenaient inaccessibles lorsque la marée mon- 
tait (2). Quand la guerre commença, les habitants se réfu- 
gièrent chacun dans les oppida les plus rapprochés (3); 
César en prit plusieurs (4). Puis les Veneti furent vain- 
cus dans une bataille navale , alors ils reconnurent qu'ils 
ne pouvaient plus défendre leurs oppida et la résistance 
cessa (5). 

G. — Aedificia, 

Outre les vici et les oppida, les Gaulois possédaient des 
aedificia épars dans la campagne. La distinction est nette- 
ment apparente dans un grand nombre de passages des 
Commentaires ; par exemple à propos des Helvetii (6) , des 
Menapii (7). Le plan de campagne de Vercingétorix en 52 
applique cette distinction à la Gaule entière ; il a pour ob- 
jet de réduire les Romains par la famine : « Il faut brûler 
les vici et les aedificia où l'ennemi pourrait trouver du 
fourrage , il faut brûler les oppida quand on n'est pas sûr 
de les empocher de tomber entre les mains de l'ennemi 
avec les approvisionnements qu'ils contiennent (8). » 

Parmi les aedificia on peut distinguer deux catégories : 
la première comprend les maisons de maître, les habita- 



(1) De bello gallico, III, 9, { 8. 

(2) Ibid., III, 12, Il 1. 

(3) « 8eque in proxima oppida recipiebant. » (De bello g&llico, III, 12, 1 4.) 

(4) « Compluribus exptignatis oppidis. » (De bello g&llico, III, 14, {1.) 

(5) « Neque quemadmodum oppida defenderent, babebant. » (De bello gal- 
lico, III, 16, i 3.) 

(6) Oppida sua omnia numéro ad duodecim , vicos ad quadringentos , re- 
liqua privata aedificia incendunt. » (De bello gallicOy I, 5, { 2.) 

(7) a Ad Rhenum pervenerunt, quas regiones Menapii incoiebant, et ad 
utramque ripam fluminis agros, aedificia vicosque babebant. o (De bello 
gallico, IV, 4, { 3.) 

(8) « Vicos atque aedificia incendi oportere..., quo pabulandi causa adiré 
posse videantur... praetera oppida incendi oportere, quae non munitione et 
loci natura ab omni sint poriculo tuta. » (De bello gallico, VII, 14, { 5, 9.) 



LIEUX HABITÉS EN GAULE. 91 

tions qui ont précédé les châteaux modernes. Le château 
ne se conçoit pas aujourd'hui sans ce qu'on appelle un 
parc , un bosquet. Il en était de même au premier siècle 
avant notre ère , quand César fit la conquête de la Gaule ; 
il nous le raconte à propos de la tentative inutile qu'il fit 
en 53 pour s'emparer de la personne d'Ambiorix , chef des 
Eburones : Ambiorix fut surpris par un parti de cavalerie 
que César envoyait à sa recherche dans un aedificiii/m en- 
touré d'un bois, « comme sont, » ajoutent les Commentai- 
res^ « presque toutes les demeures des Gaulois (1), » lisons : 
des membres de l'aristocratie gauloise. 

D'autres acdi/Çcia* étaient des bâtiments d'exploitation 
habités par des cultivateurs. Quand César , en 51 , fit sa 
dernière expédition contre les Bellovaci^ il envoya en 
avant des éclaireurs et ceux-ci lui rapportèrent que dans les 
aedificia ils avaient trouvé peu de monde ; les Bellovaci 
qu'ils avaient rencontrés dans les aedificia n'étaient pas 
des ouvriers agricoles restés pour cultiver les champs, 
ceux-là étaient partis, et dans les aedificia il n'y avait que 
des émissaires envoyés pour espionner les Romains (2). 

Dans ces aedificia étaient logés non seulement les ou- 
vriers employés à la culture, mais aussi, avec eux, les 
bestiaux et les récoltes. Quand, en 51, César vient à 
l'improviste attaquer les Bituriges^ sa cavalerie surprend 
les habitants des campagnes avant qu'ils n'aient pu se 
réfugier dans les oppida (3). Et comment ce résultat a-t-il 
été obtenu? César avait défendu à ses soldats de met- 
tre le feu aux aedificia. De là double avantage ; les in- 
cendies ne prévenaient pas la population de l'approche des 
Romains, et les approvisionnements contenus dans les 

(1) a Aedificio circamdato silva, ut sunt fere domicilia GaUomm. > (D« 
tello gallico, VI, 30, { 3.) 

(2) « Pancos in aedificiis esse inventes, atque hos non qui agrorum colen- 
donim causa remansissent (namque esse undique diligenter demigratum), 
sed qui speculandi causa essent remissi. » {De beîlo gallico, VIII, 7, 1 3.) 

(3) « Accidit... ut sine timoré uUo rura colentes prius ab equitatu opprime- 
rentur quam confngere in oppida possent. » {De bello g&llico, VIII, 3, 1 1.) 



92 LIVRE !•'. CHAPITRE IV. } 2. 

aedificia donnaient à César Tassurance que les chevaux 
trouveraient le fourrage nécessaire , ses soldats le froment 
dont ils avaient besoin (1). Ordinairement César faisait la 
guerre d'une tout autre façon ; il avait pour ses soldats des 
approvisionnements préparés d'avance ou fournis par les 
alliés; il trouvait dans les champs elles prés la nourriture 
de ses chevaux : il n'avait par conséquent aucune raison 
pour ménager les aedificia de Tennemi. 

En 56 , César dévaste tous les champs des Morini et des 
Menapii ; il brûle leurs vici et leurs aedificia (2). L'année 
suivante les Menapii reprennent les armes ; deux lieutenants 
de César saccagent leurs champs, coupent leur froment, 
brûlent leurs aedificia (3). Cette opération est renouvelée 
contre le même peuple en 53 : César brûle les aedificia et 
les vici des Menapii et leur prend une grande quantité de 
bestiaux et d'hommes (4). Les Eburones subissent aussi ce 
dur traitement : tous les vici et tous les aedificia que l'ar- 
mée romaine trouve sur sa route sont brûlés (5). 

Quand les Gaulois faisaient la guerre aux Gaulois ils pro- 
cédaient avec la môme rigueur : en l'année 57, les Rémi 
refusèrent de prendre part à la coalition des Belges contre 
les Romains; l'armée confédérée se mit à dévaster les 
champs des Rémi , à brûler leurs vici et leurs aedificia (6). 

Ces aedificia de la Gaule jouent dans l'histoire militaire 
un rôle identique à celui des villae de l'Italie et des autres 



(1) « Namque etiam illud vulgare incursionis hostium signum , quod in- 
cendiis aedificiorum intellegi consuevit, Caesaris erat interdicto sublatum, 
ne aut copia pabuli fnimentiqtie, si longius progredi vellet, deficeretur, aut 
hostes incendiis terrerentur. » (Dtt bello gallico, VIII, 3, { 2.) 

(2) a Vastatis omnibus eorum agris, vicis aedificiisque incensis. s (De 
bello gallico, III, 29, i 3.) 

(3) « Omnibus eorum agris vastatis, frumentis succisis, aedificiis incen- 
sis. (De bello gallico, IV, 38, g 3.) 

(4) ff Aedificia vicosque incendit, magno pecoris atque hominum numéro 
potitur. » (De bello gallico, VI, 6, § 1.) 

(5) « Omnes vici atque omnia aedificia, quae quisque conspexerat, incen- 
debantur. » (De bello gallico, VI, 43, g 2.) 

(6) a Agros Remorum depopulati, omnibus vicis aedificiisque, quos adiré 
potuerant, incensis. » (De bello gallico, II, 7, g 3.) 



LIBUX HABITÉS EN GAULE. 9S 

parties de Tempire romain. Ainsi, à la fin du troisième 
siècle avant notre ère , quand Annibal porta la guerre en 
Italie , une partie de la péninsule était déjà couverte de 
villae : Tite-Live nous montre le général carthaginois 
campé sur les bords du Vulturne;; la partie la plus sédui- 
sante de la campagne italienne est en flammes ; de distance 
en distance on voit la fumée des villae incendiées (1) ; 
c'était en l'année 217 avant notre ère. Deux ans après 
un consul voulant affamer l'ennemi enjoint de rentrer les 
froments dans les places fortes, avant le !•' juin; en 
cas d'inexécution de cet ordre , il dévastera les champs , 
saisira et fera vendre les esclaves , brûlera les villae (2). 
Un siècle et demi plus tard, une autre guerre moins flat- 
teuse pour la vanité des vainqueurs du monde vient porter 
la terreur dans Rome : presque à ses portes , le gladiateur 
Spartacus tient tête aux légions ; il ne se contente pas de 
dévaster les villae et les vici (3) ; il s'attaque aux urbes ; 
ceci se passait en Tannée 73 avant J.-C. De môme dans 
l'Afrique romanisée , lorsque la guerre civile y porta la dé- 
vastation dans les années 47 et 46, on brûlait les villae; 
cet acte de guerre était inséparable de la dévastation des 
champs, de la destruction des oppida (4). 

Au premier siècle de notre ère, quand de barbare la 
Gaule est devenue romaine , les villae ont en Gaule rem- 
placé les aedificia. Tacite, racontant la guerre de l'année 70, 
fait briller à nos yeux le feu des villae incendiées qui an- 
nonce l'arrivée d'une armée victorieuse (5) ; c'était près de 
la rive gauche du Rhin, à peu de distance de Cologne. Il 



(1) « Exurebatur amoenissimus Italiae ager, viUaeque passim incendiift 
fumabant. » (Ti^e-Live, XXII, 14.) 

(2) « ViUas incensurum. » (Tite-Live, XXIII, 32.) 

(3) a Nec viUarum atqne vicorum vastatione content!, u (Flonu , livre II , 
c. g, on III, c. 20. Edition d*Otto lahn, p. 86, 1. 22.) 

(4) a ViHas exnri, agros vastari... oppida casteUaque dirui. » (De bello 
ifric^no^ c. 26.) 

(5) c Vastatione incendiisque flagrantium viUarum venire victorem exer- 
citnm intellegebatnr. » {Historiaej IV, 34.) 



94 LIVRE I-. CHAPITRE IV. i 2. 

y avait alors des villae jusque dans l'île des Bataves ; Ci- 
vilis en possédait, et quand, en 71, Cerialis alla saccager 
ce pays , il épargna les villae de Civilis , pour rendre le 
chef ennemi odieux à ses concitoyens (1). A cette époque, 
en Gaule, les fortunes privées n'étaient plus exclusivement 
mobilières : ainsi qu'à Rome la villa, et le fundus ou la 
terre que la villa suppose, en étaient la base principale, 
comme le dit Horace environ dix ans avant notre ère : 

Vos sapere et solos aio bene vivere, quorum 
Conspicitur nitidis fundata pecunia villis (2). 

Dès le début du premier siècle de notre ère, les aedificia, 
habitation des chefs gaulois chez César, ont été transfor- 
més en villae. Sacrovir a poussé les Aedui à la révolte ; il 
s'est emparé d'Augustodunum, c'est-à-dire de la « forte- 
resse d'Auguste, » d'Autun, ville alors nouvelle dont le nom 
môme est un témoignage de la grande révolution qui s'est 
produite, ville qui déjà possède des écoles où les fils des 
nobles gaulois se transforment en Romains ; il est vaincu ; 
il gagne dans sa fuite une villa près d'Autun et c'est là 
qu'il se donne la mort, l'an 21 de notre ère (3). Un demi- 
siècle plus tard, Julius Sabinus aussi malheureux que Sa- 
crovir veut échapper à la mort ; il se rend dans une villa 
du pays des Lingones, y met le feu et s'enfuit : on croira, 
pense-t-il, qu'il a péri dans les flammes (4). 

La villa où Sacrovir va se tuer, en 21 , comme celle où 
se réfugiera, en 71, Julius Sabinus, remplace, grâce à la 
civilisation gallo-romaine, Vaedificium, demeure ordinaire 
des membres de l'aristocratie gauloise soixante-treize ans 
avant le suicide de Sacrovir. En Tan 53 avant notre ère, 

(i) « Agros villasque Civilis intactas nota arte ducum sinebat. v (Tacite, 
HistoHae, V, 23.) 

(2) Horace, Epist., livre I, 15, v. 45, 46. 

(3) « Sacrovir primo Augustodunum, dein metu deditionis in villam pro- 
pinquam cum fidissimis pengit. Dlic sua manu, reliqui mutuis ictibus occi- 
dere. » (Tacite, Annales, III, 46.) 

(4) a Sabinus... villam, in quam perfugerat, cremavit. » (Tacite, HistoriAe^ 
IV, 67.) 



LIEUX HABITÉS EN GAULE. 95 

les soldats romains qui venaient tuer Ambiorix le surpri- 
rent daos une maison ronde , construite en charpente et 
en osier (l), couverte de paille; un bois entourait cette 
maison (2^ bâtie sur un sol qui , théoriquement au moins, 
était la propriété du peuple des Eburons. Au siècle suivant 
la villa du chef gaulois s'élève au milieu d'une vaste pièce 
de terre , d'un fundus qui lui appartient et que ses clients 
et vassaux cultivent ; des constructions rectangulaires en 
maçonnerie, couvertes en tuiles, commencent à remplacer 
les maisons circulaires de bois à toit de chaume conique 
qu'habitaient les Gaulois au temps de l'indépendance. 

Fundus et villa sont deux termes corrélatifs. Fundus est 
la portion du sol qui forme une exploitation agricole ap- 
partenant à un propriétaire déterminé. Villa est le groupe 
des bâtiments où le propriétaire du fundus se loge et qui 
servent à l'exploitation. Il n'y a pas de villa sans fundus^ 
ni de fundus sans villa. Supprimez la villa , le fundus est 
réduit à l'état d'ager ou de locus. Supprimez le fundus^ 
la villa n'est plus qu'un aedificium (3). 

La division du sol de l'empire en cités , subdivisées en 
pagi , formant eux-mêmes un certain nombre de fundi , tel 
est le principe fondamental du cadastre qui , sous l'empire 
romain , servait de base à l'impôt foncier : « Forma cenn 



(1) Toù; $*o!xouc, i% ffoivCScov xal yippoiv ixouai lu^àXoMc OoXoeidsZci Apofov icoXiiv 
istSdXXovte; (Strabon, livre IV, ch. iv, { 3, édit. Didot» p. 163-164). Casas 
qaae more gaUico strainantis erant tectae. (De bello gallico, W, 43, ) 1.) 

(2) Caesar, De bello gaUico, 'VI, 30, g 3 : « aedificio circumdato silva. o 

(3) Voir les citations d'UIpien et de Florentinus réanies au Digeste 
(livre L, titre XVI, lois 27, 60, 211) : « Ager est locus qui sine villa est. Lo- 
cus non est fundus , sed portio aliqua fundi. Fundus autem integrum aii- 
qnid est, et plerumque sine villa locum accipimus. Locus... sine aedificio 
rare... ager appellatur ; idemque ager cnm aedificio fundus dicitur. » — Il y 
a, dans le diplôme n* 25 de Tardif, p. 20, col. 2 (689-690), un passage con- 
forme à la définition légale : « Locus non est fundus sed portio aliqua 
ftmdi. • Voici le texte mérovingien : « In loco qui dicitur SiUacos qui fuit 
Arulfo qnondam et ibidem usque nunc ad ipso Latiniaco aspezit. b Les bA- 
timents construits sur le fundus Siliacue ont été détruits, et ce fundus a 
été réuni au fundus Latiniacus de manière à ne former avec lui qu'une 
seule exploitation rurale ; en conséquence , le fundus Siliacus n'a plus été 
qu'on locus. 



96 LIVRE !•'. CHAPITRB IV. { 1 

suali cavetur, ut agri sic in censwrrv referanpaf : ft&men 
fundi cujusque , et in qua civitate , et in quo pagtf Ht , et 
quos duos proximos habeat (1). » Ulpien , à qui nous em- 
pruntons ce texte, est mort en 228. Mais le principe 
énoncé par ce juriconsulte est beaucoup plus ancien que 
lui. La Table alimentaire de Veleia^ qui remonte à l'année 
104 de notre ère , est rédigée conformément à la règle 
qu'énonce Ulpien : « C. Volumnius Memor et Volumnia 
Alce.,. professi sunt fundum Quintiaoum'Aurelian/um.., qui 
est in Veleiate pago Ambitrebio , adfinibus M. Mummeio Per- 
sicoj Satrio Severo et populo, » 

La division du sol de la Gaule en fundi date évidem- 
ment de rintroduction du cens commencée par Auguste 
en Tan 27 avant notre ère. Dès que les pagi gaulois, cha- 
cun propriété collective d'un peuple , furent subdivisés en 
fundi, les aedificia que César avait trouvés en Gaule épars 
dans Vager des divers peuples se transformèrent en villae. 
De ces villae, celle qui est le plus anciennement signalée 
par un texte est celle de Sacrovir sons Tibère, l'an 21 de 
notre ère. Mais on doit croire que la plupart des nomsr de 
lieu en -ociw remontent à l'époque où la politique d'Au- 
guste imposa aux Gaulois les institutions financières de 
Rome , par conséquent la théorie du fundum qui n'en peut 
être séparée (2) ; ordinairement les noms de lieu en -otcus 
proviennent de gentilices quand un i précède le suflSbte ; 
ils dérivent de cognomina dans le cas contraire. Ces genti- 
lices et ces cognmnina sont ceux du premier propriétaire , 
qui avait pris un gentilice quand il avait obtenu droit de 
cité romaine, qui se contentait d*un cognomen quand il 
était resté barbare. 



(1) Ulpien, De cenMug^ III; au Digeste, L, xv, 4; cf. Mommsen et Har- 
qtiaTdt, Handbuch der rômischen Alterthûmer^ 2* édit., t. V, p. 221. 

(2) Auguste fit un premier recensement de la Gallia Comata (Aquitaine , 
Celtique, Belgique) en Tan 27 avant J.-C. Voir plus haut, p. 7, 8. Un second 
recensement eut lieu en Gaule sous son régne par les soins de Drusus, 
12-8 ayant Jésus-Christ. Voir Jes textes réunis par M. E. Desjardins , Géo^ 
graphie politique et administrative de la Gaule romainef t. III, p. 185. 



LIEUX HABITÉS EN GAULE. 97 

Les noms composés dont le second terme est villa, cor-' 
tiSjValliSj monsj appartiennent à un autre âge. Ils datent de 
la conquête germanique ; leur premier terme est le nom du 
propriétaire barbare qui a fondé la cortis ou la villa , qui 
s'est construit une habitation sur le mons ou dans la vallis. 
Au septième siècle , où ces noms commencent à paraître 
dans les chartes , il n'est plus question du c&nsus romain 
ni des fundi; à Tordre politique nouveau correspondent 
des noms géographiques formés d'après des lois linguisti- 
ques nouvelles. Us sont les monuments de la civilisation 
qui a succédé à la civilisation romaine , mais de celle-ci 
les noms de lieux en -aciLS ne sont pas les moindres dé- 
bris (1). 

A la môme époque, dans les chartes mérovingiennes du 
septième et du huitième siècle, et, plus tard, dans les 
chartes carlovingiennes, en Gaule, Tancien nom du fundus 
persiste souvent, avec sa désinence masculine, associé au 
mot villa, avec lequel il ne s'accorde point ; exemple : villa 
Latiniaco, dans un diplôme de Thierry III, 688-689 (2); 
villa cui vQcabulum est Prisciniacus, dans un acte de 682 
ou 683 (3) ; villa quae dicitur Masciacu^^ dans un diplôme 
de Louis le Débonnaire en 820 (4). Mais , en Italie , les 
chartes de Ravenne , à la même époque , attestent par de 
nombreux exemples le maintien de l'usage romain : Fundus 



(\) Les imitations barbares du procédé romain, comme Teodeberciacus ou 
Linderidacae (sons-entendu villae) , doivent être soigneusement démêlées 
des fonnations antiques. II 7 a un point sur lequel le procédé linguistique 
employé par les Germains est identique à celui dont les Romains avaient 
fait usage avant eux : les uns et les autres ont emprunté au peuple vaincu 
le dernier élément du nom de lieu. Dans le composé Bougi-val , par exem- 
ple, à l'époque mérovingienne, B&udechisilo-vallis , chez Tardif, Monuments 
historiques^ p. 32, col. 2 (acte de Tannée 697) , le dernier terme vallis est 
latin, tandis que le premier terme est francique. Ainsi, dans le dérivé Quin^ 
tiàcuSj qui remonte à Fempire romain et dont un exemple a été conservé, 
par on texte du deuxième siècle de notre ère , le dernier élément est le 
suffixe gaulois -aco-s, tandis que le premier élément est le mot la^n Quinctius. 

(2) Tardif, Monuments historiques^ p. 20. 

(3) Tardif, ibid,, p. 19. 

(4) Tardif, iWd., p. 80. 

7 



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l. 

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!» 



96 LIVRE I". CHAPITRE IV. { 2. 

Antonianus (1), fundus Flavinianus (2), fundorum corum vo- 
cabula sunt Valliano.,. (3). En France, on aurait dit : villa 
Antoniacus^' villa Flaviniacus^ villarum qtwrum vocabula 
sunt Valliaco,., Le mot fundus appartient à la langue flnan- 
p. cière de Tadministration romaine, et, à Ravenne, cette 

» administration a duré plus longtemps qu'en France : la 

5 prise de Ravenne par les Lombards ne date que du milieu 

r. du huitième siècle; or c'est dès le cinquième siècle qu'en 

y Gaule les Burgundes, les Goths et les Francs se sont établis 

sur les ruines de l'Empire Romain ; voilà pourquoi on a 
^ continué à se servir du terme administratif romain fundus 

I dans les actes, à Ravenne, longtemps après qu'en France, 

"t' ce mot était tombé en désuétude. 



i' (1) Fantuzzi, Monumenti RavennAti^ p. 57, acte du temps de l'archevêque 

iv Honestus, 971-983. 

"- (2) Ibid,, p. 63, acte du temps de l'archevêque Sergius, 752-770. 

(3) Ibid., p. 102, acte de Tannée 903. On peut aussi comparer au fundo qui 
voc&tur SRvinianum , d'une charte de Ravenne en 955 (Fantuzzi, p. 136), la 
formule in villa S&vinisLCO du cartulaire d'Ainay, à Lyon, en 989 (Aug. Ber- 
nard, Carf. de Savigny, t. II, p. 632). 



CHAPITRE V. 



PREUVES DU GABAGTÉRS PRÉCAIRE DE Ul POSSESSION DU SOL 
PAR LES PARTICULIERS DANS LA GAULE BARBARE, AU MO- 
MENT OU CÉSAR EN FIT LA CONQUÊTE* (58-51 aV. J.-C.)- 

SOMMAIRB : 

1 1. Position de la question. — { 2. La propriété foncière individuelle n'exis- 
tait pas encore chez les Gaulois d'Italie à la fin du troisième siècle avant 
Jéstts-Christ. — { 3. La propriété foncière individuelle est inconciliable 
avec rémigration des Helvetii Tan 58 avant Jésus-Christ. — { 4. La pro- 
priété foncière individuelle est inconciliable avec rétablissement des Boii 
dans le territoire des Aedut. — { 5. L'absence de propriété foncière in- 
dividuelle en Qaule explique le système particulier de communauté entre 
époux que César constate chez les Gaulois. — | 6. Objection tirée d'un 
passage de César oU il est question de la juridiction des druides. — 
i 7. Conclusion. U&ger publicus romain et l'ayer publicus gaulois. La 
propriété bâtie en Gaule pendant la guerre de la conquête. 

5 !•'. — Position de la question. 

Il a été dit plus haut qu'à Tépoque où la Gaule a été 
conquise par César, la propriété rurale dans ce pays était 
restée collective. Cette doctrine a besoin d'être précisée. 
Le terme de propriété collective a le défaut d'être moderne, 
et, pour rendre avec netteté les croyances et les institu- 
tions des anciens , il faut ou se servir de périphrases , ou 
conserver les expressions reçues dans l'antiquité. Ce qu'on 
doit entendre, c'est qu'en général chaque peuple gaulois 
avait sur tout son territoire un droit analogue à celui du 
peuple romain sur Vager pijiilicus ; c'est qu'ordinairement 



•iv 



c>^^^^^'^ 



rv 



100 LIVRE I»'. CHAPITRE V. ( 2. 

en Gaule, vers le milieu du premier. siècle avant notre ère, 
le particulier qui jouissait d'une portion plus ou moins 
considérable du sol de sa cité détenait cette portion à titre 
précaire. Il se trouvait légalement dans une situation ana- 
logue à celle des patriciens et des nobles romains qui, 
après avoir occupé des parcelles plus ou moins étendues 
de Vager publicus, en furent expulsés en partie par les lois 
agraires, quand ces loi« déterminèrent le maximum de la 
fraction de Vager publicus qu'un particulier pouvait posséder. 

§ 2. — La propriété foncière individuelle n* existait pas encore 
chez les Gaulois d'Italie à la fin du troisième siècle avant 
Jésus-Christ. 

Le plus ancien texte que nous ayons sur la constitution 
de la propriété chez les Gaulois appartient à Polybe (livre II, 
chap. XVII. § 11). C'est un des traits de la description, que 
le grand historien nous fait , des mœurs apportées par les 
Gaulois dans les régions voisines du Pô quand, dit-il, ils 
vinrent s'y établir après la chute de la domination étrusque 
en Campanie. On sait que la domination étrusque en Cam- 
panie cessa vers la fin du cinquième siècle avant Jésus- 
Christ. Il est clair, donc, que Polybe, dans le passage en 
question , veut parler des Gaulois d'Italie au commence- 
ment du quatrième ?iècle avant notre ère. Mais cette pein- 
ture est empruntée par le célèbre auteur grec à un histo- 
rien de la fin du troisième siècle. Les écrivains grecs du 
quatrième siècle ne sont pas ici la source de Polybe. Au 
quatrième siècle, les Grecs connaissaient fort mal l'Italie 
du Nord : Héraclide de Pont, disciple d'Aristote, croyait 
que Rome était une ville grecque, et il confond avec les 
Hyperboréens de la mythologie les Celtes qui prirent cette 
ville en 390 (1). 

La source probable de Polybe dans le passage dont il 

(1) Plutarque, Camille, XXH, 2. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 101 

s'agit est le grand ouvrage que Fabius Pictor avait com- 
posé et qui est connu sous le titre latin de Graecae his- 
toriae ou Graeci annales. Cet ouvrage connu de Polybe, 
qui le cite plusieurs fois (1), était postérieur de près de 
deux siècles à la conquête de l'Italie du Nord par les Gau- 
lois; il datait de la fin du troisième siècle, et les mœurs 
gauloises qui s'y trouvaient dépeintes étaient par consé- 
quent celles de la fin du troisième siècle. Fabius Pictor, 
qui vécut de 254 à 200 environ avant Jésus-Christ, avait 
pris part à une campagne des troupes romaines dans la 
Gaule cisalpine, en 225 (2) : il pouvait donc parler en 
connaissance de cause des habitants de cette région. 

Or, voici en quels termes le texte dont nous parlons, et 
qui doit être emprunté à Fabius Pictor, nous fait connaître 
la constitution de la propriété individuelle chez les Gaulois 
d'Italie. Polybe vient de dire que les villages habités par 
ces Gaulois n'étaient pas clos de murs , que leur genre de 
vie était d'une simplicité extrême. Il continue : « La for- 
tune de chacun d'eux consistait en troupeaux et en or, 
parce que ces objets seuls peuvent facilement, quand les 
circonstances l'exigent, être emmenés partout et changés 
de place à volonté (3). » Ainsi, chez les Gaulois d'Italie au 
troisième siècle, la fortune immobilière était inconnue aux 
particuliers. Si les Gaulois d'Italie n'avaient pas organisé 
à leur profit , dans ce pays nouvellement conquis , la pro- 
priété individuelle du sol , c'est qu'ils n'avaient point 
apporté de leur pays d'origine la notion de cette propriété. 



(1) Polybe , livre I , ch. xiy, 2 U dit que ses sources , pour la première 
guerre punique , sont Philinos [auteur sicilien] et Fabius [Pictor]. l\ s'est 
encore servi de Fabius Pictor pour la deuxième guerre punique, comme on 
le voit au livre III, cb. viii et ix (éd. Didot. p. 10, 125). Le texte concer- 
nant les mœurs des Gaulois se trouve entre le récit de la première guerre 
panique et celui de la deuxième (éd. Didot, p. 80). 

(2) Hermann Peter, Veterum historicorum rom&norum reHtqutae, p. lxix 
etsniv. 

(3) TncLçilç ye (ii^v énàatoi^ y}v 5pé(i,(AaTa xal xp^ero; 8ià t6 {i/6va ravTa Y.axà Tàc 
ocpiffréffeic ^^Bitaç duvoiaOat oavTox^ tarepiayaYetv xai |Ae6iotdévai xarà toç aOT<ôv 
ofooipitfiK (Polybe, livre II, ch. xvii, § 11). 



102 LIVRE !•'. CHAPITRE V. | 3. 

En règle générale, un peuple qui vient s'établir par 
la conquête et la colonisation dans un pays, y importe sa 
législation. Les Anglais et les Français des derniers siè- 
cles et du siècle courant ont introduit en Amérique et 
en Afrique la théorie juridique de la propriété individuelle 
du sol, telle qu'ils la concevaient dans leur patrie. Us ont, 
les uns et les autres, constitué dans leurs colonies, la pro- 
priété immobilière suivant les règles usitées dans leur 
pays d'origine. 

Mais les Gaulois n'ont pas apporté en Italie la théorie de 
la propriété individuelle du sol ; près de deux siècles après 
leur arrivée en Italie, cette théorie leur faisait encore défaut. 
Donc, à la date où ils sont venus s'établir en Italie, c'est- 
à-dire au commencement du quatrième siècle avant notre 
ère , ils n'avaient pas cette théorie. Ainsi , au commence- 
ment du quatrième siècle , les Gaulois qui de Germanie et 
de Gaule vinrent conquérir l'Italie septentrionale ne prati- 
quaient pas la propriété individuelle du sol. La prati- 
quaient-ils en Gaule à l'époque de César, trois siècles et 
demi plus tard ? On doit, ce semble, répondre à peu près 
négativement à cette question, et il y a pour cela plusieurs 
raisons. 

S 3. — La propriété foncière individuelle est inconciliable avec 
Vémigration des Helvetii l'om 58 avant J.'C. 

D'abord l'émigration des Helvetii en Tan 58 avant notre 
ère ne peut s'accorder avec la propriété individuelle du sol. 

L'assemblée générale des Helvetii décide que toute la po- 
pulation helvétique, au nombre de deux cent soixante-trois 
mille âmes, abandonnera sa patrie et ira s'établir à l'autre 
extrémité de la Gaule, sur les bords de l'Océan (1). Si ras- 
semblée générale des Helvetii prend cette résolution, ce 

(1) De bello gallico, l, 2, 3, 5, 28, 29. 



b 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 103 

n'est point par contrainte ; ce n'est pas qu'un ennemi plus 
puissant chasse les Helvetii de leur patrie ; en effet, quand ^/' 
ils en furent partis, personne ne vint les y remplacer. Non ; 
ils espèrent trouver ailleurs un territoire plus fertile et sa- / 
tisfaire leur goût pour les aventures glorieuses (1). 

Ce n'est pas un entraînement passager. La décision est 
prise en Tannée 61 ; trois ans sont consacrés aux prépara- '^ 
tifs (2), Puis, en 58, les Helvetii partent (3), et, si l'armée 
romaine ne se fût portée à leur rencontre , ils ne seraient 
pas rentrés dans leur pays. Les Helvetii perdirent, dans la 
lutte contre César, plus des deux tiers de leur effectif, et 
ce fut alors seulement que les survivants se décidèrent à 
rentrer dans le pays qu'ils avaient abandonné (4). 

8e figure-t-on le conseil général d'un département fran- 
çais, fût-ce un des moins fertiles (la Lozère ou les Hautes- 
Alpes), votant rémigration en masse de ses habitants, par 
exemple en Afrique, la population exécutant cette décision '^ 
et le département abandonné restant vide d'habitants ? Le 
droit de propriété tel que nous l'entendons et l'attachement 
de chaque propriétaire pour le lambeau de terre qu'il pos- 
sède serait un obstacle insurmontable à cette résolution . 
étrange et à son exécution. Le Français qui aujourd'hui 
quitte son pays pour aller s'établir en Algérie ou à l'étranger, 
n'est à peu près jamais propriétaire foncier. D'ordinaire, le 
paysan français n'émigre point , et c'est parce qu'il est 
propriétaire de champs ; le paysan français qui, par excep- 
tion, transporte son domicile en Algérie, ne se décide à 
prendre ce grand parti qu'après s'être ruiné. Si le paysan 
anglais, part facilement pour les Etats-Unis ou pour l'Aus- 
tralie c'est parce qu'il ne possède aucun immeuble et 
qu'aucun lien ne l'attache au sol qu'il cultive, pauvre et mé- 
content, dans l'intérêt d'autrui. 



(1) De bello g&llico, I, 2, 10. 

(2) Ce chiflEre de trois ans parait attester Tusage de l'assoUement triennal. 

(3) De bello g&llico, l, 2, 3, 6, 8. 

(4) Ihid,, l, 29. 



104 LIVRE I". CHAPITRE V. g 4. 

S 4. — La propriété foncière individuelle est inconciliable 
avec l'établissement des Boii dans le territoire des Aedui. 

Le second fait que nous avons à expliquer est l'instal- 
lation des Boii dans une portion du territoire des Àedui. 
Ces Boii appartenaient à la grande nation de ce nom, 
établie à l'est du Rhin, principalement entre le Danube 
et les Alpes. Au nombre de trente-deux mille (hommes, 
femmes et enfants) , ils avaient pris part à l'expédition des 
Helvetii en Gaule, et, défaits comme eux par César, ils 
avaient perdu , comme leurs compagnons de guerre , un 
peu plus des deux tiers de leur effectif : leur nombre de- 
vait être réduit à environ dix mille âmes. César avait dé- 
cidé que les vaincus devaient retourner chacun chez eux : 
les Boii étaient donc condamnés à regagner les régions 
transrhénanes. 

Mais les Aedui ne consentirent pas à les laisser partir : 
ils voulurent profiter de l'occasion pour augmenter le 
nombre de leurs clients et pour donner à leur puissance 
en Gaule une base plus solide. Avec l'autorisation du 
général romain, ils établirent dans une portion de leur 
territoire ces Boii vaincus, leur permirent de s'y orga- 
niser en une cité, en un petit Etat dépendant de la cité 
ou de l'Etat des Aedui, mais sur le pied d'une sorte d'éga- 
lité (1). Le signe de la dépendance des Boii fut une rede- 
vance annuelle, stipendium (2), qu'ils payèrent aux Aedui : 
César, dans le récit de sa campagne contre Vercingétorix, 
en 52, donne aux Boii l'épithète de stipen4iarii Aeduo^ 
rum (3) ; ce stipendium exigé des Boii par les Aedui repré- 



(l)<i [Caesar] Boios» potentibus Aeduis, qupd egregia virtute erant cogniti, 
ut in finibus suis coUocarent, concessit; quibus illi agros dederunt, quosque 
postea in parem juris libertatisquo condicionem atque ipsi erant, recepe- 
runt. » (De bello gallico, I, 28, | 5.) 

(2) Marquardt, dans Handbuch der rômischen Alterthûmer, t. V, 2* édit., 
p. 183, n. 5; cf. 184. Voir aussi p. 162. Goniulter enfin t. IV, p. 80. 

(3) De bello gallico, VII, 10, | 1. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 105 

sentait la rente due à la cité des Aedui pour la portion 
à'ager pubhcus dont les Aedui avaient abandonné la jouis- 
sance aux Boii. 

L'état de dépendance où sont placés les Boii ne les em- 
pêche pas d'avoir en Gaule une personnalité politique dis- 
tincte de celle des Aedui^ leurs suzerains. Us ont, en 52, un 
oppidum^ et Vercingétorix en entreprend le siège (1), que 
César en personne fait lever (2). Bien que peu nombreux 
et faibles, ils constituent, nous dit César, une cité, qui 
lui fournit des vivres (3) au début de la guerre contre Ver- 
cingétorix. Peu après, les Boii se laissent entraîner dans 
le grand mouvement patriotique qui soulève la Gaule 
presque entière' contre les Romains; il leur est enjoint de 
fournir à Tarmée nationale un contingent de deux mille 
soldats (4) ; ce contingent est distinct de celui qui est 
imposé aux Aedui et à leurs sujets, parce que, bien que 
subordonnés {stipendiarii) des Aedui , ils sont à leur égard 
sur le pied d'une sorte d'égalité {parem juris libertatisque 
condicionem) (5). Vaincus, les Boiij sauf le stipendium 
quils payent aux Aedui , sont en Gaule dans une situation 
identique à celle des Germains conquérants avant la dé- 
faite d'Arioviste par César. 

Arioviste vainqueur s'est emparé du tiers du territoire des 
Sequani , et d'une partie de celui des Aedui , où il a établi 
120,000 Germains (6); 24,000 autres Germains viennent 
d'arriver, et, pour leur donner un établissement, il va 

(1) De bello gallico, VII, 9, { 6. 
(2)/Wd., VII. 10, Î3,4; 12, Jl. 

(3) c De re frumentaria Boios atque Aeduos adhortari non destitit : quorum 
alteri, qnod nullo studio agebant, non multum adjuvabant ; alteri non mag- 
nis facultatibiis, quod civitas erat exigua et infirma, celeriter quod habue- 
mut consumpsenint Bumma difficultate rei frumentariie affecto ezercitu, 
tenuiute Boiorum... s {De bello g&llicOy VII, 17, | 2, 3.) 

(4) « Boiis [bina] mUia. » (De bello gallico, VII, 75, | 3.) 

(5) De bello gallico, I, 28, | 5. Cf. VII, 10, { 1. 

(Q ■ Nunc esse in Gallia ad centum et yiginti milium numerum. » (De bello 
giUico, I, 31 , { 5.) « Ariovistus... tertiam partem agri Sequani... occupa- 
Tisset... • (/btd., 1 10.) « Aeduos... multatos agris. o (De bello gallico, VII, 54, 

H) 



106 LIVRE I". CHAPITRE V. { 4. 

prendrjB aux Sequani un second tiers de leur territoire (1). 
Ce n'est pas seulement de la souveraineté, c'est de la 
jouissance du sol que les Sequani et les Aedai sont dé- 
pouillés. Les Germains sont les plus forts; ils ont vaincu 
les Aed/ai , dont les sénateurs et les chevaliers ont presque 
tous péri dans les combats, et les Sequani^ bien qu'alliés 
des Germains , sont réduits par Ârioviste presque à l'état 
de sujets. 

Comment les Aedui , après avoir associé leur cause à celle 
de César vainqueur des Boii , sont-ils amenés à concéder à 
ce peuple vaincu des avantages qui sont presque les mê- 
mes que ceux qu'Ârioviste vainqueur a violemment exi- 
gés? Ce n'est pas le procédé ordinaire des peuples victo- 
rieux. Au sort des Boiiy vaincus en Gaule l'an 58 av. J.-C, 
comparons celui d'autres vaincus, dans le même pays, 
trois siècles et demi plus tard. . 

Constance Chlore , vainqueur , amène de Germanie en 
Gaule des Germains prisonniers; il en fait des colons 
qui labourent et moissonnent les terres des propriétaires 
gallo-romains : « Le Chamave et le Frison labourent pour 
moi, » dit en 296 un panégyriste de Constance Chlore, « et, 
grâce à tes victoires, César invincible, les parties inhabitées 
des territoires d'Amiens, de Beauvais, de Troyes, de Langres 
reverdissent par le travail du cultivateur barbare (2). » Le 
môme auteur nous peint un peu plu s haut les portiques des cités 
encombrés par la foule des barbares captifs : « Les hom- 
mes s'agitent partagés entre la surprise de la défaite et 
leur naturelle fierté ; les vieilles mères témoignent aux fils, 

(1) c Nunc de altéra parte tertia Sequanos decedere juberet, propterea 
quod paucis mensibus ante . Harudum milia hominum viginti quatuor ad 
eum venissenty quibus locus ac sedes pararentur. » (De btllo gallico^ I» 31, 

I 10.) 

(2) « Arat ergo nunc mibi Cbamavus et Frisius. » {Incerti pànegyricuê 
Constantio Cœsari^ ix, édit. Teubner-Bœhrens, p. 138, 1. 17-18.) « Fer victo- 
rias tuas, Constanti Gaesar invicte , quicquid infrequens Ambiano et BeUo* 
vaco et Tricassino solo Lingonicoque rostabat, barbaro cultore revirescit. • 
(/6id., XXI, p. 147, 1. 26-29.) Cf. Fustel de Coulanges, Recherches eur quel- 
que$ problèmes d'histoire, p. 49. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 107 

les jeunes femmes aux maris le mépris que méritent les 
lâches; mais les jeunes garçons et les jeunes filles réunis 
dans les mêmes chaînes parlent familièrement à demi-voix 
sur un ton tout différent. Prince, vous les avez partagés 
entre les habitants de vos provinces ; ils vont servir ces 
maîtres, et ils attendent qu'on les conduise aux solitudes 
qu'ils doivent cultiver (1). » Ces barbares vaincus sont 
réduits en esclavage ; c'est en qualité d'« esclaves » (5^*- 
viendo) qu'ils vont remettre en culture des champs aban- 
donnés, les mêmes champs peut-être que leurs dévasta- 
tions avaient rendus incultes (2). 

Les Boii sont traités tout autrement. Ils ne deviennent 
ni les esclaves , ni les domestiques , ni les fermiers d'au- 
cun particulier. Les Aeduiy dans la guerre contre Ârioviste» 
avaient perdu beaucoup de monde (3) ; ils n'étaient plus 
en état de cultiver tout leur territoire , ils en détachent un 
vaste canton qu'ils livrent aux Boii, Ce n'est point de par- 
ticuliers, c'est de la cité des Aedui que les Boii tiennent le 
territoire qui leur est attribué , et c'est à elle qu'ils payent 
la redevance annuelle appelée par César stipendium. C'esl 
donc la cité des Aedui qui est propriétaire de ce territoire ; 
les détenteurs 'dépossédés au profit des Boii n'avaient sur 
ce territoire qu'un droit analogue à celui des nobles ro- 
mains sur les portions de Vager pvblicus dont ils avaient la 
jouissance au temps des lois agraires. 

Ces détenteurs en avaient joui à charge de payer à la 
cité la redevance annuelle qui est imposée aux Boii, La 
redevance annuelle due par ces détenteurs avait été com- 



(1) • Totis portieibus civitatum sedere captiva agmina barbarorum, viros 
tttonita feritate trépidantes, despicientes anus ignaviam flliorum, nuptas 
maritorum , Yincnlis copulatos pueros ac pueUas familiari murmure blan- 
dientes, atque bos omnes provincialibus vestris ad obsequium distributos, 
donec ad destinâtes sibi cultus solitudinum ducerentur. » (Incerti panegy' 
ncuê ConsUntio Caesan, ix, édit. Teubner-Bœhrens, p. 138, 1. 8-15.) 

(2) t Ut, qnae fortasse ipsi quondam depraedando vastaverant, cul ta red- 
derent »er?iendo. > [Ibid., viii, p. 138, 1. 3-5.) 

(3) c Magnam calamitatem pulsos accepisse : omnem nobilitatem, omnem 
M&atam, omnem equitatem amisisse. m (De bello gallico, I, 31, | 6.) 



108 LIVRE I". CHAPITRE V. { 5. 

prise dans les vectigalia que Dumnorix avait pris à bail de 
la cité des Aedui avant la campagne de César contre les 
Helvetii (1). 

Quand, par la conquête, le Germain vainqueur s'empare 
d'une portion du territoire gaulois, il expulse les Gaulois 
qui la cultivent, parce qu'il ne fait pas de distinction entre 
la souveraineté et la propriété du vaincu ; c'est aussi la 
doctrine du Romain victorieux. Mais la législation romaine 
conçoit pour le citoyen de Rome un droit de propriété 
foncière qu'elle distingue de la souveraineté de l'Etat : à 
côté de Vager publiais, le domaine privé ; or, cette concep- 
tion n'existe ni chez les Germains, ni chez les Gaulois : le 
Germain, au temps de César, ne met pas de différence 
entre le droit individuel du vaincu et le droit individuel 
du citoyen sur la terre; à la même époque, le Gaulois 
comprend à peu prés comme le Germain la relation juridi- 
que entre le champ et le possesseur, que ce possesseur 
soit un étranger vaincu ou le citoyen d'un état victorieux. 

Nous avons de la propriété foncière des citoyens une 
rdée analogue à la notion du dominium romain. Supposons 
qu'en France un gouvernement dépouille et expulse d'un 
arrondissement toute la population française qui l'habite 
et y établisse une population étrangère, de même langue 
que nous si l'on veut , venue de la Belgique wallonne ou 
de la Suisse romande : — tels étaient les Boii parlant gau- 
lois comme les Aedui : — cette hypothèse est absurde, 
parce que, chez nous, c'est aux particuliers et non à l'Etat 
qu'en général appartient la propriété du sol. 

5 5. — L'absence de propriété foncière individuelle en Gaule 
explique le système particulier de communauté entre époux 
que César constate chez les Gaulois. 

Nous arrivons à un troisième texte qui semble confirmer 



(1) « Omnia Aeduorum vectigalia parvo pretio redempta habere. » (De 
btllo gallico, I, 18, { 3.) 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 109 

cette doctrine, qu'en général le territoire de la Gaule 
était ager publicus à la date de la conquête. Nous commen- 
cerons par rappeler le passage de Polybe : « La propriété 
de chacun des Gaulois consistait en troupeaux et en or (1). » 
Or César, exposant en termes très brefs les principaux 
traits de la législation des Gaulois, nous fait connaître 
ainsi qu'il suit le régime des biens entre époux : « Les 
hommes reçoivent de leur femme une dot et, après esti- 
mation, mettent en commun avec cette dot, des biens 
d'une valeur égale pris sur leur avoir. Ces biens mis en 
commun sont l'objet d'un compte; ou conserve les fruits; 
le survivant des deux époux reçoit les deux parts avec les 
fruits produits par elles pendant le mariage (2). » 

Ce contrat qui , à première vue , peut sembler bizarre , 
devient quelque chose de rationnel et de très simple si, 
s'inspirant du texte de Polybe, on suppose que la dot 
des femmes et la portion de l'apport des maris mise en 
commun avec cette dot consistent en troupeaux et que les 
fruits qui viennent s'y ajouter sont le croit des troupeaux. 
La convention dont il s'agit offre une grande analogie avec 
notre cheptel du Code civil. On garde les fruits, c'est-à- 
dire le croit ; cela ne veut pas dire qu'on garde les bes- 
tiaux jusqu'à les laisser mourir de vieillesse. Cela signifie 
qu'on élève les veaux et les génisses, et que, pour les 
abattre, on attend l'âge où, devenus adultes, ils peuvent 
atteindre, après engraissement, la valeur la plus élevée, 
soit comme bœufs après avoir servi à la culture, soit 
comme vaches après avoir donné plusieurs veaux. Admet- 
tons qu'un troupeau ainsi administré vienne à doubler 
tous les trois ans, ce qui peut fort bien arriver, sauf le cas 



(1) Txap^iç Yc \^H ixduTToïc ^v dpé|i{jLaTa xal xP^ffoç (Polybe, livre II, eh. xvxi, 
Jll). 

(2) c Viri, quantas pecunias ab uxohbus dotis nomine accepenint, tantas 
ex suis bonis aestimatione facta cum dotibus communicant. Hujus omnis 
pecnûiae conjunctim ratio habetur fructusque servantur : uter eorum vitA 
Sttporavit, ad en m pars utriusque cum fructibus superiorum temporum per- 
venit. » (César, De bello gallico. VI, 19, { 1, 2.) 



110 LIVRE I-. CHAPITRE V. { 5. 

d'épidémie , de disette ou de guerre ; avec deux vaches au 
début, ou aura, au bout de trente ans, un troupeau de 
plus de 2,000 têtes, à condition qu'on puisse le nourrir (1). 

On comprend ce procédé ; un troupeau ainsi traité donne 
tous les ans un produit en laitage, en fumier, en bêtes 
qu'il faut abattre, parce que Tàge qu'indique une bonne 
administration est atteint, ou parce qu'un accident, une 
difficulté quelconque rend l'élevage impossible. De ce pro- 
duit , le ménage vivra. Mais que la dot consiste en terre 
et que l'apport associé à la dot par le mari soit encore de 
la terre; tant que le mariage durera, on ne touchera pas 
au revenu de ces terres.; les blés et les pailles seront em- 
magasinés dans des greniers, et on les y conservera jusqu'à 
la mort de l'un des conjoints , ou , si on les vend , on en 
gardera soigneusement le produit dans un coffre-fort sans 
jamais y toucher : on mourra de faim à côté. De telles 
hypothèses peuvent être émises dans le silence du cabinet 
par des savants qui vivent entre leur imagination et leurs 
livres , mais elles sont impraticables et ne peuvent avoir 
été la loi à laquelle , dans un grand peuple , tous les mé- 
nages aisés aient dû soumettre leur existence journalière. 

Gouverner un troupeau comme nous l'entendons suppose 
une économie qui n'est compatible qu'avec la fortune ; mais 
quels étaient ces maris auxquels les femmes apportaient 
des dots et qui mettaient en commun avec cette dot un ca- 
pital égal? Us n'appartenaient point à la plèbe réduite 
presque à l'esclavage, accablée par le poids des dettes et 
des impôts (2). Ces maris, ce sont des membres de l'aristo- 
cratie , ce sont des sénateurs et des chevaliers ; c'est un 
groupe de population très riche et peu nombreux, puisque 
Vercingétorix , voulant réimir contre César tous les cheva- 



(1) Voici la progression : le premier chiffre indiquera les années, le second 
le nombre des têtes : 1, 2; 3, 4; 6, 8; 9, 16; n, 32; 15, 64; 18, 128; 21, 256; 
,24, 512; 27, 1024; 30,2048. 

(2) « Plèbes paene servorum habetur loco... plerique cum aut aère alieno 
aut magnitudine tributorum... premuntur... » {De bello gallicOf VI, 13, { 1, 2.) 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 111 

liers de la Gaule insurgée contre Rome, n'en a pas trouvé 
plus de quinze mille à convoquer (1). Comment ont-ils créé 
la fortune qui leur a permis de transformer en débiteurs 
une grande partie des membres de la plèbe? C'est par la 
sage administration de leurs troupeaux, c'est en conservant 
les fruits, c'est-à-dire le croit, le croit des troupeaux appor- 
tés en dot par les femmes et celui de troupeaux d'une 
valeur égale pris sur l'avoir des maris. 

§ 6. — Objection tirée d'un passage de César où il est question 

de la juridiction des Druides.- 

A notre doctrine il a été fait plusieurs objections par un 
savant professeur de la Faculté des lettres de Paris. Le ta- 
lent littéraire de cet habile critique est égal à son érudi- 
tion. Aussi semble-t-il nécessaire de répondre ici à la prin- 
cipale de ses objections. Cette objection est fondée sur 
une interprétation erronée d'un passage de César, dont il 
est impossible de tirer aucun argument ni pour ni contre la 
thèse soutenue ici. 

César vient de parler de l'enseignement des druides ; de 
ce sujet il passe à leur juridiction. Voici comment il s'ex- 
prime : Fere de omnibus controversiis publicis PRiVATisgutf 
constituunt ; et, si quod est admissum facinuSy si caedes facta^ 
si de hereditate, si de finibus controversia est^ idem decer^ 
nunt, praemia poenasque constituunt , si gui aut privatus aut 
POPULus eorum decreto non stetit, sacrificiis interdicunt (2). 
Voici la traduction que nous proposons : « Les druides 
» jugent presque toutes les contestations , qu'elles con- 
» cernent soit un peuple^ soit un particulier] si quelque 
» crime a été commis , s!il a été fait un meurtre , s'il y a 
» contestation sur héritage ou sur limites ce sont encore eux 

(1) f Omnes équités, quindecim milia numéro, celeriter convenire jubet. » 
[Ikhello g&llico, VII, 64, J 1.) 

(2) De bello gallico, VI, 13, { 5. 



llï LIVRE I". CHAPITRE V. { 6. 

» qui décident et qui fixent le montant de la composition 
» pécuniaire à recevoir par le demandeur et à payer par le 
» défendeur ; si soit un particulier soit un peuple ne se 
» conforme pas à leur décision , ils l'excluent des sacrifi- 
» ces. » M. Fustel de Coulanges rend ainsi ce passage : 
« Il (César) dit que les druides jugent presque tous les pro- 
» ces aussi bien au criminel qu'au civil. Puis il fait Ténu- 
» mération de ces débats portés devant les druides : au 
» criminel il cite le meurtre ; au civil il mentionne le pro- 
» ces sur héritage ou sur des limites : Si de hereditate^ si 
9 de finibus controversia est. Dès qu'il y a en Gaule des 
» procès sur héritage et sur des limites, c'est que les Gau- 
» lois ont la règle de l'hérédité et l'usage des limites, c'est- 
» à-dire la propriété héréditaire du sol (1). » 

M. Fustel de Coulanges parait n'avoir pas compris 
ce que César a voulu dire. D'abord, suivant le docte 
professeur, quand César a écrit en parlant des druides : 
Fere de omnibus controversiis publicis PRiVATisg^ti^ consti- 
tuunt, cela signifie « que les druides jugent presque tous 
» les procès aussi bien au criminel qu'au civil. » Dans 
cette traduction de M. Fustel de Coulanges, il y a un 
contre sens. Pour bien comprendre le membre de phrase 
ainsi traduit par M. Fustel de Coulanges, et qui est la 
première des cinq lignes de César reproduites plus haut, 
il faut en rapprocher le dernier membre de phrase qui est 
pour ainsi dire le pendant du premier : Si qui dut privatus 
aut POPULUS eorum decreto non stetit, sacri/lciis interdicunt ; 
« si , soit un particulier, soit un peuple , ne se conforme 
pas à leur décision ils l'excluent du sacrifice. » 

A pvèlicis, dans le premier membre de phrase, corres- 
pond populus dans le second membre de phrase , comme à 
privatis, dans le premier, privatus dans le second. Evidem- 
ment, controversia publica veut dire « contestation concer- 



(1) Le problème des origines de la propriété foncière^ Bruxelles, Alfred 
VromAnt, 1889, in-8*, p. 84-85. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 113 

nant un peuple. » M. Pustel de Coulanges croit que con- 
troversiae publicas est synonyme de judicia publica. Il en 
conclut qu'en français controversia publica doit être tra- 
duit par « procès au criminel. » « On sait, » dit le savant 
auteur « que , dans la langue du droit , les judicia publica 
» sont les jugements criminels , littéralement ceux qui 
» portent sur Tun des crimes que l'autorité publique pour- 
» suit » (p. 84, note). 

Nous allons examiner deux questions ; la première est de 
savoir si César, en se servant des mots controversiae publicae 
a eu l'intention d'exprimer l'idée qui est rendue ordinaire- 
ment en droit romain par les mots judicia publica ; la se- 
conde est de savoir si, même en ce cas, la traduction « pro- 
cès au criminel » rendrait clairement la doctrine de 
l'historien romain. 

Controversia, en latin, est le terme technique pour dési- 
gner les procès civils par opposition aux procès criminels. 
On a souvent cité pour la détermination de ce sens, un pas- 
sage de Cicéron, pro Caecina^ c. 2, § 6 : Omnia judicia aut 
distrahendarum controversiarum ^ aut puniendorum malefi- 
ciorum caussa reperta sunt , et on en rapproche un passage 
in De oratore, limre II, c. 24, § 104 : Sive ex crimine caussa 
constat ut facinoriSy sive ex controversia ut hereditatis. Contre- 
versia est donc l'opposé de judicium publicum. 

Théoriquement, à l'origine du droit, il n'y a de judicium 
publicum que pour les crimes commis contre l'Etat, tels que 
la haute trahison, laesa majestas\ plus tard, à Rome, cer- 
tains crimes contre les particuliers, tels que le meurtre, 
ont été compris dans la nomenclature des actes qui don- 
nent lieu à des judicia publica^ tandis que les autres , tels 
que le vol, restaient ce que le Digeste appelle privata 
delicta (1), 

César, en employant le terme de controversia dans le 



(l) Livre XLVII, titre I, De privatis delictis. Cf. livre XLVIII, titre I, 
De publicis judiciis. 

8 



114 LIVRE 1^, CHAPITRE V. { 6. 

passage précité, exclut l'idée romaine de judicium jmblicum. 
et on ne peut dire qu'il ait employé cette expression au ha- 
sard, car il insiste quelques lignes plus loin. Après avoir dit 
que tous les ans, à une date déterminée, les druides se réu- 
nissent dans le territoire de Chartres, il ajoute : « là, de 
toutes parts s'assemblent tous ceux qui ont des contesta- 
tions : qui controversias habeat. » 

Les Gaulois vivaient encore sous le régime de la com- 
position pécuniaire, et les druides, même en ce que nous 
appelons aujourd'hui matière criminelle , ne prononçaient 
que des condamnations civiles. Les druides ne pouvaient 
donc rendre des jugements lorsqu'il s'agissait de judicium 
publicum dans le sens primitif et restreint du mot , c'est- 
à-dire quand quelqu'un était accusé de haute trahison si 
nous pouvons rendre ainsi le latin lassae majestatis. Voilà 
pourquoi César appelle controversiae , c'est-à-dire procès 
civils, les contestations jugées par les Druides. 

C'est un ^ procès de haute trahison — lesae majestatis 
comme on aurait dit à Rome — qui, au début des Com- 
mentaires^ est intenté à Orgetorix, accusé de prétendre à 
la royauté ; une condamnation à mort doit s'ensuivre ; il 
doit être brûlé ; dans le récit de cette afi^ire il n'est pas 
dit un inot des druides ni du voyage à Chartres. Le procès 
doit se plaider sur le territoire helvétique; c'est évidem- 
ment l'assemblée du peuple qui doit le juger (1). 

On doit interpréter de même le passage où il est dit que 
les Senones veulent mettre à mort Cavarinus que, sans leur 
consentement, César leur a imposé comme roi : interficere 
publico consilio conati (2). Le publicum consilium dont parle 
César est l'assemblée du peuple des Sénons qui voulant 
conserver ses institutions républicaines a condamné à mort 
l'usurpateur Cavarinus. Le pays des Sénons est tout près 
de celui de Chartres où se tient annuellement l'assemblée 



(1) De hello gallico, I, 4. 

(2) /bid., I, 54. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 115 

des druides et cependant le peuple des Sénons n'a point 
fait appel à la juridiction druidique. Et pourquoi cela? C'est 
que les druides ne jugeaient que des controversiasy c'est-à- 
dire des procès civils. Les procès criminels échappaient à 
leur compétence. Mais les procès, pour ce que nous appel- 
lerions des crimes contre les personnes, contre les pro- 
priétés, par exemple pour meurtre et pour vol, ne pou- 
vaient alors en Gaule donner lieu qu'à des réparations 
civiles et appartenaient à la catégorie des controversiae , 
les Druides pouvaient les juger. 

M. Pustel de Coulanges se trompe donc certainement 
quand il suppose que César, en employant la formule con- 
troversiae publicae, a voulu parler de judicia publica. Mais 
même en admettant un instant que cette supposition soit 
exacte , la traduction de controversiae puOlicae par « procès 
au criminel » opposés aux procès civils, controversiae privatae^ 
est très dangereuse et donne au lecteur une idée fausse du 
droit criminel antique. En efifet , la poursuite pour vol, en 
droit romain , n'a jamais donné lieu à un judicium publi- 
cum\ cependant elle pouvait avoir pour effet, dans l'ancien 
droit romain, de faire livrer par le juge la personne du cou- 
pable au volé dont le voleur devenait l'esclave et qui avait 
sur lui droit de vie ou de mort : tel était le résultat de la 
condamnation pour furtum manifestum. Il en était de même 
dans la Gaule barbare : en Gaule, le voleur, c'est-à-dire 
l'insolvable qui s'était emparé d'un objet mobilier apparte- 
nant à autrui , et qui , naturellement , ne pouvait payer 
la composition pécuniaire, devenait l'esclave du volé, 
et souvent ce dernier se débarrassait de lui en le faisant 
briller vif (1). Ainsi M. Fustel de Coulanges, expliquant 
controversia jmblica par judicium publicum, qu'il rend par 
les mots français « procès au criminel » , n'a pas le droit 
de comprendre parmi ces procès la procédure motivée par 
un acte (le furtum manifestum) qui a pour conséquence une 

(l)De bellQ gallico, VI, 16, l 5. 



i 116 LIVRE !•'. CHAPITRE V. | 6. 



condamnation à une peine équivalente soit à nos travaux 
forcés à perpétuité soit à notre condamnation à mort. 

Mais qu'est-ce qu'un procès au criminel ? qu'est-ce qu'un 
crime dans la langue du droit français ? « L'infraction que 
» les lois punissent d'une peine afflictive ou infamante est 
» un crime. » {Code pénal^ article 1, § 3.) « Les peines 
» afflictives et infamantes sont : 1** la mort ; 2** les travaux 
» forcés à perpétuité ; 3^ la déportation ; 4* les travaux 
» forcés à temps ; 5® la détention ; 6*" la réclusion » {Code 
pénal, article 7). Donc, suivant ces définitions, le furtum 
manifesPum est un crime. Par conséquent il est certain 
qu'en traduisant en français ytedicia publica par « procès au 
criminel , » on amène le lecteur à comprendre dans les 
judicia publica^ les poursuites pour furtum manifestum 
que le droit romain, conforme au droit indo-européen le 
plus ancien, n'y comprenait point. C'est ici le cas de rap- 
peler une observation du jurisconsulte Macer, insérée au 
Digeste , livre XLVIII , titre I , loi 1 : non omnia judicia 
in quibus crimen vertitur publioa su/nt , sed ea tantum quae 
ex legihus publicorv/m judicioru/m veniunt. 

Erreur donc sur le sens dejudicium publicum^ comme de 
controversia. M. F. de Coulanges continue : « il (César) fait 
» une énumération de ces débats portés devant les druides; 
» au criminel il cite le meurtre, au civil il mentionne les 
» procès sur un héritage ou sur des limites : Si de heredi- 
» tate, si de finibus, controversia est. Dès qu'il y a en 
♦ » Gaule des procès sur l'héritage ou sur les limites, c'est 
» que les Gaulois ont la règle d'hérédité et l'usage des 
» limites, c'est-à-dire la propriété héréditaire du sol. César 
n dit ailleurs que les Germains n'ont pas de finesy il dit ici 
» que les Gaulois en ont » (p. 84-85). 

Il y a sur ce passage plusieurs observations à présenter. 
L'opposition que fait ici M. Fustel de Coulanges entre le 
criminel et le civil dans la juridiction druidique n'existe 
que dans son imagination. Après un meurtre, les drui- 
des ne jugeaient que ce que notre Code d'instruction cri- 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 117 

mnelldj article 2, appelle raction civile par opposition à 
raction publique, et ce que le môme code, article 1, définit * 
« Taction en réparation du dommage causé par un crime. » 

D'autre part , César, dans le passage dont il s'agit , n'a 
pas distingué en deux catégories , Tune criminelle , l'autre 
civile, les causes de procès qu'il énumère : crime quel- 
conque, meurtre, héritage, limite. Il annonce qu'il veut 
parler de procès concernant soit un peuple, soit un par- 
ticulier ; il termine en disant que si le peuple ou le parti- 
culier condamné n'exécute pas le jugement, ce particulier 
ou ce peuple sera exclus des sacrifices ; mais il ne dit nulle 
part qui est demandeur ni qui est défendeur, qu'il s'agisse 
de crime, de meurtre, d'héritage ou de limites. Affirmer 
que lorsqu'il s'agit de crime , notamment de meurtre , le 
peuple sera partie dans l'affaire , que lorsqu'il s'agira d'hé- 
ritage ou de limites ce sera un particulier, c'est une hypo- 
thèse arbitraire que rien ne justifie. 

« Les Gaulois ont, » continue M. Pustel de Coulanges, 
« la règle d'hérédité et l'usage des limites , c'est-à-dire la 
» propriété héréditaire du sol. » Mais, dans le texte de Cé- 
sar, rien ne dit que l'hérédité dont il s'agit eût pour objet 
la propriété du sol. L'hérédité réclamée par un particulier 
contre un autre particulier pouvait avoir pour objet 
soit un meuble soit un droit temporaire ou précaire sur le 
sol. L'hérédité réclamée par un particulier contre un peu- 
ple pouvait avoir pour objet une fonction héréditaire, par 
exemple la royauté (1). Pourquoi prétendre déterminer 
l'objet de cette hereditas^ dire que cet objet est nécessaire- 
ment la propriété du sol quand César ne le dit point? 

Les limites , fines , si elles étaient réclamées par un peu- 
ple contre un autre peuple pouvaient être des limites 
d'Etats ; réclamées par un particulier contre un particulier , 
elles pouvaient être une limite de champ , de cour ou de 
yerger ; mais sur ce champ , sur cette cour , sur ce verger , 

(1) Cf. Regni kerediUs^ herM regni dans la Guerre d'Alexandrie, c. 66. 



tl8 LIVRE !••. CHAPITRE V. ( 7. 

quel étail le droit réel prétendu par les plaideurs? On voit 
tous les jours dans la France de notre temps des procès 
pour limites entre fermiers ; à Rome Vager occupatorius ou 
arcifinius, c'est-à-dire celui dont, à Torigine et pendant des 
siècles, la détention par le possesseur a été précaire, c'est- 
à-dire celui qui faisait partie de Yager publicus et dont les 
lois agraires ont plusieurs fois expulsé les détenteurs, ce 
champ, auquel nous comparons le c^hamp gaulois, avait des 
limites, fines : De fine similis est controversia... sed de fim 
disconvenu per ftexus quitus arcifinii agri coniinentur (1). 

Il n'y a donc rien à tirer du texte de César contre la 
doctrine que nous exposons. Ce texte ne prouve pas que 
la propriété foncière individuelle, telle que nous la conce- 
vons aujourd'hui en France , existât dans la Gaule barbare 
quand cette contrée a été conquise par les Romains. 

S 7. — Conclusion, L'ager publicus romain et /'ager publi- 
cus gaulois, La propriété bâtie en Gaule pendant la guerre 
de la conquête. 

En Gaule , à l'époque de la conquête romaine, le déten- 
teur de la terre n'a pas de titre à opposer à l'Etat. La con- 
séquence est qu'il ne s'attache pas à la terre. Voilà pour- 
quoi les Helvetii abandonnent leur territoire ; voilà pourquoi 
les Aedui cèdent aux Boii une partie du leur. Cela nous 
montre que le droit de l'Etat avait en Gaule un caractère 
beaucoup plus pratique et beaucoup moins platonique à 
l'époque de la conquête romaine, que dans l'Italie du même 
temps. Un signe du droit de l'Etat en Italie avait été une 
redevance annuelle, vectigaU imposée au propriétaire. Une 
loi, de la fin du deuxième siècle avant J.-C, avait aboli 
cette redevance en Italie. Mais, au temps de César, les 
Aedui la percevaient chez eux. Dumnorix l'avait prise à 



(1) Frontin, chez Lachman, GromtLtici veteres, p. 13. 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 119 

fenne en même temps que les impôts indirects (1). Quand 
les Boii reçurent la concession d'une partie du territoire des 
Aedai, ce fut à charge de payer la même redevance, et ce 
fut ainsi qu'ils devinrent , comme le dit César, stipendiarii 
des Aedui : stipendium est un synonyme de vectigaL 

On se demandera pourquoi les Gaulois détenteurs de 
Yager publicus appartenant à leur cité auraient eu une situa- 
tion plus précaire que celle des citoyens romains déten- 
teurs de Yiiger publicus de Rome en Italie. Cette différence 
s'explique par la date récente de rétablissement de chaque 
peuple gaulois sur le territoire qu'il occupait à l'arrivée de 
César et par l'incertitude qui y régnait sur l'avenir, tandis 
que rorigine de Vager publicus de Rome remontait à sept 
siècles, et que les citoyens de Rome n'en prévoyaient 
pas la fin. 

La migration des Volcae Àrecomici n'était pas terminée à 
la fin du troisième siècle, puisque , au moment du passage 
d'Annibal , une partie d'entre eux habitait encore à l'est du 
Rhône (2), et qu'ils avaient disparu de cette région quand 
les Romains conquérants mirent un terme aux déplace- 
ments de peuples en Gaule. La venue des Helvetii dans 
le pays qui est aujourd'hui la Suisse était un fait encore 
tout récent en l'an 58 avant notre ère , car l'histoire nous 
a conservé le souvenir de leur établissement antérieur de 
l'autre côté du Rhin (3). L'arrivée des Belges à l'ouest du 
Rhin ne pouvait pas être bien ancienne à l'époque de Cé- 
sar, puisqu'on en gardait le souvenir en Gaule, et on sait 
combien le souvenir des migrations s'efface vite chez les 
peuples qui n'écrivent pas. Le plus ancien événement 
connu de l'histoire des Belges en Gaule est leur résistance 
aux Cimbres et aux Teutons à la fin du deuxième siècle 
avant notre ère. Il n'est pas probable que leur arrivée sur 

(1) « Complnris annos portoria reliqaaque omnia Aeduonim vectigalia 
pwe preiio redempta habere. » (De hello gsillico, I, 18, J 3.) 

(2) Tite-Live, XXI, 26. 

(3) Tacite, Germania, 28. 



120 LIVRE I". CHAPITRE V. { 7. 

la rive gauche du Rhin soit antérieure au troisième siècle 
avant J.-C. Le grand territoire qui devint belge à cette 
date était précédemment occupé par des Celtes ou Gaulois, 
dans le sens restreint du mot, qui furent rejetés vers le midi ; 
et ainsi s'explique par exemple l'établissement des Sequani 
dans le bassin du Rhône : les Sequani semblent avoir été 
originairement les habitants des bords de la Seine {Sequana). 
En tout cas, il dut y avoir en Gaule, au troisième siècle, 
un grand nombre de peuples contraints à se déplacer, puis- 
qu*à cette époque le domaine du groupe appelé celtique ou 
gaulois , dans le sens restreint de ces mots , fut réduit aux 
deux tiers environ de l'espace qu'il avait précédemment 
occupé (1). 

Ainsi , à l'arrivée de César , le territoire habité par cha- 
que peuple ne devait pas être en sa possession depuis beau- 
coup plus d'environ deux siècles. Il était donc naturel que 
la détention de chacune des parcelles de ce territoire par 
les membres de l'aristocratie, seuls en état d'en tirer parti, 
eût conservé un caractère précaire qui alors, en Italie, 
s'était peu à peu eflfacé , non en théorie , mais en fait ; ce 
caractère précaire de la détention du sol par les particuliers 
en Gaule , explique la facilité avec laquelle les Helvetii 
prirent le parti d'émigrer en masse et la libéralité avec 
laquelle les Aedui abandonnèrent une portion de leur ter- 
ritoire aux Boii. 

On ne trouve guère , dans le De bello gallico , qu*un seul 
exemple où des Gaulois montrent de l'attachement pour 
des propriétés immobilières privées. Cet exemple est donné 
par les Bituriges , qui refusent de laisser brûler Avaricum , 
leur ville principale, et qui, par là, contraignent Vercin- 
gétorix a changer son plan de campagne contre les Ro- 

(l}.a Cum ab his quaereret, quae civitates quantaeque in armis essent et 
quid in beUo possent, sic reperiebat : plerosque Belgas esse ortos ab Ger- 
manis Rhonumque antiquitus traductos propter loci fertilitatem ibi conse- 
disse, Gallosque, qui ea loca incolerent, oxpulisse solosque esse qui patmm 
nostrorum memoria omni GalUa vexata Teutonos Cimbrosque intra fines 
suos ingredi prohibuerint. » (De bello g&llicoy II, 4, § 1, 2.) 



POSSESSION PRÉCAIRE DU SOL EN GAULE. 121 

mains. César nous les montre prosternés aux pieds des re- 
présentants de la nation gauloise : ils prétendent que leur 
ville est presque la plus belle de toute la Gaule, qu'elle est 
la défense et Tornenient de leur cité ; finalement , ils ob- 
tiennent gain de cause. Ves Bituriges, qui se jettent aux 
pieds de leurs collègues dans l'assemblée générale de la 
Gaule , étaient de grands seigneurs , propriétaires des prin- 
cipales maisons d'Avaricum , tandis que , prés d'eux , une 
plèbe sans influence habitait des maisons plus modestes, ou 
même pauvres. Vercingétorix eut pitié de ces misérables 
que rincendie devait ruiner, et accorda ce que demandait 
Taristocratie biturige (1). Ainsi, la propriété immobilière 
privée existait dans Tenceinte fortifiée d'Avaricum^ et Ver- 
cingétorix la respecta. Cette propriété urbaine est inconnue 
aux Gaulois Italiens de Polybe , qui n'habitent que des vil- 
lages dépourvus de murailles (2) ; tel est l'unique progrès 
qu'eût fait la notion de la propriété immobilière entre la 
période décrite par l'historien grec, fin du troisième siècle, 
et celle où nous transportent les Commentaires de César, au 
milieu du premier siècle avant J.-C. 

Un progrès nouveau s'accomplit quand , après la conquête 
romaine, vers la fin du premier siècle avant J.-C, les 
portions de territoire occupées par les grands seigneurs 
gaulois furent assimilées aux fundi italiens, et quand ces 
grands seigneurs , devenus citoyens romains , donnèrent à 
ces fundi des noms dérivés des gentilices qu'ils avaient 
adoptés. 



(1) • Datur petentibns Tonia, dissuadente primo Vercingetorige , post 
concedente et precibas ipsomin et misericordia volgi. v (De bello gallico, 
VU, 15, i 6.) 

(2) • 'Oxow tt xaTà xc&(iac &Tti](((rrovc. • (Polybe, II, zvil, { 9.) 



LIVRE II 

RECHERCHES SUR L'ORIGINE DES NOMS DE LIEUX 

HABITÉS EN FRANCE. 



CHAPITRE PREMIER. 

ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS EN FRANCE. — PRINCIPES 
6ÉNÉRAUX APPUYÉS PRINCIPALEMENT SUR DES TEXTES CON- 
TEMPORAINS DE LA RÉPUBLIQUE ET DE l'BMPIRE ROMAIN. 

Sommaire : 

i 1. La propriété du sol devient individuelle. Les fundi dans la Gaule ro- 
maine ; le fundus Sabiniacus, — | 2. Les noms de fundi formés à Taide 
du suffixe latin -anus dans la Table alimentaire de Veleia. — | 3. Les 
noms d'hommes en Gaule après la conquête. — | 4. Les noms de fundi 
en 'inus dans la Table alimentaire auxquels correspondent des noms de 
fundi gallo-romains dérivés des mêmes gentilices , mais avec le suffixe 
gaulois 'âcu8. — {5. Les noms de fundi dérivés de gentilices chez les 
populations celtiques sont postérieurs à la conquête romaine. — § 6. Qua- 
tre espèces de noms de lieux habités en Gaule , chez César. — {7. Cinq 
espèces de noms de lieux habités dans les pays celtiques, suivant les do- 
cuments du temps de TEmpire. — { 8. Le suffixe -âcus placé à la suite du 
gentilice pour former des noms de lieux, dans les documents du temps 
de TEmpire. — ) 9. Comparaison entre les noms de lieux formés en 
France à l'aide du suffixe -âcus et quelques noms de lieux en -anus dans 
diverses parties de TEmpire romain. — { 10. Noms de fundi formés à 
Faide de surnoms dans les pays celtiques et qui se rencontrent dans des 
documents écrits au temps de TEmpire romain. — {11. Examen de la 
question de savoir s'il y a en France des noms de lieux en -âcus dérivés 
de noms communs. — } 12. Etude sur divers noms de lieu d'origine cel- 
tique ou gallo-romaine qui n'offrent pas le suffixe -âcus et qui apparais- 
sent pour la première fois dans les documents de la période mérovin- 
gienne et de la période carlovingienne. 

S !•'. — La propriété du sol devient individuelle. Les fundi 
dcms la Gaule romaine. Le fundus Sabiniacus. 

La division de la Gaule en fundi ou propriétés immobi- 
lières individuelles date de Tépoque romaine; cela résulte 



126 LIVRE II. CHAPITRE I-. { l. 

des noms qu'un grand nombre de ces ftmdi^ devenus s( u- 
vent aujourd'hui territoires de communes , ou réduits à la 
condition de hameaux , ont conservés. Ces noms sont dé- 
rivés de gentilices romains. Pour le moment, un exemple 
sufBra au lecteur. 

Il y a en France plus de cinquante communes et de 
trente écarts dont le nom moderne Savigna, Savignac^ 
Savignat, Savigné, Savigneux, Savigny, Sevignac, Sevi- 
gny , s'explique par un primitif Sabiniaous dérivé d'un gen- 
tilice Sabinius , usité en Gaule et dans d'autres parties de 
l'empire romain (1). L'origine latine de Sabinius et de 
Sabiniacus est évidente. 

Nous trouvons d'abord le mot Sabinus, nom d'un des 
peuples italiotes qui ont fourni à la population de Rome 
le plus fort contingent ; l'addition du suffixe -io- au thème 
SabinO' de ce nom ethnique a transformé Sabinus en un 
nom de famille ou gentilice. Sabinius, transporté en Gaule 
par la conquête romaine, et pris comme nom par des 
Gaulois romanisés, a donné, grâce au suffixe gaulois -aco-s, 
un dérivé Sabiniacus^ qui a servi à désigner la part de cha- 
que Sabinius dans la propriété collective de son peuple ou 
de sa cité; et, après vingt siècles, après des révolutions 
multipliées qui ont toutes eu leur contre-coup dans la géo- 
graphie, on peut recueillir, dans le dictionnaire des postes 
de France, plus de quatre-vingts exemples du nom que 



(1) M. Sabinius Gandidus, à Nimégue. Brambach , n* 72. 

T. Sabinius, à Gléves. Brambach, 143. 

FI. Sabinius AttiHus, à Huttich. Brambach, 1342. 

Sabin[ia] Marcella, à Mûnchweiler. Mommsen, Inscviptiones helvelicae, 16(). 

L. Sabinius Severus, à Colias (Gard). (C. /. L., XII, 2579.) 

Sabinius Quintilianus, à Nimes. (C. /. L., XII, 3866.) 

Sabinius Voratianus, à Vaison (Vaucluse). (C. /. L., XII, 5843.) 

Voilà donc pour la Gaule sept exemples du gentilice Sabinius. 

Le nombre des hommes dont le gentilice est Sabinius est de dix->neur 
dans le tome III du Corpus inscriptionum lalinarum; do un dans le 
tome V et dans le tome VII; de trois dans le tome IX; de deux dans le 
tomo X. Les femmes dont le gentilice est Sabinia sont six dans le tome III, 
deux dans le tome V, deux dans lo tome IX , une dans le tome X , etc. Sur 
le cognomen Sabinus, voyez Paulj, Real-EncyclopaediCy t. VI, p. 626. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 127 

donnèrent à leurs fundi les Gallo-Romains du nom de 
Sabinius, quand ils devinrent propriétaires des petits ter- 
ritoires encore désignés par les diverses formes modernes 
du nom de lieu Sabiniacus, dérivé du gentilice Sabinius. 
Ces petits territoires, appelés aujourd'hui Savigna, Savi- 
gnac, Savigny, Savigné, etc., appartiennent à toutes les 
parties de la France, depuis TAriège jusqu'aux Ardennes, 
depuis les Basses-Pyrénées jusques aux Côtes-du-Nord , 
depuis la Gironde jusqu'à la Haute-Savoie (1). 

S 2. — Les noms de fundi formés à Vaide du suffixe latin 
-anus dans la table alimentaire de Veleia, 

La Tabula Alimentaria de Veleia, dont M. Ernest Des- 
jardins a publié une savante édition (2) , nous montre clai- 
rement comment .se créaient ordinairement dans l'empire 
romain les noms de fundi. En l'an 104 de notre ère, 
l'empereur Trajan voulut établir à Veleia (3) un fonds de 
secours au profit des enfants pauvres ; il prêta aux pro- 
priétaires fonciers de la ville, moyennant hypothèque, un 
capital, à charge par eux de payer chaque année l'intérêt, 
et cet intérêt devait être employé en allocations annuelles 
aux enfants sans fortune. Les noms des propriétaires em- 
prunteurs et des fonds de terre hypothéqués furent inscrits 
sur une table de bronze qu'un hasard heureux nous a 
conservée. La plupart de ces fundi portent des noms ter- 
minés en 'anus et dérivés de gentilices romains bien connus. 
En voici quelques exemples : 

Acilianus, d'Aciliits, 
Aemilianus^ à'Aemilius. 
Afranianus, à!Afranius. 

(1) L'équivalent italien est Savignano, forme moderne du latin SsibiniAnus. 

(2) Depuis l'époque où ce mémoire a été écrit , une nouveUo édition a 
paru dans le C. L L., t. XI, p. 205-231. 

(3) Veleia était situé prés de Plaisance , au sud du Pô , dans la Gaule 
cisalpine. On verra cités plus bas quelques noms de fundi en -acus qui at- 
testent la présence d'éléments gaulois dans le territoire de cette viUe. 



m LIVRE II. CHAPITRE !•'. | 2. 

Anionianus, à'Antoniiis, 

AppianuSf A'Appius. 

Àtilianus, d'AHliiLS. 

AurelianuSj d'Aurelius. 

Caecilianus^ de Caecilius. 

Calidianus, de Calidius. 

CctssianiLSy de Cassius. 

Comelianus^ de Cornélius, 

Domitianus, de Domitius. 

EnnianuSj à*EnniiLS. 

Fabianus^ de Fabius. 

Furianus, de Furius. 

Gellianus, de Gellius. 

Granianus, de Granius. 

Julianus^ de Julius, 

Junianus^ de Junius, 

Latinianus, de Laiinius, 

Licinianus, de Licinius. 

LucilianuSy de Lucilius, 

Manlianus^ de Manlius, 

Marcilianus^ de Marcellius ou de MarciUus. 

Marianus, de Marius. 

Mucianus^ de Mucius. 

Munatianus, de Munatius, 

Numerianus, de Numerius. 

Octavianus^ d'Octavius. 

PapirianuSj de Papirius. 

Petronianus^ de Peironius. 

Propertianus, de Propertius. 

Statianus, de Siatius. 

Valerianus^ de Valerius, 

VelleianuSy de Velleius. 

Vibianus^ de Kifcius. 

Kmant(5, de Finiw (1). 

(1) Les premiers de ces gentilices sont chacun Tobjet d*un article dans la 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 129 

Les fundi désignés par ces noms ne doivent pas ces 
noms aux propriétaires qui les hypothèquent à l'empereur 
en l'an 104 de notre ère , ils les ont reçu de propriétaires 
plus anciens. Ainsi le fandus Acilianus appartenait au 
temps de Trajan à M. Virius Nepos ; le fundus Aemilianiis 
à Yaleria Ingenua, le fundus Afranianus à C. Dellius Pro- 
culus, le fundus Appianus à Cornelia Severa, un fundus 
Atilianus. à M. Antonius Priscus , un autre à C. Coelius 
Verus, un autre encore à L. Granius Priscus, etc. C'est 
par hasard et par exception que M. Antonius Priscus et ses 
parents se trouvent propriétaires de quelques fundi Anto- 
nianij et C. Vibius d'un fundus Vibianus, Depuis le lotis- 
sement primitif les fundi ont changé de mains, et, malgré 
les mutations, leur nom d'origine leur a été conservé. En 
Gaule, les noms d'un nombre considérable de fundi offrent 
à l'observation la même stabilité persistant depuis l'empire 
romain jusqu'à nos jours. Pour le bien comprendre, il faut 
résumer en quelques mots l'histoire de l'onomastique en 
Gaule pendant les premiers temps qui ont suivi la conquête 
romaine. 

S 3. — Les noms d*hommes en Gaule après la conquête. 

Les Gaulois indépendants ne faisaient usage ni de pré- 
uoms , ni de gentilices : en d'autres termes , les noms de 
famille leur étaient inconnus. Chacun d'eux avait un nom 
auquel, en cas de besoin , pour éviter la confusion , il joi- 
gnait soit un surnom, ex. Licnos Contextos (1), soit plutôt le 
nom de son père au génitif en le faisant suivre du mot 
cnos a fils » : Aiegnatos Druti-cnos, t Ategnatos, fils de 
Drutos (2) ; » KatroiTaXoç OWpautvoç , « Cassitalos , fils de Ver- 



partie déjà publiée du Totiuê laliniiAtis onomaslicorif t. MV, que nous 
devons à la patience érudite de M. Vincent De-vit. On peut consulter sur 
les derniers Pauly, Real Encyclopaedie, t. V et VI. 

(1) Inscription d'Autun. 

(2) Inscription de Todi. 

9 



180 LIVRE IL CHAPITRE I-. { 9. 

SOS (1); » Iccavos Oppiani^cnos ^ « Iccavos, fils d'Oppia- 
nus (2), » Andecamulos Toutissi-cnos ^ « Andecamulos, fils 
de Toutîssos (3) ; » Bratronos Nantoni-cnos, « Bratonos, fils 
de Nantonos (4). » Quelquefois même on supprimait le mot 
cnos en laissant le nom du père au génitif : Doiros Sego- 
mari, « Doiros, fils de Segomaros (5); » Ma/rtialis Danno- 
taliy (( Martialis, fils de Dannotalos (6). » 

Quand, après la conquête, les membres de l'aristocratie 
gauloise voulurent s'agréger à la race conquérante , ils ne 
se bornèrent pas à revêtir la toge et à parler latin ; ils 
adoptèrent aussi le système onomastique des Romains, ils 
prirent par conséquent un prénom, un gentilice et un sur- 
nom. Pour arriver à ce résultat , ils ne suivirent pas tous 
le même procédé ; quatre systèmes différents se firent con- 
currence : — 1® Le plus répandu fut celui des copistes ; ils 
prirent à Rome les trois éléments onomastiques par les- 
quels ils prétendaient distinguer leur personnalité : leur 
prénom, leur nom et leur surnom furent tous trois romains; 
on ne peut ordinairement , dans les textes , distinguer ces 
Gaulois des Romains établis en Gaule. — 2'' Quelques- 
uns montrèrent plus d'originalité : demandant à Rome un 
prénom et un surnom , ils se firent un gentilice avec un 
nom Gaulois, probablement celui de leur père, en y ajou- 
tant la désinence ius. — 3® D'autres , empruntant à Rome 
un prénom et un nom ou gentilice, firent de leur nom 
gaulois un surnom. — 4® D'autres enfin ne prirent à Rome 



(1) Inscription de Nimes. 

(2) Inscription de Volnay. 

(3) Inscription de Nevers. 

(4) Inscription de Paris, que M. Mowat a le premier interprétée. 

(5) Inscription de Dijon. 

(6) Inscription d'Alise ; deux inscriptions gauloises nous offrent un sjs- 
tème intermédiaire entre celui-ci et l'adoption du système onomastique ro- 
main. Le Gaulois fait suivre son nom d'une espèce de gentilice formé avec 
le nom de son père et la désinence -eo«. Ex. : 1* Bi|jl|jloc A(Tov|i6ptoç. Aitov- 
{AipEoc est un dérivé de Litumaros ; Héron de Villefosse , Inscriptions de 
saint Remy, 2* £syô|Mipoc OiSiXX6vsoc. Inscription de Vaison, aujourd'hui au 
musée Galvet d'Avignon. OàiXX6vfio< pai'sdt dérivé d'un nom propre Vtllo. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 131 

que le prénom, et le firent suivre de deux noms gaulois , 
employés l'un comme nom, l'autre comme surnom. 

Du premier système , — emprunt à Rome des trois élé- 
ments : prénom , nom , surnom , — un exemple ancien et 
connu est celui de C. Valerius Procillus, un des agents de 
César pendant la conquête des Gaules : C. Valerius Procillus 
était gaulois d*origine et le second citoyen romain de sa 
famiUe (1) ; son surnom Procillus est dérivé du latin procus^ 
comme le gentilice romain Procilius , nom d*un tribun du 
peuple qui fut historien et qui était contemporain de Ci- 
céron (2) ; le prénom et le nom de C. Valerius Procillus 
sont ceux de C. Valerius Flaccus, propréteur de la Gaule 
Narbonnaise en 83 (3), à qui son père avait dû le titre de 
citoyen romain. On peut lui comparer C. Julius Magnus^ 
dont Torigine gauloise est attestée par le surnom de son 
père Eporedirix , et dont une inscription votive , à Bour- 
bonne-les-Bains , a conservé le souvenir (4). 

Le procédé suivi par des hommes obscurs comme C. Va- 
lerius Procillus^ et C. Julius Magnus^ fut celui de membres 
plus illustres de l'aristocratie gallo-romaine qui de même 
empruntèrent aux Romains les trois éléments de leur 
onomastique. Julius Florus, de Trêves, un des chefs de 
l'insurrection gauloise en Tan 21 de notre ère , en est un 
témoin, bien que Tacite ne nous ait pas conservé son 
prénom (5) , probablement Gains. Tel est encore Gains 
Julius Vindex , gaulois d*origine , de race royale , dont le 
père avait été élevé à la dignité de sénateur, et qui fut 
lui-même légat impérial en Gaule; il est célèbre par sa 
révolte contre Néron , Tan 68 de notre ère (6). 

(1) De bello gàllico, l, 47. 

(2) TenBel, Geschichte der rômischen LUer&tur, 3* édition, p. 299, 300. 
Cf. Pauly, Real Encyclopaedie, VI, 61. 

(3) Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule 
romaine, i, II, p. 329. 

(4) Revue archéologique, nouvelle série, t. XXXIX (1880), p. 80, article de 
M. ChabouUlet. 

(5) Annale*, III, 43. 

(Q Dion Gassius, LXIII, 2. Suétone, Néron, 40. 



132 LIVRE II. CHAPITRE 1-. ) 3. 

Voici des exemples du second système qui consiste à 
intercaler entre deux éléments romains, Tun prénom, l'autre 
surnom, un gentilice en -ius dérivé d*un nom gaulois, 
probablement du nom du père ou d*un ancêtre : 

L. Carantius Atticus (1), M. Carantius Macrinus (2) et 
L. Carantius Gratus (3). Carantius dérive du nom gaulois 
Carantos , « ami, parent, » écrit Carantus dans la période 
romaine et conservé par quatre inscriptions , Tune de la 
Grande-Bretagne, les autres des contrées rhénanes (4). Le 
même nom gaulois forme le premier terme du composé 
Caranto-magus ; celui-ci, vers la fin du troisième siècle, 
date de la table de Peutinger, était le nom porté par une 
station romaine qu'on croit reconnaître dans Cranton, 
commune de Compolibat (Aveyron) (5). 

C. Carantinius Maternus (6). Carantinius est dérivé de 
Carantinus et nous avons un exemple de Carantinus em- 
ployé comme nom d'homme, c'est le nom d'un potier (7). 

C. Mogillonius Priscianus (8). Mogillonius est dérivé de 
Mogillo (9) qui est une variante de Magilo ; celui-ci se 
trouve quelquefois dans les inscriptions d'Espagne (10). 

C. Meddignatius Severus (11). Meddignatius est dérivé de 
Meddi-gnatos dont le second terme est un adjectif gaulois 
> signifiant <( habitué à » et fréquent dans les composés. 

Passons au troisième système : emprunter prénom et 
gentilice à Rome en faisant du nom gaulois un surnom. 
On peut citer d'abord le grand-père de l'historien Trogue 
Pompée. C'était un gaulois du peuple des Voconces , il 

(1) Brambach, Corpus inscriptionem rhenanarum, n* 713. 

(2) Allmer, Inscriptions antiques de Viennef I, 404. 

(3) C. I. L., III, 3916. 

(4) C./. L., t. VII, n» 1033; Brambach, n" 921, 1321, 1769. 

(5) Longnon, Atlas historique de la Gaule, 1** livraison, p. 26. 

(6) Brambach, 1329. 

(7) Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. IV, p. 74. 

(8) Brambach, 1425. 

(9) C. /. L., XII, 3407. 

(10) Ibid., II, 809, 865, 2633, 3051. 

(11) Brambach, 1336. 



i 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 133 

s'appelait Trogus. Cn. Pompius le fit citoyen romain ; ce 
Cn. Pompeius est le célèbre Pompée , Pompeius Magnus , 
propréteur en Espagne, de 76 à 74, ou de 75 à 73. Il eut 
à traverser la Gaule pour se rendre en Espagne et pour en 
revenir; il en tira peut-être des approvisionnements et des 
troupes. C'est alors qu'il donna droit de cité romaine au 
gaulois Trogus. Dès lors, Trogus s'appela Cn. Pompeius 
Trogus. L'historien parait avoir eu la même onomastique (1). 
Un autre exemple de ce procédé nous est connu par César : 
l'auteur des Commentaires nous parle de C. Valerius Cabu- 
rus, élevé à la dignité de citoyen romain par le propréteur 
C. Valerius Flaccus et qui avait adopté le prénom et le nom 
de son bienfaiteur en y ajoutant comme surnom son propre 
aom gaulois Caburus, en 83 (2). Tite-Live nous apprend 
que le premier prêtre de l'autel construit en l'honneur de 
Jules César fut TEduen C. Julius Vercondaridubnus (3). 
Nous citerons ensuite : 

C. Antestius Lutu-marus (4). 

M. Antestius Vogi-toutus (5). 

P. Decius Esu-nertus (6). 

G. Julius Comatu-marus (7). 

6. Julius Vogi-toutus (8). 

Q. Valerius Esu-nertus (9). 

L. Valerius Tarvius (10). 

Nous arrivons enfin au quatrième système : prénom ro- 
main, nom et surnom gaulois. Exemples : 



(1) Justin, XLIII, 5, 11, et Teuffel, Geschichte der rœmischen Ltteratur, 
3* édition, p. 558. 

(2) De bello çaIHco, I, 47. 

(3) Bpitome^ 139. Edition d*Otto Jahn, p. 108. 
(A) C. i. L., III, 4724. 

(5) Ibid., ni , 4724. 

(6) Mommsea, Inscriptioneê Hëlveticae^ n* 80. 

(7) C. /. L., III, 337. 

(8) Ibid,, m, 4908. 

(9) /Wd., VII, 1334, 61. 
(10)/Md.,III,D. 41. 



13^ LIVRE II. CHAPITRE I-. 1 4. 

C. Commius Bitutio (1). Commius est chez César le nom 
d'un roi des Atrébates (2). 

Q. Solimarius Bitus (3). Solimarius est dérivé du nom 
gaulois Solimarus (4). 

L. Carantius Cinto (5). On a déjà vu (p. 132) que Caran- 
tius vient du nom gaulois Carantos. 

Sextus Nertomarius Nertonius (6). Nertomarius est tiré 
du nom gaulois Nertomâros , « grand par la force. » Les 
surnoms Bitutio, Bitus, Cinto, Nertonius sont gaulois. 

S 4. — Les noms de fundi en -anus dans la Table alimertr 
taire auxquels correspondent des noms de fundi gallo-ro- 
mains dérivés des mêmes gentilices , mais avec le suffixe 
gaulois -àcus. 

Les membres de l'aristocratie gallo-romaine s'étant pro- 
curé' des gentilices par les divers procédés que nous ve- 
nons d'exposer, tirèrent habituellement de ces gentilices 
les noms de leurs fundi en ajoutant à ces gentilices , non 
pas le suffixe dnus, suivant l'usage romain , mais le sufiBxe 
àcus par à long. On sait que les suffixes àcus par à bref et 
àcus par d long sout d'un emploi rare en latin, tandis que 
le suffixe àcus , mieux àco-s , par a long , est d'un usage 
très fréquent dans les langues celtiques (7). . 

Le plus ancien exemple connu d'un mot où le suffixe 
celtique àcus apparaisse avec indication de sa quantité, nous 
est donné à deux reprises par Virgile : 

Fluctibus et fremitu assurgens Benace marino (8). 
Quos pâtre Benaco , velatus arundine longa (9). 

(1) Herzog, n* 206. 

(2) De bello g&llico, 1. IV, c. 21, 27, etc. 

(3) Brambach, 855. 

(4) Ibid., 1380, 1439, 1778. 

(5) AUmer, III, 414. 

(6) Brambach, 29. 

(7) Gr&mm&tica, celtica, 2* éd., p. 806, 809, 849. Cf. p. 15. 

(8) Géorgiquei, 1. II, vers 159. 

(9) Enéides, 1. X, vers 205. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 135 

Béndcus^ variante de *bennacuSj en vieil irlandais bennach, 
« cornu , » <c aux promontoires multiples , » est le lac de 
Garde, dans la Gaule cisalpine ; comparez le nom de Berm 
Etaifj a corne » ou « promontoire d'Etar, » porté autrefois 
par le promontoire qui borde au nord la baie de Dublin. 
La quantité attribuée deux fois par Virgile au suffixe -dois 
dans Bêndcus doit une grande autorité à la date où écri- 
vait le célèbre poète et à sa patrie. A l'époque où vivait 
Virgile, la langue latine distinguait nettement Va long de 
la bref. Virgile, originaire de Padoue, devait savoir, autre- 
ment que par l'écriture, la quantité des voyelles du nom 
porté de son temps par le lac de Garde, et n'a pu commettre 
d'erreur sur ce point de prosodie. Enfin, aucun obsta- 
cle ne l'eût empêché de respecter cete quantité : Bendcus 
par d bref eût pu entrer dans un vers comme Bendcus par 
à long (1). 

La même quantité se trouve pour le même mot chez 
Glaudien : 

Quas Benacus alit, quas excipit amne quieto 

Mincius... (2). 

Benacumque pntat littora rubra lacum (3). 

Et chez Sidoine Apollinaire le vers : 

Si quis Ayitacum dignaris visere nostram (4). 

nous offre encore de môme un <J long dans le suffixe -âcus. 
Toutefois, on ne peut voir là que le respect de la tradition. 
Pendant les derniers temps de l'empire romain, la distinc- 

(1) On ne pent tirer aucune conclusion des vers de Juvénal : Bebriaci campo 
spolinm affectare palati (Satires , II , 106) , et de Martial : Accipe Mattiacas 
qao tibi calva pilas {Epigrammes^ XIV, 27). Bebrtacus et Math'actcs ont pris 
la quantité que le vers exigeait. Originaires Tun de l'Italie méridionale et 
l'antre d*Espagne , Juvénal et Martial ont pu , sans se sentir ToreiUe bles- 
sée, donner une quantité inexacte à Ta du suffixe celtique -aciis , et le faire 
bref comme dans AcIUlcus , Aegyptiaicus» 

(2) EpithaXaLTnium dictum PalUdio et Celertnae, y. 107. Edition Jeep, p. 75. 

(3) Carmina minora, XIII, v. 18. Edition Jeep, p. 144. 

(4) Carmen, XVIII, ▼. 1. Migne, Patrologia latinm, t. LVIII, col. 723, B. 



136 LIVRE IL CHAPITRE I-. | 4. ^ 

tion entre ïa bref et Ya long avait disparu de la pronon- 
ciation. Bien qu'écrivant en Gaule, Ausone, qui vivait au 
quatrième siècle, fait bref, contrairement aux lois ancien- 
nement respectées de la quantité celtique, Va du sufiSxe 
'ocus dans les deux vers pentamètres : 

Pauliacus tanti non mihi villa foret. 
Villa Lucani mox potieris aco (1). 

On peut donc se demander s'il y a lieu d'attacher grande 
importance aux vers précités de Claudien et de Sidoine 
Apollinaire, qui sont postérieurs à Ausone, et surtout à 
Texemple de Fortunat, poète du sixième siècle, qui a comme 
eux fait long l'a du suffixe gaulois -octw, témoin son vers : 

Antonnacensis castelli promptus ad arces (2). 

Mais la quantité de Va de ce suffixe est établie d'une ma- 
nière incontestable par Taccord de Virgile avec une ins- 
cription de Nimes et avec une loi phonétique des dialectes 
bretons. Virgile, avons-nous dit, qui écrivait à une époque 
où les Romains prononçaient Va long autrement que Va 
bref, fait long Va du suffixe gaulois -acus dans Benacus, Or, 
l'inscription de Nimes sur laquelle nous nous appuyons 
distingue les longues par un apex (3). L'o d^tixôrù y est 
surmonté d'un apex , de même l'a de Mânibus « aux Mâ- 
nes, » celui du cognomen Vitâlis^ et enfin, c'est là que nous 
voulons arriver, le premier a de Togiàciae. Ce dernier mot 
est le génitif du gentilice Togidcia^ dérivé de Togidcus (4) , 
lequel vient lui-même d'un thème Togio- masculin du 
nom propre féminin Togia (5). Togidcus avait l'a long. Nous 



(1) EpxBtoU V, VY. 16 et 36. Edit. Schenkl, p. 163. 

(2) De ntivigio auo - Carminum, lib. X, c 9, ▼. 63. Edition de Frid. Léo, 
p. 243. 

(3) Herzog, Galltae ridirbonensis... historia, t. II, p. 34, n* 136. Gommani- 
cation de M. Mowat à la Société de Linguistique dans la séance du 27 jan- 
vier 1882. Bulletin^ n* 23, p. lx. 

(4) Qruter, 845. 5. 

(5) C. /. L. , t. III, n* 5470. Togia, dérive de Togus : Togorum libertus, 
C. /. L., III, 4169. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 137 

retrouvons cet d long du suffixe â4)us dans des documents 
postérieurs d'une haute autorité. 

Les langues néo-celtiques du rameau breton ont con- 
servé la distinction de Va bref et de 1'^ long dont le bas- 
latin avait perdu le sentiment. Chez elles, la plus ancienne 
notation de Y à long est o, qui devient plus tard en breton 
de France eu, e, en gallois oti, aw^ tandis que Va bref reste 
a; or les notations eu^ e en breton, au, aw en gallois sont 
celles que ces deux langues emploient pour représenter Va 
du suflBxe celtique âcus. Un exemple curieux en est donné 
vers le neuvième siècle par Nennius dans sa nomenclature 
des cités de la Grande-Bretagne ; il y rend par Ebrauc le 
latin Eburâcus, ancien nom de la ville d'York (1), dérivé du 
nom d'homme Eburus. Un autre exemple , fourni par des 
documents postérieurs d'environ trois siècles , est le nom 
de la région alors appelée Brecheniauc (2). Brecheniauc est 
dérivé de Brachan^ nom d'homme, au moyen du gentilice 
fictif *Bracanius et du suffixe -âcyus ajouté à ce gentilice 
fictif suivant un procédé emprunté aux usages de la pé- 
riode romaine et employé après la chute de l'empire ro- 
main en Grande-Bretagne comme en Gaule. 

Quand, au cinquième siècle, des habitants de la Grande- 
Bretagne, chassés par l'invasion anglo-saxonne, vinrent se 
réfugier sur le continent, ils apportèrent avec eux le suffixe 
-dcus par d long, aujourd'hui dans leur langue, dans le 
breton de France , -ek ou -euk ; mais ils trouvèrent sur le 
territoire conquis par eux une population gallo-romaine qui 
désignait certaines localités par des noms de lieux créés 
sous la domination romaine à l'aide de gentilices romains 



(1) La leçon Ebroauc que préfèrent Pétrie, Monumenta historica Bri- 
Unnica, I, p. 77 A, et Giles History of the ancient BritonSy t. II, p. 335, 
doit ce semble être corrigée en Ehorauc. Dans la même nomenclature se 
trouve le nom de Cair Caratauc, chez Geoffroy de Monmouth Kaer-Caradauc, 
composé dont le second terme représente le génitif britanno-latin Caralâci. 
Bar Eturacus yoir plus bas, g 10. 

(2) Liber Landavensis et manuscrit du Musée britannique , Gottonien , 
Vesp. A, 14, cités dans la Grammatica Celtica, deuxième édition, p. 807. 



138 LIVRE II. CHAPITRE I-. { 4. 

et du su£Sxe gaulois --âcus : Avitidcus^ PaulidcuSj Campa* 
nidcus^ et autres nopis de lieux, dérivés d^Avitius, de Pau- 
liusy de Campanius, etc. Les Gallo-Romains d'Annorique 
avaient dans ces mots remplacé par Va commun du bas- 
latin ïd long primitif du suffixe âcm; de cet a commun du 
bas-latin , les Bretons conquérants firent un a bref, et de 
là est venue dans ces mots la prononciation bretonne -ac : 
Avizac (1), Poliac (2), Kempeniae (3) au neuvième siècle, au- 
jourd'hui Avessac (Loire-Inférieure), Peillac (Morbihan), 
Campénéac (Morbihan). Brittiacus^ dérivé de Brittius (4), est 
écrit, au onzième siècle, Brithiac dans le Cartulaire de 
Landévennec; aujourd'hui il est devenu Briec par analo- 
gie avec la désinence -ec = dcos par d long des noms de 
lieux créés par les Bretons comme Beuzec = * Bodidcos^ 
Gouezec = * Vêdàcos^ — tous deux noms d'hommes à Tori- 
gine ; — mais c'est un phénomène tout récent qui , dans 
Briec , a fait triompher sur la prononciation gallo-romaine 
des bas temps , la prononciation néo-celtique de Va long 
dans le suffixe dcm^ tandis que la prononciation gallo- 
romaine de la fin de l'empire persiste encore aujourd'hui 
dans Avessac, Campénéac, Peillac, mots merveilleusement 
conservés : la langue bretonne a été pour eux une sorte 
d'écrin qui les a protégés contre les révolutions phonétiques 
du français , depuis le cinquième jusqu'au onzième siècle ; 
sans cette sauvegarde, l'a et le c seraient perdus : on 
dirait Avecé, Champigné, Fouillé. 

La langue latine possède, comme le celtique , un suffixe 
'àcm par à long, et parallèlement on y trouve un sufiBxe 
âciis par à bref. Et d'abord, par d bref : tout le monde a 



(1) Le Cartulaire de Redon nous ofifre cette orthographe, pp. 65, 73, 89, 
95, 151, 159. On trouve aussi : Avesiacus, p. 49; Aviciacuê, p. 192; Auezac, 
p. 291. 

(2) Poliacenses homineSy Cartulaire de Redon^ p. 81. 

(3) Cartulaire de Redon^ p. 81. 

(4) Le tome X du C. /. L. en offre douze exemples ; c'est une variante de 
Bruttius ; on trouve aussi Britius avec un seul t ; mais il faut un double t 
pour expliquer le th de Brithiac, 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 139 

entendu parler de la Victoria Actiàca, du triumphus Actiâcus, 
du bellum Actiàcum (1). Ovide fait bref Va du suflBxe, par 
exemple : f 

Frondibtts Actiacis eomtos redimlî|^ capiUos (2). 

Nous citerons aussi Tadjectif Aegyptiàcus, 

Le suffixe àcus. par à long existait de même en latin : la 
cloàca maxima (3) est un des plus anciens monuments de 
Rome; la bonne orthographe de son nom, clouaca^ nous a 
été conservée par une inscription (4), et la quantité par 
un vers d'Horace : 

niud idem in rapidum flumen jacerotve cloacam (5). 

Toutefois l'usage n'existait pas chez les Romains de se 
servir des suffixes -dcus et -àciis pour former des dérivés 
de gentilices qu'on aurait employés à désigner des fundi. 
Mais ajouter le suffixe celtique -àcits au gentilice, et créer 
ainsi les mots qui servent à la dénomination des fundi est 
la coutume générale des Celtes soumis à Rome en Oaule 
et hors de Gaule. Comme les gentilices de ces Celtes sont 
la plupart du temps empruntés au latin , il résulte de là 
qu'ordinairement le nom donné par le Celte romanisé à la 
terre dont il est propriétaire est un mot hybride composé 
de deux éléments , le premier latin , le second celtique. 

Ainsi le Gaulois qui a pris le gentilice romain Antonius^ au 
lieu d'appeler son fonds de terre Antonianus^ nom plusieurs 
fois inscrit sur la table alimentaire de Veleia (6), a fait 
usage de l'adjectif Antoniactu. Un fv/ndus Antoniacus était, 



(!) Ces expressions se trouvent chez Suétone et chez VeUeius Paterculus. 

(2)Fa«tef, I, 711. 

(3) Tite-Uve, livre I, ch. 56, % 2. 

(4)C. /. L., I, n* 1178. 

(5) Satirea, livre II, v. 242. Cf. Corsseni Ueber Ausspr&che, etc., deuxième 
édition, t. Il, p. 195. 

(6) On trouve aussi fundus Antonianus dans les chartes de Ravenne , 
Pantozzi, Monumenti Ravennati, p. 57. L'acte est du temps de l'archevêque 
Honestus ou Aunestus, 971-983. 



140 LIVRE IL CHAPITRE !•'. { 4. 

au onzième siècle, AntoniaciLs villa que mentionne en 1030 
une charte émanée du roi Robert (1) ; c'est aujourd'hui 
Antony (Seine). On doit expliquer de même les noms d'An- 
togny (Indre-et-Loire), Antoigné (Maine-et-Loire), Antoigny 
(Orne). Antoigné (Maine-et-Loire) parait être la villa Anto- 
niacus, d'un diplôme de l'année 775 (2) ; et Antogny (Indre- 
et-Loire) , est appelé villa Antoniacus dans un diplôme de 
Tannée 925 (3). Le gentilice Antonius n'était pas rare en 
Gaule dans la période romaine. Peut-être les premiers 
Gaulois qui l'ont porté étaient-ils des protégés du célèbre 
Marc Antoine qui a fait un séjour en Gaule, près de César, 
de l'an 55 à Tan 51 avant notre ère ; et qui, plus tard, de- 
venu triumvir, eut la Gaule dans son lot. M. AUmer a 
recueilli neuf exemples du gentilice Antonius dans ses 
Inscriptions antiques de Vienne (4). M. Mommsen en a 
signalé deux dans les inscriptions romaines de la Suisse (5). 
M. Brambach en indique trois dans celles de la rive gauche 
du Rhin (6). M. de Boissieu en a réuni douze dans ses 
Inscriptions antiques de Lyon (7). Antonius Primus, qui 
battit Vitellius à Bedriacum Tan 70 de notre ère , était né 
à Toulouse, et de son surnom gaulois Beccus, identique au 
mot gaulois qui est devenu « bec » en français , on peut 
conclure qu'Antonius Primus était d'origine gauloise (8). Il 
est donc naturel que nous trouvions en France des fundi 
Antoniaci. 
Naturellement le gentilice Julius , celui du conquérant 

(1) Tardif, Monuments historiques^ p. 264, col. 2. J'ignore si c'est da même 
Antoniacus qu'il est question en 829 dans le diplôme de Louis le Débon- 
naire, auquel M. Sickel a donné le n* 260, Acta Karolinorum , t. II, p. 163. 

(2) Dom Bouquet, t. V, p. 737 c. ; cf. Mabille, La Pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours, p. 69, 106, 107, 151 , 218; et Sickel, Acta Karolinorum, 
t. II, p. 27, n- 42. 

(3) D. Bouquet, t. IV, v. 325. Cf. MabiUe, La Pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours, pp. 99, 185, 186, 218. 

(4) Voyez l'index au t. IV, p. 503. Cf. Bulletin èpigr,, t. II, p. 371, n» 415. 

(5) Inscriptiones Helveticae, n" 24. 

(6) Inscriptiones Rhenanae, n" 199, 583, 602. 

(7) Voyez l'index, p. 501. 

(8) Suétone, Vitellius, 18. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 141 

de la Gaule, et d'Auguste son fils adoptif, est plus fréquent 
en Gaule que celui d'Antonius. 

Tout le inonde a entendu parler du trévire Julius Plorus 
et de Téduen Julius Sacrovir , chefs des Gaulois insurgés 
contre Tempire romain sous le règne de Tibère, Tan 21 
de notre ère (1). 

M. Allmer, dans ses Inscriptions de Vienne, a réuni quatre- 
vingt-quatre exemples du gentilice Julius (2). On en trouve 
quarante-neuf dans les Inscriptions antiques de Lyon de 
M. de Boissieu. M. Mommsen nous en donne trente-deux, 
recueillis en Suisse (3). Dans ces relevés on a laissé de côté 
les femmes. De ce gentilice dérive le nom de fundus gallo- 
romain Juliacus, correspondant au Julianus de la table 
alimentaire de Veleia. De Juliacus nous viennent dix noms 
de communes : quatre Juillac (Charente, Corrèze, Gers, 
Gironde); trois Juillé (Charente, Sarthe, Deux-Sèvres); un 
Juilley (Manche); deux Juilly (Côte-d*Or, Seine-et-Marne); 
un JuUié (Rhône); trois Jully (Aube, Saône-et-Loire , 
Yonne). A ces dix noms de communes il faut ajouter treize 
noms identiques de hameaux. 

Enfin, en Prusse rhénane, se trouve la plus connue des 
localités qui appartiennent à ce groupe : Juliers , en alle- 
mand Jiilich, connu au quatrième siècle sous le nom de 
Juliacus, comme Tattestent Ammien Marcellin , V Itinéraire 
SAntonin et la Table de Peutinger (4). On a cru que Jules 
César était le fondateur de Juliers. Mais l'obscur Julius , 
qui a donné son nom à un fundus de la Colonia Agrippina, 
et qui a eu Theureuse fortune qu'une ville bâtie sur ce 
fundus ait conservé ce nom jusqu'à nos jours, ne doit en 
aucun cas être confondu avec le célèbre conquérant de la 
Gaule. Peut-être est-ce un de ces Ubiens qu'en l'an 39 



(1) Tacite, Annales, III, 40. 

(2) Voyez l'index au t. IV, p. 506. 

(3) Insrriptiones Helvetic&ey pp. 119, 120. 

(4) Voyez les textes réunis par E. Desjardins, Géographie de U Gaule 
d'après U Uble de Peutinger, p. 107. 



142 LIVRE II. CHAPITRE I-. { 4. 

avant J.-C. M. Vipsanius Agrippa, depuis gendre d'Auguste, 
fit passer de la rive droite du Rhin sur la gauche dans les 
environs de la ville actuelle de Cologne (1), ou c'est un de 
ces vétérans que quatre-vingt-dix ans plus tard, en Tan 
50 de J.-C, rimpératrice Agrippine, femme de Claude, 
envoya fonder une colonie dans ce nouveau territoire des 
Dbii (2). Colonia Agrippina est aujourd'hui Cologne (3). Les 
inscriptions de Cologne réunies par Brambach nous mon- 
trent le gentilice Julius douze fois répété dans les noms 
d'hommes : 

C. Julius Baccus, n*" 310 ; 
T. Julius Tuttius, n* 311 ; 
C. Julpus] Materuus, n** 319 ; 
Jul[ius] Primus, n^ 329 ; 
Q. Julius Flavos, n*^ 332 ; 
C. Julius Verecundus, n** 363; 
Julius Antoninus, n** 368 ; 
Julius Verinus, n® 371 ; 
C. Jul[ius] Speratus, n** 374; 
T. Julius Fortunatus, n* 386 ; 
C. Julius Mansuetus, n** 405; 
C. Julius Firminus, n® 433. 

Il est possible que parmi ces douze individus se trouve 
ou le premier propriétaire , ou un descendant du premier 
propriétaire du fundus Juliacus sur lequel s'élève aujour- 
d'hui la ville de Juliers. 

La variante romaine Julianus de Juliacus parait avoir 
donné Juillan, nom d'une commune des Hautes-Pyrénées, 
et trois noms de hameaux : Juillan (Vaucluse), Julhans 
(Bouches-du-Rhône), JuUians (Vaucluse). 

(1) Tacite, Germanta, 28. Cf. E. Dosjardins, Géogrtiphie historique et âd' 
ministrative de la Gaule Romaine, t. III, p. 36-37. 

(2) Tacite, Annales, XII, 27. 

(3) E. DesjardinSy Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger, 
pp. 49-52. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 143 

Du gentilice Cassius est dérivé à Veleia le nom du fundus 
Cassianus (1). Mais sur le territoire d'une ville gallo-romaine 
dltalie, Mediolanum, aujourd'hui Milan, le même gentilice 
a donné le dérivé Cassiacus^ d*où le nom du riLs Cassiacum 
dont le propriétaire Verecundus offrit asile à saint Augustin 
Tan 386 ou 387 de notre ère. Cette localité s'appelle aujour- 
d'hui en italien Cassago (2). CassiacuSj que nous trouvons 
ensuite en France au septième siècle dans une charte de 
Vigile, évoque d'Auxerre (3), au huitième dans le testa- 
ment de Widerad, abbé de Flavigny (4), et dans un diplôme 
de Charlemagne (5), est la forme primitive du nom de 
quinze communes de France, savoir : un Chassé (Sarthe) ; 
cinq Chassey (Côte-d'Or, Jura, Meuse, Saône-et-Loire , 
Haute-Saône) ; un Chassiecq (Charente) ; un Chassieu (Isère) ; 
quatre Chassy (Cher, Nièvre, Saône-et-Loire , Yonne); 
trois Chessy (Aube , Rhône , Seine-et-Marne) (6) ; comme 
Cassago^ chacune d'elles tire son nom d'un ancien fwndus 
gallo-romain, dont le premier propriétaire portait le gentilice 
Cassius. T>^Xi^\%s Inscriptions cmHqu^s de Fienn^deM. AUmer 
figurent dix-sept Cassius (7); M. Mommsen en a relevé 
quatre dans les inscriptions latines de la Suisse ; on en 
trouve six dans les Inscriptions de Lyon de M. de Boissieu. 
C'était donc un nom d'homme fort répandu en Gaule pen- 
dant la période romaine. 

Le gentilice Latinius n'est pas très commun dans les 
inscriptions romaines. Cependant un homme de ce nom 



(1) Voir aussi dans une charte de Ravenne , sous l'archevêque Gratins , 
784-794, un fundus Cassi&nua, Pantiizzi, p. 64. 

(2) De-vit, Totius latinit&tis onomasticon , t. I, p. t56. Le Casstctaco des 
Confeêtions, Uvre IX, { 5, doit être corrigé en Cassiaco, 

(3) Pardessus, Diplomata, t. Il, p. 153; Quantin, Cartulatre général de 
îTonne, 1. 1^ p. 19. 

(4) Pardessus, Jbtd., t. II, p. 400. 

(h) 0. Bouquet , t. V, p. 737 c. C'est le n* 42 des Actes de Charlemagne 
chez Sickel, Acta Karolinorum. 
(6) Nous ne parlons pas des hameaux, au nombre de onze. 
CO V07. l'index au t. IV, p. 504. 



144 LIVRE IL CHAPITRE !•'. l 4. » 



paraît avoir fait un vœu au dieu Pœuinus (1). Le nom 
d'une femme appelée Latinia se lit dans une inscription 
d'Altenberg (Prusse rhénane) (2). M. Latinius figure dans 
une inscription d'Espagne (3). Le monument funèbre élevé 
par P. Latinius Primus à P. Latinius Lepidus son père 
existe encore aujourd'hui à Tévéché de Tortone , dans la 
partie occidentale de la vallée du Pô (4). Le même genti- 
lice est offert par un nom de femme, Latinia Dextra, peu 
loin de là, dans une inscription d'Acqui (5). Quatre parents 
dont le gentilice était Latinius apparaissent dans deux 
inscriptions de Bénévent (6). P. Latinius Lucanus d'Atena, 
en Lucanie , dédia un autel à Esculape (7). On se bornera 
à ces exemples ; ils suffisent pour établir Texistence du 
gentilice Latinius duquel sont dérivés à la fois le nom du 
fundus Latinianus à Veleia, et en Gaule celui de plusieurs 
fundi Latiniaci. L'un est aujourd'hui Lagny (Seine-et- 
Marne) mentionné, dès le septième siècle, dans un diplôme 
du roi Thierry III (8). Nous citerons ensuite Lagny-le-Sec 
(Oise), appelé d'abord, comme le précédent, LaHniacus ; son 
nom apparaît en 862 dans un diplôme de Charles le 
Chauve (9). Nous terminerons par Lagnieu (Ain). Sur l'au- 
torité de la vie de saint Domitien qui parait dater du neu- 
vième siècle, M. Jules Quicherat admet que ce village tire 
son nom primitif, Latiniacus , d'un ancien propriétaire ap- 
pelé Latinus : lisons Latinius (10). Le biographe a écrit Lati- 
nus parce que de son temps l'usage des gentilices n'existait 



(1) Mommsen, ln9cr, Helv.^ 46. 

(2) Brambach, n- 303. 
(3)'c. /. L., II, 1501. 

(4) Ibid.y V, 7388. 

(5) /6id., V, 7512. 

(6) Ibid., IX, 1856 et 1857. 

(7) Ibid., X, 330. 

(8) Tardif, Monuments historiques, p. 20, col. 1 : Villa noncopanti La- 
(tniaco, que ponitur in pago Meldequo, Ce diplôme a été rédigé en 688 ou 
689; cf. ibid., p. 32, col. 2; p. 38, col. 1; p. 85, col. 1. 

(9) Tardif, Monuments historiques, p. 117. 

(10) Quicherat, De la formation française des anciens noms de lieu, p. 34. 



1 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 145 

plus, et parce que, dans la période mérovingienne, l'usage 
s'était introduit de former des noms de lieux en ajoutant à 
des noms d'hommes barbares la désinence iacus : Teode- 
b^ciacus, de Theodebercthus ; Landericiacus, de Landericus. 
3ous Tempire romain, on aurait dit Theodebercihacus ^ Lan- 
dericacus, comme Eburacus « York » (Angleterre), d'Eburus; 
comme Avitacus « Aydat » (Puy-de-Dôme), d'Avitus; et par 
conséquent Latinus aurait donné le dérivé Latinacus, dans 
le patois de TAin Laneu, en français Lanay, Laiiey , Lany, 
et non Lagneu, ni Lagny. 

Dans les tables des Inscriptions antiques de Vienne.de 
M. AUmer, on voit apparaître six hommes dont le gentilice 
est Aurelius, et quarante et un qui portent le gentilice Va- 
Imus. Rien donc d'étonnant si on trouve en Gaule des 
fmdi Aureliaci et Valeriaci parallèles aux fundi Aurelianus et 
Yalerianus de Veleia (1). Aureillac (Gard), Aurillac (Cantal), 
Orihac (Lot), Orly (Seine), sont d'anciens fundi Aureliaci (2). 
Vallery (Yonne) et Valléry (Haute-Savoie) sont d'anciens 
fundi Valeriaci (3). Du premier, la variante romaine en 
ànas nous est conservée par deux Aureilhan (Landes et 
Hautes-Pyrénées). 

Du gentilice romain Marcellius^ connu par plusieurs ins- 
criptions (4), sont venus à la fois le nom du fundus Marci- 
lianus, à Veleia, et celui de nombreux fundi gaulois appelés 
Marciliacus ou Marcilliacw. La première orthographe est 
celle de la vie de saint Didier, évéque de Cahors, écrite au 
septième siècle , et qui raconte la fondation du coenobium 



(1) Locus Valeri&nus en 926, dans une charte de la cathédrale d'Âsti 
[Historiae patriae monumenia, t. I, col. 127 c. 

(2) Voyez Quicherat, De la formation française des anciens noms de lieu, 
p. 35. Orly (8oine), est désigné par le nom d'Auriliacus dans des diplômes 
de Charlemagne et de Charles le Chauve, Cartulaire de Noire-Dame de 
PàriSy t. I, pp. 24iJ, 251. Ce nom de lieu se trouve aussi en Italie : Curiem 
que foca/ur Aureliacus, 896, 973; Fantuzzi, pp. 97, 180, cf. p. XLViii. 

(3) Quantin, Dictionnaire topographique du département de l'Yonne ^ 
p. 133. 

f\]C. I. L., V, 5642 {Additamenia, p. 1085), 6038, 6542; Allmcr, Inscriptions 
de Vienne, III, 449. 

10 



146 LIVRE IL CHAPITRE I-. 1 5. 

Marciliacense (1). La seconde est celle d*un diplôme de 
Louis le Débonnaire remontant à l'année 834 (2). Aujour- 
d'hui les noms de trente-trois communes nous conservent 
ce dérivé gallo-romain sous des formes plus modernes : 
Marcillac, Marcillat, Marcillé, Marcilly. En y ajoutant 
vingt-sept hameaux , on trouve en France soixante noms 
de lieux qui dérivent du gentilice Marcellius. 

ç 5 i^ noms de fundi dérivés de gentilices chez les popu- 
lation celtiques sont postérieurs à la conquête romaine. 

Les noms de fundi dérivés de gentilices d'origine ro- 
maine ne peuvent être antérieurs à la conquête. On en 
dira autant des noms de lieux tirés des gentilices d'origine 
celtique. Un gentilice d'origine celtique est Carantius] on 
en a donné quatre exemples : L. Carantius Atticus, M. Ca- 
rantius Macrinus, L. Carantius Gratus et L. Carantius 
Cinto (3) ; de Carantius vient Carantiacus , nom porté par 
au moins dix-neuf fundi de la Gaule, savoir les neuf com- 
munes suivantes : Carancy (Pas-de-Calais); Charancieu 
(Isère) ; deux Charancey (Côte-d'Or et Moselle) ; Charency 
(Jura) ; deux Cherancé (Mayenne et Sarthe) ; Cherencé-le- 
Héron et Cherencé-le-Roussel (Manche) , et dix hameaux. 
On a parlé ensuite du gentilice Carantinius (4) , dont le 
dérivé est Carantiniacus , d'où Charantigny (Aisne) (5) ; 
enfin du gentilice Solimarius (6) , d'où le Solimariaca de 
Yltinéraire entre Neufchâteau (Vosges) et Toul (Meurthe- 
et-Moselle). 



(1) D. Bouquet, III, 531 c. 

m D Bouquet. VI, 595 E; cf. Sickel, Acta Karolinorum , t II, p. 183, 
n» 322. bans ce document il s'agit d'une villa, Marcilliacua située dans le 
diocèse de Langres. 

(3) Voyez plus haut, p. 132. 

(4) Voyez plus haut, p. 132. 

(5) Hameau de la commune do Viilemontoire; Matton, Dictionnaire topo- 
graphique du département de l'Aisne, p. 58. 

(6) Voyez plus haut, p. 134. 



ORIGINE DB8 NOMS DE LIEUX HABITÉS. 147 

Comme les noms de fundi , précédemment cités , et qui 
dérivent de gentilices d'origine latine , les noms de fundi 
dérivés de gentilices d*origine celtique sont postérieurs à 
la conquête romaine , puisque , avant cette conquête , les 
Gaulois n'ont pas eu de gentilices. 

Il est vrai que parmi les noms d'hommes gaulois du 
temps de l'indépendance , quelques-uns se terminaient en 
'ius ou en -w et auraient pu donner des dérivés en -iacus. 
Sur soixante-deux noms celtiques d'hommes, tant de Gaule 
que de la Grande-Bretagne, que Ton peut relever dans les 
Commentaires de César, un se termine en -w, c'est Convie- 
tolitaviSf et dix se terminent en -ttw ; Andecuniborius^ Car- 
vilius, Commius, IceiuSj Lucterius, Mandubratius, Nammeius^ 
SeduliiÂS^ TasgetiuSj Vet^iÂeloetius. Trois au moins de ces 
noms persistent sous la domination romaine. — On peut 
laisser de côté Carvilius, nom d'un des quatre rois de Kent 
en l'an 54 de notre ère, car il y avait à Rome, dès le troi- 
sième siècle avant Jésus-Christ , une famille noble de ce 
nom ; les Carvilius que Ton rencontre plus tard peuvent 
se rattacher à elle. — Mais les Commius, Sedulius et 
Iccius des commentaires de César n'ont pas à Rome 
d'homonymes plus anciens. C'est donc à ces trois noms 
gaulois qu'on doit rattacher les gentilices romains identi- 
ques qui apparaissent postérieurement ; c'est d'eux que 
viennent les gentilices romains Commius, Sedulius, Iccius. 

Commius, roi des Atrebates, fut envoyé par César en 
Grande-Bretagne l'an 55 avant Jésus-Christ. Son nom a 
été employé comme gentilice sous l'Empire romain (1). 
Telle a été aussi la fortune du nom de Sedulius, que porta 
un chef obscur des Lemovices , mort les armes à la main , 
sous les murs d'Alésia , 52 ans avant notre ère ; un poète 
chrétien du cinquième siècle a donné à ce nom une cer- 
taine célébrité ; nous avons encore les œuvres de ce poète ; 
un païen du même nom a élevé à ses dieux un monument 

(1) Voyez plus haut, p. 134. 



148 LIVRE II. CHAPITRE I-. { 5. 

trouvé à Cannstatt , en Wurtemberg , et dont l'inscription 
a été plusieurs fois publiée (1) ; elle date de Tempire 
romain. 

IcciiLs n'est pas seulement le nom d'un Rème envoyé en 
ambassade à César, par ses concitoyens, l'an 57 avant 
J.-C. Vingt et quelques années plus tard, Horace connut 
un autre Iccius auquel le célèbre poète latin adressa une 
ode et une épitre (2). Le gentilice Iccius se trouve aussi 
sous l'empire dans une inscription de Nimes (3), et il avait 
une variante IciiLs qui a pris place dans la géographie 
galle-romaine comme premier terme des composés Icio-ma- 
gus, aujourd'hui Usson (Loire) (4), et Icio-durum, nom porté 
par deux localités différentes , l'une en Touraine , aujour- 
d'hui Izeures (Indre-et-Loire) (5); l'autre en Auvergne; au- 
jourd'hui Issoire (Puy-de-Dôme) (6). 

Quelques-uns de ces noms gaulois mentionnés chez Cé- 
sar peuvent avoir donné à la France des noms de lieux 
dérivés en -acus qui offrent la désinence -i-acus. Ainsi les 
noms de Congé-sur-Orne (Sarthe), Congis (Marne), peuvent 
représenter un primitif* Commiacus. La domus Iciacmsis , 
en Auvergne, aujourd'hui Yssac (Puy-de-Dôme), dont parle 
Grégoire de Tours (7), a été construite sur un fundus Icia- 
(yus dont le nom est dérivé d'Iciics, variante A' Iccius, 
comme il a été dit plus haut ; les noms d'Issy (Seine) (8; , 
d'Issy-l'Evêque (Saône-et-Loire), et d'Issé (Loire-Inférieure), 



(1) Brambach, 1575. 

(2) Odes, livre I, 29, 1. Epttres, I, 12, 1. Cf. De bello g&llicOy 1. II , c. 3, 1 2. 

(3) Herzog, t. II, p. 42, n* 200. 

(4) Dans la Table de Peutinger on a écrit Icidmago pour Iciomago. Des- 
jardins, Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger^ p. !)02-3O4. 
Cf. Longnon, Allas historique de la France^ p. 29. 

(5) Grégoire do Tours, Historia Francoy^m, livre X, c. 31, édition Arndt, 
p. 444, I. 20; Longnon , Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 273. 

(6) Grégoire de Tours, Gloria confessorum^ c. 29, édition Àrndt et Krusch, 
p. 766,1. 4. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 499, 500. 

(7) Gloria mnrlyrum, c. 65, édit. Arndt, p. 432, 1, 22, 

(8) Fiscus.., Isciacus dans un diplôme faux du roi Childebert I*', dont le 
manuscrit le plus ancien est du neuvième siècle. Tardif, Monuments his- 
toriques, p. 2 ; Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 7, ligne 33. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. t49 

peuvent avoir la môme origine. Le nom gaulois d'Iccius 
est donc encore vivant dans la géographie de la France. 
Mais il ne doit cette bonne fortune qu'à la chance heureuse 
qu'il a eue d'être conservé comme gentilice à l'époque 
romaine. 

La nomenclature des noms de lieux de la Gaule qui se 
terminent en -acus et en -iaciis est le reflet de la nomen- 
clature des noms d'hommes usités en Gaule pendant l'em- 
pire romain et nullement de celle des noms d'hommes 
aatérieurs à la conquête. Si elle était le produit des noms 
d'hommes antérieurs à la conquête, elle conserverait un 
des caractères qui distingue la liste de ces noms. 

Une observation préalable est nécessaire pour faire com- 
prendre ce dont il s'agit. Sont terminés en -iacw les noms 
de lieux qui dérivent de noms d'hommes en -ius et peut- 
être en -M ; différente est l'origine des noms de lieux qui 
n'ont pas d'i devant -acus. Or les noms celtiques d'hommes 
en -îttf ou en -w sont, avant la conquête romaine, les moins 
nombreux ; il y en a chez César onze sur soixante-deux , 
entre le cinquième et le sixième de la totalité ; cette propor- 
tion est vraisemblablement celle qui existait dans les noms 
d'homme gaulois avant la conquête romaine : un cinquième 
ou un sixième se terminait en i-s ou en io-s = iu-s et au- 
raient pu donner des dérivés en -tact^, quatre cinquièmes 
ou cinq sixièmes se terminaient autrement et auraient for- 
cément donné des dérivés en -aous sans i avant l'a d'-acus. 
Si les noms de lieux de la Gaule en -(was dérivaient des 
noms d'hommes gaulois antérieurs à la conquête, nous de- 
vrions en Gaule, parmi les noms de lieu en -aous, en 
trouver un cinquième ou un sixième seulement avec i 
devant l'a d'acus ; dans les quatre cinquièmes ou les cinq 
sixièmes, le suflBxe -aciLs serait précédé d'une lettre autre 
que i. Mais c'est la proportion inverse qu'on rencontre dans 
la nomenclature géographique de la Gaule romaine. 

Si à l'aide du récent travail de M. Longnon sur la géo- 
graphie de la Gaule romaine, on dresse la liste des localités 



150 LIVRE II. CHAPITRE I-. | 5. 

qui , sous Tempire romain , ont porté des noms terminés 
en -acm^ on en trouve quarante-quatre, sur lesquels huit 
seulement n'ofifrent pas à'i avant ce suffixe : Antunnacus^ 
Aunedonnacus , Avitacus , Bagacus , Camaracus , Cunnacus , 
SolonacuSy Turnacus, Ces huit mots supposent des noms 
d'hommes dont le thème était consonn antique ou se termi- 
nait en précédé d'une consonne. Les trente-six autres 
noms de lieux en -acus de la Gaule romaine offrent la dési- 
nence 'iacus , et s'expliquent par des noms d'hommes qui 
avaient une terminaison différente de celle des premiers, 
c'est-à-dire le suffixe -iiis des gentilices romains. Ainsi 
les quatre cinquièmes des noms de lieux en -acus que 
M. Longnon a recueillis dans les monuments de la domi- 
nation romaine en Gaule dérivent de noms d'hommes en 
-iiw. La proportion est inverse de celle que nous devrions 
rencontrer si les noms de lieux en -acvs de la période ro- 
maine avaient pour base des noms d'hommes antérieurs à 
la conquête. 

La liste des noms de lieu de la Gaule au sixième siècle, 
dressée par M. " Longnon , donne lieu à une observation 
analogue; quarante-cinq se terminent en -î-aciw, il y en 
a huit qui , devant le suffixe -acus , nous offrent une lettre 
autre que i. Sur un total de cinquante-trois, c'est un 
sixième environ qui n'ont pas d'^ devant le suffixe -octw , 
tandis que les noms celtiques d'hommes recueillis par Cé- 
sar devraient donner un sixième ou un cinquième de dé- 
rivés en 'iacus et cinq sixièmes ou quatre cinquièmes de 
dérivés où le suffixe -acus serait précédé d'une lettre autre 
que i. 

La table géographique du tome VII du Recueil des histo- 
riens de la France^ qui contient des documents relatifs aux 
fils de Louis le Débonnaire , entre autres une nombreuse 
collection de diplômes, nous offre une quantité considérable 
de noms de lieux de la Gaule au. neuvième siècle. J'en ai 
compté quatre cent quatre-vingt-dix-sept qui se terminent 
en -acus ; sept huitièmes, soit quatre cent trente-neuf, ont 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 151 

un t devant ce suffixe, un huitième, soit cinquante-huit 
seulement, n'ont pas à*i avant -acus. 

Ces relevés suffisent pour établir que les noms géogra- 
phiques en -acus de la Gaule ne tirent pas leur origine 
des noms d'hommes antérieurs à la conquête romaine. Si 
les noms de lieux en -aotis de la Gaule remontaient à la 
période de Tindépendance, ce serait le plus petit nombre 
de ces noms, un cinquième au plus, qui nous^offrirait un i 
avant Va d'aous; au contraire, les plus nombreux de beau- 
coup nous offrent cet i qu'explique la désinence ordinaire 
du gentilice romain. 

S 6. — Quatre espèces de noms de lieux habités en Gaule chez 

César. 

Les noms de lieux habités dans la Gaule indépendante 
qui sont mentionnés par César ne semblent presque aucuns 
<^tre tirés de noms d'hommes. Parmi ces noms de lieux 
habités on peut distinguer quatre sections : 

La première comprend les noms à sens topographique. 
11 y en a un qui exprime une relation avec un cours d'eau. 
Le nom i'Avaricum^ « Bourges, » situé sur TEvre (1), vient 
i'Avara , ancien nom de TE vre ; ainsi , plus tard , le nom 
à'Auiricuin, « Chartres, » est dérivé d'Àutura^ ancien nom 
de l'Eure. On peut comparer Gena^a , « Genève , » qui si- 
gnifie , à proprement parler , « bouche , » parce que cette 
ville se trouve à l'endroit où le lac Léman vomit le Rhône. 

La seconde section des noms de villes de la Gaule indé- 
pendante mentionnés par César se rapporte aux produits 
du sol ou , plus spécialement , à la faune locale : tels Bi- 
bracte et Bibrax^ dont les noms dérivent du gaulois *bebros, 
en latin fiber^ mais en français bièvre, qui vient du gaulois ; 
le bièvre ou castor a précédé l'homme dans ces deux loca- 
lités. Cabillonum^ paraissant dérivé de caballus, « cheval, » 

(1) GràmmàticM ceUtca. f édit., p. 779-806. 



15a LIVRE II. CHAPITRE I". { 7. 

désigne , ce semble , une ville dont la principale industrie 
était rélève du cheval. 

La troisième section doit son origine à des idées reli- 
gieuses : comme plus tard Lugudunum est la forteresse 
du dieu Lugus, Nemetocenna est chez César, soit un dérivé 
de nemeton, « temple, » soit un composé dont nemeton est 
le premier terme. 

Les noms des lieux habités compris dans la quatrième 
section sont formés de deux termes , un adjectif placé le 
premier et un nom qui est le second terme d*un composé. 
Ce composé exprime l'opinion que les fondateurs avaient 
de leur nouvel établissement; ainsi Uœellodunum veut dire 
« haute forteresse ; » Vellaunodunum^ « bonne forteresse ; » 
Noviodunum , « forteresse neuve ; » c'est l'opposé du vieil 
irlandais Sen-dûn ^ aujourd'hui Shandon ou Shannon^ dont 
le sens est « vieille forteresse (1). » 

§ 7. — Cinq espèces de noms de Lieux habités dans les pays 
celtiques suivant les documents du temps de l'empire. 

Si des noms de lieu de la Gaule qu'on lit chez César 
nous passons aux noms de lieux qui, appartenant à des 
pays celtiques, sont contenus dans les textes contemporains 
de l'empire romain, notamment dans les plus importants 
de ces textes : Itinéraire d'Antonin^ fin du troisième siècle; 
Table de Peutinger^ Notice des provinces et des cités de la 
Gaule, quatrième siècle ; nous y retrouvons les quatre sec- 
tions qui viennent d'être signalées, plus certainement une 
cinquième composée des noms de lieu qui expriment un 
rapport avec une personne (2). 

En première ligne , voici des noms de lieu gaulois du 

(1) The origin and hislory of irish names of places ^ hy P.-W. Joyce, 
5- édit. Dublin, 1883, t. I, p. 282. 

(2) Il a pu exister , dès le temps de César , en Gaule , des noms de lieu 
composés dont un nom d'homme formait le premier terme : Samaro-briva, 
pont d'un homme appelé Samaros, et Admageto-briga, forteresse d'un gau- 
lois nommé Admagctos; mais pas de noms de terre, magua, ainsi formés. 



1 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 153 

quatrième siècle qui expriment un rapport avec un cours 
d*eau : Brivalsarae , « pont de l'Oise , » aujourd'hui Pon- 
toise ; Brivo^durum , « forteresse du pont , » aujourd'hui 
Briare (Loiret) ; Brivate, « endroit où il y a un pont, » au- 
jourd'hui Brioude (Haute-Loire) ; Moso-magus , « champ de 
la Meuse , » aujourd'hui Mouzon (Ardennes) ; Bitu-magus , 
a champ du gué, » aujourd'hui Radepont (Eure) ; Condato- 
magiis, « champ du confluent, » aujourd'hui Millau (Avey- 
ron), et enfin plusieurs localités du nom de Condate. A 
Moso-magus ^ « champ de la Meuse, » on peut comparer 
Bodinco-magus , a champ du Bodincus ou Pô » dans une 
inscription (1). On verra même cette section se développer 
grâce à des indications topographiques d'un autre ordre : 
Àcaunum, « Saint-Maurice en Valais ; » Acunum , « Notre- 
Dame d'Aygu » (Aveyron), veulent dire « Le Rocher (2) ; » 
ces noms du moyen âge remontent à l'époque celtique. 

 la seconde section appartiennent les noms de lieu de 
période romaine qui se rapportent à la faune locale : Go- 
bro-sentuiriy « chemin des chèvres, » en Grande-Bretagne ; 
Gcèro-magus, « champ des chèvres, » et Matucaium, « che- 
min des ours, » en Norique. Cette catégorie se développe 
par des noms relatifs à la végétation et à l'industrie loca- 
les : 1* en Gaule, Aballo^ aujourd'hui Avallpn, signifie 
probablement « la pommeraie ; » en Grande-Bretagne, Der- 
ventione , « la chênaie ; » 2® en Grande-Bretagne , Goban- 
nium^ « la forge; » en Gaule, Carpentorate, « la fabrique 
de chars : » son nom dérive d'un thème Carpento- , écrit 
CarhantO' dans Carbantorigum (Grande-Bretagne). De Car- 
banto- dérive Carbantia , « la ville des chars , » en Italie , 
au nord du Pô , non loin d!Epo-redia , « la ville des bons 
dompteurs de chevaux , » comme dit Pline. Citons encore 
Figlinae pour Figulinae ^ « les poteries, » près de Saint- 
Rambert d'Albon (Drôme). 



(1) C. /. L., t, V, p. 845. 

C-) Longnon, At2a« historique de la France, p. 25 et suivantosi. 



154 LIVRE II. CHAPITRE I". } 7. 

Dans la troisième section , noms de lieu d'origine reli- 
gieuse, prend place Divona, « la divine, » aujourd'hui Ca- 
hors ; Divo-Durum , « forteresse des dieux , » aujourd'hui 
Metz , tous deux en Gaule ; rapprochons Deo-brigula , « la 
petite forteresse des dieux, » en Espagne; Camulo-dunum, 
forteresse du dieu Camulus^ en Grande-Bretagne. De plus, 
puisqu 'Auguste et César sont élevés au rang des dieux, il 
faut ranger dans cette catégorie Augusto-nemetum , « temple 
d'Auguste, » aujourd'hui Clermond-Ferrand ; Augusto-dxh 
num, « forteresse d'Auguste, » Autun; Augusto- dw^m , 
môme sens, aujourd'hui Bayeux; Augusto-^tum ^ « gué 
d'Auguste, » aujourd'hui Limoges; Augusto-magus^ « champ 
d'Auguste, » aujourd'hui Senlis (comparez Augusto-briga ^ 
« forteresse d'Auguste , » en Espagne) ; Cciesaro-dunum , 
ce forteresse de César, » aujourd'hui Tours ; Caesaro-magus^ 
« champ de César , » aujourd'hui Beauvais (comparez un 
autre Caesaro-magus en Grande-Bretagne). 

A la quatrième section se rattachent Novio-magus, « le 
champ neuf ou le champ nouvellement défriché, » dont la 
Table de Peutinger nous offre en Gaule quatre exemples ; 
Vhinéraire d'Antonin nous en montre trois hors de Gaule, 

■ 

dont un en Grande-Bretagne, deux en Germanie. On peut 
leur opposer Seno-magus , « le vieux champ , » près de 
Saint- Paul -Trois -Châteaux (Drôme); de SenomagtASj on 
rapprocherait le Sen-mag de la mythologie irlandaise (i) : le 
Sen-mag aurait été la plaine la plus anciennement défrichée 
de rirlande ; elle était déjà défrichée quand arrivèrent les 
premiers habitants de l'île. On citera encore Litanobrigay 
« la forteresse large , » près de Creil (Oise) ; comparez les 
deux Cambodunum ou « forteresse courbe, » l'un de 
Grande-Bretagne, l'autre de Rhétie. 

Nous arrivons à la cinquième section, qui atteste des re- 
lations entre l'homme propriétaire et sa portion de terre . 
son champ. Elle est postérieure aux Commentaires de 

(t) Livre de Leinster^ p. 5, col. 1, ligne 38. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 1S5 

César. Elle comprend deux groupes. Dans l'un de ces grou- 
pes , le terme qui désigne Thomme est un gentilice ; dans 
l'autre, ce terme est un cognomen ou c'est le nom unique 
et pérégrin employé pour désigner une personne qui n'a 
pas de gentilice. 

Dans le premier groupe, noms de lieu tirés du gentilice 
du propriétaire , on trouve réunis des composés et des dé- 
rivés ; les composés sont les moins nombreux. On a parlé 
àlci<Mnagu$j « champ d'Iccius, » p. 148, on peut ajouter : 
Claudichmagus , aujourd'hui Clion (Indre) "(1); Nerio-magus, 
aujourd'hui Néris, dont le premier terme, Nerius^ est un 
gentilice connu par plusieurs inscriptions et par le nom de 
lieu dérivé Niriacus (2). Il y a peu de dérivés en -ont**; 
cependant on rencontre Liviana^ sous-entendu donius ou 
villa, aujourd'hui Capendu (Aude) (3), dérivé de Livius, et 
Âlbaniani ou Àlbiniani^ situé sur la rive gauche du Rhin (4), 
aujourd'hui Halphen (Pays-Bas). Albaniani ou Albiniani est 
dérivé à'Albanius ou d'Albiniu^, deux gentilices attestés par 
les inscriptions (5). Albaniani ou Albiniani est un adjectif 
au pluriel qui se rapporte au substantif sous-entendu fundi. 
Comparez pour le suffixe le français moderne Lusignan, 
d'abord Lesignan, c'est-à-dire fundus Licinianus. 

Le procédé de dérivation le plus commun est celui dont 
il sera question dans le paragraphe suivant. 

(1) Claudio-magus chez Sulpice Sévère, Dialogues^ II» 8 (Migne, Pttirologia, 
latina, t XX, col. 207). Julio-bona dans la Table de Peutinger, et 17/tnë- 
mred'Anioninj Julio-maguSf aujourd'hui Angers, dans la Table de Peu^ 
linger et chez Ptolémée ne sont probablement pas des noms de fundi , et 
le premier terme de leur nom rappelle le souvenir du divin Jules , d'abord 
conquérant de la Gaule et depuis Dieu. Comparez Caesaro-magus, Beauvais, 
et Auguslo-bona, Troyes. 

1^) Vicani Neriomagienses ^ inscription. Desjardins, Géographie..., etc., 
p. 299; Nerius, C. /. L., t. III, 3215, 10; 6008, 42; V, 8114, 98; X, cinq ex. 
fUriicus, diplômes de 832 et 862 ; Tardif, Monuments historiques, p. 85, 1 17. 

(3) Table de Peutinger; Desjardins, Géographie, p. 362. 

(4) La première orthographe est celle de la Table de Peutinger; la se- 
conde, celle de 17(mëratre d'Antonin, 

(3}3f. Albanius Paternus; Brambach, 385. T. Albanius Primanus; Bram- 
bach. 1301. T. Albinius Januarius; Brambach, 73. P. Albinius Antonius , 
^' / L., UI, 5143, etc. 



156 LIVRE II. CHAPITRE 1-. { 8. 

S 8. — Le suffixe -ftcus placé à la suite du gentilice pour 
former des noms de lieux dans les documents du temps de 
l'Empire, 

En Gaule, le suffixe -dcus est plus fréquent que le suffixe 
'Anu^s (1). On le trouve aussi hors de Gaule dans les régions 
celtiques. Ainsi, à Veleia, on peut citer le fundus Quintia- 
cus^ dont le nom est dérivé du gentilice Quintius ou Quinc- 
tius^ très fréquent dans le monde romain (2). La Table 
alimentaire qui nous fournit ce nom date, comme on l'a 
dit plus haut, de l'an 104 de notre ère. Le plus ancien 
exemple de ce nom de fu/ndus que nous ayons trouvé dans 
la Gaule transalpine date de Tannée 697, où une propriété 
appelée Quiniiacus^ et située près de la Loire, fut donnée 
à Tabbaye de Limours (3). Quintiacus doit, à l'époque 
romaine, avoir été un nom de lieu fort répandu en Gaule; 
il existe en France dix-neuf communes dont le nom mo- 
derne en vient : Cuinchy (Pas-de-Calais) ; Cuincy (Nord) ; 
Quinçay (Vienne) ; Quincé (Maine-et-Loire) ; trois Quincey 
(Aube, Côte-d'Or, Haute-Saône); un Quincié (Rhône); 
Quincieu (Isère); Quincieux (Rhône); sept Quincy (Aisne, 
Cher, Côte-d'Or, Meuse, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise) ; 
deux Quinsac (Dordogne, Gironde). En y ajoutant dix-sept 
hameaux on trouve un total de trente-six Quintiacus en 
France. De ces localités diverses, celle pour laquelle on a, 



(1) Dos l'empire romain, il y a des noms de lieux créés à Taide d'autre$ 
suffixes, comme le suffixe -o ; il y a aussi un système qui consiste à employer 
les gentilices ou les cognomen comme noms de lieu. Nous parlerons de ces 
procédés quand nous passerons à Texamen des textes du moyen âge où les 
noms de lieu sont beaucoup plus nombreux que dans les textes contempo- 
rains de l'empire romain. 

(2) Le C. /. L. nous en offre six exemples dans le t. III , trente-huit dans 
le t. V, vingt dans le t. X. En Qaule, Quintius Primulus dans une inscrip- 
tion de Saint- Victor-des-Oules, près Uzès (Allmer, Aeuue épigraphique, 
t. I, p. 394, n* 435); Quintius Valentinius dans une inscription de Greno- 
ble (Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III , p. 163). 

(3) Pardessus, Diplom&ta, t.^II, p. 244. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 157 

je crois, le témoignage le plus ancien, est Quincieu (Isère), 
dont il est question dans une charte de Tannée 739, où 
Quincieu est appelé à Tablatif Quintiaco (1). Viennent 
ensuite : Quincy (Meuse), mentionné sous le nom de 
Quinciacum dans deux chartes de Tannée 770 (2) ; le Quin- 
cey du département de T Aube , appelé Quincictcus dans un 
diplôme royal de 886 (3). Quinciacus est une orthographe 
de la basse latinité pour Quintiactis. La forme latine de ce 
terme gallo-romain est Quintianus , deux fois inscrit dans 
yhinéraire d'Antonin , une fois pour désigner une station 
romaine de Rhétie; une autre fois pour désigner une 
station romaine d'Italie (4). Cette forme a pénétré en 
France, témoin la commune de TAUier qui s'appelle Quin- 
saines, c*est-à-dire Quintianae, sous-eniendu villae. 

Il y avait à Veleia un fundus Arsuniacus. Arsuniacus 
dérive d'un gentilice * Arsunius qui ne diffère que par une 
voyelle d^Arsiiiius (5) et à'Arseniiis (6) conservées chacun 
dans une inscription. 

Le fundus Pisunictcus à Veleia tire son nom du gen- 
tilice * Pisunius , variante de Pisonius , qu'une inscription 
nous a gardé (7). Piney (Aube), s'appelait, en 869, Pm- 
niacum (8) , mot dérivé de Pisinius , et qui ne semble être 
qu'une variante de Pisuniacus. 

Le fundus Cabwrdiacus de Veleia est dérivé du gen- 
tilice *Cabardius, écrit Cabarsits dans une inscription (9). 



(1) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 372. 

(2) Liénard, Diclionnaire topographique du département de la Meuse ^ 
p. 1B5. • 

(3)Dom Bouquet, t. IX, p. 353 B. Cf. Boutiot et 8ocard, Dictionnaire io- 
pogrsLphique du département de l'Aube, p. 131. 

(4) Quintianis^ Rhétie, Itinéraire d'Antonin, édit. Parthey et Pinder, 
p. 249 de l'édition Wesseling ; Quintiano , Italie , ibid, , p. 499 de Tédition 
Wesseling. 

(5) C. I. L., III, 3435. 

(6) C. /, L., X, 1791. 

(î) C. /. L., X, 3515. Cf. Pisenius, III, 1789, et Pisinius^ Brambach, 810. 

(8) Boutiot et Socard, Dictionnaire topographique du département de 
l'Aube, p. 121. 

(9) Af . Cabarsus Patiens, C. /. L., V, 5134. Cabaraus est pour Cabarzus; 



158 UVRE II. CHAPITRE I-*. { 8. 

Cahardiacus est devenu en italien Caverzago. Caverzago est 
situé sur la rive gauche de la Trébie, près de Trevi. En 
français, Cabardiacus s'est changé en Chevresis^ nom d'une 
commune et d'un hameau du département de l'Aisne ; ces 
deux localités sont voisines , et 1'^ final de Chevresis parait 
avoir été originairement le signe du pluriel employé quand 
on voulait désigner ces deux localités par un seul mot ; du 
reste, cet s final manque dans deux documents du dou- 
zième siècle (1). Le hameau de Chaversey (Oise), peut avoir 
la même origine. 

Le fundus Caudiacus de Veleia dérive du gentilice Cau- 
dius conservé par une inscription (2). Cavdiacus est de- 
venu , en français du nord , Gaugé , nom d'une commune 
du département de l'Eure, Caugy, nom d'un hameau du 
Calvados, et, en français du midi, Caujac, nom d'une 
commune de la Haute-Garonne. 

Le fundus Orbiniacus de Veleia dérive son nom du gen- 
tilice *OrbiniuSf dont je n'ai pas rencontré d'exemple. Ou 
trouve dans les inscriptions Orbius (3). A côté d'*Orbinius 
a pu exister le gentilice * Orbanius ; il expliquerait la forme 
Orbaniacus donnée par la plupart des manuscrits de Gré- 
goire de Tours au nom d'Orbigny (Indre-et-Loire) (4). 11 y 
a aussi, dans le département de la Haute-Marne, deux 
villages du nom d'Orbigny. 

Nous ne parlerons pas plus longuement des fundi de 
Veleia dont le nom , conservé par la Table alimentaire de 
l'an 104 de notre ère, consiste en dérivés tirés de gentilices 
au moyen du suffixe -aciis. Passons maintenant aux fundi 
de la Gaule transalpine dont le nom est formé de la même 



comparez za,bolu8 pour di&bolus et zaconua pour diaconus, Diez , Gràm- 
m&ire des langues romanes, traduite par Brachet et Paris, t. I, p. 216. 

(1) Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 67. 

(2) C. /. L., X, 2246. 

(3) Voyez, dans Corpus inscriptionum latinarum^ Tindex des tomes V et 
X, et tome VI , n« 23558. 

(4) Historia Francorum, 10, 31 ; GIoHa Martyrum, 89, édit. Arndt, p. 448, 
1. 6, et p. 548, 1. 10. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 159 

manière, et que Ton trouve transcrits dans les textes 
géographiques compilés au temps de Tempire romain. Il a 
été déjà question, p. 141, du fundus Juliacus où a été bâtie 
la ville de Juliers. Un autre fundus, aussi intéressant, est 
Geminiacus (1) , sur la route de Tongres à Boulogne. Son 
nom est dérivé du gentilice Geminius , qu'on trouve dans 
plusieurs inscriptions (2). A côté de Geminiacus^ il y a une 
forme plus latine Geminianus qui est le nom d'un fundus 
de Veleia. La forme gallo-romaine Geminiacus survit dans 
le nom des communes de Gemigny (Loiret), et de Jumigny 
(Aisne). 

Tiberiacus (3), nom d'une station romaine près de Cologne, 
est dérivé de Tiherius, prénom romain employé quelquefois 
comme gentilice (4). 

Artiaca, nom d'une station romaine entre Troyes et 
Chàlons-sur-Marne (5), vient A'Artius, gentilice romain 
dont on a recueilli deux exemples , et qu'on trouve aussi 
employé comme surnom (6). 

Mimtiacus, nom d'une station située près de Reims (7), 
dérive de Minatius, gentilice romain dont il y a quelques 
exemples (8). 

Solimariaca , nom d'une station voisine de Toul (9), 



(1) Itinéraire d'Antonin et Table de Peutinger. Ernest Desjardins , Géo- 
graphie de la. Gaule d'après la Table de Peutinger ^ p. 77. 

3 C. /. L., III, 96, 513, 2916, 4116, 4436. Sur la gens Geminia, voyez 
I)e-vit, Onomasticony t. II, p. 223; XII, 11 ex. masc, 3 féminins. 

[3!) Itinér&ire d'Antonin j édit. Parthey et Pinder, p. 375 de l'édition de 
Wesseling. 

(4)C. Tiberius Verus^ Brambach, 150. T. Tiberius Marcus (C. /. L., X, 3640). 

(ô) liinéraire d'Antonin^ édition Partbey et Pinder, p. 361 de l'édition de 
Wesseling, 

(6) De-vit, Totius latinitatis Onomasticon, t. I, p. 494 , aux mots Artia^ 

Arlius. 

Çf) Uinérstire d'Antonin, édition Parthey et Pinder, p. 381 de l'édition de 
Wesseling. 

(8) CI. L., V, 1301. 7850; VI. 22495-22501; IX, 867, 1031, 2403, 4825, etc. 

(9) Itinéraire d'Antonin ^ édit. Parthey et Pinder, p. 385 de l'édition de 
Wesseling. — Du nom de cette station, rapprocher celui de Somméré 
(Saône-et-Loire) , en 878 , Solmeriacus pour Solimeriacus , Solimariacus. 
Th. Chavot, Le AlàconnaiSt p. 264. 



160 LIVRE II. CHAPITRE I". { 8. 

dérive du gentilice gallo-romain Solimarius mentionné plus 
haut (1) , et qui dérive lui-même du nom d'homme gaulois 
Solimaros. 

Hermoniactts y écrit à tort Hermomacum dans la Table de 
Peutinger, est une station romaine située non loin de 
Cambrai (2). Son nom dérive A'HermoniuSn gentilice con- 
servé par des inscriptions (3). 

Ricciacus^ station voisine de Trêves (4), tire son nom de 
RicciuSj gentilice dont plusieurs inscriptions établissent 
Texistence (5). 

Aux exemples qu'offrent les monuments géographiques 
de l'empire romain, on peut en ajouter deux fournis par 
un poète. 

Pauliacus , villa mentionnée par Âusone (6) . porte un 
nom qu'explique le gentilice Paulius, variante de PaulliusÇi). 

Lucaniacus, villa à laquelle le même auteur a donné une 
célébrité relative par le vers bizarre : 

Villa Lucani mox potieris aco (8) , 

doit son nom à un propriétaire primitif , dont le gentilice 
était LucaniuSy comme celui de L. Lucanius Censorinus. 
auteur d'une dédicace à la déesse Sirona ; ce monument 
est conservé au musée de Trêves (9). On a trouvé à Va- 



(1) Voir plus haut, p. 133. 

(2) Desjardins, Géographie de ta Gaule d'après 2a Table de Peutinger, 
p. 89. La correction est due à M. Longnon. 

(3) C. /. L., IX, 5352 ; X, 1690, 1691. 

(4) Ta5Ze de Peutinger chez Desjardins, Géographie, etc., p. 117. 

(5) C. /. L., III, 1818; AUmer, Inscriptions antiques de Vienne, II, 245,246). 

(6) a Pauliacos tanti non mihi villa foret ; o Epitres, V, v. 16. Edit. Scbenkl 
p. 163. 

(7) Paullius, C. /. L., II, 4546; Paulia, Boissieu, Inscriptions antiques de 
Lyon, p. 187. 

(8) Ausone, Epîtres, V, v. 36. Ibid. Cf. Lucaniaco , nom d'un locellus 
donné on 696 pour la dotation d*un hôpital fondé à Poitiers; Pardessus, 
Diplomata, t. II, p. 240. 

(9) Branibach , n' 814. Deux femmes nommées Lucania figurent dans les 
n** 920 et 922. Trois autres exemples du même gentilice se trouvent dans le 
C. /. L., VI, 21518-21520. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 161 

lence (Drôme) Tépitaphe de D. Lucanius Threption (1) ; 
à Esparron celle que Q. Lucanius Insequens fit graver 
pour sa femme (2); à Nimes, Tépitaphe de L. Lucanius 
Cornélius (3). 

Ausone écrivait au quatrième siècle; il fut élevé au 
consulat en 379, et mourut en 390. Ses écrits fournissent 
donc un complément à Vltinéraire d'Antonin et à la Table 
de Peuting&r , pour Tétude des noms de lieux de la Gaule 
pendant la période romaine. 

Les documents de la période romaine offrent aussi des 
noms de lieux en -âciùSf dérivés de gentilices, à Test de 
la Gaule. Dans la Rhétie, une des régions de Tempire 
romain où l'élément gaulois paraît avoir eu le plus d'im- 
portance, Abiidiacus , nom d'une station romaine près 
d'Augsbourg (4), dérive du gentilice Abudius; on trouve ce 
gentilice dans les inscriptions (5) ., et sous Tibère , il fut 
porté à Rome par Tédile Abudius Ruso (6). 

Plus au nord , en Germanie , mais près de la rive droite 
du Rhin, dans une région où domina quelque temps la 
civilisation gallo-romaine, se trouvait une ville que Pto- 
lémée appelle Mattiacum (7). Son nom est un dérivé du 
gentilice Mauius dont nous avons relevé douze exemples 
dans les inscriptions (8). 

De même , en Espagne , on rencontre une station d'i4r- 
Tiaca (9) dont le nom dérive du gentilice Arrius. Les 
inscriptions d'Espagne offrent neuf exemples de ce genti- 



(i) c. /. L., xn, ms. 

P) c. /. L., xn, 350. 

(3) c. /. L., xn, 3707. 

(4) Ecrit AbuztLCo dans 17ttnératr6 d'Antonin^ éd. Parthey et Pinder, 
p. 275 de redit, de Wesseling ; dans la Table de Peutinger on lit AhodUcum. 

(5) C. /. L., III, 2938; V, 328, 329 5i«, 8322, 8110, 34. 

(6) Tacite, Annales, VI, 30 ; cf. De-vit, Ùnomaaixcon^ 1. 1, p. 19. 

(7) M(mie»ôv, Ptolémée, II, 11, 29. Edit. Nobbe, t. I, p. 122; II, 11, U; 
édit. MùUer, t. I, p. 272. Cf. Brambach, n" 987, 1313. 

(8) Cl. L., III, 378, 5286; V, 6957; VI, 22303-22311. 

(9) Kinératre d'Antonin, édit. Parthey-Pinder, p. 436, 438 de Wesseling. 

11 



lea LIVRE n. chapitre i». j 9. 

lice (1) dont il y a encore d'autres exemples ailleurs (3). 
En Grande Bretagne, Epiacum{Sj parait dérivé i'Eppius, 
gentilice dont l'existence est aussi prouvée par les inscrip- 
tions (4). 

S 9. — Comparaison entre les noms de lieux formés en France 
à l'aide du suffixe -âcus, et quelques noms de lieux en -4nus 
dans diverses parties de l'empire romain. 

Les dérivés en -anus que nous offrent , dans une lettre 
de Pline le Jeune, dans la Table de Peutinger, dans Vlliné- 
raire d'Antonin^ et dans quelques inscriptions, les noms de 
lieux étrangers aux pays celtiques, sont quelquefois au 
moins aussi intéressants que les noms de lieux en àcut 
mentionnés jusqu'ici. En effet, certains de ces noms de 
lieux en anus ont eu des équivalents gallo-romains en 
âcus qui existent encore en France sous une forme plus 
moderne. Telle est la Camilliana villa en Campanie (0). 
Elle appartenait au beau-père de Pline le Jeune, elle tirait 
son nom du gentilice Camillius dont on a recueilli quel- 
ques exemples (6). La forme gallo-romaine de l'adjectif 
Camillianus est Camilliaaus, dont neuf noms de communes : 
Chamilly {Saône-et-Loire) ; un Chemilla (Jura) ; trois Che- 
millé {Indre-et-Loire, Maine-et-Loire}; ChemiUi (Orne), et 
quatre Chemilly (Allier, Haute-Saône, Yonne) (7); enfin 
dix noms de hameaux, total dix-neuf noms de lieux mo- 
dernes en France. Nous citerons ensuite : 



(1) C. J. L., t. II. 

(2) Va/ aotamment Brambach, 934, 1835. 

(3) 'EnilcaDv, Ptolémàe, II, 3, 16; édit. Nobbe, t. I, p. 71; II, 3, 10; «dit 
Uûller, t. I, p. 9G. 

(4) C.I.L., 111,3925, 4799, 4819; V, 2623, 4857, 8379; VI, 17246-17248. Cf. 
De-vit, Onomatticon, t. II, p. 744. 

(5) Pline le Jeune, Epistularum. 1. VI. ! 30. 

(6) C. /. L., VI, 14302.14304-, cf. De-vit, Onomasifcon, t. Il, p. 97, 

(7) Camiliscum, Chumbly (Oise), d'où le pagus CamUiaceniU des ctaartet 
du septième siècle (Tardif, Monuments historiques, p. 24, 31, 63, 84) pftralt 
n'avoir eu qu'une 1 et être un mot différent. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 163 

Florianay sous-entendu villa^ en Pannonie (1), dérivé du 
gentilice Florius (2). Sa forme gallo-romaine est Floriacus (3), 
aujourd'hui Fleury, Fleurieu ou Fleurieux et Floirac. Il y 
a en France dix-neuf communes du nom de Fleury dans 
les départements de l'Aisne, de l'Aude, de TEure, du 
Loiret, de la Marne, de la Meuse, de la Nièvre, de TOise, 
du Pas-de-Calais, de 8aône-et-Loire, de Seine-et-Marne, de 
8eine-et-0ise et de T Yonne. Fleurieu et Fleurieux sont dans 
le département du Rhône. Il y a trois Floirac (Charente- 
Inférieure, Gironde, Lot). En ajoutant vingt-trois noms de 
hameaux à ces vingt-quatre noms de communes, on trouve 
un total de quarante-sept noms de lieu qui représentent , 
dans la France d'aujourd'hui , autant d'antiques Floriacus, 

Blandiana , sous-entendu villa , en Dacie (4) , dérive du 
gentilice Blandius conservé par des inscriptions, par exem- 
ple dans ritalie septentrionale (5), et en Gaule (6). De Blan- 
dius sont dérivés des noms de fundi en -dcit^, dont la forme 
primitive Blandiacus se reconnaît sous les formes modernes 
de seize noms de communes de France : deux Blandy 
(Seine-et-Marne, Seine-et-Oise) ; cinq Blangy (Calvados, 
Pas-de-Calais , Seine-Inférieure , Somme) ; quatre Blanzac 
(Charente, Charente-Inférieure, Haute-Loire, Haute-Vienne); 
un Blanzat (Puy-de-Dôme); un Blanzay (Charente-Infé- 
rieure); quatre Blanzy (Aisne, Ardennes, Saône-et-Loire). 
11 faut ajouter treize noms de hameaux, total vingt-neuf 
noms de lieux. Une de ces localités apparaît sous le nom 
de BUmziacus dans un diplôme de l'année 832 (7). 



(1) Itinéraire d'Antonin, édition Parthey-Pinder , p. 263, 265 de ceUe de 
Wesseling. 

(2) C. /. L., VI, 18482-18488; X, 4370, 5414, 5732; Brambach, 1067, etc. 

(3) Grégoire de Toars, Historia Fr&ncorum, III, 35, édition Arndt, t. I, 
p. 138,1. 9 : Diplôme de 835, chez D. Bouquet, VI, 601; Diplôme de 866, 
chez Tardif, Monuments historiques, p. 127. 

(4) Table de Peutinger, édit. de M. E. Desjardins, segment VII, B. Cf. 
C. J. L., t. III, p. 225. 

(5) C. /. L., t. V, index, p. 1106, col. 3. 

(6) Allmer, Inscriptions antiques de Vienne^ I, 349. 

(7) Tardif, Monuments historiques, p. 85, col. 1. 



IM LIVRE n. CHAPITRE I". J 9. 

Pacciani ou Paccianae, nom d'une station romaioe 
d'Afrique (!) est dérivé de Paccius, gentiiice latin bien 
connu (2). Paccius a une variante Pacius (3); de Pacius 
dérive le nom de lieu gallo-romain Paciacus conservé 
par des documents de l'époque carlovingienne (4) ; et de 
Paciactis viennent onze noms de communes de France : 
deux Pacé {lUe-et- Vilaine , Orne) ; deux Pacy (Eure , 
Yonne); sept Passy (Aisne, Marne, 9aôae-et-Loire, Haute- 
Savoie, aeine-et-Mame, Yonne) ; les noms de six hameaux; 
enfin le nom de Passy, seizième arrondissement de Paris. 
De Paccius a dû venir ' Pacciacus, écrit Paxiacwn en 1136, 
aujourd'hui Paissy (Aisne) (5). Comparez le nom du furdui 
Paccianus dans la table alimentaire des Ligures Baebiani (6). 

Mariniani ou Marinianae, nom d'une station romaine de 
la Pannonie inférieure (7), est un dérivé en -anus du gen- 
tiiice Marinius qui se trouve dans les inscriptions (8). On 
reconnaît le même dérivé dans le nom de Marignano porté 
par une petite ville d'Italie, dans celui de Marignane qui 
désigne un bourg des Bouches-du-Rhône , et dont la va- 
riante Marignana distingue un village de Corse. Sa forme 
gallo-romaine était Mariniacus , dont il sera question plus 
loin, et d'où viennent, les uns certainement, et les autres 
probablement, les noms des communes appelées : Mari- 
gnac, Marigné, Marigneu, Marigny. 

L'Itinéraire d'Antonin mentionne en Espagne deux Bar- 



(I) Jlin^rafre d'Antonin ; Paccfanii, p. 18 de l'édition de Wesseliug. 
(î) Brambach, n^673; C. I. L., 111, sii exemples; V, quatre ex.; IX, seÎM 
es.; X, trois ex. 

(3) Les.tonies V et IX du C, I. L. offrent cbacim quatre exemples de Pa- 
cius ; ou trouve la variaute Paquius dans deux inscriptions d'Arles, Henog, 
n- 3*2, 343. 

(4) Diplômes des années 832 et S36, chez D. Bouquet, t. VI, p. 586 A «I 
611 B. 

(5) Hatton, DicCionnaire (opographique du dipartement de VAitne, p. 208. 

(6) Edition de H. E. Desjardins, p. lxv. 

(7) ItiiUraire d'Antonin , édit. Parthey et Pinder, p, 130 de l'édition de 
Wosseling. 

(S) Brambacb, n* 1529. Allmer, Intcriplions de VUnne, II, &3T. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 165 

bariana (î). Le gentilice Barbarius nous a été conservé (2) : 
de là le nom de Barberey (Aube), au moyen âge Barba^ 
rioùusy et celui de Berbirey (Côte-d'Or) (3). 

Une inscription nous donne le nom d'un vicus Valenti- 
nianus en Dacie (4). C'est un dérivé en -4nu5 d'un gentilice 
Yalentinius conservé par les inscriptions (5). La forme 
gallo-romaine correspondante était Yalentiniaeus ^ d'où le 
nom de deux communes de France , Valentigney (Doubs) , 
et Valentigny (Aube). Le dernier est appelé Valentiniacum 
dans un document du douzième siècle (6). Un hameau de 
Valentigny se trouve dans le Cher. 

Une inscription de Buccino, autrefois Volcei, dans l'Italie 
méridionale, fournit une nomenclature de fundi contenus 
dans cette cité (7). Parmi ces fundi ^ le fundus Casinianus ^ 
mieux Cassinianus^ a dû avoir pour parallèle en Gaule un 
fundm Cassiniacus ou plutôt plusieurs fundi Cassiniaci. 
Témoin les deux communes de Chassigny, Tune de la 
Haute-Marne, l'autre de Saône-et-Loire, celle de Chassigneu 
(Isère), et trois hameaux du nom de Chassigny. 

Le fundus Micerianus de la môme inscription nous permet 
de supposer en Gaule des fundi Miceriaci; d'où cinq noms 
de communes en France , savoir : deux Miserey (Doubs et 
Eure) ; un Misery (Somme) ; Missery (Côte-d'Or) ; Missiriac 
(Morbihan). Ce dernier s'appelait Miceriac en 1130 (8). Il 
faut y ajouter cinq noms de hameaux. 



(1) Itinér&ire d'Antonin^ édit. Parthoy ot Pinder, p. 406 et 450 de l'édition 
Wesseling. 

(2) C. /. L., X, 1199. 

(3) Boutiot et Socard , Diclionnaire topogr&phique du département de 
l'AubBj p. 17. Joseph Gamier, Nomenclature historique^ p. 246. 

{4)C.7. L., III, 371. 

(5)Brambach, 1245; C. 7. L., III, 4981. 

(6) Boutiot et Socard , Dictionnaire topographique du département de 
l'Aube, p. 172. 

(7) C. J. L., X, 407. 

(8) Rosenzwcig , Dictionnaire topographique du département du Mor- 
bih^n, p. 281. Missery (Côte-d'Or) est appelé Meseriacum dans un diplôme 
âe l'année 721. Pardessus, Diplomata, II, 324. 



166 LIVRE II. CHAPITRE I". i 10. 

§ 10. — Noms de fundi formés à l'aide de surnoms^ dans les 
pays celtiques au temps de Vempire romain. 

Sous la domination romaine, les habitants des provinces 
n'ont pas tous adopté le système onomastique de la race 
conquérante. Un certain nombre, probablement même au 
début le plus grand nombre , c'est-à-dire ceux qui n'ont 
pas obtenu la dignité de citoyens romains, ont conservé 
l'usage ancien de leur nation, en ne portant qu'un nom, et, 
dans le cas où ils craignaient la confusion avec d'autres, 
en plaçant ensuite le nom de leur père, au génitif, suivi du 
mot filius. Tels sont les cavaliers : Adbogius Coinagi f[ilius], 
na[tione] Petrucorius ^ c'est-à-dire originaire du Périgord; 
Ru fus y Coutusuati f[ilius]y natiolne] Elvetius , c'est-à-dire 
originaire de Suisse ; Argiotalus, Smertulitani f[ilius], Nam- 
nis, c'est-à-dire de Nantes, leurs monuments funèbres 
sont conservés aux musées deMannheim (i) et de Worms(2). 
On peut aussi citer lantumarus , Andedunis f [ilius] , Var- 
cianv^^ originaire probablement de Varcia entre Langres et 
Besançon (3), et Cattaus, Bardi f[ilius], Helvetius; tous deux, 
après avoir servi comme les précédents en qualité de cava- 
liers dans l'armée romaine , reçurent de l'empereur Néron 
le droit de cité, l'un en l'an 60, l'autre en l'an 64 de notre 
ère; et les diplômes par lesquels cette faveur leur est 
concédée, sont conservés aux musées de Vienne et de 
Munich (4). 

Parmi les hommes de condition inférieure qui étaient 
ainsi dépourvus de gentilices , quelques-uns furent cepen- 
dant propriétaires, et de là un certain nombre de noms de 
fundi, les uns composés, les autres dérivés. Les composés 
sont formés en employant comme second terme le mot 



(1) Brambach, 1230, 1227. 

(2) Brambach, 891. 

(3) Itinérsiire d^Antonin, éd. Parthoy et Pinder, p. 386 de l'éd. Wesseling. 
(4),C. /. L., t. III, p. 845-846. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 167 

-magus^ champ ; et on peut en rapprocher les noms de lieu 
composés dont le second terme est -dunum ou -briga^ deux 
mots signifiant forteresse. Quant aux dérivés, ils sont, 
comme les dérivés de gentilices, formés avec le suffixe 
-acus; ils se distinguent des dérivés de gentilices en ce 
que le suffixe --acus n'est pas précédé d'un i. Exemple 
Ami'Ocus^ Ebur-acus, Turn-acus. 

Comme exemple de composés dont -magus est le second 
terme, nous citerons Caranto-magus^ station située entre 
Cahors et Rodez, aujourd'hui Cranton (1); Draso-magus^ 
localité de Rhétie, dans le voisinage du Rhin, mentionnée 
par Ptolémée (2) ; Bardo-magas , victÂS voisin de Milan (3) ; 
Eburo-jnagtis , station romaine de Gaule, près de Carcas- 
sonne (4). Les deux premiers termes, Carantus et DrusuSy 
sont des noms gaulois ; on l'a dit pour le premier (p. 132), 
à propos du gentilice Carantius; quant au second, qui a 
deux orthographes, Drausus la plus ancienne, Drusus la plus 
récente , il fut » sous la seconde forme , adopté par la gens 
Livia, La gens Livia prenait, disait-elle , le surnom de Dru- 
sus, à cause d'un barbare nommé Drausus^ qu'un ancêtre 
avait tué à la guerre (5). Drausus, Drusus parait identique à 
la seconde partie du nom des Con-drusiy peuple de la Gaule 
Belgique dont il est deux fois question chez César (6). 

Le premier terme de Bardo-magm est Bardo-s, usité comme 
nom propre d'homme et comme surnom dans la population 
gallo-romaine au temps de l'empire. En l'an 64 de notre 

(1) TMe de Peutinger. Cf. Ernest Desjardins , Géographie de la Gaule 
d'après la Table de Peutinger, p. 312. 

(2) Ptolémée, livre II, ch. xii, | 5; édition Nobbe, t. I, p. 125; livre II, 
ch. XIII, I 3 ; éd. Ch. MûUcr, t. I, p. 282. 

(3) C. /. L., V, 5872, 5878. 

(4) Table de Peutinger; Eraest Desjardins, Géographie de la Gaule d'après 
là Table de Peutinger, p. 364. 

(5) Suétone, Tibère, 3. 

(6) De bello gallico, livre IV, ch. vi; livre VI, ch. xxxii. Dans ce passage. 
César dit que les Condrusi sont d'origine germanique : ex g ente et numéro 
Germanorum; ceci doit être entendu dans un sens géographique, et non 
ethnographique; de même au livre II, ch. iv : plerosque Belgas esse ortoe 
a6 Germanis. 



168 LIVRE II. CHAPITRE I*». ( 10. 

ère , Néron , comme on Ta déjà vu , donna droit de cité à 
Cattaus^ Bardi filius, d'origine helvète (1). On a trouvé 
prés de Knittelfeld , en Styrie , le monument funèbre de 
Banona Bardi, c'est-à-dire fille de Bardus (2); les deux 
Bardus, pères, l'un de Cattaus^ l'autre de Banona^ n'avaient 
point de gentilice. Mais, dans une troisième inscription 
trouvée en Carinthie , on lit le nom de Julia Bard[i filia] 
Eliomara (3) dont, par conséquent, le père portait le genti- 
lice Julius avec le surnom Bardais, 

Eburo-magus a pour premier terme le nom d'homme 
Eburos, latinisé en Eburus, qu'on a lu plusieurs fois dans 
les inscriptions romaines de la période impériale. Dans 
l'une, qui a été trouvée en. Hongrie et qui est au musée de 
Pesth , un certain Eburus fait une dédicace à Vénus (4). 
Dans une autre, recueillie en Carinthie, Bufius Mosgaitus et 
sa femme élèvent un monument tant à eux-mêmes qu'à 
leur fils Eburus (5). Enfin, sur un vase de terre trouvé en 
Styrie, on a lu la marque de potier EBVRVS FEC. (6). La 
marque EBVRV trouvée à Douai (7) est peut-être du même 
potier. D*Ebunts on tira même le dérivé Eburius, employé 
comme gentilice avec un surnom dans trois inscriptions, 
Tune des environs de Novare (8), une autre de Novare 
même (9), la dernière de Rome (10); d'Eburius vient Ebu- 
riacuSj au moyen âge Eboriacus, nom de la localité où fut 
fondée, au septième siècle, l'abbaye de Faremoutiers (Seine- 
et-Marne), dite d'abord Eboriacense monasterium (il). Ebur 

(1) c. /. L., t. III, p. 846. 

(2) Ibid., III, 5473. 

(3) Ibid., III, 4838. 

(4) Ibtd., III, 4167. 

(5) Ibid., III, 5033. 

(6) f 5id., III, 6010, 82. 

(7) Schuermans, Sigles figulins^ n* 2048. 

(8) C. /. L.» t. V, addit&menta, p. 1087, n* 6578. 

(9) C. /. L., V, 6573. 

(10) Ibid., VI, 17086. On trouve aussi Eburius employé comme surnom. 
Jbid., v, 3541 et 6537; JuUian , Inscriptions romaines de Bordeaux, 1. 1, 

p. 199. 

(11) Pardessus, Diplom,, II, 15-17. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 169 

riacus est probablement la forme primitive des noms des 
communes d'Evry (Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Yonne), 
et d'Ivry (Eure, Oise et Seine). 

Comme exemples de composés dont le premier terme est 
un nom d'homme, et dont le second tenue est -dunum ou 
'briga^ nous avons trois Eburo-dunum, deux en Gaule, un 
en Germanie , et Eburo-briga en Gaule. Les deux Eburotki- 
num de Gaule sont aujourd'hui la petite ville d'Yverdun , 
en Suisse, dans le canton de Vaud (1), et Embrun, sous- 
préfecture du département des Hautes-Alpes (2). Eburodu- 
num, de Germanie, nous est connu par Ptolémée (3); on 
suppose que c'est aujourd'hui Briinn, en Moravie. Quant 
à Eburobriga, on croit que c'est aujourd'hui AvroUes 
(Yonne) (4). 

Des noms de lieux gallo-romains en -acus qui , sans 
être dérivés de gentilices, sont cependant tirés de noms 
d'hommes, le plus fameux est Eburacus, Yorck (cf. p. 137). 
La variante orthographique Eboracus, qui sent déjà la basse 
latinité , est la plus connue ; mais une inscription appelle 
les habitants Ebur[ac€nses] (5) , et on lit Eburacum dans les 
meilleurs manuscrits de V Itinéraire dCAntonin (6). Eburacus^ 
en Angleterre, Ebu/riacus, ancien nom de Faremoutiers en 
France, sont intéressants à rapprocher; puisque l'un dé- 



(1) Voyez les textes réunis par M. E. Desjardins, Géographie de /a Gaule 
d'après la Table de Peutinger, p. 234. 

Ç) V07. les textes réunis par M. E. Desjardins, Géographie de la Gaule, etc., 
p. 423. Deux autres Eburo-dunum apparaissent dans les textes du moyen 
âge. L'un a donné son nom à la vicaria Everdunensis , mentionnée en 865 
dans une charte de l'abbaye Saint-Martin de Tours (Mabille, Pancarte notre, 
p. 224; cf. 159); c*est aujourd'hui Averdon (Loir-et-Cher). De l'autre vient 
le nom de la utcan'a Ebredenensis , on 919 , dans le cartulaire de Brioude , 
p. 323; cette vicairie était située en Auvergne au comté de Tallende (Puy- 
de-Dôme). 

(3) Livre II, ch. xi, i 30; édition Nobbe, 1. 1, p. 123; édit. Wilberg, p. 156. 
Livre II, ch. xi, i 15, chez Charles Mùller, t. I, 275: cf. p. 273, note. 

(4) Desjardins , Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger , 
p. 168-169. 

(5) C. /. L., VII, 236. 

(6) md., VII, 61. 



170 LIVRE IL CHAPITRE I-. { 10. 

rive du surnom Eburus , l'autre du gentilice Eburius , lui- 
môme dérivé d'Eburus. 

Turnacus , nom de la ville de Tournai dans la Table de 
Pèutinger et dans V Itinéraire d'Antonin (1), est dérivé de 
Tv/rniLs , nom porté par un personnage mythique que Vir- 
gile a chanté et qu'on rencontre dans une inscription écrite 
sur les murs de Pompéi peu avant la catastrophe qui dé- 
truisit cette ville, l'an 79 de notre ère (2). Vers la même 
époque vivait à Rome le satirique Tumus^ fils d'affranchi, 
qui acquit de l'influence dans les cours de Vespasien, de 
Titus et de Domitien ; Martial parle de lui (3). Un autre 
Twrnus a été un des correspondants de Sidoine Apolli- 
naire au cinquième siècle de notre ère (4). Un monument 
qui nous conserve ce surnom est le nom du village de 
Tournon (Indre-et-Loire), anciennement Turno-magus^ écrit 
Tomo-magus par Grégoire de Tours au sixième siècle de 
notre ère (5). 

Le nom d^Avitacum praedium , chez Sidoine Apolli- 
naire (6) , vient d'Avitus , surnom qui n'est point rare dans 
les inscriptions latines (7). Nous le trouvons quelquefois 
employé seul. Un des amis du poète Martial s'appelait Avi- 
tus ; son nom se lit plusieurs fois dans les épigrammes de 
Martial ; cinq lui sont adressées (8) ; il est simplement ques- 
tion de lui dans une sixième (9) ; c'était vers la fin du pre- 
mier siècle de notre ère. Deux autres Avitus apparaissent 
dans le Code ; un rescrit impérial fut adressé à chacun ; le 
premier est d'Alexandre Sévère et de l'année 224 de notre 



(1) Géographie de la Gaule d'après la Table de Pèutinger, pp. 80, 81. 

(2) Enéidey livres VII-XI (cf. Tite-Live, livre I, ch. ii); C. /. L., IV, 1237. 

(3) Martial, XI, 10; VII, 97. Voyez du reste les textes réunis par Tcuffel, 
Gechichte der rœmischen Literatur, troisième édition, p. 733. 

(4) Sidoine Apollinaire, Episiolae . livre IV, lettre 24. 

(5) Historia Francorum, livre X, ch. xxxi, éd. Arndt, p. 444, ligne 4. 

(6) Epistolarurrif liber II, epistola ii; comparez Carmen, XVIII. 

(7) Voir notamment Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, II, 453; III, 
424 ; IV, 64, 207. 

(8) Epigrammaton, I, 16; VI, 84; IX, 1; X, 96, 102. 

(9) /Md.,iXII. 24. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 171 

ère (I), l'autre est des empereurs Dioclétien et Maximin et 
date de Tannée 286 (2). Il n'est pas rigoureusement établi 
que YAvitacum praedium de Sidoine Apollinaire, bien 
qu'appartenant à sa femme , iLœoriv/in , comme le dit Técri- 
vaiû latin, dût son nom au père de sa femme, Marcus Mae- 
cilius Avitus, mort empereur en 456. Le nom de cette lo- 
calité peut être beaucoup plus ancien et remonter à un 
autre Avitus. A côté d'Avitacus, se place AvitiacuSy dérivé 
d'Avitius (3), gentilice qui vient lui-même d'Avitus. On a 
écrit au moyen âge Aviciacus pour Avitiacus. Il a été parlé 
plus haut, p. 138, à! Aviciacus^ aujourd'hui Avessac (Mor- 
bihan). Un autre Aviciacus ^ situé en Bourgogne, est men- 
tionné dans une charte de 721 (4). 

Camaracus , « Cambrai , » dont on a écrit au moyen âge 
le nom Cameracum (5), est un dérivé de Camarus, surnom 
qu'on a lu deux fois sur les murs de Poinpéi (6), C'est 
peut-être une variante de Ca/mmarusy « crabe, » c'est-à-dire 
un sobriquet. Cammarus a donné le nom d'homme dérivé 
Cammariitë d'une inscription de Capoue (7); et de Camma- 
rius vient Camariacus , nom d'une localité où l'abbaye de 
Flavigny (Côte-d'Or) avait des vignes au neuvième siècle , 
témoin un diplôme de l'empereur Lothaire (8) , nom aussi 
d'une villa Camariacus qui appartenait , dans le même siè- 
cle , à l'église du Mans , comme l'établit un diplôme de 
Charlemagne (9). 



(I) Code, livre III, titre 37, 1. 2. 

(2)/bi(f., livre IV, titre 38, 1. 2; cf. De-vit, Totius Utinitatis onomM- 
ticon, t. I, p. 591. 

(3) Le gentilice Avitius apparaît dans une inscription de Lyon (Boissieu, 
p. 303), et dans des inscriptions d'Afrique, C. /. L., VIII, 2560, 3450, 4485. 
Il a existé aussi ailleurs, comme le prouve le dérivé Avitianus. C. I, L. , II, 
513, 1000, 3399, 3401 ; III, 8371 ; V, 5128, etc. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 324. 

(5) Desjardins , Géographie de la. Gaule d'après la Table de Peutinger , 
pp. 88, 89. 

(6) C. /. L., IV, 656, 2110. 

(7) Ihid.. X, 2812. 

(8) D. Bouquet, VIII, 377 B. 

(9) Jbid., V, 769 A. Cf. Sickel, AcU Karolinorum, t. II, p. 67, n- 181. 



LIVRE II. CHAPITRE I". | 10. 
[unedonnacus , « Aulnay » (Charente-Infërieure) , station 
laine dont il est question à la fois dans l'Itinéraire d'An- 
in et dans la Table de Peutinger (1) est un dérivé d'-^u- 
o, nom de potier relevé par M. l'abbé Thédenat sur un 
jment de vase trouvé à Reims (2). 
'olonacus, aujourd'hui Sonnay (Indre-et-Loire), s'explique 

le cognomen Solo , -onis qu'on rencontre dans une 
cription de Milan (3) ; Solo peut dériver de SoUos, nom 
ilois gravé sur une monnaie (4). 
Toilà donc six noms de lieux de la Gaule romaine qui 
ivent certainement de surnoms. Le lecteur en verra 
jtres exemples , bien plus nombreux , dans la suite de 

ouvrage , quand on parlera des noms de lieu formés 
cette façon qui se rencontrent dans les documents du 
yen âge. 

)n a supposé, avec une certaine vraisemblance, qa'An- 
nacus , aujourd'hui Andernach (5) , dérivait également 
n surnom qui serait 'Antunmts. Ce qui parait jus- 
îr cette hypothèse , c'est d'abord l'existence du surnom 
'ullus en Espagne (6), en Suisse (7), en Italie (8). Martial, 
is deux épigrammes, pleure la mort d'une jeune fille 
lelée Antulla (9). Le thème antu- aurait donné deux dé- 
Ss : Antullo- et 'Antunno-, dont le dernier serait cou- 
vé seulement dans Antunnacvs (10). Une autre preuve, — 

I Deajardins, Géographie de la Gaule d'aprét la carte de Peulingtr, 
63; Longnon, Atlas historique de ta France, texte, 1** livraison, p. 15. 
I Bullelin de la Société des antiquaires de France, 1884, p. 135, 
I C. I. t., V, 5946. 

I A, de Barthélémy, Reoue celtique, t. X, p. 34. 

. LongnoD a admis Solonacus dans sa liste, quoique cette localité ne 
pas mentionnée avant Grégoire de Tours, Hisl. Francorurn, X, 31. 
) Desjardins, Géographie de la Gauie d'après la Table de Peutinger, 
4. 

I C. /. L„ II, 1426, 1727, 2240. Cf. Antulla, ibid., 1305, 1401, 1713, 3986. 
I Hommson, Inscriptiones Heloeticae , 35. 
) C. I. L., V. 6874. 
1 Episrammalôn, lib. I, 114, tt6, 

&) Voyez Grammalica cellica, î* édit.. p. 77i, et un mémoire de Quiria 
)r dans le Programme du Progv"""'*'' d'Aridernach, pour l'année 1873- 
, Andernach, i8T4,i,in~4*. p. 9. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITES. 173 

et celle-ci décisive , — se tire du nom de lieu Antonnava 
(965) ou Ant(yn[n]avi (1152), aujourd'hui Antonnaves (Hau- 
tes-Alpes) (1) , qui suppose un antique Antunnava , Antu/nr- 
navij dérivé d'Antunnus, à Taide du sufiBxe -avus (2). Voilà 
comment quelquefois un texte du moyen âge peut expliquer 
un fait antique. 

511- — Examen de la question de savoir s'il y a eu en France 
des noms de lieux en -§cus dérivés de noms communs. 

Il est incontestable qu'à l'époque de l'empire romain les 
régions celtiques soumises à la domination romaine ont eu 
des noms de lieux en -dcus dérivés de noms d'hommes ; les 
noms de lieux finissant en -idcus^ c'est-à-dire où le suffixe 
'âcus est précédé d'un i, viennent ordinairement de genti- 
lices ; les noms de lieux qui se terminent en -dcu^ précédé 
d'une consonne viennent , en règle générale , de surnoms , 
cognomina. Les courtes listes données ci-dessus , de noms 
géographiques ayant cette double origine peuvent se déve- 
lopper considérablement à l'aide des documents postérieurs 
à la chute de l'empire romain. On en verra des exemples un 
peu plus loin, quand il sera question des noms de lieux que 
fournissent les textes du moyen âge , surtout de la période 



(1) Romans, Dict. top, des Hautes-Alpes^ p. 4. 

(2) Parmi les huit nom de lieux en -acus do Gaule conservés par des 
documents du temps de l'empire romain et mentionnés plus haut, p. 150, 
deux sont laissés sans explication : Bagacus, Cunnacus. Cunnacus peut 
être corrigé en Connacus qui dériverait de Gonno[s], nom d'honune gaulois 
dans une légende monétaire (A. de Barthélémy , Revue celtique , X , 30 ; cf. 
De-vit, OnomasticoTif II, 397); de Connos est venu le gentilice Gonnius 
(Mommscn, Inscript, helv., 94; AUmer, Inscriptions de Vienne, t. II, 263, 
306, 490, 491). Bagacus suppose un cognomen Bagus ; Bagus aurait été d'ori- 
gine gauloise et aurait signifié « bataille ; » comparez le vieil irlandais bàg, 
thème bâga, qui a ce sens; Bagus aurait été synonyme de Catus « ba- 
taille, » et nom d'homme. Salomacus {Itinéraire d'Antonin , 457) , THospi- 
talet, conunune de Belis (Landes), peut être corrigé en Salo-magus; cf. 
Sàlo-<iurum, Soleure (Suisse) , dont le nom est écrit Salod. dans une in- 
scription (Mommsen, Inscript, helvet,^ 219); Salo-magus signifierait et champ 
de Salos '> comme Salo^durum « forteresse de Salos, » 



174 LIVRB II. CHAPITRE I-. | U. 

mérovingienne et de la période carlovingienne. Mais, préa- 
lablement , on peut se demander si , parmi les noms de 
lieux en -iacta, ou en -acus précédé d'une consonne, dans 
les pays celtiques soumis à i'empire romain , il n'y a pas 
des dérivés de substantifs autres que des noms d'hommes. 

L'étude des langues néo-celtiques pourrait porter à 
l'admettre. L'irlandais nous offre le substantif dristenach , 
glosant le latin dumetum dans un manuscrit du neuvième 
siècle (1). Dristenach, signifiant a endroit où il y a des buis- 
sons épineux, » est un dérivé du thème dristen, dérivé lui- 
même de dris , « buisson épineux, " qui glose vêpres dans 
le même manuscrit (2). J'ignore s'il y a des exemples de 
ee mot dans la nomenclature géographique de l'Irlande. On 
y a signalé six exemples du nom de lieu Drishaghaun (3) , 
qui aurait été, en vieil irlandais, Drisachân, c'est-à-dire un 
diminutif de drisach, lui-même dérivé, par -ack = deo-s, du 
Dom commun dris, n buisson épineux, n Mais l'antiquité 
de Drisachân n'est pas démontrée. U n'est même pas prouvé 
que dans drisach la finale -ach soit identique au suffixe -ach 
du moyen irlandais et ne tienne pas lieu d'un plus ancien 
■eaoh -ech, ^ ico. Cf. Are-moricus. 

Mais on ne peut contester qu'on ne doive reconnaître le 
suffixe -ach dans le nom de lieu Tamnach du livre d'Ar- 
magb, neuvième siècle (4). Tamnach fait au datif Tamnuch (5) 
et suppose un thème Tamonâeo- , différent de celui qui a 
fourni au même ms, l'accusatif Tamnich (6) = * Tamonicin, 
au nominatif singulier ' Tamonica. Les deux mots sont 
dérivés de tamon , « tronc d'arbre , » et veulent dire « en- 



Ci) PritcUn de Saini-Gall, n* 904, p. 53 a, édition Ascoli, p. 50. 
{1) Prigcien de Saint-GRll, p. 47 a, édiUon Atcoli, p. 46. 

(3) Joyce, The origin and history o( frtgh nameg of places, 1883, l. II, 
p. 356. 

(4) F* 15. Voir l'édition donnée par le R. P. Edmond Hogan, Artalecla 
Bollandiana, t. II, p. 63, I. 17, 

(5) Livre d'Armagh, f 11, Analecta Botlsndiana, t. II, p. 48, I. 18. 

(6} Liure d'Armagh, f> 17, Analecls Bollandtana, t. II, p. 232, 1. 1. Wliit- 
[«7 Stokes, Gofdslica, 2* édit., p. 85, 1. 15. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 175 

droit où il y a des troncs d'arbres (1). » La voyelle de la 
seconde syllabe de tamon est tombée dans le dérivé ; com- 
parez debthachj « dissident, » de débuith^ a dissentiment ; » 
caHhach , « celui qui aime (2) , » de carad , infinitif de 
carim^ « j'aime. » 

Le Chronicum ScotoiMm, monument du douzième siè- 
cle, mais composé avec des documents plus anciens, nous 
offre le nom de Flesccach , endroit où une bataille se serait 
livrée en 652 (3). Ce mot veut dire aujourd'hui « champ de 
blé ; » il est dérivé de flesc , « baguette , bâton , » et aussi 
« gerbe de blé , » et veut dire littéralement un endroit où 
il y a soit des baguettes, soit des gerbes de blé. 

Suivant les Annales des quatre maîtres, compilation du 
dix-septième siècle , mais qui est souvent la reproduction 
de vieilles chroniques monastiques , il faut dater de l'an- 
née 695 une bataille de Crannach ; ce nom , au génitif 
Crandcha = *qrennacâs (au nominatif qrennaca), est dérivé 
de crann = *qrennos , « arbre , » et veut dire « endroit 
boisé. » C'est l'irlandais moderne Crannagh encore usité en 
Irlande comme nom de lieu (4). 

Dans le même ouvrage , mais à propos d'événements du 
seizième siècle , on trouve mentionnés deux lieux dits du 
nom de Leacach; ce mot, dérivé de lia, génitif liacc, 
« pierre , » veut dire « pierreux , endroit où il y a des 
pierres. » 

Il y donc en Irlande quelques noms de lieux en -ach = 
âco-s, dérivés de noms communs. Mais ils sont fort rares , 
et rien ne prouve qu'ils remontent plus haut que le moyen 



(1) M. Jojce, The origin and hiatory of irish natnes of pUces, 1. 1, 5* éd., 
P- 44, 231, prétend que ce mot yeut dire prairie. C'est la doctrine d*0*Do- 
novan dans son supplément an dictionnaire d'O'Reilly, p. 708. Ce n'est pas 
le sens étymologique. 

(2) Gràmmatica celHca, 2» édit., p. 810. 

(3) Chronicum Scotorum, édit. Hennessy, p. 94. Cf. O'Donoyan, Annals 
ofthê four masters, 1851, t. I, p. 264, 265. 

(4)io3rce, The origin and history of irish names ofplaceSf 1. 1, 5- édit., 
p. 499. 



^:» 



« 



V. 

7i 



176 LIVRE II. CHAPITRE I-. { 11. 

âge. Les noms de lieu de la Bretagne continentale donnent 
lieu à une observation analogue. 

Dans la Bretagne continentale on trouve, à partir du on- 
zième siècle, des noms de lieu dérivés de noms communs 
à Taide du suffixe dcus. Ce sont d*anciens adjectifs. Le plus 
ancien que nous puissions citer est Les Rattenuc (1) ou Les 
Radenuc (2), « château ou cour de la fougeraie ; » Rattenuc^ 
Radenuc est dérivé de raten^ raden^ « fougère. » Au dou- 
zième siècle , Terra an Prunuc signifie « terre de la pru- 
naie, » terre de Tendroit qui produit des prunes : on dirait 
aujourd'hui prunek. Au treizième siècle , Banazlec , dérivé 
de banazl^ « genêt, » veut dire terrain qui produit du genêt, 
et c'est un nom de lieu dans une charte de l'année 1230 
aux archives des Côtes-du-Nord (3). Quelermecy « la Hous- 
saie, » dérivé de quelen, « houx, » apparaît au quatorzième 
siècle (4). 

Le Dictionnaire topographique du Morbihan , par M. Ro- 
senzweig, mentionne onze lieux habités du nom de Quele- 
nec ou QuelleneCj et plusieurs autres formations du même 
genre, comme : Avallecy nom de hameau, « pommeraie, » 
dérivé A'avall , « pomme ; » — une ferme dite Le Blevec , 
« l'endroit où il y a des fleurs ; » au quinzième siècle , 
blezvec (5), qui vient de *blezvy a fleur, » usité au quinzième 
siècle sous la forme dérivée blezvenn^ aujourd'hui bleun ; — 
un écart dit Bruguec, « endroit où il y a des bruyères, » de 
bruc, bruQy au singulier brugen, « bruyère; » — un village 
appelé SperneCy « endroit où il y a des épines, » de spem, 
« épine. » 

Drenek , nom d'une commune du Finistère , est peut-être 
identique à l'adjectif moderne draenek, dreinek, drenek f 



(1) Gartulaire de Landévennec, publié par Le Men et Ernault, n* 10. Do^ 
cuments inédits. Mélanges, t. V, p. 555. 

(2) /btd., n* 19. Documents inédits, Mélanges, t. V, p. 558. 

(3) Revue celtique, t. III, p. 400. 

(4) Morice, Preuves, t. I, col. 1214. 

(5) C&tholicon de Lagadeuc, édition de Le Men, p. 28. 






ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 177 

« épineux, » de draerij drean^ dren, « épine, » et, en ce cas, 
ce nom de commune signifie « lieu où il y a des épines. » 

Mais, en général , il ne faut pas attribuer une étymolo- 
gie topographique aux dérivés en ec = dçus que nous 
ofiFrent en Bretagne les noms do lieu un peu anciens. Ces 
dérivés sont, la plupart du temps, de vieux noms d'hom- 
mes. Ainsi Beuzec, nom de trois communes du départe- 
ment du Finistère, n'est pas un dérivé de beuz « buis. » 
De beuz^ « buis, » le dérivé usité en breton est d'origine 
latine : c'est au treizième siècle beuzid; au onzième dans 
le Cartulaire de Landévennec, busit, mot identique au bas 
latin buœituin^ plus anciennement buxetum, Beuzec, au 
onzième siècle vicarium Buduc, Les Buduc (c'est-à-dire 
« vicairie, cour de Buduc ») dans le Cartulaire de Landé^ 
vennecj est un nom d'homme signifiant « victorieux, » 
variante Budoc = * Bôdi-âcus. Goxiezec, nom d'une commune 
du Finistère, au onzième siècle vicarium Woeduc, « vicairie 
de Woeduc, » est encore un nom d'homme (1). 

Au neuvième siècle, tous les noms formés à l'aide du 
sulBxe 'âeusj qu'on trouve dans la Bretagne française, sont 
des noms d'homme, par exemple : Dubroc, « aqueux, » 
= * DubrdcuSf larnoc, « ferreux, = * Isarnâcus, » etc. Compa- 
rez chez César les noms d'hommes qui se terminent par le 
même suffixe : Divitiacus, Dumnacus, Valetiacus, et en Ir- 
lande, au neuvième siècle, dans le Livre d'Armagh, les 
noms d'hommes analogues, tels que Camulacus, Lochar- 
uach , Senachus (2). 

Y avait-il dans la Gaule transalpine, au temps de l'em- 
pire romain , des noms de lieux formés comme Dubroc et 
Isarnoc, en plaçant le suffice -dctw à la suite d'un nom com- 
mun désignant les objets qui se trouvaient dans la localité 
dénommée à l'aide du dérivé ainsi créé ? Le fait est pos- 



(1) Sur les noms de lieux bretons en -ec, voyez Grammsitica ceiftca, 2* éd., 
p. 850. Documents inédits, Mélanges, t. V, p. 581, 582, 599. (Table du Car- 
tulaire de Lajidévennec, par M. Ernault.) 

C2) V^iUey Stokes, The tripartite life, p. 304, 320. 

12 



178 LIVRE II. CHAPITRE I-. { 12. 

sible, mais non prouvé. Dans la Gaule cisalpine, Bêndcus 
pour BennâcuSy dérive de benUy m corne, promontoire » 
(cf. p. 135). Je ne puis indiquer un nom de lieu formé 
de la même façon dans la Gaule transalpine. Les noms de 
lieux qui offrent la désinence -iâcus^ et qu'on peut expli- 
quer, sont dérivés de gentilices ou exceptionnellement de 
surnoms en ius, comme Mercurius ; les noms de lieu où la 
désinence -âcus se trouve immédiatement précédée d'une 
consonne , dérivent ou de surnoms qui ont été employés 
comme noms pérégrins par des individus dépourvus de 
gentilices , ou exceptionnellement de gentilices qui ne se 
terminaient pas en -ius, 

§ 12. — Etude sur divers noms de lieu d'origine celtique qui 
n'offrent pas le suffixe -âcus et qui apparaissent pour la 
première fois dans les documents du moyen âge (1). 

Les résultats acquis par Tétude des documents contem- 
porains de Tempire romain sont justifiés par Texamen des 
monuments postérieurs si Ton a soin d'y faire la distinction 
entre les noms de lieux dont la création remonte à la do- 
mination romaine, quelquefois plus haut, et ceux qui sont 
le résultat soit do la conquête franque, soit de tout autre 
fait nouveau. Je dis les noms de lieux qui remontent à la 
conquête romaine et quelquefois plus haut ; dans les textes 
mérovingiens, carlovingiens et même à des dates bien pos- 
térieures, on voit quelquefois apparaître pour la première 
fois des noms de lieux gaulois non mentionnés jusque-là. 

Certains ont un sens topographique (cf. p. 151 , 152). 
Tels sont : Acaunum , avec affaiblissement de la sourde en 
moyenne Agaunum, qui veut dire « rocher, » aujourd'hui 
Saint-Maurice-en-Valais (2); Duèrum, « eau, » aujourd'hui 
Douvres (Seine-et-Marne), arrondissement de Meaux, can- 

(1) Comparez les § 6 et 7, p. 151-155. 

(2) Voyez les textes réunis par M. Longnon, La Gaule au sixième siècle, 
p. 232. L'orthographe Ac&uno avec un c se trouve dans une monnaie mé- 
rovingienne (A. de Barthélémy, Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, p. 450, 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 179 

ton de Lagny, commune de Torcy (1). Canto-benniexAs^ nom 
d'une montagne d'Auvergne, le mont Chanturgue, près de 
Clermont-Ferrand , a été aussi le nom d'une forteresse, et 
plus tard d'un monastère dont parle Grégoire de Tours (2). 
CanUhbennicus est dérivé d'un composé Canto-benno-^ dont 
le second terme veut dire sommet, littéralement corne, 
et dont le premier nous offre le mot d*où dérive probable- 
ment Cantiumy nom du pays de Kent chez César. On sup- 
pose que ce mot canto- veut dire « blanc, » mais cela n'est 
pas encore prouvé. 

Quelques-uns de ces noms de lieux s'expliquent par la 
religion (cf. p. 152, 153, 154). Du nom divin Belenos dérive 
le terme géographique Mons Belenatensis, Grégoire de Tours 
rapporte qu'un jour saint Martin passa dans cet endroit ; 
c'est, nous apprend-il, une montagne du haut de laquelle 
on voyait le vicus Ricomagensis ^ aujourd'hui Riom (Puy- 
de-Dôme). La villa Belenatensis^ dont parle un diplôme de 
Pépin le Bref, devait son nom à cette montagne, c'est 
aujourd'hui Saint-Bonnet (Puy-de-Dôme) (3). Le BelenO" 
Castro d'une monnaie mérovingienne (4) , la Belna-villa de 
deux diplômes carlovingiens des années 832 et 862 (5), 
aujourd'hui Beaune-la-Rolande (Loiret), nous rappellent 
le souvenir de la même divinité, à moins qu'il ne s'agisse 
d'un homme qui aurait porté le nom gaulois de Belenos ou 
Belinos (6). 



et dans la chronique de Marius, chez D. Bouquet, t. II, p. 14 d. L'ortho- 
graphe plus récente, Agaunum par un g, est ceUe de Grégoire de Tours. 
Quant au sens, comparez le grec àxôw;, « pierre à aiguiser, » et le sanscrit 
açan a pierre, rocher. » 

(1) Diplôme de 854; chez Tardif, Monuments historiques^ p. 106, col. 1. 

(2) Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, 21, édit. Arndt, p. 84, 
I. 23. Cf. Longnon, La Gaule au sixième siècle, p. 497. 

(3) Longnon, La Gaule au sixième siècle, p. 491, 492. 

(4) A. do Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, 
p. 452. Quichcrat, De la formation française des anciens noms de lieux, p. 97; 
cf. ci-dessous, p. 181, note 1. 

(5) Tardif, Monuments historiques, n* 123, p. 85, et n* 186, p. 119. 

{€) Bellinus dans les inscriptions : Mommsen, Inscriptiones helveticae, 
n- 289; C. /. L., t. V, n- 8122, 3 ; t. VII, n- 430. 



180 LIVRE II. CHAPITRE I". { 12. 

Le dieu était connu dans plusieurs pays celtiques. Ter- 
tuUien, dans son Apologétique, écrite en 199, ditqueBelenus 
était la divinité principale des habitants du Norique (1). On 
sait qu'il était aussi adoré dans la ville d'Aquilée. En 238, 
les habitants, assiégés par l'empereur Maximin, puisèrent 
le courage de résister dans la croyance à la protection du 
dieu Belenus ou Belinus, qu'ils assimilaient à Apollon, et 
qui leur avait, disait-on, promis la victoire. Le succès cou- 
ronna leur confiance. Les soldats de Maximin découragés 
coupèrent la tête à leur prince et levèrent le siège (2). On 
a recueilli dans Aquilée vingt-deux inscriptions antiques 
en l'honneur du dieu Belenus ou Belinus (3), et dans six 
d'entre elles, son nom apparaît comme épithète d'Apol- 
lon (4) ; une est une dédicace par les empereurs Dioclétien 
et Maximin (286-305) (5). Deux de ces inscriptions rappel- 
lent qu'une fontaine lui était consacrée (6). Il avait non 
loin de là un temple à Zuglio, l'ancien Julium Carnicum (7). 

Son culte avait pénétré en Gaule. Ausone raconte la 
chance heureuse d'un certain Phœbicius, Armoricain de 
naissance, comptant des druides parmi ses ancêtres, qui fut 
d'abord sacristain de Belenus; mais c'était au quatrième 
siècle : le nombre des adorateurs des dieux et leur libéra- 
lité avait diminué ; la place était peu lucrative ; Phœbicius 
obtint, ce qui valait mieux, une chaire à l'école de Bor- 
deaux (8). Le nom du Dieu Belenus a été lu dernièrement 
dans une inscription de Nimes (9). 

Une des montagnes qui dominent Riom était dédiée à 
ce dieu comme la fontaine sacrée d'Aquilée, et cette mon- 



(1) Tertullien, Apolog,^ c. 24; Ad naftones, liv.II, c.8. Ed. Migne, 1, 419,595. 

(2) Capitolin, Les deux Af aximtns, c. 22. Cf. Hérodien, VIII , 3. 

(3) C. /. L., V, n" 732-735, 737-741, 743-755. 

(4) Ibid., V, n" 732, 737, 741, 748, 749. 753. 

(5) Ibid., v, n- 732. 

(6) /5id., v, n- 754, 755. 

(7) Ibid., V, n* 1829. 

(8) Ausone, Prof essores t II, vers 16-25. Edit. Schenkl, p. 63-64. 

(9) BtiXtivoç, c. /. L., XII, 5693, 12. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 181 

tagne, au temps de Grégoire de Tours, c'est-à-dire au 
sixième siècle, s'appelait encore Mons Belenatensis , Belena- 
tensis est dérivé de Belenatis ou Belenatus, dérivé lui-même 
(le Belentis. D'autres localités portaient simplement le nom 
de ce dieu sans suffixe de dérivation (1). 

Souvent les noms de lieux ont été divinisés : récipro- 
quement certaines localités ont pris des noms de divinités. 
En Grande-Bretagne une baie portait, suivant Ptolémée, le 
nom de Belisa/ma (2). Or, Belisama est une déesse assimilée 
à Minerve à Tépoque romaine, et qui fut l'objet d'un culte 
à Conserans (Ariège) (3), et à Vaison (Vaucluse) (4). Le nom 
de Belisama doit être reconnu dans ceux de Belisma et 
de Belesmay portés l'un par Blismes (Nièvre) , en 1287 (5) ; 
l'autre par Blesmes (Marne), dans le siècle précédent (6). 

Quelques noms de lieux habités qu'on ne trouve pas dans 
les textes avant le moyen âge, sont des composés gaulois : 
le premier terme est l'épithéte considérée comme caractéris- 
tique (152, 154) ; exemple : 1® Cambidonno pour Cambo-dunum, 
« courbe forteresse, » dans la légende d'une monnaie méro- 
vingienne (7), nom de lieu qui, à l'époque romaine, se trouve 
en Grande-Bretagne et en Rhétie et qui , dans la légende 
monétaire, désignerait Cambon (Loire-Inférieure); 2® * Cam- 
bidubro'j <c la courbe eau, » d'où vient le nom du Cambi- 
dobrense monasterium de Grégoire de Tours construit pro- 
bablement sur les ruines d'un établissement plus ancien (8). 



(1) Chez Ausone, dans le passage auquel renvoie» p. 180, la note 8, le second 
e de Belenns est long. J. Quîchcrat en conclut que cet e était accentué , et 
que, par conséquent, le nom de Heu Belna « Beauno » ne peut être un fé- 
minin du nom divin Belenus. U a eu tort d'attribuer à l'accent gaulois les 
lois de l'accent latin. 

(2) Ptolémée, II, c. 3, g 2, BikiaayM etoxvaic, Edit. de Charles Mûner, t. I, 
p. 84. 

(3) Orclli, n- 1431, 1969. 

(4) Inscription gauloise de Vaison au musée d'Avignon. 

(5) Soultrait, Dictionnaire topographique de la Nièvre^ p. 16. 

(6) E. de Barthélémy, Diocèse ancien de Chàlons-sur-Marne , t. II, p. 91. 

(7) A. de Barthélémy, dansla Bibliothèque de l'Ecole des Chartes^ t. XXVI, 
p. 453. 

(8) Longnon, La Gaule au sixième siècle^ p. 496, 497. 



182 LIVRE II. CHAPITRE I". { 12. 

Ces noms semblent rappeler Tépoque où la langue gau- 
loise régnait en maîtresse dans notre patrie. D'autres peu- 
vent dater plutôt du temps où le gaulois y était en lutte 
avec le latin. Tels sont les composés suivants dont le 
premier terme est un nom propre d'homme. 

On a déjà parlé, page 148, de deux Iciodwum, Tun en 
Touraine, aujourd'hui Izeures (Indre-et-Loire) (1), l'autre 
en Auvergne , aujourd'hui Issoire (Puy-de-Dôme) (2). Icio- 
durv/m veut dire forteresse dUccius, Iccius est un nom 
d'homme gaulois et romain. 

Cisomagus où , suivant Grégoire de Tours , saint Martin 
bâtit une église (3). C'est probablement aujourd'hui Ciran- 
la-Latte (Indre-et-Loire) (4). Ciso-magus veut dire champ 
de Cisus ou CissiLs. Cùssils est un surnom gallo-romain, pré- 
cédemment nom d'esclave dans l'inscription d'Aquilée ainsi 
conçue : Silvano Aug[usto] in hoiiore[m] M. Trosi Daphni se- 
viri et M. Trosi Cissi lib[erti] (5). L'affranchi Jf. Trosius Os- 
5ti5, d'abord esclave sous le nom de Cissus^ avait emprunté 
le prénom et le nom de son maître. Dans une inscription 
de Milan, c'est le contraire : Q. Lucilius Ossias est un pa- 
tron auquel Pasicrates, son esclave, doit à la fois la liberté, 
un prénom et un nom (6). Enfin, dans le musée du mont 
Saint-Bernard se trouve une tablette de cuivre, sur laquelle 
un Gallo-Romain a fait écrire ses noms pour les laisser en 
souvenir à Jupiter Poeninus, et ses noms sont T. Annius 
Cissus (7). La variante Cissa nous est fournie par le génitif 

(1) Historia Fr&ncorum, livre VI, c. 12 ; livre X, c. 31. in Gloria Màrty- 
rum, c. 58. édit. Arndt et Krusch, p. 257, 1. 11 ; p. 444, 1. 20; p. 528, 1. 15. 
Cf. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième stècie, p. 273. 

(2) In gloria confessorum , c. 30. Edition Arndt et Krusch, p. 766, 1. 4-5. 
Cf. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 499, 500. 

(3) Grégoire de Tours, Historia Francorum,\h X, c. 31 ; éd. Arndt, p. 444, 
1. 4. 

(4) Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 269, 270. 

(5) C. /. L., V, 830. 

(6) Ibid,, V, 6034. 

(7) Ibid.^ v, 6863. On peut citer encore P. Cornélius Cissus y C. I. L., 
IX, 3626, et la signature L. Publii Cissi, C. I. L., X, 8509, 334. Il j a enfin 
quatre exemples de Cissus dans les inscriptions pariétaires de Pompéi. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 183 

Cissoe^ du nom du père dUbliomarius^ dans une inscription 
d'Alsace (1). L'existence d'une orthographe Cisus avec une 
seule s est prouvée par plusieurs dérivés. Tel est Cisius, 
connu par la signature C. Cisi sur un vase (2) et d'où vien- 
nent : 1® Cisionig,^ nom de femme dans une inscription de 
Noie (3) ; 2^ Cisiacus^ un des surnoms d'un procurateur im- 
périal, prolégat de la province de Rhétie, de Vindélicie et 
de la Vallis Poenina , dont les noms ont été conservés par 
une inscription de Vérone : Q, Caicilius Cisiacus Septicius 
Pica Caicilianus (4). 

C'est l'orthographe par une seule s, qui se retrouve chez 
Grégoire de Tours dans le nom de lieu Cisomagus^ « champ 
de Cisus. » 

La vie de sainte Geneviève nous apprend que cette vierge 
célèbre naquit à Nemetodorum, près de Paris; c'était au 
cinquième siècle. Grégoire de Tours parle aussi de ce vil- 
lage et l'appelle Nemptodurus : Gontran y fit baptiser, en 
591, Clotaire II, son neveu, fils de Chilpéric (5). C'est au- 
jourd'hui Nanterre (Seine) (6). La forme la plus ancienne 
du nom de cette localité a dû être * Nemeto-durum, dont le 
sens est « forteresse de Nemetus ou Nemetos. » L'adjectif 
gaulois * nemetos, « sacré, » employé au neutre, signifiait 
a temple » ; au masculin , il était employé comme nom 
d'homme ; il a persisté avec cette valeur en gallois, au 
moyen âge, sous les formes Nimet (7) et Nevet (8). Nemeta^ 
cum, nom de la ville d'Arras à l'époque romaine, semble 
être aussi un dérivé du nom d'homme Nemetos, 

(1) Brambach, 1876. 
m C. J. L., X, 8056, 92. 

(3) Ibid., X, 1266. 

(4) Ibid., V, 3936. 

(5) Grégoire de Tours, Historia Francorurrif X, 28, édition Arndt, p. 439, 
1.23. 

(6] Longaon, Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 359. 

(7) Chronique galloise du dixième siècle conservée dans le manuscrit du 
Musée britannique , Harleian , 3859. Fragment publié par Aneurin Owen , 
Ancient laws and institutes of WaleSy p. 5. 

(8) Mabinogion, édition de Charlotte Guest, t. II, p. 243. Cf. Grammatica 
celtica, 2* édit, p. 85. 



184 LIVRE II. CHAPITRE I-'. g 12. 

* Isarnodurum^ aujourd'hui Isernore (Ain) (1), apparaît 
dans la légende d'une monnaie mérovingienne avec Tor- 
thographe Isernodero (2). Dans une vie de saint Oyand, 
écrite au sixième siècle , l'orthographe suivie est au géni- 
tif Isarnodori (3). Saint Oyand naquit près de ce vicus, au 
milieu du cinquième siècle. Le nom de ce vicus veut dire 
c( forteresse dlsamm. » 

Nous ne rencontrons pas le nom d'homme Isamus dans 
les documents de l'époque romaine. Mais il apparaît au 
neuvième siècle 5 sous la forme bretonne Hoiarn, dans six 
chartes du Cartulaire de Redon , il désigne un témoin dont 
la qualité n'est pas désignée dans cinq de ces chartes (4^ ; 
dans une autre , Hoiarn est, dit le texte latin, un t tyran- 
nus, » c'est-à-dire un machtiern^ sorte de magistrat (5). 
Dans le breton du neuvième siècle, hoiarn veut dire « fer. » 
En Irlande, l'équivalent dialectal de hoiarn est iarn^ qui 
signifie aussi « fer; » le diminutif larndn est un nom 
d'homme irlandais au dixième siècle : un personnage qui le 
porte est tué par trahison en 1003 (6). Ainsi, dans les deux 
branches entre lesquelles se divisent les dialectes néocelti- 
ques, Tusage a existé d'employer comme nom d'homme le 
nom commun qui veut dire « fer. » On trouve des exem- 
ples analogues, au moyen âge, dans la région sud-est de la 
Gaule, à laquelle appartient Isernore : au dixième siècle, 
il y eut à Grenoble un évéque nommé Isamus (7) ; Isamus 
fut aussi, au siècle suivant, le nom d'un abbé de Saint-Vic- 
tor de Marseille (8) ; vers le môme temps , on rencontre le 

(1) Quicherat, De la, formation française des anciens noms de Heu, p. 49. 

(2) A. de Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes^ t. XXVI, 
p. 457. 

(3) Dom Bouquet, t. III, p. 396 d. 

(4) Cartulaire de Redon, p. 51, 104, 106, 108, 114. 

(5) Ibid., p. 207. 

(6) Annales des quatre maîtres, édit. d*0*Donovan, 1851, t. II, p. 748-750. 

(7) Des chartes de lui , datées de 950 et de 976, ont été publiées dans le 
Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 19 et 26. 

(8) Des chartes de lui, datées des années 1031 à 1044, ont été publiées dans 
le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, tome I, n^ 430, 564; tome II, 
n" 659, 685. 



ORIGINE DES NOMS DE LIEUX HABITÉS. 185 

nom d'homme Isarn dans d'autres parties de la France (1). 
L'antiquité de ce nom résulte de son dérivé Isaminu$ 
inscrit, a l'époque romaine, sur six vases d'étain trouvés 
en Angleterre (2) ; Isseminus, avec une légère variante d'or- 
thographe, est au cinquième siècle le nom d'un compagnon 
de saint Patrice (3), son collaborateur pour la rédaction 
d'un texte canonique. 

Le biographe de saint Oyand, écrivant au sixième siècle, 
afcme qu'en langue gauloise le sens àUsarnodorum est 
« porte de fer (4). » Il commet en cela deux erreurs : Isar- 
nos, employé comme nom commun, a dû, en effet, vouloir 
dire « fer » en gaulois ; mais ce mot est ici employé comme 
nom propre d'homme. Quant à dorum, c'est une orthogra- 
phe de basse époque pour le classique durumiy « forte- 
resse, » avec lequel le breton dor^ « porte , » et l'irlandais 
dorus, même sens, n'ont aucun rapport. Il est, du reste, à 
craindre que l'auteur de la vie de saint Oyand ne connût 
la langue gauloise beaucoup moins qu'il le prétend. C'était 
aux langues des Burgundes et des Francs qu'il empruntait 
probablement sa science. On sait combien ces langues 
étaient prochainement apparentées au gothique ; or , les 
deux mots dont il s'agit étaient du nombre des quelques 
expressions qui appartenaient en commun aux Celtes et aux 
Goths. « Porte, » en gothique, s'appelait daur : prononcez 
dor] a fer » s'appelait eisam : prononcez isarn (5). La lan- 



(1) Inseription de Minerve (Hérault) , chartes du dixième siècle dans les 
preuves de VHistoire de Languedoc ; Le Blant , Inscriptions chrétiennes , 
t. n, p. 444. Voyez aussi les exemples du nom d'homme Jsarnus réunis par 
Gustave Desjardins, C&rtulaire àe l'abbaye de Conques, p. 474, col. 1. 

(2) C. /. L., VII, 1270. 

(3) Arthur West Haddan and William Stubbs, CouncHs and ecclesiastical 
doccuments relating to Great Britain and Ireland, t. II, p. 328. 

(4) c Haud longe a yico cui vestusta paganitas , ob celebritatem clausu- 
ramqae fortissimam supcrstitiosissimi templi, gallica lingua /sarnodort , id 
est [errei ostii, indidit nomen » (Dom Bouquet, t. III, p. 396 c, d.). 

(5) L'orthographe dor et isarn est celle du vieux saxon. Voyez Oskar 
Schade, Alt deutsches Wœrterbuch , t. II , p. 946 au mot tor, et t. I, p. 458 
ftu mot isarn. 






186 LIVRE II. CHAPITRE I-'. { 12. 

gue gauloise, gallica lingua^ du biographe parait donc avoir 
été tout simplement le burgunde ou le francique. 

Quoi qu'il en soit, Icio-durum^ Nemeto-durum , Isamo-dumm 
et Ciso-magus sont plus anciens que les textes du moyen 
âge par lesquels ils sont parvenus jusqu'à nous. Ils ont été 
contemporains de l'empire romain , les trois premiers 
comme Augn^sto-dururriy aujourd'hui Bayeux, le dernier 
comme Augusto-magus et Caesaro-magm, aujourd'hui Senlis 
et Beauvais. Les trois premiers remontent peut-être même 
plus haut. Les Gaulois ont dû donner leur nom à des ha- 
bitations avant de le donner à des champs. Admageto-briga, 
où, comme César nous l'apprend, Arioviste battit les Gau- 
lois soixante et un ans avant notre ère, peut tirer son nom 
d'un ancien propriétaire et signifier « château d'Admage- 
tos (1). » Rien ne s'oppose à ce que Icio-durum^ Nemeto-dU" 
rum, IsarnO'durum aient été contemporains d'Arioviste. 

Mais il n'y a pas de preuve que ces trois noms soient an- 
térieurs à l'empire romain. On a, sous l'empire romain, 
continué à créer des noms de lieux composés dont -durum- 
était le second terme. Tel est Albio-durum , écrit Albiode- 
rum dans la Chronique dite de Frédégaire (2) ; le premier 
terme de ce nom de lieu est le gentilice romain Albm 
qui sera étudié p. 190. Tel est encore Alio-durumj d'où le 
nom du pagus Aliodremis , probablement au diocèse de 
Meaux en 632 (3) ; le premier terme A'AliO'dumm est un 
gentilice romain dont il sera question p. 192. 

Ainsi, les textes du moyen âge peuvent servir à com- 
pléter diverses catégories de noms de lieux gaulois distin- 
gués d'après les textes antérieurs au moyen âge , dans les 
§ 6 et 7 de ce chapitre (ci-dessus, p. 151-155). 



(1) Mommsen» Rœmische Geschichte, 6» édit., t. III, p. 247, note; cf. De 
bello gallicOf l, 31. 

(2) Frédégaire, 1. IV, c. 83, éd. Krusch, p. 163, 1. 18. 

(3) Pardessus, Diplom., t. II, p. 16. 



CHAPITRE II. 



EXEMPLES EN FRANCE, AU MOYEN AGE, DE NOMS DE « FUNDI » 
FORMÉS PLUS ANCIENNEMENT A l'aIDE DE GENTILICES RO- 
MAINS EN 'ius ET DU SUFFIXE -aCUS (1). 

AcHiNiAGAS , pour Aquiuiacas (sous-entendu villas ou do- 
mu$) , est un nom de lieu mentionné dans un diplôme de 
Charlemagne remontant à Tannée 779 (2). 

Ce nom dérive d'Aquinius. Aquinius est un gentilice 
romain, le nom, par exemple, d'un poète contemporain 
de Cicéron et mentionné par Catulle (3). Il a été porté 
aussi par plusieurs personnages qui figurent dans les ins- 
criptions, une notamment de Lyon (4). Acigné, nom d'une 
commune de l'IUe-et-Vilaine , suppose la forme gallo-ro- 
maine Aquiniacus ou sa variante Aciniacus. 

AciACus, dans un diplôme faux de Childebert I", attribué 
à l'année 541 (5), désigne une localité du nom d'Assé 
au diocèse du Mans, soit Assé-le-Bérenger (Mayenne), soit 



(1) La première partie de ce chapitre, lettres A et B, a paru en 1887 dans 
la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. XLVIII, p. 357-370. La suite a été 
publiée dans les t. VIII et IX de la Revue celtique, 1887, 1888. 

P) Ce diplôme porte le numéro 71 , chez Sickel : Acta regum et impera- 
iorum Karolinorum. 

(3) Vojrez les textes réunis par De- Vit , Totius latinitatis Onomasticon , 
p. 403. 

(4) A. de Boissieu, p. 355, 356. 

(5) Pardessus, Dtp{oma/a, t. I, p. 103; K. Pertz, Diplomatum imperii tq- 
mus /, p. 122, ligne 36, p. 123, ligne 6. 



/ 



188 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Assé-le-Boisne , soit enfin Assé-le-Biboul , tous deux dans 
la Sarthe. Aciacus^ dans le pagus Pauliacensis. fut donné à 
la basilique de Saint-Fargeau , par Tabbé Widerad, en 
721 (1). Aciacus est une orthographe de basse époque pour 
Acciacus , avec un double c. La variante Acciagus , par un 
double c et par un g, substitut bas-latin du c antique, nous 
est offerte par un diplôme d'Angilramme, évoque de Metz, 
qui, en 780, donne à Tabbaye de Gorze des biens dans la 
villa Acciagus (2); il s'agit d'Essey, qui est, en quelque 
sorte, un faubourg de Nancy (3). Un autre Essey, situé en 
Meurthe-et-Moselle, comme le précédent, est appelé Aciacus 
dans une charte de Tannée 846 ; mais une pièce de Tannée 
895, où la même localité est appelée Acci , nous autorise à 
restituer l'orthographe AcciaciLs par un double c (4). Ce 
nom de lieu dérive d'Accius. 

Accius est un gentilice romain porté par divers person- 
nages, dont le plus connu est le poète tragique L. Accius, 
né Tan 170 avant J.-C. et qui parait avoir vécu fort long- 
temps, car Cicéron raconte qu'il a souvent causé avec lui ; 
il serait mort vers Tannée 94 avant notre ère (5). Ce gen- 
tilice se rencontre de temps en temps dans les inscriptions; 
ainsi T. Accius Marcus figure avec Accius Maximus dans 
une inscription de Carinthie (6). T. Accius est un fabricant 
de tuiles dont la marque est conservée au musée de Kla- 
genfurt (7). On a trouvé près d'Esté le tombeau de C. Ac- 
cius Boethus (8), à Moggio celui de L. Accius Libellus(9); 

(1) Pardessus, Diplomata^ t. II, p. 324. 

(2) Dom Calmet, Histoire de Lorraine; PreuveSf I, col. 289. 

(3) Lepage , Dictionnaire topographique du département de la Meurlh« , 
p. 47. 

(4) Lepage, t'bid., p. 47. 

(5) Voir les textes réunis par Teuffel , Geschichte der rœmischen Liten- 
tur, 3* édit., p. 214-217; Ribbock, Tragicorum latinorum reliquiae^ l'appelle 
Attius, Il a réuni ses fragments aux pages 114-194 du volume dont le titre 
vient d'être donné. 

(6) C. 7. L., III, 4830. 

(7) Ibid,, III, 5758. 

(8) Ibid., V, 2551. 

(9) Ibid., V, 1827. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 189 

Este et Moggio sont deux localités de l'Italie septentrionale. 
D'autres inscriptions établissent la fréquence de ce nom 
dans l'Italie méridionale (1). On le rencontre aussi en Es- 
pagne (2). L'existence de ce gentilice en Gaule est attestée 
par un monument funèbre de Lyon; ce monument fut 
élevé par les héritiers du défunt , et l'un de ces héritiers 
était le soldat M. Accius Modestus (3). 

AcoNucA finis est un territoire situé dans le pagus Scar- 
pone)isis , aux termes du diplôme par lequel Chrodegang , 
évêque de Metz, fonda, en 745, l'abbaye de Gorze (4). Aco- 
niaca dérive d'Aconius. 

Aconius est un gentilice d'abord obscur, mais qui dut 
une certaine notoriété à deux Aconius Catulinus, l'un pro- 
consul d'Afrique de l'an 316 à 319 après J.-G. , et l'autre 
consul trente ans plus tard (5). D'autres Aconius sont con- 
nus par les inscriptions. L'un est auteur d'une inscription 
votive au dieu Mercure , à Spire (6). Un autre a dédié un 
autel à Jupiter sur les bords du lac Majeur (7). Leur nom 
est écrit par un double c , Acconius. Mais le nom de Q. 
Aconius et celui d'Aconia, son affranchie, tous deux par un 
simple c, sont conservés par une inscription de Treia (8). 
La même orthographe Aconia a été relevée dans la nécro- 
pole de Lambessa (9). 

AcuTiACus apparaît, écrit Aguciacus^ dans un diplôme du 
roi Clotaire III donné vers l'année 657 (10). M. Longnon a 
reconnu qu'il s'agit d'Aguisy , hameau de la commune de 



(1) Voyez les index du C. /. L., t. IX, p. 703 ; t. X, p. 1023. 

(2) C. /. L., t. n, index, à la page 715. 

(3) A. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 355, 356. 
j[4) Pardessus, Diploma,ta, t. II, p. 398. 

(5) De- Vit, Onomasticonf t. I, p. 43. 

(6) Brambach, n- 1797. 

(7) C. i. L., V, 5496. 
(S) Ibid,y IX, 5660. 

(9) ma., VIII, 3319. 

(10) Tardif, Monument» historiques, n* 13, p. 11. 



y 



à 



190 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Chelles (Oise). Aiguisy, nom d'un hameau du département 
de TAisne, s'explique aussi par un primitif Acutia>cus. 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Acutius. Acutius est 
le nom d'un tribun du peuple élu par Tinfluence des patri- 
ciens en Tan 399 avant J.-C. Le même nom est porté plus 
tard par un grand nombre de personnages dont la mémoire 
nous a été gardée par des inscriptions (1). L'une de ces 
inscriptions est conservée au musée d'Aix-en-Provence (2). 

Albiacus , dans la légende d'une monnaie mérovin- 
gienne (3), et dans un diplôme de Charles le Chauve (4), 
vient d'Albius. 

Albius est le nom d'une gens à laquelle appartenait la 
mère de l'empereur Othon, Albia Terentia (5). Ce gentilice 
se rencontre de temps en temps dans les inscriptions et 
dans quelques autres documents (6) , dont le plus connu 
est le discours de Cicéron pro Cluentio , où il est souvent 
question de l'empoisonneur Statius Albius Oppianicus La- 
rinas. Des inscriptions nous apprennent que ce gentilice 
avait pénétré en Gaule (7). Il y a en France : 1® Deux commu- 
nes du nom d'Albiac, l'une dans la Haute-Garonne, l'autre 
dans le Lot; celle-ci appelée, au cas indirect, Àlbiaco, en 
967 (8) ; 2'' trois communes du nom d'Aubiac : deux dans 
la Gironde, une dans le Lot-et-Garonne. Ce sont d'anciens 
Albiacus, comme Aubiat (Puy-de-Dôme) (9). Le Cari, de 



(1) C, I. L.fWy douze exemples; VIII, quatre; IX, deux; X, huit. Sans 
compter les femmes. 

(2) Herzog, Galliae Narbonensis historiaf t. II, p. 77, n* 366. 

(3) A. de Barthélémy, dans la Bibl, de l'Ecole des chartes, t. XXVI, p. 450. 

(4) Tardif, Monuments historiques^ n* 212, p. 136. 

(5) Suétone, Othon, ch. I. 

(C) De-Vit, Onomasticon, t. I, p. 194, 197. 198. 

(7) A. de Boissicu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 28, 30; Allmer, Ins- 
criptions de Vienne, I, 78; III, 419. C. /. L., XII. 748, 1390, 1782, 3258. 3561, 
4379, 4506, 4563, 5111. Albius, en latin, est un dérivé d'albus. Les Gaulois 
possédaient un thème albio-, dont nous ignorons le sens, et qui nous est 
connu par la dédicace Marti Albio^rigi (OreUi-Henzen, 5867). 

(8) Deloche, Cartulaire de Deaulieu, p. 125. 

(9) Houzé, chez Doniol, Cartulaire de Sauxilange, p. 687. 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 191 

Saint-Victor de Marseille (1), nous montre, dans un docu- 
ment de Tannée 814, le nom de lieu Albianus. 

Albiniacus est le nom d'une propriété de Tabbaye de 
Saint-Martin de Tours, suivant un diplôme donné par 
Charlemagne en 775 (2). C'est aujourd'hui Aubigny-sur- 
Xére (Cher). Deux autres Albiniacus^ situés en Rouergue , 
apparaissent au onzième siècle dans le cartulaire de l'ab- 
baye de Conques (3). 

Albinius, d'où vient Albiniacus^ est le nom d'une gens 
plébéienne de Rome , dont les plus anciens membres con- 
nus sont : 1® L. Albinius Paterculus, un des deux premiers 
Romains créés tribuns du peuple en l'an 493 avant notre 
ère (4); 2** un certain L. Albinius, contemporain de la 
prise de Rome par les Gaulois en 390 ; celui-ci est connu 
par le zèle pieux qu'il aurait , dit-on , montré après la ba- 
taille de l'Allia , quand , prenant en pitié les vestales qui 
s'en allaient de Rome à pied, il les aurait fait monter dans 
son char , après en avoir fait descendre sa femme et ses 
enfants (5). 

Ce nom persista sous l'empire romain : des inscriptions 
d'Italie l'attestent (6). Il pénétra en Gaule; un certain T. 
Albinius Januarius figure dans une inscription de Niraé- 
gue (7). Ce nom a fourni à la Gaule septentrionale un nom 
de lieu formé au moyen du suffixe -anus; c'est Albiniani, 
aujourd'hui Halphen , mentionné à la fois dans V Itinéraire 
d'Antonin et dans la Table de Peutinger. (8) Le nom d'Au- 



(1) T. n, p. 643. 

(2) Ce diplôme, publié sans date par dom Bouquet, t. V , p. 737, est lo 
n* 42, p. 27, de Sickel, Acta Karolinorum , et le n* XVIII de Mabille, La 
pancarte notre de Saint-Martin de TourSf p. 69. 

(3) Desjardius, Cartulaire de l'abbaye de Conques^ p. 39, 40, 311. 

(4) Tite-Live, II, 33. Cf. De-Vit, Onomasticon, I, 196. 

(5) Tite-Live , V , 40. C'est probablement une légende généalogique 
empruntée à une laudatio funebris. 

(6) Voyez, par exemple, C. /. L., V, 5506, 5522, 5478, 6375. 

(7) Brambach, n* 73. 

(8) Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la table de Peutinger , p. 39. 



192 LIVRE II. CHAPITRE II. 

bignan (Vaucluse) a été formé d'après le même procédé. 
Mais c'est à remploi du sufiBxe -acus qu'on doit les noms 
d'Albignac (Corrèze) , de quatre Aubigné (lUe-el-Vilaine , 
Sarthe, Deux-Sèvres, Maine-et-Loire), d'Aubigiley (Haute- 
Saône), et de dix-huit autres communes qui s'appellent Au- 
bigny (Aisne, Allier, Ardennes, Aube, Calvados, Cher, 
Côte-d'Or, Nièvre, Nord, Pas-de-Calais, Deux-Sèvres, 
Somme, Vendée) ; total : vingt-quatre communes, dont le 
nom actuel s'explique par un primitif Albiniacus. 

Aliacus est le nom d'une localité où Berchaire , fonda- 
teur de l'abbaye de Montier-en-Der, avait une propriété 
dont il fit donation à cette abbaye en 673 (1). 

AUius est un gentilice romain ; les personnages les plus 
importants de ce nom paraissent avoir été : C. Allius 
Alba, triumvir monetalis, de l'an 106 à l'an 102 avant notre 
ère (2) ; M. Allius Nepos , contemporain de l'empereur Ti- 
bère et célèbre par ses dettes (3) ; Q. Allius Maximus, con- 
sul, l'an 49 de notre ère (4). On rencontre plusieurs autres 
Allius dans les inscriptions : L. Allius Victor , dans une 
inscription funéraire de Mayence (5) ; le légionnaire C. Al- 
lius, fils de Caius, dans une autre inscription funéraire du 
musée de la même ville (6); un second, C. Allius, égale- 
ment C. fllius, dans une inscription funéraire de Guel- 
dre (7). 

Nous ne savons pas où était située la villa Al[l]iacu5 
mentionnée dans la donation de Berchaire. Alliacus a dû 
donner en français Ailly , en provençal Aillac. Il y a en 
France cinq communes du nom d' Ailly , une dans l'Eure , 



(1) Pardessus, Diplomala, t. II, p. 159. 

(2) De-Vit, Onomaslicon, t. I, p. 230. 

(3) Sénéque, De Beneficiis, liv. II. c. vu, g 2. 

(4) De- Vit, Onomasticon^ t. I , p. 230. 

(5) Brambach , 1280. 
(6)/5id., 1172. 

(7) Ibid., 84. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 193 

une dans la Meuse, trois dans la Somme, et une commune 
d'Aillac (Dordogne). 

Alsiacus était une villa qui appartenait à l'abbaye de 
8aint-Germain-des-Prés , suivant un diplôme de Charle- 
magne daté de 786 (1). 

Alsius est un gentilice assez rare ; cependant, nous pou- 
vons en signaler deux exemples dans des inscriptions ; dans 
un cas, il s'agit d'un homme, L. Alsius Verecundus (2); 
dans l'autre, il s'agit d'une femme, Alsia Postuma (3). 

Andiacus est le nom d'un des quatre palais que Louis le 
Débonnaire , alors roi d'Aquitaine , choisit en 795 pour y 
passer l'hiver (4). Il en est aussi question dans un diplôme 
de son fils Pépin donné en 825 (5). C'est probablement au- 
jourd'hui un des deux Angeac du département de la Cha- 
rente. 

Le gentilice Andius , dont ce mot dérive , se rencontre 
quelquefois dans les inscriptions (6). On le trouve notam- 
ment en Gaule (7). 

Anisiacus est le nom. d'une villa qui, suivant Hincmar, 
aurait appartenu à l'évôché de Laon au temps du roi Pépin 
le Bref (8). C'est aujourd'hui Anizy-le-Château (Aisne) (9). 
Une monnaie mérovingienne porte la légende Anisiaco 
vico (10) ; il est vraisemblable qu'elle a été frappée dans 
cette localité ; cependant, il y a en France un autre Anizy, 
dans le département du Calvados. 



(1) Dom Bouquet, t. V, p. 750 6. '. 

(2) C. /. L., X, 1403. 

(3) Ibid., V, 1813. ^ 

(4} ViU'Ludovici Fit, chez Dom Bouquet, t. VI, p. 90 c. 

(5) Dom Bouquet, t. VI, p. 664 d. 

(6) De- Vit, Onomasticon, t. I, p. 292, col. 2. 

(7) Allmer, Inscriptions de Vienne, III, 135, 158. 

(8) Hincmar, Vie et Miracles de saint Remy, D. Bouquet, t. V, p. 452 c. 
(9j Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne , p. 6. 
;iO) A. de Barthélémy, dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, p. 451. 

13 



94 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Anisiacus dérive d*Anicius , nom d*une gens romaine qui 
s'est fort illustrée sous la république et sous l'empire ; plu- 
sieurs Anicius furent consuls avant et après notre ère (1). 
Ce nom pénétra dans les provinces. Un certain Anicius 
Victor est mentionné dans une inscription de Bade (2). Un 
autre Anicius, distingué par le prénom de Marcus, apparaît 
dans une inscription de Nimègue (3). 

Appiacus colonia fut donnée à l'église du Mans, par Tévê- 
que Hadoind , en 642 (4) ; c'est aujourd'hui Saint-Ulphas 
(Sarthe) (5). Appiacus est dérivé d'Appius. 

Appius, célèbre comme prénom dans la gens Claudia, se 
rencontre aussi quelquefois avec valeur de gentilice. 
L'exemple le plus connu est fourni par L. Appius Maximus 
Norbanus, deux fois consul : une première fois comme 
remplaçant, suffecius, sous Domitien ; l'autre comme consul 
ordinaire sous Trajan, en l'année 103. Avant lui, on 
trouve Sex. Appius Severus , questeur de l'empereur Ti- 
tus (6) , et le sénateur Appius Appianus , expulsé du sénat 
par Tibère, l'an 17 avant Jésus-Christ (7). Ce gentilice 
pénétra en Gaule. L'inscription funéraire d'une femme 
nommée Appia a été signalée à Lyon (8), et Appia, mère 
d'un légionnaire, éleva à son fils mort un monument dont 
un débris a été trouvé dans la même ville (9). On signale 
au musée de Narbonne la marque du potier Appius (10). Ou 
a trouvé à Cologne le monument funèbre élevé par Appius 
Severus à sa fille Appia Verina (11). Dans une inscription 



(1) De- Vit, OnomsLSticony t. I, p. 300-305. 

(2) Brambach, n- 1659. 

(3) Ibid. , n* 85. 

(4) Pardessus, DiplomulSL, II, 70. 

(5) Quichorat, De la formation française des anciens noms de lieu, p. 76. 

(6) De-Vit, Onomasticonf p. 386. 

(7) Tacite, Annales, II, 48. 

(8) A. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 481. 

(9) Ibid,, p. 300. 

(10) Schuermans, Siglcs figulins, n* 397. 

(11) Brambach, n* 415. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 195 

de Payerne, en Suisse, on lit le nom de D. Appius Augus- 
tus .,1). 

Àppiacum a pu donner : 1® Achy ; il y a une commune 
de ce nom dans l'Oise ; 2** Achey ; il y a une commune 
d'Achey dans la Haute-Saône. 

Appiliacus, sur l'Oise, dans le pagus Noviomensis, aux ter- 
mes d'une charte de l'année 708 en faveur de l'abbaye de 
Saint-Bertin, est aujourd'hui Apilly (Oise) (2). 

11 n'y a pas d'exemples certains d'un gentilice * Appilius (3). 
Mais on a trouvé un exemple du gentilice Apillius dans le 
monument funèbre de L. Apillius Successus, près d'Aqui- 
lée (4). Une autre variante est fournie par le nom d'Apilia 
Severina dans une inscription découverte non loin de là à 
Cividale (5). Citons encore la variante Appalius dans une 
inscription de Fermo (6) ; on y trouve le double p , mais 
non Yi à! Appiliacus, Or, Appiliacus peut dériver d' Appalius 
comme d'* Appilius. 

Apponiacus est le nom d'une villa située près d'Orléans, 
et qui appartenait à l'abbaye de Saint-Aignan aux termes 
d'un diplôme de Charlemagne donné entre les années 774 
et 800 (7). 

Apponius, par deux p dans le gentilice de M. Apponius 
Firmus , conservé par une inscription de Pouzzoles (8), 
offre une orthographe confirmée par le double p d'Appo- 
niolen[us] dans une autre inscription d'Italie (9) ; on trouve 
encore les deux p dans le nom de femme Apponia Sisso[i], 



(1) Mommsen, Inscriptiones helveticaef n* 151. 

(2) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 277, 499. 

(3} De- Vit, Onosm&ticon ^ t. I, p. 385, au mot Appilia. Cf. Mommsen, 
C. /. L., V, 2896. 

(4) C. J. L., V, 8452. 

(5) Ibid., V. 1771. 

(6) Ihid., IX, 5357. 

(7) Sickel, Acia regum et imperatorum Karolinorum, t. II, p. 64, n* 168. 

(8) C. I. L., X, 3475. 

(9) /Md., IX, 3451. 



196 LIVRE II. CHAPITRE II. 

d'une inscription d'Afrique (1). C'est une variante d'Apo- 
nius, gentilice fréquent dans les inscriptions. Le person- 
nage le plus célèbre de ce nom a été M. Aponius Satur- 
ninus, consul sous Néron, président de la Mésie sous 
Othon, et qui, dans la guerre civile entre Vitellius et Ves- 
pasien, prit parti pour ce dernier (2). 

Le nom d'Apoigny (Yonne), bien qu'offrant avec Appo- 
niacus une grande ressemblance, parait s'expliquer par 
un primitif, Epponiacus (3), dérivé d'*Epponius, variante 
d' *Eponius , qui n'est lui-même qu'une variante dialectale 
d'Equonius, gentilice relaté dans une inscription d'Alsace (4). 

Archiniacus, villa mentionnée dans un diplôme faux de 
Dagobert I", en faveur de l'abbaye de Saint-Denis (5), est 
aujourd'hui Archignat (Allier) (6). 

Le gentilice Arquinius explique le nom d'une affranchie, 
Arquinia Artemisia, dont la tombe a été trouvée en Cam- 
panie (7). On trouve aussi M. Arquinius Secundus (8). 

* 

Artiliacus, dans un diplôme de Pépin le Bref, remontant 
à l'année 751 ou environ (9), est le nom d'une propriété 
• de l'abbaye de Saint-Denis. 

Artilius est un gentilice dont il y a quelques exemples 
dans les inscriptions. On l'a trouvé dans une inscription 
lapidaire de Brescia (10). Il est gravé sur un vase d'airain 
recueilli dans la ville d'Aquilée (11). Il a pénétré en Gaule : 



(1) C. /. L., VIII, 10918. 

(2) Les textes qui le concernent ont été réunis par De-Vit, Onom^siicon, 
t. I. p. 383, col.' 1. 

(3) Quantin, Diciionnsiire topographique du dép&rlement de l'Yonne,]^. 3. 

(4) Brarabach, n* 1848. 

(5) Pardessus, t. II, p. 42 ; K. Pertz, Diplomalum imperii tomus /, p. 159. 
l. 27. 

(6) Longnon, Examen géographique ^ p. 12. 

(7) CI. L., X, 4335. 

(8) De- Vit, Onomasticortf t. I, p. 471. 

(9) Tardif, Monumenls historiqueSy p. 45, col, 2. 

(10) C. /. L., V, 4535. 

(11) Ibid., V, 812,3,6. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8AU MOYEN AGE. 19^ 

ie tombeau d'Artilia Martia, femme de T. Munatius Félix, 
curateur des seviri aitgustales de Lyon, a été découvert 
dans cette ville au dix-septième siècle (1). 

Attiniacus est le nom d'un village où les rois mérovin- 
giens et carlovingiens eurent un palais. Thierry IV y mou- 
rut en 737 (2). Pépin le Bref, maire du palais, y rendit un 
jugement en 749 (3). Pépin le Bref, devenu roi, Carloman, 
Louis le Débonnaire , Charles le Chauve ont daté des di- 
plômes du palais public ou du palais royal d*Attiniacus (4). 

Âttinius par deux t est une variante d'Atinius par un 
seul tj gentilice romain qui n'est pas rare. Nous citerons 
C. Atinius Labeo, préteur l'an 190 avant Jésus-Christ (5), 
et un autre C. Atinius Labeo, tribun du peuple en l'an- 
née 130, et célèbre pour avoir voulu faire mettre à mort le 
censeur Q. Caecilius Metellus (6). La bonne orthographe 
de ce nom est celle qui n'offre qu'un t; on la trouve, par 
exemple, dans une inscription de Trêves (7) et dans une 
inscription du musée de Mayence (8). Mais les manuscrits 
nous offrent quelquefois le double t (9) , et cette variante 
doit être ancienne , témoin le génitif féminin Atteniae lu 
sur une anse d'amphore (10) ; le génitif masculin Attenii , 
dans une inscription d'Espagne (il), et le nominatif féminin 



(1) A. de Boissieu, Inscriptions ds Lyon^ p. 200. 

(2) Annales Pet&viani, chez dom Bouquet, II, 641 c. 

(3) Pardessus, Diplomata^ t. II, p. 414. K. Pertz, Diplomatum imperii to- 
mus /, p. 106. 

(4) Pépin le Bref, en 753, 757 et 760 (Sickel, Acta Karolinorum, t. Il, p. 3, 
4, 6). Carloman, en'769 (Sickel, ibid.^ p. 13). Louis le Débonnaire, en 822, 
834, MO (Sickel, ibid., p. 138, 139, 184,203). Charles le Chauve, en 860 (Tar- 
dif, Monumen /s historiques, p. 110, 111). 

(5) Tite-Uve, livre XXXVl, c. 45. 

(6) Tite-Live, Periochae, livre LIX. 

(7) Brambach, n* 825. 

(8) Brambacfa, n* 932. 

(9) De- Vit, Onomasticon, t. I, p. 556, col. 2. 

(10) C. /. L., III, 6007, 4. 

(11) /Md., II, 537. 



198 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Attenia dans une autre (1) ; le double t s'explique par celui 
d'Attius et de son dérivé Attilius (2). 

Attigny est un chef-lieu de canton du département des 
Ardennes ; un autre Attigny se trouve dans le département 
des Vosges. 

AuLiACus est une localité mentionnée en 642 dans le 
testament de Hadoind, évoque du Mans (3). 

Aulius est un gentilice qu'on trouve quelquefois dans 
les inscriptions, par exemple à Augst, en Suisse, sur la 
stèle funéraire de P. Aulius Memusus (4), à Salzbourg, 
Aulia Venusta, nom de femme (5). On a recueilli, tant en 
France qu'en Angleterre, des produits de la fabrication du 
potier Aulius (6). Ce gentilice n'était pas rare en Italie (7). 

AuRiACus. Un Castrum nomine Auriacum est mentionné, 
en 1032, dans le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille (8). 
C'est aujourd'hui Auriac (Var). 

Il y avait, au premier siècle avant notre ère, une gens 
Auria à Larinum, en Italie. Statius Albius Oppianicus fil 
périr une partie de cette famille : on le voit par le plai- 
doyer de Cicéron pour Cluentius, qui a été prononcé 
l'an 66 avant notre ère. 

Auriactis est peut-être la bonne orthographe du nom 
d'Orry-la-ville (Oise) (9). 

Balbiacus. Grégoire de Tours raconte qu'un jour, tra- 



(1) C. /. L., II, 1092. 

(2) AUmer, III, 423. 

(3) Pardessus, Diplomafa, t. II, p. 70. 

(4) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 288. 

(5) C. /. L., III, n- 552. 

(6) Schuermans, Sigles figulins, n" 693, 694. 

(7) Voyez, par exemple, C. /. L., t. V, index, p. 1105, col. 1; t, IX, index, 
p. 706, col. 4; t. X, index, p. 1028, col. 1. 

(8) T. II , p. 327. Il est aussi question de la même localité dans le même 
cartulaire, au racmc siècle, t. Il, p. 32, et t. I, p. 251. 

(9) R. de Lasteyrie, CsnHulaire de Parie, p. 274; cf. cependant Oriacuf, 
ibid., p. 128. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AOE. 199 

versant le pagus Balbiacensis ^ il atteignit la Loire (1). Sui- 
vant M. Longnon, le nom de la petite localité dont Balbia- 
censis est dérivé serait aujourd'hui Baugy (Saône-et-Loire), 
identique peut-être au Balbiago de Tacte de fondation de 
Tabbaye de Limours, en 697 (2). 

Balbius n'est pas jun gentilice fréquent ; cependant une 
inscription de Venafri , en Italie , . nous fait connaître le 
nom d'un certain C. Balbius Speratus (3). Dans d'autres 
inscriptions , on trouve mentionnés Balbia Secundilla (4) , 
L. Balbius Rufi Ipbertus] (5), M. Balbius P. f[ilius] (6). 

Basiliaga est le nom d'une villa où l'abbaye de Saint- 
Sulpice de Bourges avait un manse au neuvième siècle, 
suivant un diplôme émané de Charles le Chauve en 855 (7). 

Ce nom est dérivé de Basilius, nom d'origine grecque 
qui a été porté par d'importants personnages romains, au 
troisième et au quatrième siècle. Ainsi, il y a au Code de 
Justinien un rescrit de l'empereur Alexandre Sévère adressé 
à un certain Basilius (8). On sait qu'Alexandre Sévère régna 
de 222 à 235. Un autre Basilius, vivant un demi-siècle plus 
lard, est le destinataire d'un rescrit des empereurs Dioclé- 
tien et Maximien (9), qui régnèreqt de 286 à 305. Un troi- 
sième Basilius fut comte des largesses sacrées en Occident 
environ un siècle après. On l'apprend par plusieurs lois 
insérées dans le Code Théodosien et qui datent des an- 
nées 379 et 383 (10). 

Le gentilice Basilius se rencontre quelquefois dans les 
inscriptions en Italie méridionale et en Afrique. La signa- 



il) Mir^culdL beaii HtivHni, livre II, ch. xvi. 

(2) Pardessus, Diplomate, t. II, p. 244. 

(3) C. /. L., X, 4852. 

(4) De- Vit, OnomMticon, t. II, p. 666, col. 1. 

(5) C. J. L.. V, 5201. 

(6) Ihid,, V, 344. 

(7) Dom Bouquet, t. VIII, p. 543 6. 

(8) Code de Justinien^ livre V, titre 62, loi 5. 

(9) /Md., VIII, titre 36, loi 5. 

(10) Code Théodosien, livre IV, titre 20, loi i ; livre XII, titre l, loi 101. etc. 



200 LIVRE II. CHAPITRE II. 

ture Q. Basili Min... a été lue à Fermo sur une tuile (1). 
Le musée de Naples possède la stèle funéraire élevée à C. 
Valerius Bassus, soldat de la flotte de Ravenne, par Basi- 
lius Germanus (2). Q. Basilius Placcianus, flamen perpeiuus, 
augure et curateur à Calama, aujourd'hui Guelma, en Al- 
gérie, au temps des empereurs Valentinien et Valens 
(364-375), est connu par deux inscriptions du musée de 
cette ville (3). On a trouvé, dans le même pays, les stèles 
funéraires de Q. Basilius Fortunatus (4), de P. Basilius 
Maximus (5), de L. Basilius Meleager (6). 

Basiniacus ou mieux Bassiniacus est le nom d'un pagus 
compris, au neuvième siècle, dans le royaume de Lorraine 
et attribué à Louis le Germanique par un partage en 870 (7). 
Rançonnières (Haute-Marne) faisait partie de ce pagus en 
892 (8). L'orthographe moderne est Bassigny. 

Une inscription d'Augsbourg conserve la mémoire d'un 
vœu fait à Mercure par M. Bassinius Vitalis (9). Bassinius 
est un dérivé de Bassinus, dérivé lui-même de Bassus, 
deux surnoms qui se trouvent dans les inscriptions, le 
dernier très souvent (10). 

Blaciacus , locellus donné à l'église cathédrale du Mans 
par Bertrand, évêque de cette ville , en 615 (11) ; Blaciacus, 
dans les environs de Vienne (Isère), donné à Tabbaye de 



(1) c. /. L., IX, 6078, 47. 

(2) /bid., X, 3645. 
(3)/6id., VIII, 5335, 5337. 

(4) Ihid,, VIII, 6396. 

(5) Ihid., VIII, 7230. 

(6) /6id., VIII, 7231. 

(7) Annales de Saint-Bertin, dom Bouquet, t. VII, p. 110 a : Basiniacus 
avec une seule s. 

(8) Diplôme de Louis ^ roi de Provence, dom Bouquet, t. IX, p. 675 a ■ 
Bassiniacensis avec deux s. 

(9) C. /. L.. III, 5794. 

(10) Voyez les exemples réunis par De- Vit, Onomasticony t. I, p. 686. 

(11) Pardessus, Diplomata, t. I, p. 211. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 201 

Novalèse par Albon, en 739 (1); Blaciacus, dans le Ton- 
nerrois, donné à Tabbaye de Flavigny par Tabbé Widerad 
en 746 (2), et -qui eM aujourd'hui Blacy (Yonne), ont, tous 
trois, dû s'appeler originairement Blatiacus. 

Blatius par un t est un gentilice qu'on trouve deux fois 
dans les inscriptions d'Espagne : elles nous fournissent les 
noms de L. Blatius Calpurnianus (3) et de L. Blatius Ven- 
tinus ou Serventinus (4). On trouve aussi Blattius avec 
deux t :h. et M. Blattius dans une inscription trouvée aux 
environs d'Esté (5), dans l'Italie du nord ; les noms de P. 
Blattius Criticus sont gravés sur une inscription votive 
trouvée au sommet du mont Saint-Bernard (6) ; Blattius 
Dexier éleva à sa femme un jnonument funèbre, trouvé à 
Altilia, dans l'Italie méridionale (7). 

BRiTn<iNiACus , dans l'acte de fondation de l'abbaye de 
Limeurs, en 697 (8), offre à la piemière syllabe un i aii 
lieu d'un e dans le Bret[t]iniacus d'un diplôme des empereurs 
Louis et Lothaire pour l'église de Reims, 826-830 (9). 

Britan[n]ius est un des évêques sectateurs de l'hérésie 
macédonienne auxquels le pape Libère, vers le milieu du 
quatrième siècle , adressa une lettre conservée par Cassio- 
dore (10); Socrate a écrit son nom BpcTrtîvtoç (11). Ce nom 
d'homme dérive du nom de peuple Britannus ou Bretta- 
nus, et Britinniacus ou Brettiniacus en vient. 

II y a en France six communes dont le nom s'explique 



(1) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 372. 

(2) Jbid. p. 400. 

(3) C. /. L., n, 998. 
(4)/Md., II, 1176. 

(5) Ibid., V, 2704. • 

(6) /Md., V, 6866. 

(7) Ihid., IX, 2492. 

(^ Pardessus, Diplomàta, t. II, p. 244. 

(9) Sickel, Acta regum et imperatorum Karolinorum^ t. II, p. 168, n* 276. 

(10) Historia tripartita, livre VII, ch. xxv ; chez Migne, Patrologie latine, 
t. LXIX, col. 1088 b. 

(W) Histoire ecclésiastique, IV, 12; cf. De- Vit, Onômastihon, t. II, p. 759. 



202 LIVRE IL CHAPITRE IL 

par un primitif BriHnniacus ou Brettiniacus : ce sont deux 
Bretigney (Doubs) et quatre Brétigny (Côte-d'Or, Eure, 
Oise, Seine-et-Oise). 

BuGiAGus est un nom de lieu inscrit dans un diplôme 
original de Tannée 689 (1). 

Bucius , d'où le nom de femme Bucia Âpta , fourni par 
une inscription de Pompéi (2), est une variante orthogra- 
phique de Buccins^ qu'on trouve probablement pour la 
môme femme appelé Apta Buccia dans une autre inscrip- 
tion trouvée à côté de la première (3). Le nom d'homme 
A. Buccins Victor se lit dans une inscription du musée de 
Naples, qui a la même origine (4). Si d'Italie nous passons 
en Afrique, nous y trouvons la môme alternance entre Bu- 
cius et Buccins : dans une inscription de Lambessa, le 
nom de femme Bucia Saturnina (5) ; dans une autre, le 
nom d'homme Buccins Antoninus (6). Bucia est encore un 
nom de femme dans une inscription de Cilly en Styrie : 
Vetulla Bucia Urbani f[ilia] (7). 

La forme française de ce nom est Bucey, Bucy, Bussy. 
Il y a en France trois communes du nom de Bucey : une 
dans l'Aube , deux dans la Haute-Saône ; cinq du nom de 
Bucy , dont trois dans l'Aisne et deux dans le Loiret ; et 
dix-sept communes du nom de Bussy réparties entre dix 
départements : Cher, Côte-d'Or, Loire, Marne, Meuse, 
Nièvre, Oise, Seine-et-Marne, Somme, Yonne. Il ne faut 
pas confondre ce nom avec celui de Boussy, qui repré- 
sente le latin Buxetum. 



(1) Tardif, MonumentB historiques, p. 638, col. L 

(2) C. /. L., X, lOOL 
(S) Jbid., X, 1002. 

(4) Ibid., X, 1000. 

(5) /bid., VIII, 4027. 

(6) Ibid., VIII, 2811. 

(7) Ibid., III. 5265. 



LA DfiSINENGE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 203 

BuRiAGA, villa mentionnée dans un diplôme faux attribué 
au roi Dagobert !•' et à Tannée 637 (1). 

Le gentilice Burius se lit deux fois dans Tinscription 
funéraire du légionnaire Burius Nocina, qui existe encore 
à Novare (2). 

Un primitif Buriacus explique les noms de trois com- 
munes qui s'appellent Burey : Tune dans l'Eure, deux 
dans la Meuse ; et celui de la commune de Bury (Oise). 

Cadoniacus, nom d'une curtis donnée par Tabbé Wide- 
rad à TaMaye de Flavigny (3), est bas-latin pour Cato- 
niacûs. 

Catonius Justus, centurion, fut, en l'an 14 de notre ère, 
un des délégués que les légions de Pannonie révoltées 
envoyèrent à Tibère pour lui demander leur grâce (4) ; 
il devint préfet du prétoire sous Claude ; il périt victime 
de la cruauté de Messaline ; Sénèque dans son Ludn^ de 
morte Claudii le met au nombre des défunts de la connais- 
sance de Claude, qui seraient venus au-devant de leur 
prince à son arrivée dans les enfers (5). Sous Hadrien, 117- 
138, vivait Catonius Verus auquel cet empereur adressa 
un rescrit relatif à une des causes de nullité des testa- 
ments (6). On a trouvé, non loin de Crémone, une inscrip- 
tion votive à Hercule par Catonius Maximianus (7). Une 
inscription des environs de Chierio nous a conservé le 
nom de femme Catonia (8). 



(1) Pardessus, DipZomAto, t. Il, p. 58; K. Pertz, Diplom&tum imperii io- 
m\u I, p. 168, h 18. 

(2) C. /. L., y, 6512. 

(Zj Pardessus, Diplomata, t. II, p. 400. 

(4) Tacite, Annales, livre I, c. 29. 

(5) Sénèque, Ludua de morte Claudii, ch. XIII» § 5; cf. Dion Cassius, 
livre LX, ch. xviii, { 3. 

(6) Code Juatinien, livre VI, titre XXIII, loi 1 ; cf. Institutes de Justinien, 
livre II, titre X, i 7. 

(7) C. /. L., V, 4147. 

(8) I6td., V, 7502, 



204 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Çalciacus , aussi appelé villa Chrausobaci à la fin du 
septième siècle (1), paraît être Chaussy (Seine-et-Oise). 

Ce nom de lieu peut dériver, soit du gentilice Calcius 
qu'on trouve en Italie (2), soit du gentilice Calicius dont 
on a constaté l'existence à Narbonne (3). 

Caliace, est le nom d'une villa située près d'Orléans, au 
sud de la Loire ^ aux termes d'une charte de Tannée 667 
en faveur des abbayes de Saint-Aignan d'Orléans et de 
Saint-Benoit-sur-Loire (4). 

Le gentilice Callius est conservé par l'inscription funé- 
raire de L. Callius Julianus recueillie en Afrique (5), par 
celle de Callius Crispinus trouvée à Pola en Istrie (6), par 
celle du vétéran L. Callius Restitutus (7) qui appartient à 
ritalie centrale. On trouve aussi ce gentilice écrit avec une 
seule ly exemple : G. Calius dans une inscription votive 
de Dalmartie (8) et au génitif M. Cali dans un diplôme qui 
dgCte de l'an 92 de notre ère (9). 

Caliacus a dû donner dans le midi Chaillac, dans l'ouest 
Chaillé, dans le centre et Test Chailley et Chailly. On 
trouve en i^'rance deux communes de Chaillac (Indre et 
Haute-Vienne) : deux communes de Chaillé (Vendée), une 
commune de Chailley (Yonne), et trois communes de 
Chailly dont une dans la Côte-d'Or, une dans le Loiret, 
et une dans Seine-et-Marne. Chailly-en-Brie (Seine-et- 
Marne) est identique au Calagum de la Table de Peutin- 
ger, et Calagum doit, suivant M. Longnon, être corrigé 
en Caliacum. 



(1) Tardif, Monuments hisioriqueSt p. 1, col. 2. 

(2) De- Vit, OnomsLSticon, 1. 1, p. 61. 

(3) C. /. L., XII, 4675. 

(4) Pardessus, Dtplomata, t. II, p. 144. 

(5) C. /. L., VIII, 5892. 

(6) Ibid., V, 142. 

(7) Ibid., IX, 4120. 

(8) Ibid., III, 2820. 

(9) Ibid.y tome III, p. 858. 



LA DÉSINENCE -Ï-ACU8 AU MOYEN AGE. Î05 

La variante latine Calianus est notée Chalianjus en 943 , 
dans le cartulaire de Saint-Chaffre du Monestier, en Velay ; 
c'est aujourd'hui Chalias (Ardèche) (1). 

Caliniacus est le nom d'une localité où l'église du Mans 
avait une propriété en 833, témoin un diplôme de Louis 
le Débonnaire donné à cette date (2). 

Calinius est un gentilice originairement étrusque et 
osque. Les inscriptions étrusques de Pérouse nous en 
offrent plusieurs exemples. Sa forme osque était Kalinis (3). 
Il pénétra dans le monde romain. Les inscriptions nous 
font connaître plusieurs individus qui le portèrent : Cali- 
nius Félix (4) ; T. Calinius Marcellus ; et, avec une double / : 
L. Callinius Aviola (5). On trouve aussi la variante Ca- 
lenius (6). 

Calviacus est un locus donné à l'église du Mans par 
Bertrand, évêque de cette ville en 615 (7). Vers l'an- 
née 835 , Nithard nous montre Louis le Débonnaire et son 
fils Lothaire campant près d'Orléans , sur le fleuve , à côté 
de la villa appelée Calviacus (8). 

Le gentilice Calvius n'est pas rare dans les documents 
romains qui datent du haut Empire. Une femme de ce 
nom, Calvia Crispinilla, joua un certain rôle à Rome vers 
la fin du règne de Néron : Tacite l'appelle « magistra libi- 
dinum Neronis ; » elle faillit périr victime du soulèvement 
qui eut pour effet la mort de ce prince ; ses richesses et 
son habileté la sauvèrent (9). 



(1) Edition de Tabbé U. Chevalier, p. 111, 122. 

(2) Dom Bouquet, t. VI, p. 5^7 C ; cf. Sickel, ActSi regum et impertitorum 
Karolinorum, t. II, p. 179, n» 309. 

(3) Fabretti, Glossarium it&licum, col. 740, 741. 

(4) C. /. L., X, 2204. 

(5) De- Vit, Onom&sticony t. II, p. 66. 

(6) C. /. L., III, 1762. 

(7) Pardessus, Diplomata, t. I, p. 214. 

(8) Dom Bouquet, t. VI, p. 69 E. 

(9) Dion Gassius, abrégé par Xiphilin, livre LXIII, c. 12, § 3. Tacite, His- 
toires, livre I, c. 73. 



206 LIVRE IL CHAPITRE IL 

On a trouvé près de Rome le monument funèbre d'une 
autre Calvia Crispinilla morte à Tâge de dix-huit mois (1). 
Une inscription nous a conservé la mémoire d'un certain 
M. Calvius , introduit dans le sénat par l'empereur 
Claude (2). On a découvert à Bonn le monument funèbre 
du légionnaire Calvius Fronto (3) ; à Leybach on conserve 
celui de C. Calvius Priscus, etc. (4). 

Cambariagus est un nom de lieu mentionné vers 658 
dans un jugement rendu par le roi Clotaire III (5) ; il 
s'agit d'une villa située dans le Maine. Un autre Cambor 
riacus apparaît au dixième siècle dans le Cartulaire de Sa- 
Vigny {6!) ; il s'agit d'un Ioculs situé en Lyonnais. Deux autres 
localités de même nom figurent dans les titres de la cathé- 
drale de Grenoble , Tune est Chambéry , chef-lieu du 
département de la Savoie (7), l'autre est Chambéry-le- 
Vieux, même département (8). 

Cambariacus est dérivé d'un gentilice Cambarius attesté 
par trois inscriptions de Nimes (9). 

Cambiacus est une localité tenue en fief de l'abbaye de 
Saint-Père-de-Chartres vers l'année 1100 (10). 

Cambiacus dérive de Cambius, gentilice deux fois gravé 
dans une inscription de Nimes (il); le gentilice romain 
parait avoir été précédemment un nom d'homme gaulois 
qui a donné le dérivé ou composé Cambio-vix d'où, à l'épo- 
que romaine, le nom de peuple dérivé Cambiovicenses 
dans la TaAle de Peutinger, 

(1) OreUi, II, 4990. C. /. L., VI, 142, 90. 

(2) Ibid., 3112. 

(3) Brambach, n* 476. 

(4) C. /. L., III, 3856; cf. VI, 14282-14290. De- Vit, Onomasticon, t. II. p. 89. 

(5) Tardif, Monuments historiques, p. 13, col. 1. 

(6) Page 148, 221, 244. 

(7) Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 186, 194. 

(8) Ibid., p. 99, 186, 193. 

(9) C. I. L., XII, 3505, 3756, 3706. 

(10) Guérard, Cartulaire de Saint-Père-de-Chartres, p. 316. 

(11) C./. L., XII, 3503. 



LA DÉSINENCE -1-ACUS AU MOYEN AGE. 207 

Camiliacus ou Camliacus, aujourd'hui Chambly (Oise), 
dont est daté un diplômé de Tannée 689 (1) , donna son nom 
au pagus Camiliacensis ou Camliacensis dont il est question 
dans beaucoup de documents mérovingiens et carlovin- 
giens à partir de Tannée 640 (2). Une monnaie mérovin- 
gienne porte la légende Camiliaeo (3). 

Ce nom de lieu peut s'expliquer par les deux gentilices 
Camulius et Camilius. 

Camulius est le nom d'un légionnaire qui , comme nous 
rapprend une inscription du second siècle de notre ère, 
reçut à la fois son congé , des colliers et des bracelets 
d'honneur; il fut enterré à Grenoble; sa sœur Camulia lui 
survécut et s'associa à une affranchie pour lui élever un 
monument funèbre (4). Le gentilice Camulius est dérivé 
du nom divin gaulois Camulus. Il ne faut pas le confondre 
avec le gentilice d'origine latine Camillius , dérivé du sur- 
nom si fameux de Camilius ; nous en parlerons plus loin. 
Ce gentilice Camillius , par deux l , a une variante Cami- 
lius par une seule l qui peut, comme Camulius, expliquer le 
nom de lieu Camiliacus, Camliacus. 

Camilius se lit dans des inscriptions. On a découvert en 
Espagne les monuments funèbres : de Camilia Aemi- 
liana (5), de C. Camilius Paternus (6), de Camilia Natula : le 
monument de ce dernier fut élevé par l'affranchi Camilius 
Saturnalis (7). L'Z unique par laquelle ce gentilice est dis- 
tingué se retrouve dans le nom d'une des trente-cinq 
tribus de Rome, la tribu Camilia (8). 

Camiuacus, mieux Camilliacus ^ aujourd'hui Chemillé 

(1) Tardif, Monument historique^, n9 25 6i», p. 638, col. 1. 
P) Ibid., p. 8, 25, 30, 31, 45, 81, etc. 

(3) On rattribue à Chomillé (Maine-et-Loire). A. de Barthélémy , Biblio- 
ihèque^de l'Ecole des chartes, t. XXVI, p. 453. 

(4) OreUi, II, 3571. 

(5) C. /. L., II, 2738. 

(6) Ibid., II, 4345. 

Çf) Ibid,, III, 4346; cf. VI. 14301. 

(8) Cf. De- Vit, Onom&sticon, t. II, p. 97. 



208 LIVRE II. CHAPITRE II. 

(Maine-et-Loire), était, en 775, une propriété de Tabbaye de 
Saint-Martin de Tours, comme notte l'apprend un diplôme 
de Charlemagne (1). 

On a trouvé près d'Ayenche le monument que se fit éle- 
ver le sévir augustal L. Camillius Faustus, mort depuis, 
à Tâge de quatre-vingt-douze ans (2). Dans Tltalie du nord, 
à Pavie, on a découvert la stèle funéraire d'un certain 
G. Camillius (3). Le même gentilice a été lu dans une 
inscription de Venosa (4). 

Campaniacus était un viciis publiais appartenant à l'église 
du Mans , au commencement du neuvième siècle , ainsi 
que l'établit un diplôme donné par Charlemagne en 802 (5). 
C'est Champagne (Sarthe) , comme nous le fait remarquer 
M. Longnon. La variante Campiniacus est donnée par la 
chronique de Saint-Bénigne de Dijon , écrite au onzième 
siècle , mais qui , dans ce passage , se réfère à une dona- 
tion de biens en ce lieu faite à l'abbaye de * Saint-Bénigne 
par le roi Gontran , au sixième siècle (6) ; elle nous trans- 
porte par conséquent du Maine en Bourgogne. On trouve 
encore la variante Campiniacus dans un diplôme donné par 
Charles le Chauve à l'abbaye de Saint-Denis en 862 7); 
il s'agit ici de Champigny-sur-Marne (Seine). 

La vieille orthographe Campaniacus nous est offerte par 
deux documents fort anciens bien que dépourvus d'au- 
thenticité. Ce sont deux diplômes faux attribués l'un à 
Clovis I*', l'autre à Dagobert P'. Dans l'un on veut parler 



(1) Dom Bouquet, t. V, p. 737 C. Ôf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 27, 
n* 42. MabiUe, La, pancsLrte noire de Saint-Martin de Tours, p. 69, 106, 151, 
221. 

(2) Mommsen, Inscriptiones Helveticae, n" 187. 

(3) C. /. L., V, 6439. 

(4) Ibid., IX, 445; cf. VI, 14302-14304. 

(5) Dom Bouquet, t. V, p 768 G ; cf. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, 
p. 67, n* 181. 

(6) Dom Bouquet, t. III, p. 469 B. 

(7) Tardif, Monuments historiques, p. 117, col. 2. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 209 

de Champagné-Saint-Hilaire (Vienne) (1) ; dans Tautre , de 
Champagnat (Creuse) (2). 

Campanius est un gentilice qui n'est pas rare dans les 
inscriptions latines. On 1q trouve en Gaule et hors de 
Gaule. Nous citerons : Oampania Geminia, femme associée 
à son mari dans l'inscription d'un monument funèbre dé- 
couvert à Lyon (3); T. Campanius Priscus Maximianus, 
consulaire dont la tombe tirée du sol de la cathédrale de 
Sien est conservée dans cette église (4); C. Campanius 
Victor, auteur d'une dédicace aux Matronae Gabiae qui 
a été découverte dans les environs de Cologne (5) ; Cam- 
panius Materninus qui éleva un monument à Mercure prés 
de Blieskastel dans le Palatinat (6) ; C. Campanius Vitalis, 
centurion de la cohorte « prima Batavorum miliaria » mort 
en Dacie, comme l'atteste l'inscription de sa stèle funé- 
raire (7); Campanius Âcutus, dont le nom se lit dans 
une inscription du musée de Klagenfurt (8); L. Campa- 
nius Celer, qui fit graver en l'honneur de Jupiter une 
stèle aujourd'hui placée au sommet du clocher du monas- 
tère de Reun près Graz (9); L. Campanius Verecundus, 
légionnaire vétéran, dont la tombe a été trouvé près de 
Rovigno en Istrie (10). Nous nous contenterons de ces huit 
exemples dont le nombre pourrait être facilement augmenté. 
Inutile de dire que Campanius est un dérivé de Campanus 
^ui veut dire habitant ou originaire de la Campanie. 



(l) « Curtem, quae Campaniacum vocatur. » Pardessus, DiplomaUj t. I, 
p. 61. Pertz, Diplomatum iomus I, p. 121, ligne 47; cf. Longnon, Examen 
géographique du tome /"' des diplomata, p. 16. 

(^) « Campaniacum cum ecclesia. » Pardessus , Diplomala > t. II , p. 42. 
Pertz, Diplomatum. tomus I, p. 159, ligne 23; cf. Longnon, Examen géogra- 
phique^ p. 16. 

(3) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 520. 

(4) Mommsen, Inscriptiones confoederationis helveticae, n* 9. 

(5) Brambacb, n* 560. 

(6) Brambach, n* 1782. 
P) C. I. L., III, 839. 

(8) /Wd., m, 4779. 

(9) Ibid,, III, 5443. 

(10) Ibid., V, 8185. 

14 



210 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Il y a en France trente-huit communes dont le nom 
s'explique par le primitif Campaniacus ou par le plus 
récent Campiniacus, Sur ce nombre , vingt-quatre , — plus 
de moitié, — supposent la forme la plus ancienne, Campa- 
niacus; ce sont : trois Campagnac (Aveyron, Dordogne, 
Tarn) ; huit Champagnac (Cantal, Charente-Inférieure, Cor- 
rèze, Creuse, Dordogne, Haute-Loire, Haute-Vienne) ; deux 
Champagnat (Creuse, Puy-de-Dôme, Saône-et-Loire) ; quatre 
Champagne (Sarthe, Vendée, Vienne); un Champagneux 
(Savoie) ; trois' Champagney (Doubs , Jura , Haute-Saône) ; 
trois Champagny (Côte-d*Or, Jura, Savoie). Quatorze exi- 
gent une forme latine Campiniacus, avec assimilation de la 
seconde syllabe à la troisième. Ce sont : Campénéac (Mor- 
bihan) , au neuvième siècle Kempeniac ou Kenpeniac (1) ; 
deux Campigny (Calvados , Eure) ; un Champigné (Maine- 
et-Loire) ; dix Champigny (Aube , Eure , Indre-et-Loire , 
Loir-et-Cher , Marne , Haute-Marne , Seine , Yonne). 

Campagnan (Hérault) vient de Campanianus avec le suf- 
fixe -anus au lieu du suffixe gallo-romain -octw. Un fundus 
Campam,ianu$ est mentionné, au huitième siècle, dans une 
charte de Ravenne (2). 

Caniagus, propriété de Tabbaye de Saint-Martin de 
Tours , suivant un diplôme donné par Charlemagne en 
795 (3), est aujourd'hui Chennay (Indre-et-Loire), et ne 
doit pas être confondu avec CaniacuSy aujourd'hui Cheny 
(Yonne) , propriété de l'abbaye de Saint-Remy de Sens aux 
termes d'un diplôme émané de Charles le Chauve en 853 (4). 
L'n n'est pas mouillé dans ces deux mots : Chigné (Maine- 
et-Loire) paraît plus régulier. 

Canins a été le nom de deux poètes latins; l'un est cHé 

(1) Cartulair.e de Redon, p. 81, 150; cf. Rosenzweig, Dictionnaire topo- 
graphique du département du Morbihan, p. 34. 

(2) Fantuzzi, Monumenti Ravennati, t. I, p. 62. 

(3) Dom Bouquot, t. V, p. 737 ; cf. Sickel, Acta Karolinorum, U II, p. 27, 
n» 42. MabiUe, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 221. 

(4) D. Bouquet, t. VIII, p. 523 E. 



LA DÉSINENCE -I-AGUS AU MOYEN AGE. 211 

par Varron , qui écrivait au premier siècle avant notre 
ère (1) ; l'autre parait avoir écrit vers la fin du premier siè- 
cle de notre ère, c'est Canins Rufus, originaire de Cadix 
et dont Martial parle en admirateur et en ami (2). Cicéron, 
dans ses traités De (h^atore et De ofjiciis nous fait connaître 
un chevalier romain appelé C. Canins à la fois lettré et 
homme d'esprit , mais peu habile en affaires et qui, dans 
un voyage d'agrément à Syracuse , fut la dupe d'un ban- 
quier (3). On rencontre aussi ce nom dans les inscriptions : 
Canius Crescens, T. Canins Cinnamus, T. Canins Aeter- 
nalis et L. Canius Cinna dans deux inscriptions de Hon- 
grie (4). On a trouvé à Grado, près de Trieste, la stèle fu- 
néraire de T. Canius Restitutus (5). 

*Canio$ùus, Kagnoscus^ aujourd'hui Saint- Jacques-de-Ca- 
gnosc, commune de Gonfaron (Var) (6), est le dérivé li- 
gure correspondant au gaulois Caniacus. Le dérivé latin 
est Canianus • on trouve dans une charte de Ravenne, au 
neuvième siècle, un fwidus Canianus CI), 

Cahanciagus =s * CarantiaciAs est dans un diplôme de 
Tannée 901 , en faveur de l'abbaye de Conques , le nom 
d'une villa située dans le Rouergue (8) ; c'est aujourd'hui 
Cransac (Aveyron). 

* Carantiaaus dérive du gentilice gallo-romain Carantius 
étudié p. 132 , 134 , et qui dérive lui-même du nom gau- 
lois Garantes. Dans le nord de la France , Carantiacus est 
le primitif qui explique les six noms de communes : Ca- 
rency (Pas-de-Calais) ; Charancieu (Isère) ; Charencey (Côte- 



(1) De lingua. Ia(tna, livre VI, c. 81; édit. Mûller, p. 105. 

(2) Epigrammes, livre III, 20, 64; livre VII, 69; cf. Teuffel, Geschichie der 
mmischen Literatur, 3" édit., p. 736. De- Vit, Onomasiicorij t. II, p. 105. 

(3) De oratore, livre II, c. 69, § 278. De officiis, Hvre III, c. 14, g 58. 

(4) C. J. L., m, 4150, 4250. 

(5) Ihid,, III, 8353. 

(6) Cartulaire de Saint-Victor de Maraeillet 1. 1, p. 388; cf. Ghainosc, tbtd., 
p. 348. 

(7) Fantuzzi, Monumenti Ravennati, 1. 1, p. 6. 

(8) Desjardins, Cartulaire de l'abbaye de Conques, p. 274. 



212 LIVRE II. CHAPITRE II. 

d'Or); Charency (Jura), (Meurthe-et-Moselle); Charensat 
Puy-de-Dôme. En comptant la forme méridionale Cransac, 
(Aveyron) , nous trouvons sept noms de communes qui 
s'expliquent par * Carantiacus (1). Il faut en distinguer 
Charentay (Rhône) = * Carantacus. 

Carisiacus , aujourd'hui Quierzy (Oise) , était souvent la 
résidence des princes carlovingiens ; on a quatorze diplô- 
mes de Gharlemagne, sept diplômes de Louis le Débon- 
naire, datés de Quierzy (2). Un autre Carisiacus était situé 
au comté de Brioude dans la viguerie d'Usson (Puy-de- 
Dôme) (3). 

Le gentilice qui explique ce nom de lieu se présente 
avec deux orthographes différentes : on trouve Charisius et 
Carisius. La première orthographe a été constatée dans le 
nom de plusieurs personnages historiques. Tels sont : 
T. Charisius, triumvir monetalis au temps de César; ses 
monnaies ont été frappées vers les années 45 et 44 avant 
J.-C; P. Charisius, legatus pro praetore d'Auguste en Lu- 
sitanie, de l'an 25 à l'an 22 avant J.-C. ; pendant son gou- 
vernement , il réprima les révoltes des Astures et des Can- 
tabres. Nous aurions tort d'oublier le grammairien FI. 
Charisius Sosipater dont il existe encore des écrits et qui 
vivait vers la fin du quatrième siècle ou le commencement 
du cinquième (4). 

L'orthographe Carisius est celle que nous oflfrent les 
inscriptions. On a trouvé à Coblentz la stèle funéraire 
du vétéran T. Carisius Alba (5). Le musée d'Avignon pos- 
sède une dédicace à Vulcain par le préteur T. Carisius (6). 
Il existe à Die une dédicace à une divinité locale par 



(1) Desjardins, C&rt. de l'abbaye de Conques, p. 57. 

(2) Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 462, col. 2. 

(3) Cartulaire de SauxUlange, édit. Doniol, p. 136. 

(4) De- Vit, Onomasticon, t. II, p. 248, 249. 

(5) Brambach, 493. 

(6) Uerzog, Galliae Narbonensis provinciae romanae historia, t. II, p. 85, 
n* 403. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 213 

L. Carisius Serenus, sévir augustal (i). Les noms de L. Ca- 
risius Faber se lisent dans une inscription d'Âdria, en 
Italie (2). 

Carraciacus est une localité dont , en 702 , le roi Chil- 
debert III a daté un jugement (3) ; il ne faut pas la confon- 
dre avec Carisiacus (4) et nous n'en connaissons pas la si- 
tuation, peut-être Charcé (Maine-et-Loire). 

Carraciacus^ orthographe de basse époque pour Caratia-- 
eus dont il y a un exemple chez Frédégaire (5), dérive du 
gentilice Caratius. On a trouvé à Saverne le monument 
funèbre d'un certain Caratius (6). Une autre inscription 
a fourni les noms de Sex. Caratius Onesimus (7). 

Catiacus, nom d'une villa située en Anjou et dont Tab- 
baje de Priim est reconnue propriétaire par un diplôme de 
Charlemagne donné en 797 (8), est probablement aujour- 
d'hui Chacé (Maine-et-Loire). 

Catius est un gentilice fréquent à Rome. Q. Catius, 
édile deux cent dix ans avant notre ère, se fit remarquer, 
dit Tite-Live, par les jeux magnifiques qu'il donna (9). 
T. Catius Insuber , philosophe épicurien , écrivit quatre li- 
vres «c de la nature des choses et du souverain bien »; 
Cicéron, dans une lettre écrite Tannée 45 avant notre ère, 
le cite et nous apprend qu'à cette date la mort de cet au- 
teur était toute récente (10). Il y «eut plusieurs consuls du 



(1) Hêrzog, idtd., t. II, p. 99, n* 465. 

(2>C./. L., V, 2328; cf. VI, 14404, 14405, et De-Vit, Onomaeticon, t. II, 
p. 248. 

(3) Tardif, Monuments higtoriques, p. 36, col. 1; cf. PerU, Diplom&tum 
imperii tomus primus^ p. 65. 

(4) Longnon, Examen géographique du tome /*' des Diplomata, p. 16, 17. 

(5) Frédégaire, 1. IV, c. 27; édit. Krusch, p. 31, 1. 27. 

(6) Brambacb, 1862. 

(7) De-Vit, Onomasticon, t. II, p. 127. 

(8) Sickel, Acta Karolinorumy t. II, p. 59, n* 150. 

(9) Tite-Utre, XXVII, c. 6. 

(10) Voyez les textes réunis par Teuffel , Geschichte der rœmischen lite- 
ratur, 3" édit., p. 301, et par De-Vit, Onomasticon, t. II, p. 181. 



214 LIVRE II. CHAPITRE II. 

nom de Catius : Ti. Catius Caesius Fronto, Tàn 96 de no- 
tre ère; Â. Catius Sabinus, en 210 et en 216; Sex. Catius 
Clementinus en 230 (1). Ce gentilice pénétra en Gaule, té- 
moin le monument funèbre élevé à C. Catius Driburo, 
utriculaire, c'est-à-dire fabricant d'outrés, à Lyon, par 
Catius Pupus son fils et par Catia Silvina, sa femipe; oa 
a trouvé ce monument près de Lyon (2). On a tiré du 
sol même de cette ville la stèle funéraire élevée à la mé- 
moire de Catia Severa (3). Le Musée de Nimes possède 
Tépitaphe de Catia, fille de Catius (4). On a trouvé à Saint- 
Paul-Trois-Châteaux celle de Catius TertuUinus (5). 

Catulliâgus est le nom primitif d'une villa qui a pré- 
cédé la ville de Saint-Denis, près Paris; cette villa a 
changé de nom à cause de l'importance acquise par l'ab- 
baye fondée au sixième siècle sous le vocable du premier 
évéque de Paris (6). Une autre localité de même nom, dans 
une autre partie de la France, appartenait à l'église de 
Lyon; elle est appelée Caduliacus dans plusieurs diplômes 
de la seconde moitié du neuvième siècle (7) ; dans ces do- 
cuments , il s'agit de Chelieu (Isère). 

CatuUius, d'où vient Catulliacus, est un gentilice rare, mais 
dont il y a cependant quelques exemples. Ainsi , près de 
^ Corno en Italie, en Tan 104 de notre ère, M. CatuUius Mercator 
et M. CatuUitis Secundus élevèrent un monument aux dées- 
ses dites Matronae (8). On conserve à Trêves le monument 



(l)De-Vit, Onomasticon, t. Il, p. 185; cf. C. /. L., VI, 14589-14596. 

(2) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 403. 

(3) Boissieu, tbid., p. 483. 

(4) Allmer, Revue épigr&phique, t. I, p. 406, n' 451. 

(5) Rev. épigr.^A. II, p. 25, n» 474. 

(6) Nous trouvons l'orthographe C&tulliacus dans les Gesta Dagoberti 
Francorum régis, c. 2; chez Dom Bouquet, t. II, p. 580 d, édition Krnsch, 
p. 401, ligne 24, et dans une charte de Tannée 1154 (Tardif, Monuments his- 
toriques, p. 278). Aimoin, De gestis Francorum^ livre IV, c. 17, écrit Catu- 
liacus par une seule l (Dom Bouquet, III, 125 ej. 

(7) 863-869, Cartulaire de l'église cathédrale de Grenoble, p. 71 ; 885, ibid., 
p. 11; 892, ibid,, p. 73. 

(8) C. /. L., V, 5252. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 215 

funèbre de M. Catullius Martialis (i). Le musée de Lyon 
possède Tépitaphe d'une femme appelée CatuUia Ca- 
milla(2). 

Cauciactjs est l'endroit où fut enterré Childebert III, 
mort en 711,(3). C'est aujourd'hui Choisy-sur-Aisne (Oise). 
Bertrade, ou Berte, mère de Charlemagne, y mourut en 
783 (4). Il y eut dans cette localité une abbaye de Saint- 
Etienne (5) qui fut plus tard réunie à l'abbaye de Saint- 
Médard de Soissons ; l'auteur de cette réunion serait , 
dit-on, Louis le Débonnaire ; mais le diplôme est faux (6). 
Nous trouvons ce nom écrit Cautiacus dans un diplôme 
sans date de Charles le Chauve (7). 

Cauciacus , écrit avec un c à une date où c et ^ suivis à*i 
se confondent , peut venir soit du gentîlice Caucius , soit 
du gentilice Cautius, tous deux peu célèbres, mais connus 
par les inscriptions. Le nom de M. Caucius se lit dans 
une inscription de Bénévent (8) ; le village appelé Licalci , 
prés de Vitolano , non loin de Bénévent , paraît avoir été 
fondé et possédé uù certain' temps par une gens Caucia 
dont le plus ancien membre connu aurait été P. Caucius , 
citoyen romain (9) ; le monument funèbre d'A. Caucius Epa- 
phroditus est conservé au musée de Naples (10). Quant à 
l'orthographe Cautius, elle est celle de l'épitaphe du lé- 
gionnaire vétéran L. Cautius, qui appartient au musée de 



(1) Brambacb, n* 749. 

(2) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 505. 

(3) Continuation de Frédégaire^ 2* partie, c. 104, chez Dom Bouquet, II, 
4S3 b; dans rédition Krusch, p. 172. 1. 16, Cauciaecus avec ae ss a. 

(4) Chronique abrégée chez Dom Bouquet, V, 29 c. Annales de Metz, ibid., 
3Ud. 

(5) Liber translationis reliquiarum S, Sebastiani, chez Dom Bouquet, 
VI, 323 a. 

(6) Dom Bouquet, VI, 539; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 422. 

(7) Tardif, Monuments historiques, n* 212, p. 136. 

(8) C. /. Z,., IX, 1784. 

(9) /Wd., IX, 2131. 

(10) Ibid.y X, 2245. 



216 LIVRE II. CHAPITRE n. 

Vienne en Autriche (i). Caucius et Gautius sont deux mots 
différents dérivés Tun de caucus « vase à boire », Tautre 
de cauttcs « prudent, adroit. » 

Il y ,en France cinq villages du nom de Choisy = Cau- 
ciacus ou Cautiaous , savoir : deux dans l'Oise , les trois au- 
tres, dans la Haute-Savoie, Seine-et-Marne et la Seine. 
Chaussy (Loiret), Chaussy (Seine-et-Oise), Choisey (Jura), 
Chouzé-sur-Loire (Indre-et-Loire), Chouzy et Choussy 
(Loir-et-Cher) , paraissent avoir la même origine. Choisies 
(Nord) suppose un primitif Cauciacae ou CauHctcas, sous- 
entendu domus ou villae. 

L'ortographe Camiacus substituée à Cauciacus dans quel- 
ques documents où il est question de Choisy-sur-Aisne est 
relativement moderne (2). Il ne parait pas avoir existé de 
gentilice Cousins. Causia^ fille d'Occus, qui fit élever dans 
les environs de Klagenfurt , un monument funèbre à Ter- 
tius, son mari, affranchi de César, est désignée par un nom 
barbare, qu'il ne faut pas confondre avec un gentilice ro- 
main (3). 

Cauliaca , villa donnée à l'abbaye de Notre-Dame d'Au- 
xerre, par l'évéque Vigile en 670, est aujourd'hui Chouilly, 
portion du territoire de la ville d'Auxerre (Yonne) (4). Son 
nom dérive du gentilice Caulius. 

Caulius est le nom du sénateur romain L. Caulius Mer- 
gus, un des meilleurs juges dont, nous dit Cicéron, on eut 
conservé la mémoire (5). D'autres Caulius paraissent avoir 
été moins célèbres. Tels sont : P. Caulius Coeranus, mar- 
chand dont la tombe est venue de Pouzzoles au musée de 



(1) C. /. L., III, 4463. 

(2) Chronique de SBini Médard de Sotssonc, chez Dom Bouquet, III, 
367 a. Cette chronique est du treizième siècle. Vie de saint Drausius, chez 
Dom Bouquet, III, 610 c. 

(3) C. /. L., III, 4987. 

(4) Pardessus, II, 152; cf. Quantin, Dictionnaire topographique du dé- 
partement de l'Yonne, p. 36. 

(5) Pro Cluentio, c. 38, § 107. 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 217 

Naples(l); P. Caulius Restitutus, dont le nom est inscrit sur 
un diplôme donné par Trajan en l'an 105 de notre ère (2); 
P. Caulius Vitalis dont les noms se lisent sur le même di- 
plôme et sur un autre donné par le même empereur deux 
ans auparavant, etc. (3). 

Chaulhac (Lozère) , Choilley (Haute-Marne) , et Chouilly 
(Marne) , nous offrent probablement des formes modernes 
d*un plus ancien Cauliaous. 

Gblsiagus , nom d'une villa mentionnée dans une do- 
nation à Saint-Germain-des-Prés en 849 (4), dérive de 
CeUius. 

Celsius est un gentilice obscur qu'on trouve dans diver- 
ses parties de Tempire romain. Un grand nombre de lam- 
pes recueillies à Naples ou aux environs et en Sicile, por- 
tent la signature du fabricant qui s^appelait Celsius (5). Un 
certain Celsius Aprilis servit dans la cavalerie au camp de 
Lambèze avec grade à'optio, c'est-à-dire de lieutenant (6). 
A Tarragone en Espagne , Celsia Flavina est une mère qui 
élève une tombe à sa fille (7). A Strasbourg, T. Celsius Vic- 
torinus apparaît dans une inscription religieuse de Tan 202 
de notre ère (8). 

CiPiLiACus , villa située dans les environs d'Amiens fut 
donnée à l'abbaye de Corbie par le roi Clotaire III, en 
659 (9). 

Son nom dérive de Cipellius. Cipellius, gentilice connu 



(1) c. /. L., X, ld31. 

(2) tbid., t. m, p. 865. 

(3)/6id., t. III, p. 864, 865; cf. VI, 14612-14622. 

(4) Longnon, Polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, p. 153. 

(5) C. /. L., X, 8053, 46. 

(6) /5id., VIII, 2568, 18. 

(7) /Wd., II, 4119. 

(8) Orelli-Henzen, 6778; Brambach, 1883. 

(9) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 37, ligne 22 ; Pardessus, 
D4>I<mula, II, 115, 



218 LIVRE II. CHAPITRE II. 

par une inscription (1), est lui-même un dérivé de Cipius, 
nom beaucoup plus fréquent et porté notamment par un 
personnage qui avait fourni aux Romains le type légendaire 
du sommeil simulé; d*où le proverbe « non omnibus 
dormio (2). » 

Clamenciacus , pour Clementiacus , est le nom d'une vi/to 
donnée à Tabbaye de Gigny, par Raoul, roi de Bourgogne, 
en 903 (3). 

Il dérive du gentilice Clementius. Clementius Silvius 
dédia au génie de l'empereur Gallien une stèle aujourd'hui 
conservée au musée de Pesth (4). 

* Clariacus qui explique le terminus Clariacensis d'un di- 
plôme de l'année 667 (5) aujourd'hui Cléry (Loiret) comme 
nous l'apprend M. Longnon, dérive de Clarius, gentilice 
rare, dont on n'a trouvé jusqu'à présent qu'un exemple 
certain dans les inscriptions et qui a donné le surnom dé- 
rivé Clarianus (6). 

Clérieux (Drôme), Clarei^ au douzième siècle, est un 
ancien Clariacus (7). 

Clippiacus ou Clipiacus est l'ancien nom de Clichy, près 
Paris. Le plus ancien document où ce nom de lieu figure 
est un diplôme du roi Dagobert P% qui remonte à l'année 
631 ou 632. Nous ne pouvons savoir laquelle des deux or- 
thographes , par un seul p ou par un double p , le scribe 
avait adoptée. Le commencement du mot n'est plus lisible. 
Les éditeurs les plus récents ont restitué [Cli]piaco^ avec 



(1) De- Vit, Onomasticon, t. Il, p. 288. 

(2) Voy. De-Vit, Onom&sticon, t. II, p. 288; cf. C. /. L., VI, 14832, 14833, 

(3) D. Bouquet, IX, 692 D. 

(4) C. /. L., III, 4424. 

(5) Pardessus, Diplomata, II, 143. 

(6) De-Vit, Onom&sticon^ t. II, p. 297, col. 2. 

(7) GhevaUer, Cartulaire de l'abb&ye de Saint-Chaffre, p. 149. 



LA DÉSINENCE -I-AGUS AU MOYEN AGE. 219 

un seul p. Peut-être faudrait-il restituer [Clip]piaco (1) avec 
deux p. 

Nous trouvons le double p dans un diplôme de Chilpé- 
rié II, de Tannée 717, où le nom qui nous occupe est écrit 
trois fois Clippiaco (2). C'est l'orthographe de la chronique 
dite de Frédégaire , qui nous apprend qu'en l'année 625 , 
Dagobert P', sur l'ordre de son père auquel il était associé et 
allait bientôt succéder, vint à Clichy près de Paris et s'y 
maria (3). Deux ans plus tard, suivant la môme chronique, 
Clotaire tint à Clichy une assemblée des grands et des évo- 
ques de Bourgogne et de Neustrie (4). Dans ces deux cir- 
constances, on lit chez le chroniqueur comme dans le di- 
plôme, Clippiaco 9 par deux p. 

Ces deuxp sont réduits à un 1® dans deux diplômes, l'un 
de Tannée 832, l'autre de l'année 862, émanés, l'un d'Hil- 
duin, abbé de Saint-Denis (5), l'autre de Charles le 
Chauve (6) ; 2" dans deux passages de la chronique de Fré- 
dégaire et dans un passage du Gesta regum Prancœ^m (7). 

La môme alternance entre le p simple et le double p 
nous est offerte par plusieurs documents relatifs à un au- 
tre Clippiaous ou Clipiaous siiué dans le diocèse de Lyon (8). 
M. Longnon nous fait observer que le double p s'est main- 

(1) Tardif, Monuments historiques ^ p. 6. Pertz, Diplomatum imperii to- 
musprimus, p. 16. 

(2) Tardif, Monuments historiques, p. 42, col. 1 ; Pertz, Diplomatum im- 
perii tomus primus, p. 77, lignes 33, 34, 41. 

(3) Frédégaire, c. 53; chez Dom Bouquet, t. H, 434 a; Krusch, Scripto- 
res rerum merovingicarum , t. II, p. 147, 1. 1; cf. c. 78, ibid,, p. 160, 1. 19, 
22. Le territoire de Clichy était alors plus étendu qu*aujourd*hui et com- 
prenait le territoire de Saint-Ouen, où se trouvait le palais des rois. 

(4) Frédégaire, c. 55; chez Dom Bouquet, t. II, p. 435 a; Krusch, Scrip- 
tores rerum merovingicarum, t. II, p. 118, 1. 12. 

(5) Tardif, Monuments historiques^ p 85. 

(6) Tardif, i nd., p. 117. 

(7) Frédégaire, livre IV , c. 78 : Krusch, Scriptores rerum merovingica^ 
rum, t. II, p. 161, 1. 2; c. 83, ibid., p. 163, 1. 16; Clepiaco ou CHpiago, 
dans le Liber historiae Francorum, c. 47, ibid., p. 322, 1. 1-2, etc. 

(8) Voyez le Gartulaire d*Ainay , publié par Aug. Bernard , Car tu/aire de 
Vsbbaye de Savigny, t. II ; Clippiacus, p. 261 ; Clippiacensis, ibid, ; Clipiacus^ 
p. 614, 616, 617, 621, 671, 674, 675, 676; cf. 1075, 



220 LIVRE II. CHAPITRE II. 

tenu dans l'orthographe moderne du nom de cette localité, 
aujourd'hui Cleppé (Loire) ; cette forme justifie la vieille or- 
thographe Clippiacus par deux p, car Clipiacus par un seul 
p aurait donné Clevé. On n*a jusqu'ici trouvé qu'un seul p 
dans la plus ancienne forme du nom de Clapiers (Hérault), 
Clipiagum au dixième siècle (1). 

On trouve les deux variantes dans l'orthographe du gen- 
tilice romain dont ce nom de lieu est dérivé. On conserve 
à Rome les épitaphes de L. Cleppius et de Cleppia (2). Le 
nom de Q. Cleppius se lit dans une inscription de Venosa 
en Campanie (3). On a trouvé dans la même région le mo- 
nument funèbre de M. Cleppius Maximinus (4). Les deux p 
persistent et nous trouvons déjà Vi de la première syllabe 
de Clippiacus dans le nom de femme dérivé Clippiana, ins- 
crit deux fois sur un monument funèbre de Bénévent (5). 
C'est l'orthographe la plus fréquente des textes mérovin- 
giens relatifs à Clichy. Mais des inscriptions romaines, 
d'accord avec l'autre notation du nom de la même localité, 
nous offrent aussi l'orthographe Clepius avec un seul p. 
On peut citer une stèle funéraire de Cittanova en Istrie, 
où ce gentilice apparaît quatre fois (6). Deux inscriptions 
gardent le souvenir de C. Clepius Sodalis à San Séverine 
en Ombrie (7). 

CocciACus est un nom de lieu mentionné dans un acte 
faux, mais qui existait dès le neuvième siècle et qui était 
attribué à Louis le Débonnaire (8). On trouve la variante 



(1) Eug. Thomas , Dictionnaire topographique du département de VHé- 
rault^ p. 46. 

(2) C. /. L., VI, 15679, 15680. 

(3) Ibid,, IX, 465. 

(4) Ihid., IX, 1434. 

(5) Ibid,, IX, 1792. 

(6) Ibid., V, 381. 

(7) Ibid., IX, 5597, 5598. 

(8) Dom Bouquet, t. VI, p. 631 a; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. U, 
p. 398, n» 5. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 2i\ 

CocHacus dans un diplôme de Charlemagne en 802 (1). Ces 
' diplômes étant donnés en faveur de la cathédrale du Mans, 
il s'agit de la même localité dans tous les deux, et cette lo- 
calité peut être Cossé-en-Champagne ou Cossé-le-Vivien , 
deux communes du département de la Mayenne. Une mon- 
naie mérovingienne nous offre les orthographes Cociaco^ 
avec un seul c , et Coccaco sans i. Mais on ignore à quelle 
localité ces légendes monétaires peuvent se rapporter (2). 
Cocciactis et Coctiacus dérivent du gentilice Coccius. 

Cocceius est plus fréquent que Coccius ; c'est un genti- 
lice romain fort connu, et qui, entre autres personnages no- 
tables, a été porté par l'empereur Nerva. Coccius semble 
être une variante de Cocceius. On conserve à Bene en Pié- 
mont, le monument funèbre d'un affranchi appelé L. Coccius 
Stacius et de sa femme, Coccia Erotis (3). L'orthographe 
Cocius avec un seul c a été préférée dans une inscription 
de Canosa où se lisent les noms de l'affranchi C. Cocius 
Chresimus (4) , et dans les marques d'un tuilier d'Italie et 
d'un potier de Gaule ; au génitif Coci (5). 

CoMUGus était en 802 une villa de l'église du Mans (6). 
Il vaudrait mieux écrire * Commiacus , mot dérivé de Com- 
mius. Commius fut le nom d'un roi des Atrebates, d'abord 
ami des Romains , qui ensuite rentra dans le parti natio- 
nal (7). Le même nom , avec l'orthographe Commios , pas 
encore latinisé, se lit sur des monnaies, tant de Gaule que 
de Grande-Bretagne (8). Sous l'empire romain, ce nom de- 



(i) Dom Bouquet, V, 768 e, cf. Sickel, Acla, K&rolinorum , t. II, p. 67, 
n« 181. 

(2) A. do Barthélémy , dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 
t. XXVI, p. 454, n- 227, 228. 

(3) C. /. L., V, 7692. 

(4) Ibid.y IX, 370. 

(5)/btcf., V, 8110, 428. Boissiou, Inscriptions antiques de Lyon, p. 434, 
n" 38, 39. Schuermans, Sigles figulins, n» 1501. 

(6) Dom Bouquet, V, 769 a. Sickel, Acla Karolinorum, t. II, p. 67, n* 181. 

(7) Voir plus haut, p. 134, 147, 148. 

(8) À. de Barthélémy, dans la Revue celtique, t. I, p. 294. 



222 LIVRE II. CHAPITRE II. 

vint un gentilîce. Le nom de C. Commius L. filius se lit 
dans une inscription d'Istrie (1) et celui de T. Commius 
sévir augustalis, dans une inscription de Manduel prés de 
Nimes (2). 

Le Comiacus qui appartenait à l'église du Mans paraît 
être Congé-sur-Orne (Sarthe). C'est par Commiacus que 
s'explique Comiac , nom d'une section de la commune de 
Logrian et Comiac-de-Florian (Gard). 

Crisciacus est le nom d'un palais des rois mérovin- 
giens (3) et d'une localité donnée par le roi Childéric II, 
vers l'année 670 à Lambert , abbé de Fontenelle (4). Il dé- 
rive de Crixsius. Crixsius était, en 236, le gentilice de 
Crixsius Adnamatus , l'un des hastiferi de la cité des Mat- 
tiaci sur la rive droite du Rhin , comme nous l'apprend 
une inscription du Musée de Mayence (5). Deux inscrip- 
tions de Lyon nous ont 'conservé les noms de M. Crixsius 
Antonius et de sa fille, Crixsia Secundina (6). Ce gentilice 
est dérivé de Crixsus, surnom, ou nom servile qu'on a 
trouvé inscrit sur les murs de Pompéi (7). Il a été rendu 
célèbre par un gladiateur de Capoue, d'origine gauloise, qui 
fut un des chefs des esclaves révoltés contre Rome et qui 
périt en combattant, l'an 71 avant notre ère (8). 

C'est à Criœsiacus, venu de Crixsius, que paraissent re- 
monter dix noms de communes, savoir : cinq Crécy, deux 
dans TAisne et un dans chacun des trois départements 



(1) c. I. L., v, 425. 

(2) Herzog, GaHiae Narbonensis histori&f t. II, p. 52, n* 253. 

(3) Diplômes : de Glotaire III, 662 (Pardessus, Diplomata, t. II, p. 123; 
Pertz, p. 36) ; — de Thierry, III, 687 (Pardessus, p. 203 ; Pertz, p. 51); - de 
Childebert III, 709 (Pertz, p. 67; Tardif, p. 36), qui nous offre, comme 
Frédégaire (Krusch, Scriptores rerum merovingicarum, t. II, p. 169, 1. 15), 
la variante orthographique Crisciaecus, etc. 

(4) Vte de saint Lamberty chez Dom Bouquet, III, 585 a. 

(5) Brambach, n* 1336. 

(6) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon^ p. 507, n" 34 et 35. 

(7) C. J. L., IV, 1916. 

(8) Tite-Live, Periochae, 96. Eutrope, livre VI, c. 7. Orose, livre V, c. 25 
Cf. De-Vit, Onomasticon, t. II, p. 501. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 223 

d'Eure-et-Loir, de la Somme, de Seine-et-Marne; Cressac 
(Charente); Cressey, (Côte-d'Or); et trois Cressy (Saône-et- 
Loire, Seine-Inférieure, Somme. M. Longnon me rappelle 
que le Crisdacus où se trouvait un palais des rois méro- 
vingiens est Crécy-en-Ponthieu (Somme). 

Crispiacus est le nom d'un d'un locus situé aux envi- 
rons de Grenoble et donné à Tabbaye de Saint-Jean-de- 
Maurienne en 739 (1). Il y avait près de Laon un autre 
* Crispiacus d'où vient le nom de la Crispiacensis finis où 
Amand, évêque d'Utrecht, avait une vigne en 664 (2). 

Crispiacus vient de Crispius ; Crispius est le gentilice : de 
C. Crispius Hesperio, sévir de Brescia (3); de M. Crispius 
Firmus dont la stèle funéraire est conservée au séminaire 
de Suze (4); de Crispius Saturninus, dont une dédicace à 
Jupiter a été trouvée en Hongrie (5); de L. Crispius, dont 
les noms au génitif L. Crispi ont été écrits sur un 
vase recueilli à Windisch, en Suisse, Tantique Vindo- 
nissa (6); de T. Crispius Antiquus, dont le monument funè- 
bre a été découvert à Domessin, Savoie (7); de T. Crispius 
Reburrus, dont le nom est gravé sur Tampbithéâtre de Ni- 
mes (8), etc. 

Il y a en France trois communes du nom de Crépy 
(Aisne, Oise , Pas-de-Calais), et une commune de Crespy 
(Aube) ; Crépy (Aisne) paraît être la finis Crispiacensis du di- 
plôme de 664 cité plus haut. Comparez Crespian (Gard) , 
dont la désinence -an vient de -anus, 

Crispiniacus est le nom d'une villa qui fut donnée 



(1) Pardessus, Diplom&ta, t. II, p. 376. 
(î) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 13.3. 

(3) C. /. L., V, 4418. 

(4) Ibid^ V, 7283. 

(5) Ibid., III, 1030. 

(6) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 352, 118. 

(7) Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, III, p. 215. 

(8) Allmer, Revue épigr&ghique, t. I, p. 374, n* 417. 



224 LIVRE II. CHAPITRE II. 

comme réparation de Tinsulte commise envers saint Judoc 
en violant sa sépulture ; c'était probablement vers la fin du 
septième siècle (1) ; l'auteur de la donation était un duc 
de Ponthieu. Ce nom de lieu dérive du gentilice Crispi- 
nius. 

Crispinius Félix éleva à sa femme un monument funè- 
bre qu'on a trouvé à Salone (2). On a découvert près de 
Klagenfurt et transporté dans cette ville la stèle funéraire 
de C. Crispinius Rufus (3). Sex. Crispinius Nigrinus est 
Fauteur d'une dédicace à Mars Caturix , trouvée près de 
Genève (4). 

Il n'y a pas en France de communes qui portent le nom 
de Crépigny ou Crespigny. Crépigny est un. écart de la 
commune de Caillouel-Crépigny dans le département de 
l'Aisne; Crespigny fait partie de la commune de Saint- 
Jean-le-Blanc (Calvados). 

Croniagus apparaît dans un diplôme faux du pape Jean III, 
pour l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (5). 

Cronius, d'où Croniacus dérive, est un gentilice rare, 
porté par M. Cronius Sp. f[ilius] dans une inscription de 
Lucera en Italie (6), et par Cronius Eusebius dans une ins- 
cription de Rome qui date de l'an 399 de notre ère (7). 
C'est un nom grec chez Pline quand cet auteur nomme 
Cronius parmi les plus célèbres graveurs de pierres pré- 
cieuses (8). On connaît plusieurs exemples du nom d'homme 
Kprfvtoç dans les textes grecs ; c'était originairement un nom 
divin, un de ceux de Zeus, fils de Crcaos. 

De Croniacus peut venir le nom de Crogny, commune 



(1) Vita Sancti Judoci, c. 15; chez Dom Bouquet, III, 521. 

(2) C. J. L., III, 2238. 

(3) Ibid., III, 5074. 

(4) Mommsen, Inscripliones helvetic&e^ n* 70. 

(5) Pardessus, Diplomataf t. I, p. 122. 

(6) C. /. L., IX, 848. 

(7) Ibid., VI, 1715. 

(8) Histoire naturelle, Uvre XXXVII, c. 4, { 8. 



T-wT 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 225 

des Loges-Margueron (Aube), et celui de Crognac com- 
mune de Saint- Allier (Dordogne). 

CuRCiACus ou Cursiacus. La première orthographe est 
celle d'un diplôme faux de Clovis II, qui daterait de 
644 (1) ; la seconde est celle d*un diplôme également faux 
de Dagobert I*"' , qui daterait de 636 (2). Il s'agit de Cour- 
eais (Allier) (3) ; la bonne orthographe serait Curtiacus par 
un t\ mais les textes de Tépoque carlovingienne rempla- 
cent ce t par un c. Tel est le diplôme donné par Charle- 
magne en 775 pour confirmer l'établissement de la mansô 
canoniale à Saint-Martin de Tours (4) ; le Curciacus dont il 
s'agit dans ce document parait être Curçay (Vienne) (5). Tel 
est aussi l'acte de la donation faite par Amalric à Saint-Mar- 
tin de Tours en 841 (6) ; le Curciacus mentionné dans ce 
document est aujourd'hui Courçay (Indre-et-Loire) (7). 

Curciacus , ou mieux Curtiacus , vient de Curtius , gen- 
tilice romain célèbre qui remonte à la période légendaire : 
on connaît les récits fabuleux qui parlent d'abord du sa- 
biu Curtius Mettius , ou Mettius Curtius , mort dans une 
bataille contre le roi Romulus, huitième siècle avant notre 
ère, à l'endroit qui fut plus tard le forum romain (8), puis 
du jeune romain M. Curtius qui , en l'an 362 avant J.-C, 
se serait patriotiquement précipité dans un gouffre mena- 
çant ouvert au milieu du forum parla colère des dieux (9). 



(1) Pertz, Diplomaium imperii tomus primus, p. 180, ligne 47. Pardessus, 
Diplomata, t. II, p. 81. 

(2) Pertz, Diplomaium imperii lomus primus^ p. 159, ligne 36. Pardessus, 
Diplomata, t. Il, p. 81. 

(3) Longnon, Examen géographique du lome premier des Diplomala im- 
perii, p. 1. 

(4) Dom Bouquet, V, 737 6; cf. Sickel, Acla Karolinorum , t. II,' p. 27, 
n- 42. 

(5) Mabille, La pancarte noire de Saint'Marlin de Tours, p. 223; cf. 69, 151. 

(6) Martene, Thésaurus novus anecdolorum, t. I, col. 33 6. 

(7) Habillo, La pancarte noire de Sainl-Marlin de Tours ^ p. 223; cf. 81, 
155, 156. 

(8) Tite-Live, livre I, c. 12. 

(9) Tite-Live, livre I, c. 12; livre VII, c. 6. 

15 



226 LIVRE II. CHAPITRE IL 

G. Curtius Filo fut consul Tan 446 avant J.-C (1). On 
trouve plusieurs exemples de ce gentilice vers la fin de la 
république et sous Tempire. C'est ainsi que dans les œu- 
vres de Cicéron on voit apparaître : le préteur C. Curtius 
Peducaeanus, le sénateur C. Curtius; le tribun militaire 
M. Curtius Postumus, ami de César et qui fut assez ambi- 
tieux pour prétendre au consulat ; Cicéron s'en indigne 
dans une lettre à Atticus (2). Nous citerons aussi le séna- 
teur Curtius Montanus , contemporain de Néron et de Ves- 
pasien et connu par le témoignage de Tacite (3) ; enfin le 
'plus célèbre de tous, Q. Curtius Rufus, qui vivait dans la 
seconde moitié du premier siècle de notre ère et qui écri- 
vit une histoire d'Alexandre. 

Outre Courçais et Courçay, il y a en France quatre 
communes dont le nom semble représenter un ancien Cur- 
tiacus ; ce sont autant de Courcy (Calvados, Loiret, Man- 
che, Marne). 

De la forme latine correspondante Curtianus, un exem- 
ple est donné, vers Tan 700, par une charte de Ravenne 
où est mentionné un fundus Curcianus^ lisez Curtianus (4). 

CusiACus, nom d'une forêt dans un diplôme faux de 
Dagobert P"' qui daterait de Tannée 633 (5), est dans un 
diplôme du roi Eude en 893, un fisc royal donné par 
ce prince à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (6;. 
En 936 , dans un diplôme de Louis d'Outremer , c'est une 
propriété de l'église cathédrale d'Autun (7). Cusiacus vient 
de Cusius. 

Cusius est un gentilice romain dépourvu de célébrité, 



(1) Tite-Live, livre IV, c. 1. Dc-Vit, Onom&siicon^ t. II, p. 519. 

(2) Cicéron, Ad Aiiicum, XII, 49. 

(3) Tacite, Annales, XVI, 28, 29, 33; Histoires, IV, 40, 42. 

(4) Fantuzzi, Monumenti Ravennati, t. I, p. 21. 

(5) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 27. Pertz , Dip. im. t, primus, p. 152, 
ligne 20. 

(6) Dom Bouquet, t. IX, p. 460 d. 

(7) Dom Bouquet, IX, 584 d. 



LA UL'mntlItGE -1-AUU8 AU MOYEN AGE. 227 

mais connu par les inscriptions. Ainsi , on a trouvé : en 
Hongrie le monument funèbre de Cusius Callistio (1) ; à 
Turin , les tombes de T. Cusius Rufus (2) , de C. Cusius 
Cavisius et de Q. Cusius, frère de ce dernier (3). Le nom 
d'une femme qui avait le même gentilice, CusiaHil[ara] se 
lit dans une inscription du musée de Naples qui provient 
(le Capoue (4). 

Le Cusiacus du diplôme du roi Eude est Cuizy-en-Almont, 
(.\isne) (5). D'autres noms de communes peuvent s'expli- 
quer par un primitif Cusiacus. Ce sont : Cuisy (Meuse) (6); 
Cuisy (Seine-et-Marne) ; Cusey (Haute-Marne); Cuzac(Lot). 

DiTiAGUS , nom d'une villa donnée à l'abbaye de Wissem- 
bourg, en Alsace, en 713 (7), est écrit Disciacu dans un au- 
tre document de la même date et concernant la même 
donation (8). Le nom primitif est vraisemblablement' De- 
ciacus , que l'on doit reconnaître aussi dans le Disiacus 
d'une charte émanée eu 672 de Nivard , archevêque de 
Reims, pour l'abbaye d'Hautvillers (9) ; ce Disiacus est au- 
jourd'hui Dizy (Marne) (10). 

Decius est un gentilice romain bien connu; les plus cé- 
lèbres de ceux qui le portèrent sous la république sont deux 
P. Decius Mus, l'un consul en l'an 340 avant notre ère, 
l'autre fils du précédent et quatre fois consul , la première 
fois en 312, la dernière en 295, fameux pour avoir — tous 
deux, dit-on, — en des circonstances désespérées, assuré la 
victoire à leur armée par leur mort, en exécutant solcnnel- 

(1) c. 1. L., m, 4330. 

(2) Jbid., V, 7027. 

(3) Ibid., V, 7028. 
(1| ma., X, «îl. 

(5) Matton, Dfcfionnaire lopographique du département de l'Aisne, p. 90. 
(5) Voyez Licnarc] , Dictionnaire topographique du département de la 
McuM, p. 64. 
0) Pardessus, Diplomafa, t. II, p. 439. 
(8)/bt((., (. II, p. 437. 

(9) Ibid., t. II, p. 129. 

(10) LoDgDon, Elude sur les pafff de la Gaule, 2* parCic, p. lî. 



228 LIVRE IL CHAPITRE IL 

lement les prescriptions du cérémonial romain sur la « de- 
votio (1). » Ce gentilice pénétra en Gaule. C'est ainsi que 
dans une inscription de Suisse, remontant à Tan 8 de notre 
ère, on a trouvé les noms de P. Decius Esunertus (2). Une 
inscription de Savoie rappelle la mémoire de Sex. Decius, 
tribun militaire, contemporain de Tempereur Tibère qui 
mourut Tan 37 après J.-C. (3). Une brique, trouvée à Vienne 
(Isère), porte la marque d'A. Decius Alpinus (4). La variante 
Deccius par deux c nous est offerte à Cologne par la tombe 
du légionnaire C. Deccius, fils de Lucius (5), et à Lyon par 
celle de Q. Deccius Verecundus (6). 

DociACus , une des villae de Tabbaye de Saint-Martin de 
Tours en 775 (7), est aujourd'hui Doussay (Vienne) (8). 

Docius Elaesi, dans une inscription d'Espagne transférée 
au musée de Berlin, est le nom d'un personnage qui 
n'avait pas de gentilice (9). Mais une inscription du musée 
de Manheim nous donne la variante Doccius par un double 
c, employée comme gentilice par le sévir Doccius Aprissus 
dans une dédicace à Mercure et à Rosmerta (10). 

Une inscription d'Italie fait connaître le gentilice Dotius 
de L. Dotius Antiochus et de Dotia Jucunda, tous deux 
affranchis (il). La variante Dottius par deux t apparaît dans 
le gentilice de Cn. Dottius Plancianus , un des principaux 
magistrats d'Antioche de Pisidie , personnage dont deux 



(1) Gela ne paraît certain que pour le second des deux. 

(2) Mommsen , Inscriptiones helvetic&e , n* 80. Allmer , Inscriptions de 
Vienne, t. III, p. 246. 

(3) AUmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 210. 

(4) Ibid., t. IV, p. 226. 

(5) Brambach, n" 377. 

(6) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 508. 

(7) Dom Bouquet, V, 737 c. Cf. Sickel, Acta K&rolinorum , t. II, p. 27, 
n-42. 

(8) Mabille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 224; cf. 69, loi- 

(9) C. J. L., II, 2633. 

(10) Brambach, n» 1711. 

(11) C. /. L., X, 5673. 



'i'T 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 229 

inscriptions nous ont conservé la mémoire (1). Le Dociacus 
carlovingien peut avoir été primitivement appelé Docciacus^ 
Dotiacus ou DoUiacus. 

Telle est Forigine probable des noms des communes de 
Doucey (Marne), Doucy (Savoie), Doussay (Vienne). Douzy 
(Ardennes). 

DoMiTiACus est le nom de fundus d'où dérive Tadjectif ca- 
ractéristique de Vager Domitiacinsis mentionné en 670, dans 
une charte de Vigile, évéque d'Auxerre (2). Domitiacus 
vient de Domitius. 

Domltius est un célèbre gentilice romain. La gens Do- 
mitia, quoique plébéienne, est une des plus anciennes de 
Rome et une de celles qui ont obtenu le plus d'honneurs. 
Une de ses branches , celle qui portait le surnom d*Aeno- 
barbus, a donné à Rome l^neuf consuls, de Tan 192 avant 
J.-C. à l'an 31 ap. J.-C; 2® vingt-trois ans plus tard, l'em- 
pereur Néron, d'abord appelé L. Domitius Aenobarbus, et 
qui, adopté par son beau-père Claude, prit les noms de son 
père adoptif . Dans une autre branche , celle des Calvinus , 
on compte quatre consuls, de l'an 332 à l'an 124 avant 
J.-C. (3). Ce nom pénétra en Gaule; c'est ainsi qu'à Nimes 
vers Tan 14 avant notre ère, naquit Cn. Domitius Afer qui 
obtint, à Rome, une certaine célébrité comme orateur, qui 
fut élevé à la préture l'an 26 de J.-C, au consulat l'an 39, 
et qui vieux, sans enfants , mourut d'un excès de table , 
au milieu d'un festin, en l'an 59 (4). Les inscriptions de la 
Gaule mentionnent un certain nombre d'autres Domitius 
moins connus, tels que : Domitius lias dont la tombe est 
conservée au musée de Lyon (5), P. Domitius Didymus, 

(1) C. /. L, III, 296, 297. 

(2) Pardessus, Diplom&ta, II, p. 154. 

(3) De-Vit, Onomasticon, t. II, p. 651-655. 

(4) Voir sur lui les textes réunis par De-Vit, Onomasticon , t. II, p. 650; 
cf. Jos. Klein , Fasti consulares inde a Caesaris nece usque ad imperium 
Diocletiani, p. 31. 

(5) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 508. 



230 LIVRE II. CHAPITRE II. 

auteur d'une dédicace à la déesse Aventia trouvée à Mun- 
chweiler en Suisse (1), et M. Domitius Magnus qui élevaeii 
l'honneur de Mercure un monument conservé à Yverdun . 
aussi en Suisse (2). On a trouvé à Turin la tombe de L. Do- 
mitius Virilis, originaire de Vienne (Isère) (2). 

L'introduction de ce gentilice en Gaule remonte peul- 
être à Cn. Domitius Aenobarbus, consul l'an 122 avant 
notre ère, qui vint en Gaule et y resta comme proconsul 
l'année suivante ; il remporta la victoire de Vindalium sur 
les Gaulois et il triompha en l'an 120 (4). 

Le nom de Donzy , porté par une commune du départe- 
ment de la Nièvre et par deux communes du département 
de Saône-et-Loire ; celui de Donzac (Gironde, Tani-el- 
Garonne) ; celui de Donzacq (Landes), paraissent s'expliquer 
par un primitif Domiciacus. 

De la forme latine correspondante, Domitianus, un exem- 
ple nous est fourni vers l'année 700, par une charte df 
Ravenne où est mentionné un fundus Domicianus, lisez 
Domitianus (5). 

Drusciacus pour Drussiaeus est le nom d'une possession 
de l'abbaye de Saint-Riquier au diocèse d'Amiens, suivani 
deux diplômes, l'un de Louis le Débonnaire , qui remonlo 
à l'année 830 (6) ; l'autre , de Charles le Chauve , en 844 !7i. 
Nous ignorons son nom moderne, mais on peut recon- 
naître un ancien Drussiaeus dans Droussac, commune <k- 
Lissac (Haute- Loire), l>ntssiacus dérive de Drussius. 



(1) Mommsen, Iriêcriptionei helueticue, n° iii. 

(2) Ibid., a' 138. 

(3) AUmor, Inscriptiom de Vienne, t. II. p. 140. 

(4) Les teites relatifs à cotte partie do notre histoire sont indiqués et dis- 
cutés dans lu savante Géographie historique et adminislratiae de U Gaiilf 
romaine, que nous devons à M. Ernest Desjardins, t. II, p. 273-280: et, Lc- 
bcguG, Fastes de la Narbonnaine, p. 6-9. 

(5) Fantuzzi, Monumenli Racennati, t. I, p. 2!. 

(G) Dom Bouquet , VI , 563 a ; cf. Sickel , Acla Karolinoriim , t. II, p. I«, 



(7) Dom)Bouquet, VIII, 466 E. 



LA DESINENCE -I-ACU8 A,U MOYEN AGE. 

Drussius au masculin, Drussia au féminin, appara 
comme gentilices dans une inscription de Venosa, e 
lie (1). On reconnaît Dru3sius, bien que mutilé, dan 
autre inscription de la même localité (2). Ailleurs, ci 
liliee est écrit avec une seule s, Drusius : par exe 
daDs une inscription de Cilly en Styrie (3); sur le i 
ment funèbre de M. Drusius Philodamus à Larino (4): 
i'icscription de la tombe élevée par Drusius Valens 
fille et qui est conservée au musée de Naples (5). 

Drussius ou Drusius dérive de Drusus , cognomen 
geas Livia. Drusus est d'origine barbare, et sa for 
plus ancienne est Drausus (6). De là vient la variante 
sius, nom d'un évéque de Soissons qui vivait au sep 
siècle et dont une vie nous a été conservée (7). Drausiu: 
s'écrire plus anciennement par deux s, et sous cette 
ce mol constitue le second terme du composé Con-( 
sius que l'on dit avoir lu dans une inscription de la Gi 
Bretagne (8). Condraussius dérive d'un thème, Con-dr 
qui est probablement identique à celui du nom des 
dntsi, peuple de Gaule, chez César (9). 

PmiACus, villa dont Charles Martel data une cbai 
717 (10), porte un nom dérivé de Pidius. 

Fidius est le gentilice de deux personnages romaini 
l'un, C. Fidius, n'a échappé à un complet oubli qu' 
portant accusateur de M. Saufeius, cinquante-deu 



(1) c. I. L., IX. 505. 

i^lbid., IX, 506. 

|3) Jbid., III, 5170. 

(*) Ibid., IX, 75!. 

(5)Il.(d., X,Î701. 

IB] 1 Drusus, hostiuQi duce Drauso cominus trucidato, sîbi posi 
suis tognomon invenit • (Suétone, Tibère, 3). 

(7] Polthaat, Bibiiolheca historien medii aevi, p. 671. 

(W C. I. L., VII, 922. 

{•S) De btUo galtico, ]. Il, c. 4; 1. IV, c. 6;I. VI, c. 3!. 

ilO) Pardessus, Diplomafa, t. II, p. 311. Pertz, Oiplomalum imperi 
primut, p. S7, ligno 30. 



231 LIVRE II. CHAPITRE II. 

avant notre ère (1). L'autre, Fidius Optatus, était gram- 
mairien , vivait au second siècle de notre ère; il avait, dit 
Aulu-Gelle, une grande réputation à Rome. Aulu-Gelle ra- 
conte avoir vu entre ses mains un vieil exemplaire du se- 
cond livre de l'Enéide : on croyait que ce volume avait 
tenu à Virgile même. Le nom de ce grammairien 
autrefois Fidus conformément aux manuscrits, est 
rd'hui avec raison corrigé en Pidius (2). U y a quel- 
exemples de ce gentilice dans les inscriptions. Dans 
i'entre elles, en Italie, Fidius Dexter est un père 
îureux qui élève une tombe à ses enfants (3). Dans 
lutre , Fidius Faustus est un oncle qui , probablement 
moins de chagrin, a pourvu son neveu d'une dernière 
ure (4). Ailleurs Gaius Fidius Dexter est un maître 
reux qui, après avoir affranchi son esclave Typhera, 
lousée, et elle l'enterre (5). 

iiACus, nom d'une abbaye célèbre, aujourd'hui Fîgeac 
commence à paraître au huitième siècle; c'est ou un 
n fundus F'tdiactis ou un ancien fundus Fibiacvs. Pour 
yas, dérivé du célébra gentilice Fabius, comparez le 
M FibiantLs de deux chartes de Ravenne (6). 

fcCiACTJS est le nom d'une propriété de l'église cathé- 
du Mans, aux termes d'un diplôme faux de Charle- 
Le conservé par un manuscrit du douzième siècle (7). 
jous vient de Flaccius. 
iccius est un gentilice dont un exemple au féminin, 



^sconiue, dans son commentaire du Pro UUone. De-Vît, Onomadicon, 

p. es. 

ulu-Gelle, livre II, c. 3, J 5; édition de Martin Hertz, t. I, p. 76. 

. /. L., IX, 2528. 

iid., IX, 3659. 

bid., X, 6606. 

antuzzi, Monumenti RstiennaU, t. I, p. 57, 62. 

om Bouquet, V, 756 e. Cf. Sickel, Acta Karolfnorum, t. II, p. 397, d* I, 



.r^ 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 233 

Flaccia, est conservé par une inscription de Trieste (1). 
On cite le nom masculin au génitif Flacci Montani (2). 

FlaciaciLSy dont il est question dans le diplôme faux de 
Charlemagne, parait être Placé (Sarthe), hameau de la 
commune de Souligné-sous- Vallon. Il y a en France cinq 
noms de communes qui paraissent avoir la môme origine : 
Placé (Saône-et-Loire) ; trois Flacey (Côte-d'Or, Eure-et- 
Loir, Saône-et-Loire) , le second désigné par le nom de 
Flaciacum dans un document du douzième siècle (3) ; enfin 
Flacy (Yonne). Pour celui-ci, la gutturale de la dernière 
syllabe était déjà tombée en 1023, année où cette localité 
est désignée par le nom de Flaceius. Au seizième siècle, la 
tradition savante fit rétablir la gutturale perdue, et on 
écrivit Flaciacmn (4). 

De la variante latine fundus Flacianus, il y a un exemple 
dans les chartes de Ravenne, au neuvième siècle (5). 

Flaviagus = Flaviacus, est le nom d'une localité où des 
biens furent donnés à Tabbaye de Limours en 697 (6). 
Flaviacus est aussi le nom porté vers la môme époque par 
l'abbaye de Saint-Germer-de-Fly (Oise) , fondée en 655 par 
Geremarus dont on a conservé une vie presque contempo- 
raine (7). Flaviacus, au neuvième siècle, est le nom d'une 
villa de Tabbaye de Saint-Denis , comme l'attestent une 
charte de l'abbé Hilduin et un diplôme de Louis le Débon- 
naire en 832 (8), un diplôme de Charles le Chauve 
en 862 (9); elle était située dans les environs d'Etam- 



(1) c. J. L., V, 595. 

(2) D€-Vit, Onomasticoriy t. III, p. 72. 

(3) Merlet , Dictionnaire topographique du département d' Eure-et-Loir , 
p. 69. 

(4) Quantin , Dictionnaire topographique du département de l'Yonne , 
p. 52. 

(5) Fantuzzi, Monumenti Ravennati, t. I, p. 19. 

(6) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 244. 

(7) Dom Bouquet, III, 552 a. Cf. Chronicon Fontanellense, ibid,y V, 316 a-b. 

(8) Tardif, Monuments historiques, p. 85, col. 2. Dom Bouquet, VI, 580 b, 

(9) Tardif, ibid., p. 119, col. 2. 



234 LIVRE II. CHAPITRE IL 

pes (1). Un quatrième Flaviacus ^ en Rouergue, apparaît, 
vers Fan 1000, sous le règne du roi Robert dans une charte 
que nous a conservée le cartulaire de Conques (Aveyron) (2,. 
Flavius est un gentilice très répandu dans les derniers 
temps de l'empire romain. On sait qu'un grand nombre 
d'empereurs le portèrent au quatrième et au cinquième 
siècle. Auparavant Flavius avait été à la fin du premier 
siècle le gentilice d'empereurs , plus connus Vespasien et 
Domitien par leur surnom , et Titus par son prénom (3). II 
y avait déjà des Flavius au temps de la république 
romaine. Dès Tannée 327 avant notre ère, un certain 
M. Flavius , ayant perdu sa mère, fit à l'occasion des funé- 
railles une distribution de viande au peuple , et le peuple 
reconnaissant le nomma tribun sans qu'il eût la peine de 
le demander (4) ; en cette qualité , il proposa une loi con- 
tre la ville de Tusculum (5). Un personnage de même nom, 
plus célèbre, est Cn. Flavius, fils d'affranchi, et qui, mal- 
gré sa naissance , s'éleva par son éloquence et son adresse 
à l'édilité curule ; c'était en l'an 305 avant notre ère ; il s'est 
acquis une grande place dans l'histoire romaine en divul- 
guant les règles de droit dont la connaissance, jusque-là 
réservée aux pontifes , constituait pour l'aristocratie une 
sorte de monopole (6). Dans les œuvres de Cicéron, il est 
question de huit Flavius , outre celui dont nous venons de 
parler; l'un est C. Flavius Fimbria, consul Tan 104 avant 
notre ère. Le nom de Flavius pénétra en Gaule : on en 
trouve douze exemples dans les Inscriptio^is de Lyoïx de 
Boissieu; sept dans les Inscriptions de Vienne de M. AUmer. 
Flavius dérive du cognomen Flavus : en Tan 70 de J.-C. 
Flavus est en Gaule un des chefs du parti à la tête duquel 

(1) In pago Stampinse sitam. Diplôme de Charles le Chauve précité. 

(2) G. Desjardins, Cartulaire de l'abbaye de Conques^ p. 220. 

(3) Voir C. /. L., VI, 17961-18469, les inscriptions funéraires de Rome oîi 
se rencontre le gentilice Flavius. 

(4) Tite-Live, livre VIII, c. 22. 

(5) Tite-Live, livre VIII, c. 37. 

(6) Tite-Live, livre IX, c. 46. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 235 

s'est placé C. Julius Vindex, et Vitellius le condamne à 
mort (1). 

Flaviacus dérivé de Flavius, devint dans le midi Fla- 
viac , nom d'une commune de TArdèche , Flaugeac , nom 
d'une commune de la Dordogne , Flaujac , nom de deux 
communes du Lot; dans le nord Flavy, nom d'une com- 
mune deTOise. 

Sont dérivés du même gentilice avec le suffixe latin -anus 
le nom du fundus Flavianus dans les chartes de Ravenne 
vers la fin du septième siècle et au commencement du 
neuvième (2), et le nom de la vallis Flaviana, près du 
Rhône , dans les environs de Saint-Gilles (Gard) , au neu- 
vième siècle (3). 

Flàviniacus, nom d'un locus situé dans Vager Burnaccn- 
sis et dans le pagus Alsinsis et où Widerad, dans un acte 
de Tannée 721 , raconte qu'il avait fondé une abbaye (4), 
est aujourd'hui Flavigny (Côte-d'Or) ; il y avait dans cet 
endroit un castrum à la même date (5) ; ce Flaviniacus est 
sans doute le même que celui où, suivant la chronique de 
Saint-Bénigne de Dijon , auraient été situés des biens don- 
nés à l'abbaye de Saint-Bénigne par le roi Gontran (561- 
593), c'est-à-dire environ un siècle et demi plus tôt (6). 
Un autre Flaviniacus , situé dans l'ouest de la France , est 
mentionné dans un jugement rendu par Clotaire III en fa- 
veur de l'abbaye de Saint-Denis, vers l'année 058 (7). Fla- 
viniacus vient de Flavinius. 

Flavinius est un gentilice rare; il y en a cependant quel- 
ques exemples ; ainsi on a trouvé en Espagne la tombe d'un 
certain Marnon , esclave de Flavinius Carpetus , de la ville 

(1) Tacite. Histoires, livre II, c. 94, 4- édit. de Halm, t. II, p. 98. 
[1] Fantuzzi, Monumeriti Ravennati, t. I, p. 2, 9, 21. 

(3) Molinier, Géographie historique de la province de Languedoc^ p. 166, 

(4) Pardessus, Dip/omafa, II, 123. 

(5) ibid., p. 324; cf. p. 399. 

(6) Dom Bouquet, III, 469 b. 

P) Tardif, Monuments historiques, p. 13, col 1, 



236 LIVRE II. CHAPITRE II. 

d'Uxama Barca (1), et celle du fils de Flavinius Flavus (2). 
Il y a en France , outre Flavigny (Côte-d'Or), cinq com- 
munes du nom de Flavigny : deux dans TAisne, les au- 
tres dans le Cher, la Marne et dans Meurthe-et-Moselle. 
Citons enfin Flavignac (Haute-Vienne). De la formule latine 
fundus Flavinianusj il y a, au huitième siècle, un exemple 
dans les chartes de Ravenne (3). 

Floriacus , le nom de Fleurey-sur-Ouche (Côte-d'Or) 
au sixième siècle, était le domaine d'un certain Siri- 
vald , ennemi d'Agéric , évêque de Verdun ; Agéric avait 
un fils qui vint à Floriacus et y tua Sirivald (4); c'était 
en 547. Une villa Floriacus , située entre deux mers dans 
le voisinage de Bordeaux , est mentionnée dans un testa- 
ment fait par Bertramne, évoque du Mans en 615 (5), Dans 
une charte émanée de Leodebodus, abbé de Saint- Aignan 
d'Orléans en 667, Yager Floriacus est le territoire sur 
lequel on va bâtir un monastère que le même document 
appelle S. Petrus Floriacensis (6). Dans un diplôme de Tan- 
née 706 donné par Arnoulf, duc de Bourgogne, en faveur 
de Tabbaye des Saints-Apôtres , près de Metz , il est fait 
don à cette abbaye d'un praedium Floriacum^ situé dans le 
pays de Voivre , au comté de Scarpone , dont le chef-lieu 
est situé dans le département de Meurthe-et-Moselle (7). 
En 866, Charles le Chauve donna à l'abbaye de Saint- 
Maur-les-Fossés des biens dans une villa nommée Floria- 
cus et située dans le comté de Reims (8) ; c'est aujourd'hui 



(1) C.LL,, II, 2854. 

(2) /bid., II, 2868. 

(3) Fantuzzi, Monumenti Aauennafi, t. I, p. 63. 

(4) Historia Francorum^ livre III, c. 35. Chez Dom Bouquet, t. II, p. 202 c 
Cf. Longnon, Géographie de la Gattle au sixième siècle f p. 213. 

(5) Pardessus, Diplomafa, t. I, p. 206. 

(6) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 142-144. C'est aujourd'hui Saint-Be- 
noît-sur-Loire (Loiret). 

(7) Pardessus, Diplomata^ t. II, p. 276. 

(8) Tardif, Monuments historiques, n* 194, p. 127. 



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LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 237 

Fleury-la-Rivière (Marne) (1). Au même siècle, dans la vie 
du roi Dagobert, Floriacus est Fleury-sur-Andelle (Eure) (2). 

Florins, d'où vient Floriacus, est un gentilice que nous 
font connaître quelques inscriptions. Telle est celle du 
tombeau du vétéran T. Florins Saturninus , au musée de 
Mayence (3). Telle est Tinscription d'Espagne qui nous ap- 
prend le nom et le surnom de Florins Vegetus, flamine de 
la province d'Espagne citérieure (4). Nous citerons encore 
la tombe élevée à P. Florins Crispinus par P. Florins Se- 
verus, son père, en Dalmatie (5). 

Le nombre des communes dont le nom moderne s'expli- 
que par un primitif Floriacus est d'au moins vingt-neuf, sa- 
voir : deux Fleuré (Orne et Vienne); cinq Fleurey (Doubs, 
Haute-Saône et Côte-d'Or); Fleurieu-sur-Saône et Fleu- 
rieux-sur-l'Arbresle (Rhône); dix-sept Fleury (Aisne, Aude, 
Eure, Loiret, Manche, Marne, Meuse, Nièvre, Oise, Pas- 
de-Calais, Saône-et-Loire , Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, 
Somme , Yonne) ; trois Floirac (Charente-Inférieure , Gi- 
ronde, Lot). Fleurian, écart de Capens (Haute-Garonne), et 
Florian , hameau de la commune de Logrian et Comiac de 
Florian (Gard), s'expliquent par un primitif f/ormniw équi- 
valent romain du gallo-romain Floriacus. 

FusciACus, villa située en Limousin, fut donnée à la ca- 
thédrale de Châlons-sur-Marne par Elafius, évéque de cette 
ville en 565 (6). Le même nom apparaît dans un diplôme 
faux de Clovis P' (7) qui désigne par là une localité du pa- 
gus SenoniciLs, aujourd'hui Foissy , canton de Villeneuve- 
l'Archevéque (Yonne) (8). Un ager Fusciacensis en Maçonnais 

(1) Longnon, Etude sur les pagi de la Gaule, 2* partie, p. 15. 

(2) Krusch, Scriptores rerum merovingicarurriy t. II, p. 516, 1. 16. 

(3) Brambach, n« 1667. 

(4) C. /. L., II, 4210. 

{5)/Md., ni, 1923; cf. VI, 18482-18488. 

(6) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 423. 

(7) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 115, ligne 47. Ce nom a 
été écrit Furtiacum chez Pardessus, Diplomata^ 1. 1, p. 35. 

(8) Quantin, Dictionnaire topographique du département de l'Yonne^ p. 53. 



'^r^ri 




238 LIVRE II. CHAPITRE II. 

est mentionné , au neuvième siècle , dans les chartes de 
Tabbaye de Saint-Vincent de Mâcon. C'est aujourd'hui 
Fuisse (Saône-et-Loire) (1). 

Fuscius, d'où Fusciacus^ est un gentilice conservé par 
une inscription de Nimes où on lit les noms de M. Fuscius 
Nedymus (2). On trouve aussi les noms de femmes : Fus- 
cia Cypare, dans une inscription d'Espagne (3), Fuscia Ci- 
tata , dans une inscription de Carinthie (4), Fuscia Aemilia 
dans une inscription d'Afrique (5). L'orthographe Fouscius 
est offerte par une inscription de Gemona dans l'Italie du 
nord-est ; il s'agit d'une tombe élevée à M. Fouscius Licnus 
et à C. Fouscius Balbus (6). 

Fusciacus explique sept noms de communes : deux Fois- 
sac (Aveyron et Gard) ; un Foissiat (Ain) ; trois Foissy, dont 
un dans la Côte-d'Or et deux dans l'Yonne ; enfin Fuisse 
(Saône-et-Loire). 

Galiacus, locellus situé dans le Blaisois ou le Dunois, 
dépendait de l'abbaye de Marmoutiers, aux termes d'un di- 
plôme émané de Louis le Débonnaire en 832 (7). La bonne 
orthographe de ce nom doit être Galliacus, 

Gallius, dont Galliacus dérive, est un gentilice romain 
porté notamment par Q. Gallius, édile, l'an 67 avant J.-C, 
préteur deux ans plus tard , et qui , probablement Tannée 
suivante, fut accusé d'avoir employé des moyens fraudu- 
leux pour obtenir cette charge ; Cicéron fut son avocat ; la 
plaidoirie du célèbre orateur est perdue ; on n'en a con- 
servé que de très courts fragments. Q. Gallius eut deuxfils : 
l'un , qui portait le prénom de Marcus , prit le parti d'An- 



Ci) Ragut, Cart. de Saint-Vincent- de-Mâcon, p. ccviir, 62, 112. 

(2) C. /. L., XII, 3499. 

(3) Ibid., II, 1370. 

(4) Ihid., III, 4917. 

(5) Ibid., VIII, 9862. 

(6) Ibid., V, 1818. 

(7) Dom Bouquet, VI, 583 c. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 178, 
n* 306. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 239 

toine contre Auguste et mourut en laissant un testament 
par lequel il adoptait Tibère (1); Tautre, appelé Quintus 
comme sou père, devint préteur, et Auguste, pendant son 
triumvirat, le lit tuer après Tavoir fait mettre à la torture 
et lui avoir de sa main arraché les yeux (2). 

On trouve plusieurs Gallius dans les inscriptions. Ainsi 
à Feyzin (Isère), une tombe a été élevée par D. Gallius Sa- 
cer pour lui-même et pour D. Gallius Lascivius son père (3). 
En Istrie , près de Rozzi , on a lu sur une stèle funéraire 
les noms du soldat L. Gallius Silvester (4). On a recueilli 
en Pannonie une dédicace à Jupiter par M. Gallius Cel- 
sinus (5). 

Par Galliacus dérivé de Gallius s'explique le nom de 
Gaillac, porté par trois communes : Aveyron, Haute-Ga- 
ronne, Tarn; celui de Jailly qui désigne deux commu- 
nes, Gôte-d'Or, Nièvre; enfin celui de Jallieu (Isère). 

Gacdiacus, enTouraine, était un vicus où du temps de 
Grégoire de Tours, sixième siècle , on conservait des reli- 
ques de saint Julien de Brioude, et on prétait serment 
sur elles (7); c'est aujourd'hui Joué-les-Tours (Indre-et- 
Loire) (8), localité plusieurs fois mentionnée sous le même 
nom de Gaudiacus, dans les titres de l'abbaye de Saint- 
Martin de Tours, au dixième siècle (9). Un autre Gaudia- 
eus est le lieu d'origine d'une jeune fille qui, lors de la 
translation des reliques de saint Léger, vers la fin du sep- 
tième siècle, dut sa guérison à l'intercession du saint; on 



(1) De- Vit, OnomsLSiicon, t. III, p. 203. 

(2) Suétone, Auguste^ c. 27. 

(3) ÂUmer, Inscriptions de Vienne^ t. III, p. 96. 

(4) C, /. L., V, 430. 

(5) /5id., III, 4405. Cf. VI, 18866-18873. 

(C) Fantuzzi, Monumenii Ravennatij t. I, p. 16, 35, 166. 

(7) Grégoire de Tours, De miraculis sancti JuUani^ c. 40, édition Arndt 
et Krusch, t. II, p. 580, ligne 18. Bordier, Les livres des miracles^ I, 376. 

(i>) Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 273. 

(9) Mabille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours^ p. 125, 143, 144, 
187, 188, 225. 



240 LIVRE II. CHAPITRE IL 

suppose que ce Gaudiacus était situé dans le territoire de 
Chartres (1). Un troisième Gaudiacus^ situé près de la ri- 
vière appelée Aïbeta^ en Berry, aujourd'hui Jouet-sur-FAu- 
bois (Cher) , eut , au septième siècle , un monastère habité 
par des religieux de Tordre de Saint-Colomban (2). Gaudia- 
cus^ in pago Wabrinse, fut donné, en 770, à Tabbaye de 
Gorze, par Angelramme, évoque de Metz (3) ; on pense re- 
connaître cette villa dans Jouy-sous-les-Côtes (Meuse) (4\ 
ou, suivant d'autres, Jouy-aux- Arches (Moselle) {^). Gaudia- 
cus^ propriété de l'abbaye de Jumièges en 849, suivant un 
diplôme de Charles le Chauve (6), est aujourd'hui, croit-on, 
Jouy-sur-Eure , près d'Evreux (7). En 978 , une localité 
appelée Gaudiacus appartenait à Letgarde, comtesse de 
Champagne et de Blois, bien que sa mère Richilde l'eut 
donnée à Saint-Martin de Tours; c'est maintenant Jouy- 
le-Châtel (Seine-et-Marne) (8). 

Gaudiacus = * Gavidiacus est dérivé de Gavidius. Gavi- 
dius est un gentilice romain peu commun, mais dont les 
inscriptions nous ofiFrent quelques exemples. Tel est le 
nom de femme Gavidia Torquata, dans deux inscriptions 
de Karlsburg en Hongrie, autrefois en Dacie, que pos- 
sède aujourd'hui la bibliothèque de Vienne en Autriche (9\ 
Une inscription d'Aquilée nous apprend les noms de L. Ga- 
vidius Secundinus (10); des inscriptions de l'Italie méridio- 



(1) ViiB, s&ncti Leodegarii, c. 18, chez Dom Bouquet, II, 625 b. 

(2) Vita sancH Eustasii, chez Dom Bouquet, III, 501 c. 

(3) Dom Calmet, Histoire de Lorraine^ 1** édition. Preuves, col. 285. 

(4) Liénard , Dictionnaire topographique du département de la Meuse , 
p. 117. On remarquera que dans plusieurs pièces du huitième et du dixième 
siècle, cette localité est appelée Gaugiacum, 

(5) Bouteiller, Dictionnaire topographique du déparlement de la Moselle^ 
p. 132, 

(6) Dom Bouquet, VII, 499 6. 

(7) Blossevillc, Dtcttonnatre topographique du département de VEure, 
p. 220. 

(8) Mabilie, La pancarte notre de Saint-Martin de Tours, p. 143, 225. 

(9) C. I. L., III, 1071, 1072. 

(10) Ibid., V, 909. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 241 

nale, ceux de Gavidius Ëutychius, de Gavidia Ma[D]3ueta (1) 
et d'A. Gavidius Félix (2). 

La variante Gavedius nous est donnée par une stèle fu- 
néraire de l'Italie centrale où se lisent les noms de Q. Ga- 
vedius Verus (3). 

II est certain que ce nom. pénétra en Gaule ; on a trouvé 
à Narbonne les épitaphes de L. Gavidius PoUio et de 
L. Gavidius Scaeva (4). L'Aquitain Sulpice Sévère , dans 
son récit du concile de Rimini , en 359 , rapporte qu'il 
tient certains détails de Gavidius, et il l'appelle episcopum 
nostrwn (5). 

De Gauidiaous paraissent venir le nom de Joué, porté par 
sept communes : Indre-et-Loire , Loire-Inférieure , Maine- 
et-Loire , Orne , Sarthe ; celui de Jouey (Côte-d'Or) , et ce- 
lui de Jouy, porté par seize communes : Aisne, Eure, 
Eure-et-Loir, Loiret, Marne, Meuse, Oise, Seine-et- 
Marne, Seine-et-Oise , Yonne. En comptant Jouet (Cher), 
nous arrivons à un total de vingt-cinq communes dont le 
nom primitif est Gaudiacus, 

Geniciagus , villa donnée à la cathédrale de Vienne 
(Isère) par Ephibius, en 696 (6), est appelée à l'ablatif Genecio 
pour Gmiciaco^ dans un diplôme faux de Childebert III (7); 
c'est aujourd'hui Genissieux (Drôme). 

Genicius, d'où Geniciacus^ est une variante de Genucius ; 
exemple, M. Genicius Menecrates dans une inscription de 
Nocera en Italie (8). Genucius est le nom d'une gens plé- 
béienne de Rome qui a fourni sept consuls de Tan 451 à 



(1) C. /. L., X, 2474. 

(2) /Wd., X, 6713. Cf. VI, 1888, 1889. 

(3) /btd., IX, 5683. 

(4) IWd., Xn, 4834. 

(5) HûtoHa sacra, Uvre II, c. 41 ; Hign«, Psitrologia, lah'na, t. XX, col. 152 c. 

(6) Pardessus, Dtplomata, t. II, p. 240, 241. 

(7) /Wd., p. 247. Cf. Pertz, Diplom^tum imperii tomus primus, p. 194, 
ligne 33. 

(8) C. J. L., X, 1084. 

16 



242 LIVRE, II. CHAPITRftMI. 

l'an 271 avant J.-C, et dont les inscriptions du temps de 
Tempire ofifrent quelques exemples (1). 

Outre Genissieux (Drôme), Geniciacus explique Genissac 
(Gironde). 

Gentiliacus , où Pépin le Bref célébra les fêtes de Noël 
et de Pâques en 762, celles de Pâques en 766 (2), est 
aujourd'hui Gentilly (Seine), alors dépendance du domaine 
royal; Louis II le Bègue détacha Gentilly du domaine 
royal en 878 et le donna à la cathédrale de Paris, à la con- 
dition que les revenus seraient employés au luminaire (3). 

Gentiliacus dérive de Gentilius. Ce gentilice était porté 
par le légionnaire vétéran G. Gentilius Victor qui fit élever 
à Mayence un autel de marbre en Thonneur de l'empereur 
Commode alors régnant, 193-211 après J.-C. (4). 

Germaniacus est une villa que le roi d'Austrasie Thierry I*', 
fils de Clovis , donna à saint Thierry, abbé de Saint-Remy 
de Reims ; c'était dans la première moitié du sixième siècle, 
entre les années 511, date de Tavènement du roi, et 533 
environ , date de la mort du saint , auquel survécut le roi 
mort en 534 (5) ; cette localité est aujourd'hui Germigny 
(Marne). Dans la plupart des textes, l'a de la seconde syl- 
labe de Germaniacus s'assimile à Vi de la syllabe suivante : 
Germiniacus. C'est ainsi que se trouve écrit le nom d'un 
village du pagus Remensis , qui s'est appelé au moyen âge 
Germigny-Pend-la-Pie, et dont on a retrouvé l'emplace- 
ment dans le département des Ardennes (6) ; ce Germi' 



(1) De- Vit, Onomasticon, t. III, p. 230-231; cf. C. I. L., VI, 19022-19026. 

(2) Annales Francorum Tiliani , chez Dom Bouquet , V , 17 d , 18 b ; An- 
nales Francorum LotaeZtani, tbid., 36 b. Eginhardt Annales, ibid,, 199, c, d, 
200 a; Annales Metenses, iMd., 338 e. 

(3) C&rtulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 262. 

(4) Brambach, n* 1076. Cf. C. /. L., XII, 857. 

(5) Vita s. T/ieoden'ct, chez Dom Bouquet, III, 406 c. 

(6) Longnon, Etude sur les pagi de la Gaule, 2* partie, p. 11, 12; £jcanien 
géographique du tome premier des Diplomata tmpeni, p. 24. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8AU MOYEN AGE. 243 

niaous fut donné au duc Grimoald, maire du palais d'Aus- 
trasie, fils de Pépin le Vieux, par le roi mérovingien 
Sigebert IIL qui régna de 630 à 654 ; Orimoald en transféra 
la propriété à l'abbaye de Malmedy (1), qui fit confirmer 
cette donation par le roi Childcric II en 664 (2) et par Da- 
gobert II en 677 (3). Germiniacus est aussi l'orthographe 
adoptée pour Germigny (Yonne), dans deux diplômes faux 
qu'auraient donnés à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif de 
Sens le roi Clovis I" (4) et Theudechilde , sa fille (5). Ger- 
migny (Loiret) est appelé Germiniacus au dixième siècle par 
l'auteur du Livre des Miracles de saint Maximin de Micy : cet 
auteur raconte que Théodulphe, évoque d'Orléans, 787-821, 
fit construire à Germiniacus une basilique imitée de celle 
d'Aix-la-ChapeUe (6). 

Germanius, dont viennent Germaniacus et Germiniacus, 
est un gentilice qu'on a rencontré quelquefois dans des 
inscriptions : Q. Germanius Valens, sur une stèle du musée 
de Pettau en Styrie (7) ; Germanius Dentilianus, Germanius 
Petronianus, Germanius Valens, dans une inscription 
d'Afrique (8) ; Magius Germanius Statorius Marsianus, dans 
une inscription de Milan (9) ; G. Germanius Corobus, dans 
une inscription du musée de Metz (10). 

L'orthographe la plus ancienne Germaniacus , avec un a 



(1) Pardessus, DiplomtiU, t II, p. 92. Pertz, Diplomtitum imperii tomus 
primua, p. 91. 

(2) Pardessus, Diploma-ia, , t. II, p. 137 , 138. Pertz , Diplom^turri imperii 
lomuB primuSy p. 26, ligne 37. 

(3) Pardessus, Dtplomafa, t. II, p. 176. Pertz, DiplomAtum imperii tomus 
primus, p. 42. 

(4) Pertz, Diploma,tum imperii tomus primus^ p. 116, ligne 3; chez Par- 
dessus, Diplomata, t. I, p. .36, au lieu de GerminiacOy on a imprimé Tra- 
minaco. Cf. Quantin, Dictionnaire topographique du département de 
l'Yonne, p. 60. 

(&) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 133, ligne 7. 

(6) Dom Bouquet, V, 469 c. 

(7) C. I. L., III, 4067. 

(8) JWd., VIII, 440. 

(9) /bid., V, 5869. 

(10) Robert, Epigraphte j/allo-romaine de la Moselle, fascicule premier, 
p. 31-33. 



244 LIVRE II. CHAPITRE II. 

après Tm, persiste dans deux noms de communes : Ger- 
magnat (Ain), Germagny (Saône-et-Loire). Ailleurs Tortho- 
graphe la plus moderne avec Yi après ïm a été préférée, 
Germignac (Charente-Inférieure); Germigney (Jura et 
Haute- Saône) ; Germigny (Cher, Loiret, Marne, Nièvre, 
Seine-et-Marne, Yonne). Chacun de ces départements con- 
tient une commune du nom de Germigny, sauf Seine-et- 
Marne qui en renferme deux. Le nombre des communes 
dont le nom est un dérivé du gentilice Germanius est de 
douze. 

Il ne faut pas confondre ces noms avec celui de Ger- 
menay (Nièvre), Germanayum dans un document du trei- 
zième siècle (1). Germanayum s'est dit évidemment * Ger- 
managus à l'époque mérovingienne et * Germ^nacas sous 
l'empire romain. C'est un dérivé du surnom Germanus. 
Exemples : L. Sennius Germanus, dans une inscription du 
musée de Vienne (Isère) (2) ; Nonnius Germanus, dans une 
inscription de Trêves (3); M. Aurelius Germanus, dans une 
inscription de Mombach en Hesse (4), Fabius Germanus, 
dans une inscription de Gundelsheim en Wurtemberg (5). 
C'est du surnom Germanus (6) que dérive le gentilice 
Germanius. 

Gessiagus est un locellus ou une colonica donné à l'ab- 
baye de Flavigny par l'abbé Widerad en 721 (7). On croit 
le reconnaître dans Gissey-sous-Flavigny (Côte-d'Or). 

Le gentilice Gessius a reçu une certaine notoriété grâce 
à Gessius Florus nommé procurateur de Judée, en l'an 66 
de notre ère, par l'empereur Néron; Gessius Florus dut 

(1) Soultrait , Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, 
p. 82. 

(2) AUmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. II, p. 559. 

(3) Brambach, n* 825. 

(4) Brambach, n* 972. Cf. n* 1017. 

(5) Brambach, n* 1606. 

(6) Le C. /. L., VI,. 19030-19032, offre des exemples d'individus qui s'kppe- 
làient Germanus- sans gentilice ni prénom. 

(7) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 324. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 245 

cette dignité à Tinfluence de la fameuse Poppée , amie de 
sa femme et maîtresse de Néron ; ses injustices criantes 
causèrent, dit-on, la révolte des Juifs dont la répression 
par Titus se termina par la ruine de Jérusalem (1). D'autres 
Gessius nous sont connus par les inscriptions ; tels sont : 
L. Gessius Optatus, auteur d'une dédicace à Neptune qui 
appartient au musée de Turin (2); C. Gessius Rogatus (3), 
dans une inscription d'Afrique ; P. Gessius Ampliatus, nom 
inscrit sur un vase de verre trouvé en Italie (4) ; D. Gessius 
Félix, nom inscrit sur une lampe antique (5). C. Gessius 
Miccio et M. Gessius Augur, connus par des inscriptions 
de Vienne (Isère) et de Nimes (6). 

Il y a, dans la Côte-d'Or, trois communes de Gissey; 
Gissac (Aveyron) parait être aussi un Gessiacus. Geyssans 
(Drôme) est identique à la variante latine * Gessiarms. 

Graciacus, donné à la basilique de Saint-Germain par 
Bertramne , évêque du Mans en 615 (7) , est aujourd'hui 
Grazay (Mayenne); on doit probablement supposer une 
orthographe primitive Gratiacus ou Grattiacus, C'est Gra- 
tiacus qu'on trouve, au dixième siècle, dans le Cartulaire 
de Savigny ; il s'agit de Grézieux-le-Marché (Rhône) (8) ; 
mais le territoire de ce village est appelé, au même siècle, 
Grassiacensis ager (9). Graissago^ au cas indirect, est, en 894, 
le nom d'une villa située dans le territoire de Brioude 
(Haute-Loire) (10). 

Gratins est le nom porté au premier siècle avant notre 

(1) Josèphe, Antiquités judaïques y livre X, c. 11, édit. Didot, p. 791. Cf. 
Tacite, livre V, c. 10. 
P) C. /. L.. V. 7457. 

(3) IMd., VIII. 278. 

(4) Ibid., X, 8062, 5. 

(5) Ibid., X, 8053, 91. Voir aussi C. I. L , VI, 19040-19044. 
(6) /6id., XII, 1914, 3224 

(7) Pardessus, Diplom&ta, t. I, p. 209. 

(8) Aug. Bernard, C&rtuUire de Savigny, t. II, p. 827. On y trouve aussi 
Graciacus en 1087, t. I, p. 437. 

(9) Ibid., t. I, p. 103; t. II, p. 1078. 

(10) Doniol, Cartulaire de Brioude, p. 41. 



246 LIVRE II. CHAPITRE IL 

ère par le poète Gratius Faliscus, auteur d'une Cynégéti- 
que en vers latins que nous avons encore, et qui est citée 
par Ovide. Il y a quelques exemples de ce gentilice dans 
les inscriptions. Ainsi, on a trouvé à Ancône le monument 
élevé à la mémoire de M. Gratius Coronarius, mort sur 
mer , victime d'une tempête (1). Le nom de fabricant 
G. Grati, au génitif, a été lu sur un vase de terre trouvé 
en Espagne (2). Le nom de femme, Gratia Hibern[a],a 
été fourni par une inscription funéraire de la Hesse (3); 
celui de Gratia Gratiana par une inscription de Grenoble (4). 

On a signalé aussi l'orthographe Gracius avec un c, dans 
l'épitaphe de Gracius Auspecio (5), et Grattius avec deux (. 
Cette dernière orthographe est même la plus fréquente 
dans les inscriptions ; plusieurs exemples appartiennent à 
la Gaule ; telles sont les épitaphes de Q. Grattius Proclio 
et de Grattia sa fille, provenant de Vienne (Isère) et con- 
servées au musée de Lyon (6). Dans une inscription de 
Vienne (Isère), les deux orthographes par un seul i ou par 
un double ^, Gratius et Grattia, paraissent avoir été em- 
ployées concurremment (7). 

Outre Grazay (Mayenne) et Grézieux-le-Marché (Rhône), 
GratiacuSj Grattiacus ou peut-être Graciacus explique le 
nom de trois communes de Grazac (Haute-Garonne, Haute- 
Loire, Tarn); de celles de Gressey (Seine-et-Oise), Gressy 
(Seine-et-Marne), Grésy (Savoie, Isère), Grézac (Charente- 
Inférieure) ; des deux communes de Grézieu-la-Varenne 
(Rhône) et de Grézieux (Loire). 

Gratiasca (8) , Graciasca (9) , aujourd'hui Gréasque (Bou- 

(1) c. I. L., IX, 59Î0. 

(2) ma., II, 4970, 219. 

(3) Brambach, 1238. 

(4) Allmer, Inscriptions de Vienne^ t. II, p. 312. 

(5) Brambach, p. 29, n* 2045. 

(6) Allmer, InscHpiions de Vienne, t. II, p. 502; cf. C. /. L., VI, 19tl7- 
19125. 

(7) Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 508. 

(8) Quérard, Csirlulaire de Saint-Victor de Marseille, 1. 1, p. 155, vers 1035. 

(9) Ibid.f p. 276, 1059-1085. Grezasca, plus moderne, est plus fréquent 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 247 

ches-du-Rhône), est la forme ligure ; Grézian (Hautes- 
Pyrénées), la forme latine du gaulois Gratiacus. 

Graniagengis finis est située dans le pagus Waldensis, 
suivant deux chartes données à Téglise de Lausanne, Tune 
en 881 (1), l'autre en 929 (2). Griniacus^ villa qui apparte- 
nait à l'église du Mans, aux termes d'un diplôme émané 
de Louis le Débonnaire en 832 (3), nous offre le môme 
nom avec assimilation de Va de la première syllabe à Vi 
de la seconde. 

Granius est un gentilice romain fréquent chez les auteurs 
comme dans les inscriptions. Un des Granius les plus con* 
nus est le grammairien Granius Flaccus qui vivait au pre- 
mier siècle avant notr^ ère ; il laissa un recueil d'indi- 
gitamenia, c'est-à-dire de formules de prières (4), et un 
livre De jure Papiriano , c'est-à-dire sur la législation attri- 
buée aux rois de Rome (5). Au même siècle appartiennent : 
P. Granius, témoin dans le procès de Verres (6) ; On. Gra- 
nius, beau-fils de Marins, et son compagnon dans sa 
fuite (7); enfin, un chevalier romain, nommé A. Granius, 
qui fit partie de l'armée de César dans la guerre contre 
Pompée et qui fut tué à Dyrrachium (8). D'autres Granius 
apparaissent dans les inscriptions de Rome (9). 



(t) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lausanne, publié par la So- 
ciété de rhistoire de la Suisse romande, p. 343. Cf. Regestre soit répertoire 
chronologique de documents relatifs à l'histoire de la Suisse romande, par 
Frinçois Forel, p. 26, n» 79. 

(2) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lausanne , p. 232. Cf. Re- 
gestre, etc., p. 42, !!• 133. 

(3) Dom Bouquet, VI, 586 a. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179. 
n*308. 

(4) Censorin, De die natali, c. 3, g 2. 

(5) Paul, livre X, « ad legom Juliam et Papiam , i> au Digeste, livre L , 
titre lYf, loi 144. Cf. Touffel, Geschichte der rœmischen Literatur^ 3* édit., 
p. 380. 

(6) Cicéron, In Verrem, action II, livre V, c. 59, § 154. 

(7) Appien, De bello civili, livre I, c. 60, 62, édit. Didot, p. 311, 312. Plu- 
tarque, Marius, c. 35, 37, 40, édit. Didot, p.. 508, 509, 511. 

(8) De bello civili, livre III, c. 71. 

(9) 0. 1. L., VI, 19072-19106, 



248 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Ce nom pénétra en Gaule. On a trouvé à Lyon un frag- 
ment de la stèle funéraire d'un certain Granius, qui était 
originaire de Trêves, marchand de vins et citoyen romain(i). 
Un potier, son homonyme, faisait usage d'une marque où 
son nom était inscrit au nominatif (2). On a recueilli près 
de Xanten une dédicace à Mercure par T. Granius Victo- 
rinus (3). 

Graniaca^ s'accordant avec villa ^ comme Graniacus avec 
fundus^ a donné Gragnague, nom d'une commune du dépar- 
tement de la Haute-Garonne. Griniacus = Graniacus se 
prononce aujourd'hui Grigny et c'est le nom de trois com- 
munes, Pas-deCalais, Rhône, Seine-et-Oise. Le gallo-romain 
Graniacus avait pour pendant le latin Granianus^ nom d'un 
fundus de Veleia sous l'empire romain (4) , et d'un autre 
fundus Granianus au moyen âge , dans les chartes de 
Ravenne (5). Grinianus^ variante de Granianus^ est devenu, 
dans la France moderne, Grignan (Drôme). 

[HIermoniace , cédé par un certain Ebroin à l'abbaye de 
Saint-Denis, aux termes d'un acte d'échange que Charles 
le Chauve coniBrma en 867 (6), porte un nom qui a dû 
primitivement se prononcer Harmoniacus, et qui dérive 
à^Harmoniîis. 

Harmonius est un mot d'origine grecque ; on le trouve 
employé comme surnom : Q. Gavius [H]armonius, dans une 
inscription de Rome (7); et comme nom : Harmonius Janua- 
rius , dans une inscription tirée du fond de la mer, près de 



(1) Boissieu, Inscriptions de Lyon^ p. 400, 430. 

(2) Boissieu, Inscriptions de Lyon» p. 433 ; Schuermans , Sigles figulins , 
p. 131, n- 2466. 

(3) Brambach, n* 154. 

(4) Table alimentaire de Veleia, col. 6, ligne 13. 

(5) Fantuzzi, Monumenti R&vennatit t. I, p. 38, 49. 

(6) Tardif, Monuments historiques, p. 129, n* 199. Suivant M. Matton, 
Dictionnaire topographique du dôpartement de l'Aisne ^ p. 186, ce serait 
aujourd'hui Morgny-en-Tiérache. 

(7) OreUi, n* 2618; C. I. L., VI, 10093. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 249 

Naples, et aujourd'hui conservée au musée de Leyde (1). 
Ce nom pénétra en Gaule ; au quatrième siècle , Ausone 
l'atteste dans son épitre à Ursule , grammairien de Trêves ; 
il félicite Ursule d'être collègue d'Harmonius , célèbre 
en ce temps par un travail sur Homère, et qui, à cette 
époque de décadence , par une sorte de merveilleux mono- 
pole, associait à la connaissance du latin celle du grec alors 
à peu près inconnu en Gaule (2). 

[H]elariacus est une villa donnée par le testament 
du roi Contran à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, 
comme nous l'apprend un diplôme du roi Clotaire III, en 
663 (3); on sait que Gontran mourut en 593. Plus tard, 
Hileriacus est le nom d'une villa appartenant à l'église 
Notre-Dame de Paris, aux termes d'un diplôme faux de 
Charlemagne (4) et de deux diplômes authentiques, l'un 
de l'évéque Inchad, en 829 (5), l'autre de Charles le Chauve, 
en 850 (6). [H]elariacus , propriété de l'abbaye de Saint- 
Bénigne de Dijon, parait être aujourd'hui Larrey (Côte- 
d'Or). Quant à la variante Hileriacus y nom de. la propriété 
du chapitre de Notre-Dame de Paris , on n'en connaît pas 
la forme en français. 

Ces noms de lieux sont dérivés du gentilice Hilarius 
porté par Hilarius Lucus dans une inscription de Trêves (7), 
par Hilarius Sequens dans une inscription du musée de 



(1) C. I. L., X, 2496. 

(2) Quique sacri lacenim collegit corpus Homeri , 

Quique notas spuriis versibus apposait , 

Gccropiae commune decus, Latiacque Camenae , 

Solus qui Ghium miscet, et Ammineum. 

Ausone, épitre XVIII, v. 28-31. 

(3) Pertz, Diplomatum imperii tomus primuSf p. 39, lignes 4, 5. Pardes- 
sus, Diplomata, t. I, p. 132. 

(4) Cartulaire de Notre-Dame de Paris y t. I, p. 240. Sickel, Ac(a Karoli- 
norum, t. II, p. 431. 

(5) Cartulaire de Notre-Dame de Paris t. I, p. 322. 

(6) Ibid., t. I, p. 251. 

(7) Brambach, n* 825. 



250 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Wiesbaden (1), par Hilaria Quintilla dans une inscription de 
Grenoble (2). Ce nom fut illustré au quatrième siècle par 
saint Hilaire, évéque de Poitiers, mort en 368 (3), plus 
tard par Hilaire, évoque d'Arles, qui vivait dans la première 
moitié du cinquième siècle (4). 

JocuNDiACus est le nom d'une maison située près de 
Tours ; là s'aventurèrent , en 577 , Mérovée , fils du roi 
Chilpéric, et Gontran Boson, qui s'étaient réfugiés dans 
la basilique de Saint-Martin de Tours, pour y jouir du 
droit d'asile et par là conserver leur vie (5). Mons Jocunr 
diacus était, au neuvième siècle, le nom d'une montagne; 
au-dessus s'élevait une cella sancti Martini qui apparte- 
nait à l'abbaye de Saint-Denis : on l'apprend par un 
diplôme de Charle le Chauve qui remonte à l'année 862 (6). 
Au même siècle et dès le précédent, les rois d'Aquitaine 
avaient en Limousin un palais appelé, au neuvième siècle, 
Jocundiacum , dans la vie de Louis le Débonnaire , dite de 
« de l'Astronome (7), » et Jogundiacum dans un diplôme 
de l'année 794 (8). L'orthographe Joguntiacum nous est 
ofiferte par un document du onzième siècle (9). Nous devons 
partout restituer * Jucundictcus. 

Jucundius est un gentilice qu'on peut relever dans quel- 
ques inscriptions. Dans une dédicace à Jupiter trouvée à 
Dottendorf , on voit apparaître le légionnaire C. Jucundius 
Similis (iO). Jucundius est un des noms propres qui se lisent 



(1) Brambach, n* 1027. 

(2) AUmer, Inscriptions de Vienne^ t. II, p. 316. 

(3) Teuffol, Geschichte der rœmischen Liter&tur, 3* édit., p. 976, 977. 

(4) Teulfel, ibid., p. 1078. 

(5) Grégoire de Tours, Historia Francorum^ livre V, chapitre 14, édi- 
tion Arndt, p. 204; cf. Longnon, Géographie de U Gaule au sixième siècle, 
p. 274. 

(6) Tardif, Monuments histqriqueSf p. 119. 

(7) C. 47, chez Dom Bouquet, VI, 112 d. 

(8) Dom Bouqaet, VI, 453 b ; Sickel, Acta Karoltnorum, t. II, p. 84. 

(9) Translalio sancti Genulfi episcopi, D. Bouquet, VI, 331 a. 
(10) Brambach, n* 512. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 251 

dans les fragments d*inscriptions recueillis à la porte noire 
de Trêves (1). On a trouvé en Hongrie une dédicace à 
Jupiter par Jucundius Juvenalis (2). Une inscription d'Afri- 
que sur une borne de champ nous apprend que cette borne 
a été placée au temps de l'empire romain par ordre du 
praeses Jucundius Peregrinus (3). 

Par Jucundiacus ^ on peut expliquer les noms de Janzé 
( lUe-et- Vilaine ) ; Janzat (Allier); Jonzac (Charente-Infé- 
rieure) ; Jonzieux (Loire). 

JuvENCiACUM est le nom d'un palais dont la situation 
nous est inconnue et d'où Louis le Débonnaire a daté un 
diplôme en 832 (4). L'orthographe primitive a dû être 
^Juventiacus, 

Juventius est un gentilice romain connu à la fois par les 
auteurs et par les inscriptions. Ainsi Tite-Live nous apprend 
qu'en l'an 197 avant J.-C, le tribun militaire T. Juventius 
pérît dans une bataille contre les Gaulois (5). T. Juventius 
Thalna devint préteur en l'an 195 (6). Vers la même épo- 
que paraît avoir vécu le poète comique Juventius (7). L. Ju- 
ventius Thalna fut lieutenant du préteur Calpurnius en 
Espagne, l'an 185 avant notre ère (8). M. Juventius Thalna, 
d'abord tribun du peuple, devint préteur l'an 167 avant 
notre ère (9), consul en 163, et mourut subitement en célé- 
brant un sacrifice (10). Vers le commencement du premier 
siècle avant J.-C, dn comptait parmi les disciples du juris- 
consulte Q. Mucius Scaevola un certain C. Juventius, et il 



(1) Brambach, n* 826. 

(2) C. /. L., III, 887. 
(3)/bid., VIII, 8811. 

(4)Dom Bonquet, VI, 581 c. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 178, n» 304. 

(5) Tite-Live, livre XXXIII, c. 22. 

(6) Tite-Live, livre XXXIV, c. 42, 43. 

(7) Voyez les textes réunis par Teuffel , Geschichte der rœmischen Lite- 
rafur, 3' cdit., p. 187. 

(8) Tite-Live, livre XXXIX, c. 31, 38. 

(9) Ibid., livre XLV, c. 16, 21. 

(10) C. /. L., t. I, p. 437. Pline, Histoire naturelle, livre VII, } 182. 



252 LIVRE IL CHAPITRE IL 

acquit lui-môme une autorité dont le souvenir subsistait 
encore deux cents ans plus tard comme Tatteste un frag- 
ment du jurisconsulte Pomponius (1). Il y eut sous le haut 
empire deux autres jurisconsultes du même nom, les deui 
Juventius Celsus , père et fils , qui vécurent , l'un vers le 
milieu du premier siècle de notre ère (2) , Tautre vers la 
fin de ce siècle ou le commencement du suivant ; ce der- 
nier laissa d*importants ouvrages dont le Digeste nous a 
conservé des débris nombreux ; il fut élevé une fois à la 
préture et deux fois au consulat (3). 

Ce gentilice pénétra en Gaule, témoin une inscription de 
Grenoble où se lisaient les noms de Q. Juventius Victor (4) 
et une inscription de Lornay où on lit ceux de G. Juventius 
Secundinus (5). 

Jouancy, commune du département de l'Yonne, est ap- 
pelé Jovenciacum dans un document de Tannée 1157; il 
faut corriger * Juventiacus et reconnaître dans ce nom de 
lieu un dérivé du gentilice Juventius. La forme gallo- 
romaine " Juventiacus avait pour variante proprement ro- 
maine JuventianuSy nom d'une villa dépendant de Fabbaye 
de Saint- Vaast d'Arras en 867 : nous l'apprenons par un 
diplôme de Charles-le-Chauve (6). 

JuviNiACus est, suivant la Vie de saint Arnoul, le nom 
d'une localité située dans le Soissonnais et où Clovis se 
serait rendu après la célèbre victoire contre les Allemands 
qui le décida à se convertir au christianisme l'an 496 de 
notre ère; on pense que c'est aujourd'hui Juvigny (Aisne) (7). 

(1) Pomponius, Liber singul&ris enchiridii^ au Digeste, livre I, titre 2, 
loi 2, i 42. 

(2) Teuffel, Geschichte derrœmischen Liter&tur, 3* édit., p. 712, 713. 

(3) Teuflfel, ibid,, p. 795. Le C, /. L., VI, 20940-20958, nous donne des 
exemples de ce gentilice dans les inscriptions de Rome. 

(4) Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 147. 

(5) Allmer, ibid.. t. III, p. 277. 

(6) Dom Bouquet, VIII, 605 a. 

(7) Dom Bouquet, III, 383 d. Matton, Dictionnaire topographique du dé- 
partement de l'Aisne, p. 146. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 253 

En 799, Juviniacus est le nom d*un fisctis dont une partie 
est cédée par Châriemagne à l'abbaye de Saint-Sauveur 
d'Aniane (Hérault) (1) , et cette libéralité est confirmée par 
Louis le Débonnaire en 837 (2). Un diplôme de Charles le 
Chauve nous apprend qu'il y avait dans le comté de Troyes, 
en 877, une villa appelée Juviniacus, aujourd'hui Jeugny 
(Aube) (3). Un autre Juviniacus qui aurait été situé dans la 
Champagne septentrionale est mentionné dans le polypty- 
que de Saint-Remy de Reims; suivant M. Longnon, ce 
serait Jouaignes (Aisne) (4). Est-ce le Juveniacum oppidum 
d'une lettre de Gerbert qui aurait été écrite en 986 (5)? 
Une autre villa Juviniacus était située en M&connais, et 
l'église cathédrale de Nevers en devint propriétaire à la fin 
du neuvième siècle, ainsi qu'il résulte d'un diplôme émané 
du roi Eude en 894 (6). 

Juvinitums par deux i ou mieux Juveniacum par un seul z, 
vient du gentilice Juvinius, ou mieux Juvenius qui dérive 
àejuvenis, jeune, et qui se rencontre quelquefois au temps 
de l'empire romain. Une inscription de Gloett, en Bavière, 
conserve le souvenir d'un vœu fait à Jupiter, Junon et 
Minerve , dans l'espérance de conserver la vie à Juvenius 
Speratus (7); le musée de Ratisbonne possède l'inscription 
placée sur le tombeau d'une famille dont le chef était 
M. Juvenius, ancien porte-étendard de la légion III Ao- 
lica (8). La variante Juvinius par deux i correspondant à 
Juviniacus nous est mise sous les yeux par une épitaphe 
romaine d'Espagne placée sur le tombeau de Juvinia Sabina, 
gr&ce aux soins de L. Juvinius (9). 

(l)Dom Bouquet, V, 762 a. Sickel, Acta, JSCaroItnorum, t. II, p. 61, n* 159. 

(2) Dom Bouquet, VI, 616 b. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. 194, 
r355. 

(3) Dom Bouquet, VIII, 659 b, 

(4) Longnon, Etude sur les pagi de la Gaule, 2* partie, p. 92. 

(5) Dom Bouquet, IX, 291 a. OUeris, Œuvres de Gerbert^ p. 55. 

(6) Dom Bouquet, IX, 464 b. 

(7) C. /. L., III, 5867, 

(8) Ibid., III, 5966. 
(9| Ibiff ., n, 495. 



254 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Le nom gallo-romain Juviniacus a perdu, en français, 
la syllabe médiale vi dans le nom de Jeugny (Aube) dont 
nous avons parlé à la page précédente. Mais ordinairement 
la syllabe médiale vi est conservée. Nous citerons comme 
exemple du maintien de cette syllabe les deux Juvigny du 
département de la Meuse dont l'un possédait une abbaye 
de femmes fondée, dit-on, par Richilde, femme de' Char- 
les le Chauve (1). Il y a en France sept autres communes 
du nom de Juvigny. Nous avons, p. 252, cité Juvigny 
(Aisne) ; les autres sont situées dans les départements du 
Calvados (2) , de la Manche , de la Marne , de l'Orne et de 
la Haute-Savoie, et chacun de ces départements contient 
un Juvigny, sauf l'Orne où Ton en compte deux. Juvi- 
gnies (Oise) suppose un primitif Juviniacae , sous-entendu 
villae ; quant à Juvigné (Maine) , il nous offre la pronon- 
ciation occidentale de la désinence -iacus dont Juvignac 
(Hérault) nous donne la prononciation méridionale. De ce 
relevé il résulte que douze noms de communes en France 
représentent Tadjectif dérivé gallo-romain yuvemoctw en en 
conservant la seconde syllabe. Un autre au moins a perdu 
cette syllabe en traversant les siècles. Quant à Jouai- 
gnes (Aisne) , il représente une variante Juveniae, sous- 
entendu villae : ici le gentilice , transformé en adjectif, 
ne prend pas de sufi&xe. 

LiziNiACus est le nom d'une villa mentionnée en 963 
dans une charte d'Etienne, évéque de Clermont, en faveur 
de l'abbaye de Saint-Julien de Brioude (3). Suivant Ja- 
cobs (4) et M. Longnon (5) , cette localité a changé de 
nom, et c'est aujourd'hui Saint-Germain-Lembron (Puy- 



(1) Liénard, Dictionnaire topogr&phique du département de la Meuse, 
p. 118, 119. 

(2) Hippeau , Dictionnaire topographique du département du Calvados^ 
p. 154. 

(3) Doniol, Cartulaire de Brioude, p. 341. 

(4) Géographie de Grégoire de Tours, 2* édit., p. 130. 

(5) Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 501. 



LA DÉSINENCE -1-ACUS AU MOYEN AGE. 1S5 

de-Dôme); au dixième siècle, elle n'avait pas d'autre nom 
que Lisiniaeua; mais il s'y trouvait une église dédiée à 
saint Germain (1). On a dû écrire plus anciennement Liei- 
niacus par un c au lieu du s; Grégoire de Tours nous 
apprend qu'en l'année 479 , le duc de Septimaniej Victo- 
rius , fit construire une basilique dans le Licaniacensis vi- 
cus (3) ; Jacobs et M. Longnon proposent de corriger Lici- 
macentis (3) et croient qu'il s'agit du vious ou de la villa 
qui , dans les chartes précitées , porte le nom de Lisinia- 
cai. Un diplôme, émané de Charles le Chauve en 869 (4), nous 
parle d'un locus qui portait le même nom : & l'accusatif plu- 
riel Lûiniacas dans le comté de Laon ; c'est aujourd'hui 
Résigny (Aisne) (5). Une villa Lisiniaca est mentionnée au 
onzième siècle dans un cartulaire de l'abbaye de Mo- 
léme (Côte-d'Or) (6) ; c'est Léslgny, commune de Mailly-la- 
ViUe (Yonne). 

Licinius est un des gentilices romains les plus connus. 
Un des hommes les plus célèbres qui l'aient porté est le 
plébéien C. Licinius Calvus Stolo, gendre du patricien 
M. Fabius Ambustus; il a surtout marqué sa place dans 
l'histoire romaine par l'influence que, poussé par l'ambi- 
tioQ de sa femme , il exerça à la tête des plébéiens , dans 
la lutte contre les patriciens , pendant la première moitié 
du quatrième siècle avant notre ère (7); il parvint au 
consulat l'an 361 avant J.-C. (8). Déjà, avant lui, deux 
membres de la même gens, tous deux appelés C. Licinius 
Calvus, avaient été élus tribuns militaires avec puis- 



(1) Doniol, Carlulalre de Brioude, p. 341. 

(31 Grégoire d« Tour», Bistoria Frsncorum, livre II, c. 30, èdit. Arndt, 
p. M. 

(3) C'Mt la Tariuits A'na muiiiBerït, Voj, Dom Bonqnet, tom. II , p, 171, 
not«0. 

H) Tardif, Uonumanli hi$torique$, W 199, p. 129. 

&) HatloD, Dictioniiaire topographique du liéparUment de l'AUne, p. 239. 

(et Qnuitiii, Cart. dt l'Yonne, t. II, p. 20. 

m Tito-LiTe, livre VI, c. 34. 

^ r. I. L., t. I, p. 510, 511. Tite-Uve, Uvm VU, c. 0. 



256 LIVRE II. CHAPITRE II. 

sance consulaire, l'un pour Tannée 400 avant notre ère (1), 
l'autre pour l'année 396 (2). A une époque moins éloignée 
de nous , le gentilice Licinius fut porté par les deux Cras- 
sus ; l'un , qui compte parmi les grands orateurs de Rome, 
fit fonder, l'an 118 avant notre ère, la colonie de Nar- 
bonne, et mourut l'an 91 ; il s'appelait L. Licinius Crassus; 
l'autre est le triumvir M. Licinius Crassus qui périt dans la 
guerre contre les Parthes, l'an 53 avant J.-C. Son contem- 
porain, L. Licinius Murena, consul Tan 62 avant notre ère, 
est connu parmi les humanistes, grâce à une éloquente plai- 
doirie de Cicéron ; comme L. Licinius Crassus, il porta 
son gentilice en Gaule où il fut propréteur en 64 (3). 

Les inscriptions de la Gaule nous font connaître plusieurs 
exemples de Licinius employé comme nom : à Saint-Pierre- 
d'Albigny (Savoie), C. Licinius Calvinus dédie une basilique 
à Jupiter (4). A Saint- Alban-du-Rhône, P. Licinius Floridus 
élève un monument funèbre à sa femme (5). A Aix-les- 
Bains, M. Licinius Ruso fait un vœu au dieu thermal 
Bormo (6). Une inscription provenant d'un mur de con- 
struction romaine , près d'Annecy , atteste que ce mur était 
la propriété de L. Licinius Titurianus (7). On a trouvé à 
Nimes l'épitaphe de Licinia Flavilla (8). M. Aimer a derniè- 
rement publié une dédicace à Mars par Licinius Myrtillus ; 
ce monument a été trouvé à Aire (9). 

Outre Résigny (Aisne), plusieurs noms de communes 
s'expliquent par le primitif Liciniacus. Nous citerons Lési- 
gnat (Charente) , Lésigné (Maine-et-Loire) , deux Lésigny 
(Seine-et-Marne, Vienne); Lézignieux (Loire). La variante 



(1) Tite-Live, Uvre V, c. 12; C. /. L., t. I, p. 502, 503. 

(2) Tite-Live, Uvre V, c. 18 ; C. /. L., t. I, p. 502. 

(3) Voyez les textes réunis par M. Desjardins, Géographie de la Gaule ro- 
maine, t. II, p. 290, 347-349. 

(4) AUmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 228. 

(5) Allmer, ibtd., t. III, p. 103. 

(6) AUmer, iMd., t. III, p. 304. 

(7) Allmer, ibid.y t. III, p. 343. 

(8) AUmer, Revue épigr,^ t. I, p. 392, n* 434. 

(9) AUmer, ibid., t. II, p. 161, n* 575. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 257 

Lieinianw se trouve au Moyen Age, en Italie, dans les char- 
tes de Rayonne (1) ; elle est constatée en France par Lézi- 
gnan (Aude, Hautes-Pyrénées, Hérault), et par Lusignan 
(Vienne) qui s'est écrit au treizième siècle, en français, 
Lizegnen (2). Lézinnes (Yonne), s'est appelé, en français, 
Lizignes (1234), et en latin Lisigniae (1116), Lisiniae (1080); 
on peut corriger Uciniae par un c en sous-entendant domus 
an pluriel ; domiâs Liciniae est un équivalent latin de domus 
lÀciniaeae ou Licinicmae. 

LiLiACus, villa située'dans le pays de Chalon-sur-Saône, 
aurait été donnée à l'église Saint-Marcel de Ch&lon en 584 ; 
mais le diplôme qui contient cette disposition , bien que 
remontant au Moyen Age, est faux (3). Liliacus s'expli- 
que par un primitif Laeliacus dérivé de Laelius. 

Laelius est le nom d'une gens plébéienne qui arriva au 
consulat en 190, dans la personne de C. Laelius, en cette 
année collègue de L. Cornélius Scipio, plus tard surnommé 
l'Asiatique. C. Laelius est surtout connu par sa liaison avec 
le frère de son collègue, c'est-à-dire avec P. Cornélius Scipio 
Africanus, vainqueur d'Annibal à Zama, 202 ; il l'accompa- 
gna sur tous les champs de bataille et partagea sa gloire. 
C. Laelius Sapiens son fils, consul en 140, ami du second 
Scipion l'Africain, se trouva avec lui à la prise de Car- 
thage, 146, et mourut vers 115 : il est un des personnages 
que Cicéron met en scène dans ses dialogues philosophiques. 

Les inscriptions nous montrent que ce gentilice pénétra 
dans les provinces où il persiste pendant la période impé- 
riale. On a recueilli en Espagne les épitaphes de Q. Laelius 
Scipio (4) et de M. Laelius Sabinianus (5); à Seckau, en 



(1) Fundus Licinianus, Fantnzzi, Monumenti R&venn&ii, t. I, p. 70. 

(2) Charte de Tannée 1202, vieux style ; chez L. Delisle, CaLtalogue deê ac- 
tes de Philippe-Auguste, p. 173, n* 752. Cf. p. 612 au mot Lusignan, 

(3) Pardessus, Dtpjomata, t. I, p. 150; Pertz, Diplomsitum imperii tomus 
primus, p. 129, ligne 19. 

(4) C. /. L., Il, 347. 

(5) Ibtd., II, 4180. 

17 



258 LIVRE IL CHAPITRE IL ! 

Styrie, celles de P. Laelius Heracla et de Laelius Vitalis(l\ 
Liliacus pour * Laeliacus a donné à la France deux noms 
de communes : Lilhac (Haute-Garonne) , et Lilly (Eure); 
cette dernière localité est appelée Liliacum dans un docu- 
ment de Tannée 1157 (2). 

LiPiDiACus est le nom d'un pagus d'Auvergne où habita, 
enfermé dans une cellule, et où mourut, vers l'année 500, 
saint Lupicin, dont Grégoire de Tours raconte l'his- 
toire (3). Le vicus chef-lieu de ce pagiLs s'appelait, du nom 
de la rivière qui y coule , Berberensis , parce que le nom de 
cette rivière, aujourd'hui la Bèbre, affluent de la Loire; 
était autrefois Berbera ; M. Longnon a démontré que ce 
vicus est probablement Dampierre-sur-Bèbre (Allier). 

Tout le monde connaît le cognomen latin Lepidus illustré 
par une branche de la gens Aemilia et notamment par le 
triumvir M. Aemilius Lepidus, collègue d'Antoine et d'Au- 
guste. De Lepidus dérive un gentilice Lepidius moins célè- 
bre que le surnom. On le rencontre deux fois dans uoe 
inscription d'Espagne (4) ; une fois dans une inscription de 
Bulgarie (5). Les exemples n'en sont pas rares en Italie (6). 
Il pénétra en Afrique (7) et en Gaule : de nouveaux exem- 
ples ont confirmé la lecture proposée par M. AUmer pour 
une inscription de Grenoble qui est l'épitaphe du tombeau 
élevé par L. Lepidius Basilaeus à sa femme (8). 

LuciACus, actuellement Lussac (Charente), est, en 573 



(1) C. /. L., III, 5365, 5366. 

(2) Blosseville, Dictionnaire topographique du département de l'Eure, 
p. 125. 

(3) Grégoire de Tours, Vita patrum, c. 13, § 3; édit. Amdt et Krusch , 
p. 716, 1. 33 ; Bordier, Les livres des miracles, t. III, p. 306. 

(4) C. /. L., II, 1647. 

(5) Ibid., III, 6293. 

(6) Voyez C. /. L., VI, 21188-21198, et les index du C. I. L., t. V,p. 1117; 
t. IX, p. 716; t. X, p. 1043. 

(7) C. /. L., VIII, index, p. 1006. 

(8) InscHptions de Vienne, III, 150; C. L L., XII, 2270; cf. 1910,2723. 



LA DÉSINENCE -I-AGU8 AU MOYEN AGE. 259 

OU 591 , le nom d'une propriété donnée par le prêtre Are- 
dius, en français saint Yrieix, à l'abbaye d'Attanum^ au- 
jourd'hui 8aint-Yrieix-la-Perche (Haute- Vienne) (1). Un au- 
tre locellus appelé Luciacus est légué, en 615, par Bertramne, 
évoque du Mans , à la basilique de Saint-Pierre et Saint- 
Paul , fondée par lui près de cette ville (2) ; ce doit être 
Lucé-sous-Ballon (Sarthe). Une localité appelée Luciacus , 
dans le Parisis, est mentionnée en 846 dans un diplôme de 
Charles le Chauve (3). En 855, ce roi donne à l'abbaye de 
Saint-Oermain d'Âuxerre une propriété à Liu>iacus , aujour- 
d'hui Lucy-le-Bois (Yonne) (4). L'abbaye de Saint-Lucien 
de Beauvais reçoit du même prince, en 869, le don de la 
villa de Lucic^i^ en Beauvaisis , aujourd'hui Luchy 
(Oise) (5). En 885 , un diplôme de l'empereur Charles le 
Gros nous montre le chapitre de Toul propriétaire de la 
dîme du vin à Litciacus , aujourd'hui Lucey (Meurthe-et- 
Moselle) (6). 

Lucius, d'où Luciaous dérive, est plus connu comme pré- 
nom que comme gentilice. Cependant il était déjà employé 
comme gentilice avant la fin de la république, témoin une 
inscription de Terracine qui nous fournit les noms de 
C. Lucius M. f[ilius] (7) et deux autres inscriptions où la 
quantité de la syllabe initiale est indiquée par le double- 
ment de Vu : M. Luucius M. f[ilius], à Spolète (8); Sex. 
Luucius, Sex. l[ibertus], Caen[us], à Carthagëne en Espa- 
gne (9). Dès cette période primitive, nous rencontrons la 



(1) Pardessus, DiplomaiitL^ t. I, p. 138. Cf. Mabme, La panctiTte noire de 
Sèint'MArtin de Tours^ p. 148. 

(2) Pardessus, DiplomaU^ t. I, p. 210. 

(3) Tardif, Monuments historiques, n* 150, p. 98. 

(4) Dom Bouquet, VIII, 553 b. Cf. Quantin, Dictionnsire topographique 
du département de l'Yonne, p. 74. 

(5) Dom Bouquet, VIII, 617 b. 

(6) Dom Bouquet, IX, 343 b. Cf. Lepage, Dictionnaire topographique du 
département de la Meurthe, p. 80. 

P) C. I. L., I, n» 1187. 

(8) iMcC., I, 1407. 

(9) Ibid., I, 1477. 



260 LIVRE II. CHAPITRB II. 

variante Laccius , avec deux c et probablement avec Tabrè- 
gement de Vu dans une inscription du mont Athos (1). Les 
deux variantes, Tune par u long et un seul c, Tautre par « 
bref et deux c, persistent dans les monuments du temps de 
Tempire. Voici quelques exemples de la première : L. Lu- 
cius L. l[ibertus] Cimber (2) et M. Lucius M. Ipbertus 
Dromo (avec un apex sur Vu pour montrer qu'il est long), 
Aquilée (3); M. Lucius Maximas, Parenzo en Istrie (4); 
C. Lucius, Saint-Jean-de-Garguier (5), Lucius Sevenis, 
Aries (6) , P. Lucius Festus et P. Lncius Auctus , Nar- 
bonne (7). La variante Luccius par deux ù est as^z fré- 
quente : Q. Luccius Maximus, Carinthie (8); C. Luccius 
Alexander, oculiste, dont on a trouvé plusieurs cachets près 
d'Utrecht (9); Q. Luccius Faustus, légionnaire dont Tépita- 
phe , découverte à Zahlbach , est conservée au musée de 
Mayence (10) ; Luccius Marcianus, Apt (11) ; M. Luccius à 
Narbonne (12). 

L'orthographe par u bref et double c explique probable- 
ment Vou de Loucé (Orne), qui suppose un primitif Luccia- 
eus. La variante Luciacus par u long et un seul c a dû con- 
server son u en français. Elle a donné les noms de 
dix-neuf communes , savoir : les deux Luçay du départe- 
ment de rindre, Lucé (Eure et-Loir) (13), Lucé-sous-Ballon 
(Sarthe) , dont on a parlé plus haut; trois Lucey (Côte- 
d'Or, Meurthe-et-Moselle, Savoie), du second desquels 



(1) c. l L., I, 579 ; m, 714. 

(2) Ibid., V, 8252. 

(3) Ibid., V, 994. 

(4) Ibid., V, 333. 

(5) Ibid., XII, 597. 

(6) Ibid., G84. 

(7) Ibid., 4581, 4950, 4957, etc. 

(8) Ibid., III, 4786. 

(9) Brambach, 136. 

(10) Brambach, 1180. 

(11) C. /. L., XII, 2656. . 

(12) /6id.. 4954, etc. 

(13) Cf. Mcriet, Dictionnaire topographique du département d'Eure-et- 
Loir ^ p. 106, oU l'on voit, en 1116, cette localité appelée Luciacum, 



LA DÉSINENCE -I-ÂGUS AU MOYEN AGE. 261 

il a été question déjà; six Lucy, un dans l'Aisne, un 
dans la Marne, un dans la Seine-Inférieure, trois dans 
ITonne dont un mentionné plus haut; Luchy (Oise), déjà 
cité ; cinq Lussac , de Tun desquels on a déjà parlé (Cha- 
rente, Charente-Inférieure, Gironde, Vienne et Haute- 
Vienne) ; deux Lussat (Creuse et Puy-de-Dôme). 

A côté de Luciacu^ on trouve la variante Luçianus. Elle 
apparaît déjà sous l'empire romain ; il y avait à Veleia un 
fundus Lucianus (1). Deux localités du nom de Lacianus 
figurent dans les diplômes mérovingiens qu'a publiés 
Pardessus, l'une en 615 dans le testament de Bertramne, 
évoque du Mans (2), l'autre en 739 dans le testament d'Ab- 
bon, en faveur de l'abbaye de la Novaleze en Piémont (3). 
Comparez à ces formes anciennes le nom de Lussan, porté 
aujourd'hui par trois communes : Gard, Haute-Garonne, 
Gers. Celle de ces communes qui est dans le département 
de la Haute-Garonne a donné son nom au terminium Lur- 
cianense d'une charte de l'abbaye de Lezat (4). Il y a aussi 
un fundus Lucianus dans une charte de Ravenne au hui- 
tième siècle (5). 

LuciLiACus vicus fut fondé, suivant Grégoire de Tours, 
sous l'épiscopat de l'évéque Injuriosus (529-546) (6), cela 
veut dire certainement que la paroisse fut érigée par ce 
prélat; ce vicus est identique à Luzillé (Indre-et-Loire). 

Lucilius, d'où Luciliacus dérive, est le nom d'une gens 
romaine qui remonte à la république comme l'attestent à 
la fois les inscriptions (7) et les auteurs. Il a été illustré 



(i) Table alimentaire, p. 4, I. 43. 

(2) Tome I, p. 210. 

l3) Tome II, p. 374. 

(4)Molinier, Géographie historique de la province de Languedoc, col. 141. 

(5) Fantuzzi, Monumenti Ravennatiy t. I, p. 13. 

(6) Hisioria Francorum, livre X, c. 31, g 15; chez Dom Bouquet, t. II, 
p. 388 b; Amdt, p. 447, ligne 13. Cf. Longnon, Géographie de la Gaule au 
tixième siècle, p. 276. 

(7) C. /. L., I, 408,:896, 1430. 



262 LIVRE II. CHAPITRE II. 

par le chevalier C. Lucilius mort cent trois ans avant notre 
ère , le premier en date des satiriques romains (1). Il était 
assez répandu au siècle suivant, car Cicéron, dans ceux de 
ses écrits qui nous ont été conservés, parle de six Lucilius 
qui semblent avoir été ses contemporains (2) , et l'auteur 
du De bello civili mentionne un septième Lucilius parmi les 
partisans de Pompée (3). 

Lucilius est aussi sous l'empire un nom assez répandu. 
On connaît Lucilius Longus, mort Tan 23 de notre ère, in- 
time ami de Tempereur Tibère (4) ; Lucilius Capito, procu- 
rateur d'Asie à la môme époque (5) ; Lucilius, le correspon- 
dant de Sénèque ; Lucilius Bassus, chargé par Vitellius, en 
70, du commandement des flottes de Ravenne et de Mi- 
sène (6) et qui presque immédiatement, trahissant son 
protecteur, embrassa le parti de Vespasien (7). Les inscrip- 
tions de la période impériale mentionnent un grand nombre 
de Lucilius. Plusieurs de ces inscriptions appartiennent à la 
Gaule ; deux sont conservées au musée de Vienne (Isère) ; ce 
sont les épitaphes de Lucilius Metrobius (8) et de A. Luci- 
lius Cantaber (9). 

Le primitif Luciliacus explique , outre le nom de Luzillé 
(Indre-et-Loire) , celui de Luzillat (Puy-de-Dôme). 

Luliâgus est le nom d'une curtis qui aurait été donnée 
à l'abbaye de Saint-Maurice en Valais, par Sigismond, roi 
des Burgondes, en 523. Ce diplôme est faux; mais il a été 



(1) Teuffel, Geschichte der rœmischen Lt'ferafur, 3* édit. , p. 232 etsuiv. 

(2) Les deux plus connus sont les deux Lucilius Balbus appelés Tun Lu- 
cius, l'autre Quintus, le premier jurisconsulte , le second philosophe, sur 
lesquels on peut voir Teufifel, Geschichte der rœmischen Literalur, 3* édit., 
p. 250, 251, 264. 

(3) Oe bello civili, livre I, c. 15; liv. III, c. 82. 

(4) Tacite, Annales, livre IV, c. 15. 

(5) Ibid. 

(6) Ibid.y Histoires^ livre II, c. 100. 

(7) Ibid., HistoireSy livre III, c. 12, 36, 40. 

(8) AUmer, Inscriplionê de Vienne, t. I, p. 337. 

1(9) Ibid., t. II, p. 269. Cf. C. /. L., XII, 447, 456, 1203, etc. 



\ 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 263 

fabriqué fort anciennement (1). Un autre Luliacus , dépen- 
dance de Tarchevôché de Reims et où Louis , roi de Ger- 
manie, aurait séjourné en 841 , est mentionné par Hincmar 
dans sa vie de saint Rémi (2). Luliacus parait tenir lieu d'un 
plus ancien * Lolliacus. 

LoUius , dont * Lolliacus est dérivé , est un gentilice ro- 
main dont les exemples sont nombreux. On a relevé l'indi- 
cation d*au moins sept LoUius dans les œuvres de Cicéron. 
Au commencement de l'empire , en Tannée 21 avant notre 
ère, M. LoUius jouit des honneurs du consulat; c'est une 
des causes qui, vers cette époque, le firent chanter par Ho- 
race (3); cinq ans plus tard, en Tan 16, il devint légat de 
l'empereur Auguste en Germanie, et il s'y fit battre par 
les Sicambres, les Usipètes et les Tenctères (4), défaite 
honteuse , dit Suétone (5). C'est peut-être à l'influence de 
M. LolUus qu'est due la présence du nom de C. LoUius 
dans une inscription de la Gaule , à Crombach (Prusse 
rhénane) (6). Le potier LoUius, dont on a trouvé la marque 
dans diverses parties de l'empire romain, était peut-être 
Gaulois (7). 

Leuilly (Aisne); Loeuilly (Somme); et Loeuilly (Haute- 
Saône), sont chacun un ancien fundus Lolliacus, Pour le 
premier on trouve, au douzième siècle, l'orthographe it^/ia- 
cum^ Luilliacumy Lulliacu/m avec ti = o comme dans le 
Luliacus des textes les plus anciens. 

LupiACus , dans un diplôme faux de Clovis I" pour l'ab- 



(1) Pardessus, Dtplomata, t. I, 71. 

(2) Dom Bouquet, V, 432 c; VII, 345 c. 

(3) Horace, Carmina, livre IV, 9, vers 30 et suiv. 

(4) Dion Cassius, livre LIV, c, 20; Cougny , Extraits des auteurs grecs, 
t. IV, p. 470. 

(5) Suétone, Auguste, c. 23. 

(6) Brambach, 389. Cf. C. /. L., XII, 4174: 5686, 489. 

(7) Les inscriptions funéraires de Rome fournissent de nombreux Lollius 
(C. 1, L., VI, 21443-21497). 



264 LIVRE II. CHAPITRE II. 

baye de Saiat-Pierre-le-Vif de Sens (1), est aujourd'hui 
Loupiac (Cantal). Un autre Lupiaoas est mentionné parmi 
les propriétés de Saint-Martin de Tours dans un diplôme 
donné par Charlemagne en 775 (2). Un troisième Lupiactis 
est une villa située en Limousin et dans laquelle était si- 
tuée une propriété qu'un certain Avitus donna, en 891, à 
l'abbaye de Beaulieu (Corrèze) (3). 

iMpiacus est peut-être une variante d*un plus ancien 
* Loppiacus. Les noms de L. Loppius Proculus nous ont été 
fournis par une inscripticm de Pompéi (4). 

Il y a en France cinq communes du nom de Loupiac, 
outre celle dont nous venons de parler; elles sont situées 
daijs les départements de TAveyron, de la Gironde, du Lot 
et du Tarn. Il y a deux Loupiac dans la Gironde , un seul 
dans chacun des trois autres départements; Louchy (Al- 
lier) a probablement la même origine. Loupian (Hérault), 
appelé Lupianus en 990 dans le testament de Guillaume, 
vicomte d'Agde (5) , nous offre la forme romaine du gallo- 
romain Luppiacus pour ^ Loppiacus. Les trois Louppy du 
département de la Meuse ont la môme origine : inutile 
de supposer un plus ancien * Loppeiacus dérivé d'un 
gentilice perdu * Loppeius (6). 

Magniacus est donné à l'abbaye de Saint-Pierve-le-Vif 
de Sens dans un diplôme faux qui serait émané , en 569 
de Theudechilde, fille de Clovis (7) ; il s'agit probablement 

(1) Pardessus, Dfplomata, t. I, p. 39; Pertz, Diplomsitum. imperii tomus 
primusj p. 117, ligne 15. 

(2) Dom Bouquet, V, 737 b. Cf. Mabille, La pancarte noire de Saint-Mar- 
tin de Tours, p. 69, n» xviii; p. 106, n* lxxix; p. 151, n* 18; p. 227. Sickel, 
Acta Karolinorum, t. II, p. 27, n« 42. 

(3) M. Deloche, Cartulaire de Beaulieu, p. 210. 

(4) C. /. L., X, p. 1064, col. 3. De- Vit, Onomasticonf IV, 217, propose un 
gentilice Lupius. 

(5) Martene, Thésaurus novus anecdotorum , t. I, col. 180. Cf. Eugène 
Thomas, Dictionnaire topographique du département de l'Hérault, p. 96. 

(6) La plus ancienne orthographe connue est Lopei, Lopeium, Liénard, 
Dictionnaire topographique du département de la Meuse, p. 134. 

(7) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 133, ligne 26. 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 265 

de Magny (Yonne), mentionné sous le même nom dans une 
charte de 864 (1). Un autre acte faux attribué à Louis le 
Débonnaire prétend que Charlemagne aurait fait à Tabbaye 
de Micy présent de l'église dite Magniacus, en Limou- 
sin (2). En 835 , un diplôme authentique de Pépin P% roi 
d'Aquitaine, en faveur de Tabbaye de Mont-Olieu (Aude), 
met dans le pctgiLs Tolosanus une villa Magniacus (3). En 
845, un diplôme de Charles le Chauve compte, parmi les 
propriétés de l'abbaye de Marmoutiers, une villa Magnia- 
cus (4). Un diplôme du môme roi , donné le 20 décem- 
bre 858 , est daté de Magniacus , viens situé dans le comté 
de Nevers (5). Trois Magniacus apparaissent au dixième et 
au onzième siècle dans les chartes relatives au départe- 
ment de Maine-et-Loire (6). Une Magniacus villa figure 
trois fois dans le cartulaire de Savigny (Rhône) (7). 

Magnius, d'où vient Magniacus, est un gentilice qui exis- 
tait déjà au temps de la république romaine, comme l'at- 
teste une inscription de Spolète , où Ton a lu les noms de 
l'afTranchi L. Magnius Alaucus qui exerçait dans cette ville 
le métier de foulon (8). On a trouvé en Espagne l'épitaphe 
de C. Magnius Martialis (9) et une inscription en l'honneur 
du procurateur P. Magnius Rufus Magonianus (10). Une ins- 
cription de Trévise provient de la tombe élevée par Ma- 
gnius Semnus à sa mère (11). Le même gentilice se rencon- 
tre dans les inscriptions funéraires de Rome (12). 

Magniacus^ dérivé de Magnius, est devenu dans le midi 



(t) Quantin, Dictionnaire topographique du département de l Yonne, p. 75. 
\2) Dom Bouquet, VI, 556 b. 

(3) Ibid., VI, 673 b, 

(4) Ibid., VIII, 474 c. 

(5) Ibid., VIII, 552. 

(6) Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire, t. II, p. 637-639. 

(7) Aug. Bernard, Cartulaire de Savigny, p. 147, 262, 269. 

(8) C. /. L., I, 1406. 

(9) /Md., II, 1706. 

(10) Ibid., II, 2029. 

(11) IMd., V, 2137. 

(12) Ibid,, VI, 21848-21853. 



266 LIVRE II. CHAPITRE II. 

de la France Magnac ou Manhac. Les communes appelées 
Magnac sont au nombre de quatre , deux dans la Charente, 
deux dans la Haute- Vienne. Il y a une commune de Ma- 
nhac (Aveyron). Dans le nord-ouest, nous trouvons deux 
Magné (Deux-Sèvres , Vienne) ; dans le centre , le nord et 
le nord-est , vingt-sept communes de Magny réparties en- 
tre les départements suivants : Aisne, Doubs, Eure-et- 
Loir , Indre , Orne , Seine-et-Marne , Vosges , Yonne , cha- 
cun une ; Nièvre , Seine-et-Oise , chacun deux ; Calvados , 
trois ; Haute-Saône , cinq ; Côte-d*Or, sept. A Test de Lyon. 
Magniacus devient Magnieu (Ain). Il y a donc en France 
trente-cinq noms de communes qui s'expliquent par un 
primitif Magniacus. On peut ajouter Montmagny (Seine-et- 
Oise), mons Magniacus dans une charte de la fin du onzième 
siècle (1). La variante romaine Magnianus est représentée 
par Magnan (Gers), et par Magnien (Côte-d'Or). 

Malliagus, plus tard Maillé, puis du nom de ses ducs, 
depuis le dix-septième siècle, Luynes, avait, au temps de 
Grégoire de Tours, c'est-à-dire au sixième siècle, un monas- 
tère entouré de vieux édifices en ruines (2). Un autre Mal- 
liacus, situé dans le Berry, à deux milles du Cher, appa- 
raît dans un diplôme faux que le roi Dagobert I" aurait 
donné à Tabbaye de Saint-Denis , en 635 (3). Un troisième 
Malliacus^ au pays d'Arcis (Aube), fut donné à la cathédrale 
de Châlons-sur-Marne par un bienfaiteur dont Charles le 
Chauve confirma la libéralité en 859 (4). 

Mallius est un gentilice souvent confondu avec Manlius. 
Cn. Mallius fut consul Tan 105 avant notre ère. L'ortho- 



(1) Robert de Lasteyrie, Cartulatre de Paris^ p. 151. 

(2) Grégoire de Tours , De gloriSL confessorum , c. 21, chez Bordier, Les 
livres des miracles, t. II, p. 384; édit. Arndt et Krusch , p. 760, 1. 18. Cf. 
Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 277. 

(3) Pardessus, Dtplomata, t. II, p. 36. Pertz, Diplomatum imperii tomus 
primuSy p. 155, ligne 43. 

(4) H. d'Ârbois de JubainviUe, Pout'Hé du diocèse de Troyes, p. 312. Cf. Boa- 
tiot et Socard, Dictionnaire topographique du département de l'Aube, p. 90. 



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LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 267 

graphe exacte de son nom , — écrit Manlius et Manilîus 
chez certains auteurs, tandis que d'autres écrivent Mai- 
llas (1) , — est donnée par une inscription de Pouzzoles , 
aujourd'hui conservée au musée de Naples, en tête de la- 
quelle on lit : P Rutilio, Cn Mallio cos (2). Cicéron, dans 
son discours pro Cn, Plancio, parle de Cn. Mallius avec le 
plus profond mépris : C'était , dit-il , un homme sans mé- 
rite ni talent et d'une vie honteuse (3). Un autre Mallius 
était centurion et partisan de Catilina (4). Ce gentilice se 
rencontre dans les inscriptions de l'époque impériale : on 
a trouvé à Worms une dédicace à Jupiter par Mallius Fo- 
fio (5); deux inscriptions d'Espagne nous fournissent les 
noms de l'affranchie Mallia Galla (6) et de P. Malins For- 
tunatus (7). Dans ce dernier monument , Malins est écrit 
avec une seule / ; on trouve la même orthographe dans 
Vépitaphe de Malia Severa, récemment trouvée à Allègre 
(Gard) (8). 

Outre le nom de Mailly (Aube), dont nous avons parlé 
déjà, Malliaciis a donné à la France moderne les noms de 
communes suivants : trois Maillé (Indre-et-Loire, Vendée, 
Vienne); un Mailley (Haute-Saône); huit Mailly : les dépar- 
tements de la Côte-d'Or, de la Marne, de Meurthe-et-Mo- 
selle , de Saône-et-Loire en possèdent un chacun ; il y eri 
a deux dans la Somme et autant dans l'Yonne; en ajoutant 
Mailhac (Aude), et Mailhac (Haute-Vienne), on trouve en 
France seize communes dont le nom remonte à un primi- 
tif Malliaous. Maillanne (Bouches-du-Rhône) est une an- 
cienne villa Malliana, Une charte de Ravenne, écrite vers 
Tannée 700, nous offre un fundus Mallianus (9). 

(1) C. /. L., t. I, p. 536-537. 

P) /Md., t. I, n* 5T7 ; t. X, n* 1781. 

(3) Pro Cn, Pl&ncio^ c. 5, { 12. 

(4) Première Catilinaire, c. 3, { 7. Cf. Balluste, C&tilina, c. 30. 

(5) Brambach, 881. 

(6) C. /. L., II, 558. 

(7) /Wd., II, 4970, 292. 

(8) Allmer, Revue épigr&phique, t. II, p. 78, n* 515. Cf. C. /. L., XII, 4466. 

(9) FantQzzi, Monumenti R&vennati^ t. I, p. 62. 



268 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Mangiâgus, nom d'une villa donnée à la basilique de 
Saint-Germain du Mans, en 615, par le testament de 
Tévéque Bertramne (1) , a dû s'écrire primitivement * Man- 
tiacus. 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Mantius. Sur une 
pierre découverte près de Vintimille, on lit les noms de 
Q. Mantius Placidus, édile, duumvir, et prêtre de Lanu- 
vium (2). A Saint-Pons (Alpes-Maritimes) se trouve Tépi- 
taphe de G. Mantius Paternus, duumvir et flamine (3). Le 
musée de Tebessa, en Algérie, possède une inscription qui 
contient une dédicace à Jupiter, et dans laquelle on lit le 
nom de Q. Mantius (4). Il existe à Lambessa l'épitapbe de 
la femme du légionnaire Mantius Hispanus faite aux frais 
de L. Mantius Caecilianus , son fils (5) et l'épitaphe de 
L. Mantius Victorinus (6). 

Mantiacus est probablement la forme primitive du nom 
des communes de Maincy (Seine-et-Marne), Mancey (Saôoe- 
et-Loire), Mancy (Marne). 

* Marcelldlcus , dont le dérivé Marcelliacenses se lit dans 
un diplôme attribué à Domnolus, évoque du Mans au 
sixième siècle, — diplôme certainement interpolé (7) , — se 
rapporte probablement dans ce texte à Marcillé (Mayenne). 
On trouve plus souvent Marcilliacus ou Marciliacus. 

Ainsi une vie de saint Didier, évéque de Cahors, écrite au 
septième siècle, raconte la fondation de Tabbaye de Mar- 
cillac qu'elle appelle Marcilliacense coenobium (8). En 834, un 
diplôme de Louis le Débonnaire nous montre, aux environs 



(1) Pardessus, Diplom&ta, t. I, p. 209. 

(2) C. /. L., V, 7814. 

(3) /6id., V, 7913. 

(4) Ibid.y VIII, 1839. 

(5) Ibid., VIII, 2939. 

(6) Ibid., VIII, 3886. Cf. XII, 708, 2717. 

(7) Pardessus, Diplom&ta^ t. I, p. 134. 

(8) Dom Bouquet, III, 531 c. 



LA DËSINBKOE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 26» 

de Langres une villa appelée Maroilliacus (1), aujourd'hui 
Marcilly (Haute-Marne). 

Maroiliacus est le nom d'une dépendance de Tabbaye de 
Moissac, dans un diplôme de Pépin II, roi d'Aquitaine, en 
844 (2). En 867 , un diplôme de Charles le Chauve men- 
tioBoe une villa Maroiliacus parmi les localités où l'abbaye 
de Saint-Amand de Tournay était propriétaire (3). 

De ces trois orthographes , Uarcelliacus , Marcilliacus et 
Marciliacus , la plus ancienne est Uarcelliacus. Ce nom dé- 
rive du gentilice assez rare Marcellius qui , lui-même , est 
dérivé du cognom&n Marcellus illustré par plusieurs mem- 
bres de la gens Claudia. Le musée de Milan possède une 
dédicace à Hercule par Q. Marcellius Rufinus (4). Une 
inscription de Novare nous fournit les noms de Marcellius 
Marcellinus (5). Ce gentilice apparaît au génitif Marcellii 
dans une inscription de Milan (6). On a trouvé à Echa- 
gnieu l'épitaphe de Marcellia Catta posée par ordre de son 
père et de sa mère Marcellius Ingenuus et Marcellia Pe- 
troniana (7). 

Marcelliacfês est devenu en France Marcillac , Marcillat , 
Marcillé, Marcilly et Marsilly. Il y a sept communes de 
Marcillac, savoir : deux dans la Corrèze , et une dans cha- 
cun des cinq départements de l'Aveyron , de la Charente , 
de la Dordogne, de la Gironde et du Lot; deux commu- 
nes de Marcillat , l'une dans l'Allier , l'autre dans le Puy- 
de-Dôme; trois communes de Marcillé dont une dans la 
Mayenne et deux dans l'IUe-et- Vilaine ; dix-sept commu- 
nes de Marcilly dans les départements suivants, savoir : 
Côte-d'Or, Eure, Loir-et-Cher et Saône-et-Loire qui en 



(1) Doin Bouqaet, VI, 595 e. Cf. Sickel, AcU K&rolinorum , t. II, p. 183, 
n»322. 

(2) Dom Bouquet, VIII, 357 a. 

(3) Dom Bouquet, VIII, 604 a. 

(4) C. /. L., t. V, p. 1085, n* 5642. 

(5) i6id., V, 6543 a. 

(6) /Wd., V, 6038. 

Ç) AUmer, Inscriptiong de Vienne, t. III, p. 449. 



270 LIVRE II. CHAPITRB 11. 

contiennent chacun deux; Aube, Cher, Indre-et-Loire, 
Isère , Loire, Loiret , Manche, Haute- Marne, Rhône, Seine- 
et-Marne qui en contiennent une chacun. Marsilly (Cha- 
rente-Inférieure) a la même origine; cela fait trente com- 
munes dont le nom primitif est Marcelliacus , Les trois 
communes de Marseillan (Gers , Hérault, Hautes-Pyrénées) 
doivent être d'anciens fundi Marcelliani , avec la désinence 
romaine -anus au lieu de la désinence gallo-romaine -acus. 
On trouve la variante fundus Marcilianus dans une charte 
de Ravenne, au neuvième siècle (1). . 

De *Maiigiacus dérive Fadjectif marctac^rww, épithète de 
domus , et qui , chez Grégoire de Tours , désigne une loca- 
lité de l'Auvergne ; il s'y trouvait une chapelle de la Vierge 
où l'historien Grégoire de Tours raconte qu'il alla prier (2); 
c'est aujourd'hui Marsat (Puy-de-Dôme) (3), qu'on recon- 
naît aussi dans la villa Marciagus,.. in pago Arvemico, d'un 
diplôme de Pépin P% roi d'Aquitaine , en 828 (4) et dans le 
MarciactAS d'un diplôme de Charles le Chauve en 869 (5). 
Une villa Marciacensis ^ comme nous l'apprend Grégoire 
de Tours , était de son temps située dans le territoire de 
Bordeaux, et avait une église dédiée à saint Martin , elle a 
été reconnue identique à Marsas (Gironde) (6). Un ager 
Marciacensis^ en M&connais, figure d'abord en 898, et plu- 
sieurs fois ensuite au dixième siècle , dans les chartes de 
l'abbaye de Cluny (7), c'est Saint-Jean de Merzé, commune 
de Cortambert. Une charte du dixième siècle provenant de 



(1) Fantuzzi, Monumenti Ravenn&ti, t. I, p. 55. Cf. ci-dessus, p. 145. 

(2) De gloria, martyrum, c. 9; Bordier, Les livres des miracles, 1. 1, p. 28, 
29; chez Amdt et Krusch, c. 8. p. 493, 1. 20. 

(S) Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 504. 

(4) Dom Bouquet, VI, 666 e. 

(5) Ibid., VIII, 613 b. 

(6) De virtutibus sancti Martini^ livre III, c. 33 ; chez Bordier, Les livres 
des miracles, t. II, p. 234; Amdt et Krusch« p. 640, 1. 16. Cf. Longnon, Géo- 
graphie de la Gaule au stjctème siècle, p. 547. 

(7) Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny -^ 1. 1, p. 72-73 , 186 
209,226,227. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 271 

la même abbaye mentionne une Marciacus villa au comté 
de Ch&lon-sur-Sadne (1). Dans les textes de la basse lati- 
nité, il n'y a pas de distinction à faire entre Torthographe 
Ma/rciaçus par un c qu'on trouve dans les documents pré- 
cités et l'orthographe Martiacus par un t qu'on rencontre 
dans la vie de saint Melaine , évéque de Rennes , contem- 
porain du roi Clovis l" : dans cette vie, Martiacus est le 
nom d'un castrum situé dans le Vannetais (2) ; on prononce 
aujourd'hui Marsac; c'est un villaga qui fait partie de la 
commune de Carentoir (Morbihan) (3). Martiacus est aussi, 
en 993, dans les titres de la cathédrale d'Âutun, le nom 
d'un village du département de la Côte-d'Or , Mercey , 
commune de Saint-Prix-lès-Arnay (4). 

Le Marciacus ou Martiacus du moyen âge dérive du gen- 
tilice Marcius ou du gentilice Martius, 

On trouve dans les textes latins ces deux gentilices. 
Marcius est le plus ancien des deux; il dérive du prénom 
Marcus et il est le seul qu'on rencontre dans les inscrip- 
tions antérieures à la période impériale (5). Parmi les nom- 
breux Marcius dont l'histoire de la république romaine nous 
a conservé le souvenir, nous citerons C. Marcius Rutilus, 
([uatre fois consul, de l'an 357 à l'an 342 avant J.-C. Il 
était d'origine plébéienne , ce qui ne l'empôcha pas d'être 
élevé à la dictature et d'être élu censeur, dignités auxquel- 
les aucun plébéien n'était parvenu avant lui (6). Il obtint 
deux fois les honneurs triomphaux (7). Un autre C. Mar- 
cius Rutilus , consul en 310 (8) , fut nommé pontife 
en 300 (9); censeur quelques années plus tard, il fit avec 

(1) Brael, Recueil, t. I, p. 965. 

(2) Dom Bouquet, t. III, p. 395. 

(3) Longnon, Atlas historique de la France, texte explicatif, 1"* livraison, 
p. 29. 

(4) Gamier, Nomenclature historique, p. 75, n* 314. 

(5) Voyez les exemples réunis dans le C. 7. L., t. I, index, p. 585, col. 3. 

(6) Tite-Li?e, livre VII, c. 16, 17, 21, 22, 28, 38. Cf. C. /. L., 1. 1, p. 510-513. 

(7) C. /. L,, 1. 1, p. 455. 

(8) Titc-Live, livre IX, c. 33. 

(9) ma., Uvre X, c. 9. 



1 



272 LIVRE IL CHAPITRE IL 

son collègue le dix-neuvième recensement de la popula- 
tion de Rome. C'était en 293 (I). Un autre membre de la 
gens Marcia ., Q. Marcius Tremulus , consul en 306 , battit 
les Herniques , et obtint les honneurs du triomphe (2). A 
une date moins éloignée , Q. Marcius Philippus fut deux 
fois élevé au consulat : la première en 186, la seconde 
en 169 (3) ; battu honteusement par les Ligures , il laissa 
son nom au théâtre de sa défaite , saltw Marcius (4) ; il y 
a une monnaie romaine frappée à son nom (5). D'autres 
monnaies portent le nom de C. Marcius Censorinus, consul 
Tan 8 avant J.-C. (6). 

Le gentilice Marcius est des plus répandus dans les 
inscriptions du temps de Tempire. On en a trouvé, sans 
compter les femmes, vingt-sept exemples en Espagne, 
trente-neuf en Afrique , quatre en Grande-Bretagne. On le 
rencontre aussi en Gaule; le musée de Lyon possède une 
inscription que Q. Marcius Donatianus fit graver en Thon- 
neur d'un procurateur des provinces de Lyonnaise et 
d'Aquitaine; il était attaché k ce personnage en qualité 
à!eques cornicularius (7). Une inscription de Grésy-sur- 
Isère (Savoie) , est Tépitaphe que s'est fait graver de son 
vivant T. Marcius Taurinus, tribun militaire de la sixième 
légion victriw (8). On a trouvé à Marseille l'épitaphe de D. 
Marcius Ingenuus et de Marcius Lenaeus (9) ; aux Vans , 
celle de D. Marcius Félix (10); à Nimes, celle de C. Marcius 
Philologus (il) et de C. Marcius Cosmio (12); à Narbonne, 



(î) Tite-Uve, livre X, c. 47. 

(2) Ibid., livre IX, c. 42, 43. C. I. L., t. I, p. 456, 515. 

(3) Ibid,, livre XXXIX, c. 6; 1. XLIII, c. 13. C. /. L., t. I, p. 526-529. 

(4) Ibid., livre XXXIX, c. 20. 

(5) C. /. L., t. I, p 133, n* 354. 

(6) Ibid., p. 137, n* 432 ; cf. p. 546, 547. Cf, XII, 2623. 

(7) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 236. 

(8) AUmer, InscHptions de Vienne, t. II, p. 229 ; C. I. L., XII, 2456. 

(9) C. /. L., XII, 450-451. 

(10) Ibid,, 2717. 

(11) Ibid., 3251. 

(12) Ibid., 3991. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 273 

celles de M. Marcius Rufus (1), de P. Marcius Alexander (2) , 
de S. Marcius Anteros (3). Les noms de Marcius Modestus 
sont conservés par une inscription de Gebensdorf, en 
Suisse (4). On a trouvé près d'Aix-la-Chapelle une inscription 
qui rappelait la construction d'un temple par L. Marcius 
Similis (5). Le musée de Bonn a une inscription qui pro- 
vient des environs de Cologne et constate Tacqùittement 
d'un vœu par L. Marcius Verecundus, légionnaire (6). 

Quelques inscriptions nous offrent l'orthographe Martius. 
Telle est, en Alsace, celle qui nous apprend que Q. Mar- 
tius Optatus avait, par son testament, fait élever une 
colonne et une statue pour rendre honneur à la maison 
impériale , au génie du vicus Ccmabbarum et aux vicani 
Canabbenses (7). Des inscriptions du musée de Mayence 
conservent les noms de Martius Marcellus (8) et de Martius 
Severus (9). Il existe au musée de Bonn une inscription 
datée de l'an 230 et qui est une dédicace à Jupiter par 
Martius Victor, porte-étendard de la légion trente Severiana 
Alexandria (10). Une épitaphe de Virieu-le-Grand (Ain) a 
été gravée par Tordre de Martius Saturhus (11). Une in- 
scription d'Arles fournit les noms de Martius Victor (12), 
une de Narbonne, celle de Martius Diogenes (13). 

L'orthographe Martius ne peut s'expliquer dans les textes 
les plus anciens que par un dérivé du nom du dieu Mars ; 
car dans les monuments de la bonne latinité la confusion 
entre les groupes ciu et tiu est impossible. Il semble 

(I) C. L L., XU, 4365. 
P) Ibid., 4685. 

(3) ma., 4978. 

(4) Hoi&mëen, Inscriptiones hêlveticAe, n* 254. 

(5) Brambach, n* 637. 

(6) /6id., n« 541. 

(7) Ibid., n* 1891. Cf. C. I. L., t. III, p. 183, n* 1008*. 

(8) ibid,, H» 1330: 

(9) Ibid., n* 1331 a. 

(10) Ibid.y n* 202. 

(II) Allmer, Inscriptions de Vienne^ t. III, p. 399. 

(12) C. /.L., XII, 850. 

(13) /Wd., 4983. 

18 



274 LIVRE IL CHAPITRE IL 

difficile d'admettre que cette confusion ait été faite dans 
l'inscription d'Iglitza, aujourd'hui à la Bibliothèque Natio- 
nale de Paris ; cette inscription a été gravée entre les 
années 161 et 169 : nous y lisons les noms dun lieutenant 
impérial, au génitif Marti Veri ; il s'agit de P. Martius Ve- 
rus qui fut consul en 179 (1). 

De Marciacus ou Martiacus viennent les noms de com- 
munes suivants : Marçay (Indre-et-Loire), Marçay (Vienne); 
Marcé (Indre-et-Loire), Marcé (Maine-et-Loire), Marcé (Man- 
che) ; Marcey (Orne) ; Marciac (Gers) ; Marcieu (Isère) ; Mar- 
cieux (Savoie) ; deux Marcy dans l'Aisne , autant dans le 
Rhône , un dans la Nièvre ; sept Marsac (Charente , Creuse, 
Dordogne, Loire-Inférieure, Puy-de-Dôme, Hautes-Pyré- 
nées, Tarn-et-Garonne) ; trois Marsas (Drôme, Gironde, 
Hautes-Pyrénées) ; Marsac (Tarn) ; Maxey-sur-Vaize (Meuse), 
appelé Marcey au quatorzième siècle (2) ; Maxey-sur-Meuse 
(Vosges) ; deux Mercy (Meurthe-et-Moselle) et un Mercy 
(Lorraine allemande), pour lesquels on a Torthographe 
plus ancienne Marciacus et Marceium (3). On peut ratta- 
cher à la même -origine Mercy (Allier), Mercy (Yonne^ 
et les trois Mercey de TEure , du Doubs et de la Haute- 
Saône. Nous avons ainsi en France trente quatre noms 
dé communes qui supposent un primitif Marciacus ou 
Martiacus. 

La forme romaine de cet adjectif, marcianys ou martia- 
riAjis se rencontre au féminin singulier, Marciana villa^ dans 
deux documents conservés par les archives de Saint- Victor 
de Marseille, Tun de 814 (4), l'autre du dixième siècle (5j. 
Elle nous est donnée , à l'accusatif féminin pluriel , par le 
nom de Marchiennes (Nord), villas ou domos Marcianas; 



(1) C. /. L., m, 6169. 

(2) Liénard, Dictionnaire topogr&phique du département de U Meuse ^ 
p. 145. 

(3) Bouteiller, Dictionnaire topographique du département de la Mo- 
selle, p. 165, 16G. 

(4) Gucrard, Cart, de Saint-Victor, t. II, p. 636. 

(5) Ibid., t. I, p. 309. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 275 

à raccusatif masculia singulier, par Marsan (Gers), /tm- 
dum Marcianv/m ou Martianum : les deux se lisent dans 
les chartes de Ravenne (1). 

Les Romains disaient aussi, comme nous l'apprend Tite- 
Uye , saltus Mordus , en transformant le gentilice en ad- 
jectif, et en le faisant accorder avec un nom commun. 
Maixe (Meurthe-et-Moselle), dont la prononciation vulgaire 
est Mâche , en donnant à ch le son de gutturale spirante , 
s'est écrit Marches du douzième siècle au quinzième (2) et 
peut s'expliquer par un primitif ifarciaa, sous-entendu domus 
ou villae. L'a? a , dans ce mot , la même valeur étymolo- 
gique que dans Maxey-sur-Meuse et Maxey-sur-Vaize. 

Le ligure * Marcioscus , au dixième siècle Marzoscus (3) , 
ne diffère que par le sufiBbce du gallo-romain Marciacus et 
du latin Marcianus. 

Mariagus est le nom d'une villa où Raoul, archevêque 
de Bourges , avait des propriétés qu'il donna à l'abbaye de 
Dèvre , près Vierzon (Cher) , comme nous l'apprend un di- 
plôme de Charles le Chauve (4). Un lieu appelé Mariacus, 
dans le pays de Nimes , est mentionné dans un diplôme 
de Charles le Chauve en 845 (5). Un autre Mariacus^ situé, 
soit en Franche-Comté, soit en Suisse, soit dans les envi- 
rons de Lyon , apparaît en 866 dans un diplôme de Lo- 
thaire , roi de Lorraine (6). 

Mariacus est dérivé de Marins, gentilice romain, illus- 
tré par le vainqueur des Cimbres. Il fut usité en Gaule 
comme l'atteste le savant recueil des inscriptions antiques 
de Vienne par M. AUmer; on y voit réunis neuf exemples 
du nom Marins ; trois sont fournis par une inscription du 

(1) Fantuzzi, Monumenti Ravennatiy t. I, p. 36. 

(2) Lepage, Dictionnaire topographique du département de la Meurthe, 
p. 84. 

(3) Gaérard, Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, t. I, p. 591. 

(4) Dom Bouquet, t. VIII, p. 447 6. . 

(5) Ibid., t VIII, p. 467 b. 

(6) /Wd., t. VIII, p. 412 d. 



27G LIVRE II. CHAPITRE II. 

musée de Vienne où sont mentionnés Tédile Sex. Marius 
Navus (1) et deux personnages dont la qualité n'est pas in- 
diquée et qui s'appelaient tous deux D. Marins Martinus (t; 
à Aix-les-Bains on a conservé Tépitaphe de M. Marius Ta- 
racio (3); sur une épitaphe de Lyon on lit les noms de 
T. Marius Tiro (4), etc. 

C'est de Mariaous que vient une partie des noms des 
communes appelées Maire, Mairy, Maray, Marey, Ma- 
riac, Mérey, Méry. Ces communes sont au nombre de 
vingt-quatre, savoir : deux Maire (Deux-Sèvres, Vienne»; 
trois Mairy (Ardennes, Marne, Meurthe-et-Moselle); Maray 
(Loir-et-Cher) ; trois Marey , dont deux dans la Côte-d'Or 
et un dans les Vosges; Mariac (Ardèche); deux Méré 
(Seine-et-Oise , Yonne) ; trois Mérey , dont deux dans le 
Doubs, un dans l'Eure; neuf Méry, deux dans le Cher, 
un dans chacun des département de TAube, du Calvados, 
de la Marne , de l'Oise , de la Savoie , de Seine-et-Marne 
et de Seine-et-Oise. Plusieurs de ces noms de lieux ont pu 
perdre une dentale avant IV et doivent en ce cas s'expli- 
quer par un primitif *Matriacus^ écrit Madriacus dès l'époque 
mérovingienne , comme l'attestent les diplômes relatifs au 
pagus Madriacensis. 

La forme latine correspondant à Mariacus est celle du 
fundus Mariarms^ qu'on trouve au Moyen Age dans les 
chartes de Ravenne (5). 

Mariniacus est une curtis située dans le royaume des 
Burgundes suivant un diplôme qui aurait été donné par le 
roi Sigismond en 523 et dont l'authenticité est contestée (6). 
En 667, Leodebodus, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, 
donne à son abbaye une portion de terre appelée Mari- 



(1) Allmer» Inscriptions de Vienne^ t. II, p. 261. 

(2) Allmor, ihid., t. II, p. 261. 

(3) AHmer, ibid., t. III, p. 311. 

(4) Allmer, ibid,, t. III, p. 29. 

(5) Fantuzzi, Monumenti Ravennali, t. I, p. 19, 20. 
{('}) Pardessus, Diploynaia, t. I, p. 70. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 277 

niacus et située dans le territoire de Bourges (1). Une villa 
Mariniacus est donnée à la cathédrale d'Âutun , par saint 
Léger, évoque de cette ville, aux termes d'un testament 
qui daterait de 676, mais qui a dû être fabriqué au neu- 
vième siècle (2) ; ce Mariniacus enlevé à cette église lui est 
rendu en 883 par le roi Karloman (3) ; et le pape Jean X , 
dans une bulle de l'année 919, comprend Mariniacus parmi 
les propriétés de la cathédrale d'Autun (4) ; il s'agit proba- 
blement de Marigny (Saône-et-Loire). Un autre Mariniacus 
est mentionné dans l'acte de fondation de l'hôpital de Pont- 
sur-Seine par Alcuin , vers l'année 804 (5) ; c'est aujour- 
d'hui Marigny-le-Châtel (Aube). 

Mariniacus dérive de Marinius , gentilice romain , dérivé 
lui-même du surnom Marinus. Marinius, qu'on ne trouve 
pas à Rome dans les documents du temps de la républi- 
que , se rencontre parfois en Gaule sous l'empire. On a 
recueilli à Vienne l'épitaphe du grammairien L. Marinius 
Italicensis dont le fils s'appelait Marinius Claudianus (6). 
A Lyon , a été découverte l'inscription du monument élevé 
par Marinius Demetrius à sa sœur Marinia (7). Un légion- 
naire d'origine probablement gauloise, L. Marinius Mari- 
niacus, éleva sur la rive droite du Rhin, non loin de 
Mayence, une stèle en l'honneur de la maison impériale 
et du dieu gaulois ApoUo Toutiorix (8). 

C'est par un primitif Mariniacus, dérivé de Marinius, 
que s'expliquent probablement la plupart des trente-trois 
noms de communes suivants : cinqjMarignac, dont deux 
dans la Haute-Garonne, et les trois autres dans la Cha- 

(1) Pardessus, ibid,, t. II, p. 143. 

(2) Pardessus, ibid., t. II, p. 174. 

(3) Dom Bonqnet, IX, 430 c. 

(4) Ibid, IX, 215 a. 

(5) Mabillon, Acta. sanctorum ordinis s&ncti Benedicti , sect. IV, part. I , 
p. 177. Migne, Pairologia latina, t. C, col. 71 b; t. CI, col. 1432 c. Cf. Ma- 
bille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 153, 228. 

(6) Allmer, InscripiionB de Vienne, t. II, p. 537. 

(7) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 516. 

(8) Brambach, n* 1529. 



278 LIVRE II. CHAPITRE II. 

rente-Inférieure , la Drôme et Tarn-et-Garonne ; deux Ma- 
rigna (Haute-Garonne, Jura) ; deux Marigné (Maine-et-Loire, 
Sarthe) ; Marignier (Haute- Savoie); dix-sept Marigny; il 
y en a deux dans la Côte-d'Or, deux dans la Nièvre et 
deux dans la Vienne; un dans chacun des départements 
suivants : Aisne, Allier, Aube, Deux-Sèvres, Indre-et- 
Loire, Jura, Loiret, Manche, Marne, Saône-et-Loire , 
Haute-Savoie; trois Mérignac (Charente, Charente-Infé- 
rieure, Gironde); Mérignas (Gironde); deux Mérignat (Ain, 
Creuse); Mérigny (Indre). 

Toutefois, parmi ces noms modernes, un certain nombre 
peut s'expliquer par un primitif Matriniacus (1) , tout aussi 
bien que par Mariniacus, 

En regard du gallo-romain Mariniacus, se place l'adjectif 
latin marinianus qui a été étudié plus haut (2). 

De Martiniacus dérive Tadjectif marUniacensis , qui 
sert d'épithète à villa ^ dans un passage de Grégoire de 
Tours ; là ces deux mots désignent une localité située prés 
de Tours (3) , aujourd'hui Martigny , commune de Fondet- 
tes (Indre-et-Loire) (4). Une autre villa Martiniacus est don- 
née par Hadoind , évoque du Mans , à la basilique Saint- 
Pierre et Saint-Paul de cette ville, en 642 (5). Une 
troisième localité appelée Martiniacus, située dans le Co- 
tentin , est mentionnée dans un acte du commencement 
du huitième siècle qui nous a été conservé par le cartu- 
laire de Saint-Florent-le- Vieil , au diocèse d'Angers (6). 



(1) Mamay (Aube), appelé MadrinîAcus au neuvième siècle , est un anti- 
que Matriniacus. Boutiot et Socard, Dictionnaire topographique du dépir- 
tentent de l'Aube, p. 93. U y a un Madriniacus dans le Cartulaire de Beau- 
lieu, publié par M. Deloche; c'est Mayrinhac (Lot). Des exemples da 
gentilice Matrinius ont été recueillis par De-vit, Onomasticon, t. IV^ p. 400. 

(2) Voir ci-dessus, p. 164. 

(3) Gloria confessorum, % 8; chez Bordier, Les livres des miracles, t. II, 
p. 3^8; chez Arndt et Krusch, p. 753, 1. 16-17. 

(4) Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 279. 

(5) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 70. 

(6) Pardessus, ibid,, t. II, p. 450. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 279 

Une monnaie mérovingienne porte en légende le nom de 
lieu Martiniaco (1). Plus tard Martiniacus est une des villae 
dans lesquelles Féglise cathédrale du Mans a droit de dîme, 
suivant un diplôme donné par Charlemagne en 802 (2). 
Dans le pays de Nimes il y avait , en 845 , une colonica ap- 
pelée à la fois Amantianicus et Martiniacus qui appartenait 
alors à l'abbaye de Psalmodi , suivant un diplôme de Char- 
les le Chauve (3). 

Le gentilice Martinius, d'où vient Martiniacus y est rare. 
On en a cependant recueilli quelques exemples. L'un nous 
est fourni par le cachet de Toculiste Sp. Martinius Ablaptus, 
trouvé à Vieux (Calvados), et conservé au musée de 
Caen (4). Une femme , appelée Martinia Martiname , figure 
dans une inscription votive de Tan 276 de notre ère ; ce 
monument a été découvert à Mayence, et il est conservé 
au musée de cette ville (5). Les noms de Mar[ti]nius Seno- 
condus se lisent sur une table de marbre qui appartient au 
même musée (6). Une épitaphe trouvée à Lyon a été 
gravée par Tordre d'une femme appelée Martinia Lea (7). 
Ce gentilice dérive du cognomen beaucoup plus fréquent , 
Marlinus ; un exemple du procédé nous est offert par une 
inscription de Worms : c'est Tépitaphe de C. Candidius 
Martinus ; sa fille y est nommée ; elle s'appelle Candidia 
sive Martinia Dignilla (8). 

C'est par Martiniacus que s'expliquent en France qua- 
torze noms de communes : Martigna (Jura) ; Martignas 
(Gironde) ; Martignat (Ain) ; trois Martigné (lUe-et- Vilaine , 



(1) A. de BarUiélemy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes y 
t. XXVI, p. 458. 

(2) Dom Bouquet , V , 769 a ; cf. Sickel , Àcta Karolinorum , t. II , p. 67 , 

!!• 181. 

(3) Dom Bouquet. VIII, 467 6. 

(4) Héron de Villefosse et Thédenat / Cachets d'oculistes romains, t. I, 
p. 116. 117. 

(5) Brambach, n» 1130. 

(6) Ibid., n« 1330. 

(!) Boissieu, Inscriptions de Lyon^ p. 424. 
(8) Brambach, n- 904. 



280 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Maine-et-Loire, Mayenne) ; et huit Martigny, savoir : deux 
dans TAisne, deux dans les Vosges, et les quatre autres 
dans les quatre départements du Calvados, de la Manche, 
de Saône-et-Loire et de la Seine-Inférieure. Nous citerons 
hors de France Martigny (Valais). Quant à Martignac, va- 
riante méridionale de Martigny, rendue célèbre par un 
homme politique français qui donna son nom au ministère 
du 4 janvier 1828, ce n*est pas un nom de commune : le 
dictionnaire des postes indique deux Martignac ; ce sont 
deux hameaux, Tun du département de TAriège, l'autre de 
celui du Lot. 

*Matriacus est le nom primitif d'une localité qui donna 
son nom au pagus Madriacensis , mentionné dans quel- 
ques documents du huitième siècle ; tels sont : un juge- 
ment rendu par Pépin le Bref vers 751 (1), un diplôme de 
Karloman en 771 (2), deux diplômes donnés par Charlema- 
gne, Tun en 774 (3), Tautre en 775 (4). Il est question de 
ce pagiis dans divers documents postérieurs. Matriacus, 
plus tard Madriacus d'où Madriacensis dérive, est aujour- 
d'hui Mérey (Eure) (5). 

* Matriacus est dérivé de Matrius, gentilice rare qui nous 
est conservé par une inscription datée de l'an 714 de Rome, 
50 av. J.-C, et trouvée à San-Gennano, prés du mont 
Cassin ; elle nous apprend qu'à cette date L. Matrius était 
duumvir ju/ri dicundoldn municipe de Casinum (6). Man, 
commune de Berzé (Saône-et-Loire) (7) , Méré (Yonne) (8) , 
et Mérey (Seine-et-Oise) (9) , sont d'anciens Matriacus qui, 



(1) Tardif, Monuments historiques, p. 45, col. 2. 

(2) Dom Bouquet, V, 721 6. Sickel, Acta Karolinorunif t. II, p. 15, n* 12. 

(3) Dom Bouquet, V, 726 e. Sickel, ibid,, t. II, p. 25, n" 33. 

(4) Dom Bouquet, V, 734 a. Sickel, ibid,, t. II, p. 28, n* 45. 

(5) Longnon, Allas historique de la France, p. 99. 

(6) C. /. L., X, 5159. 

(7) Ragut, Cart. de Saint-Vincent de Afâcon, p. 229. 

(8) Quantin, Dictionnaire, topographique du département de iYonnej p. 81, 

(9) Longnon, Atlas historique de la France, p. 188. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 281 

au Moyen Age , se sont appelés Madriacus, C'est aussi à 
MatiHacus que nous font remonter certainement Merry-la- 
Vallée et Merry-le-Sec (Yonne) (1); et probablement Merry- 
sur- Yonne , môme département ; Merrey (Aube) ; Merrey 
; Haute-Marne); Merry (Orne). 

Matriolaôy MaroUes, est un autre dérivé du même genti- 
lice. 

Mauriagus est le nom de la localité où Attila fut battu 
par Aétius , en 451 ; la première mention se trouve dans 
une loi burgunde écrite probablement entre 488 et 490 (2) ; 
une seconde mention apparaît au siècle suivant chez Gré- 
goire de Tours (3) ; nous en lisons une troisième au sep- 
tième siècle dans la compilation connue sous le nom de 
Frédégaire (4) ; on a émis Thypothèse que ce Mauriacus de- 
vait être reconnu dans Moirey, qui a été au Moyen Age le 
chef-lieu d'une paroisse au diocèse de Troyes ; son empla- 
cement est aujourd'hui compris dans le territoire de la 
commune de Dierrey-saint-Julien (Aube) (5). Un autre Mau- 
riacus^ que Ton croit être Mory (Seine-et-Marne), commune 
de Mitry, est compris, en 982, dans une liste des domaines 
de la cathédrale de Paris (6). Mauriacense ministerium ^ 
mentionné en 920, est Mauriac, commune de Saint-Léons 
(Aveyron) (7). Mauriac (Cantal), avait une abbaye appelée 
en 948 S. Petrus JUau/riaceiisis dans le Cart. de Beaulieu (8). 

Mauriacus dérive de Maurius^ gentilice conservé par une 



(1) Qaantin, Diciionnsiire topogr&phique du département de l'Yonne, 
p. 81, 82. 

C2} Lex Burgundionumy t. XVH, § 1» chez Dom Bouquet, IV, 261 c. Pertz, 
Leges, t. III, p. 540, 1. 10; cf. Binding, Das burgundisch-romanische Koeni- 
greich, t. I, p. 26, 45, 46. 

(3) Hisioria Francorum, livre II, c. 7, chez Dom Bouquet, t. II, p, 162 a; 
Aradt, p. 69, 1. 15. 

(4) Dom Bouquet, II, 462 d; Krusch, p. 73, 1. 25. 

(5) LongnoQ, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 334-340. 

(6) Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 275; t. IV, p. 396, 401. 

(O Molinier, Géographie historique de la province de Languedoc, col. 178, 
\^) Deloche, Cart. de Beaulieu, p. 193. 



282 LIVRE IL CHAPITRE IL 

inscription d'Ain-Temuschent, en Algérie, qui est Tépila- 
phe d'un personnage appelé Maurius Cocidius (1). Maurius 
vient lui-même de Maurtis^ surnom plus fréquent (2), qui a 
donné plusieurs autres dérivés employés comme surnoms, 
tels que Maurinus et Maurentius, 

Mauriacus est la forme primitive de treize noms de com- 
munes : deux Mauriac (Cantal et Gironde); un Mauriat 
(Puy-de-Dôme) ; Moreac (Morbihan), appelé Moriacum dans 
un acte de Tannée 1008 (3); quatre Morey (Côte-d'Or, 
Meurthe-et-Moselle, Haute-Saône, Saône-et-Loire) ; deux 
Mory (Oise, Pas-de-Calais); Moiré (Rhône); Moirey (Meuse); 
Moiry (Ardennes). 

Melliacus est une potestas que Leodebodus, abbé de 
Saint-Aignan d'Orléans, raconte avoir achetée, et dont il 
fait donation par acte de Tannée 667 (4) ; ce nom, qui doit 
ici désigner une localité située près d'Orléans, paraît iden- 
tique à celui de Miliacus, Miliaous est un fisc royal du pays 
de Béziers ; ce fisc devint propriété de Tabbaye d'Aniane, 
suivant un diplôme émané en 807 de Louis le Pieux, alors 
roi d'Aquitaine (5) ; sont à consulter, sur le même Miliacus^ 
trois diplômes donnés par Louis le Pieux après son éléva- 
tion à l'empire (6). 

Melliacus , où VI a été probablement doublée pour com- 
penser l'abrègement de Te, dérive, comme MiliacuSy de 
Maelius , gentilice romain , connu à la fois par les auteurs 
et par les inscriptions. 

En Tannée 439 avant notre ère, le chevalier Sp. Maelius, 



(1) C. L L., t. VIII, n» 9814. 

(2) Voyez, par exemple, C. /. L., VI, 22316. 22317. 

(3) Rosenzweig, Dictionnaire topogr&phique du dép9Lrtêment du Mor- 
bihan, p. 183. 

(4) Pardessus, Diplomala, t. II, p. 144. 

(5) Dom Bouquet, VI, 454 b ; Sickel, Acta Karolinorum^ t. II, p. 86, d* 2. 

(6) 1' 814, Dom Bouquet, VI, 457 a; 2* 822, Dom Bouquet, VI, 527 d; 
3* 837, Dom Bouquet, V, 616 a. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 86, 137, 
194, !!•• 8, 177, 356. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 283 

un des plus riches habitants de Rome, fit distribuer du blé 
au peuple, et, accusé pour cette raison d'aspirer à la 
royauté, il fut tué par le maître de la cavalerie (1). P. Maelius, 
son fils , devint deux fois tribun militaire avec puissance 
consulaire : d'abord Tan 400, ensuite Tan 396 avant J.-C. (2). 
Q. Maelius était tribun du peuple en 320 (3). 

Ce gentilice se répandit dans les provinces où nous le 
montrent les inscriptions du temps de l'empire. Telles sont 
en Espagne l'épitaphe de Maelia TertuUa (4) et celle qui 
était gravée sur le monument que Maelia Martialis avait 
élevé à sa mère (5). Sur une tuile trouvée près de Verceil, 
en Italie, on a lu les noms de M. Maelius Attiacus (6). En 
France , les noms de Maelia Secundina nous sont fournis 
par une inscription de Chazey (7) ; ceux de Cn. Maelius 
Pudens et de Cn. Maelius Flavus par une inscription de 
Camoins-les-Bains (Bouches-du-Rhône) (8). 

Quelques monuments nous offrent l'orthographe Melius, 
par e au lieu à*ae : Melius Zosimus , à Lyon (9) ; Melius 
Martinianus, qui, étant augure de la colonie de Vienne 
(Isère), dédia à Mercure un autel conservé encore aujour- 
d'hui près d'Amblagnieu (Isère) (10) ; Melia Anniana, dans 
une inscription de Zara (Dalmatie) (il) ; Q. Melius Auctus, 
dans une épitaphe recueillie prés de Vérone (12). 

Melliacus ou Miliacus pour Maeliacus est devenu en 
France Meilhac (Haute- Vienne) ; Meillac (llle-et-Vilaine) ; 
Meilly (Côte-d*Or) ; Milhac, noms de deux communes de la 



(l) Tite-Uve, Uv. IV, c. 13, 14. 
(î) C. /. L.. t. I, p. 502. 

(3) Tite-Live, Uv. IX, c. 8. 

(4) C. /. L., II, 121. 

(5) Ibid., II, 385. 
(6)/6id., V, 8110, 393. 

(7) Allmer, Inscriptions de Vienne^ t. III, p. 416. 

(8) Allmer, Revue épigraphique. t. II, p. 78, n* 515. 

(9) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 513. 

(10) Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 285. 
(tl) C. /. L., III, 2922. 

(12) /Wd., V, 3680. 



284 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Dordogne et d'une commune du Lot ; Millac (Vienne); 
Milly, nom de six communes (Manche, Meuse, Oise, Saône- 
et-Loire, Seine-et-Oise, Yonne). 

MoNTiNiACus, nom d'une villa donnée à Téglise du Mans 
par Tévéque Bertramne en 615 (1), doit probablement être 
reconnu dans Montigné (Mayenne). Au même siècle, Ber- 
chaire, abbé de Montier-en-Der, avait une propriété dans 
une localité appelée Montiniacus, et située au sud-ouest de 
la Loire (2). Une monnaie mérovingienne a été frappée 
dans un lieu appelé Montiniacus que Ton suppose être Mon- 
tignac (Creuse) (3). Une église Saint-Christophe de Monti- 
niacus appartenait, en 819, à Tabbaye de Conques (Aveyron), 
comme nous le voyons par un diplôme de Louis le Dé- 
bonnaire (4); c'est aujourd'hui Montignac, commune de 
Conques (Aveyron). En 830, une villa Montiniacus, située 
dans le pays de Meaux, appartenait à l'abbaye de Charroux 
(Vienne) ; on l'apprend par une confirmation émanée de 
Louis le Pieux et de Lothaire, son fils (5). 

Avant de prononcer Montiniacus^ on a dû dire Montor 
niacus en plaçant après le * un a qui s'est plus tard assi- 
milé à Vi de la syllabe suivante. C'est l'orthographe de la 
chronique de Béze écrite au douzième siècle, mais proba- 
blement à l'aide de documents plus anciens ; cette chroni- 
que désigne par le nom de villa Montaniacus (6) Montagny- 
lès-Seurre (Côte-d'Or) (7). 

Montaniacus , dont Montiniacus est une variante , est un 
dérivé de Montanius, gentilice rare, mais dont l'existence 



(1) Pardessus, Diplomata,f t. I, p. 211. 

(2) Ibid., t. II, p. 159. 

(3) A. de Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, vingt- 
sixième année, p. 459, n* 444. 

(4) Gustave Desjardins, Cariulaire de l'abbaye de Conques, p. 410. Dom 
Bouquet, VI, 517 d. Sickel, Acta Karolinorum^ t. II, p. 123, n* 135. 

(5) Dom Bouquet, VI, 566 d. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 1C7, n'TA. 

(6) Migne, Patrologia latina, t. CLXII, col. 866 a. 

(7) Garnier, Nomenclature historique des communes , etc, , du déparle- 
ment de la Côte-d'Or, p. 200, n* 438; cf. p. 109, même numéro. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 285 

est constatée. On le trouve dans une inscription de la 
Dacie (1). Une épitaphe découverte à Milan nous fait con- 
naître les noms de M. Montanius Primus (2) ; une inscrip- 
tion de Cagliari, 'en Sardaigne, ceux de Q. Montanius 
Pollio (3). Le gentilice Montanius est dérivé du cognomen 
Montanus, très fréquent dans les inscriptions. Ce surnom 
était déjà usité au siècle d'Auguste. Julius Montanus, poète 
élégiaque et en même temps épique, est mentionné par 
Ovide et par les deux Sénèque (4). De Montanus est dérivé 
• MonUmacuSy aujourd'hui Montenay (Mayenne) ; Montanius 
a donné Montaniacus^ Montiniacus^ Montanianus , 

De Montaniacus sont venus les vingt-quatre noms de 
communes suivants : six Montagnac, savoir : deux dans la 
Dordogne, deux dans le Lot-et-Garonne, un dans les Basses- 
Alpes, un dans THérault ; deux Montagna (Jura) ; un Mon- 
tagnat (Ain) ; deux Montagney, un dans le Doubs , Tautre 
dans la Haute-Saône ; deux Montagnieu (Ain , Isère) ; onze 
Montagny, savoir : trois dans Saône-et-Loire, deux dans la 
Côte-d'Or , autant dans l'Oise , un dans chacun des dépar- 
tements de la Loire, du Rhône, de la Savoie et de la 
Haute-Savoie. 

C'est par Moniiniacus que s'expliquent les noms de qua- 
rante-neuf communes : sept Montignac, savoir : deux dans 
la Charente, autant dans Lot-et-Garonne; un dans la Dor- 
dogne, autant dans la Charente et les Hautes-Pyrénées; 
cinq Montigné, savoir : deux dans Maine-et-Loire, un dans 
chacun des trois départements de la Charente, de la 
Mayenne et des Deux-Sèvres; quarante-neuf Montigny, 
savoir : six dans l'Aisne, cinq dans la Côte-d'Or, trois dans 
chacun des départements d'Eure-et-Loir, de la Nièvre et 
de Seine-et-Marne ; deux dans les Ardennes , autant dans 
le Jura , dans Meurthe-et-Moselle , dans la Meuse , dans le 



(1) C. 7. L., t. m, n* 792, 

(2) Ibid,, V, 6043. 

(3) IWd., X, 7580. 

(4) Teuffel» Geschichte der rœmischen Literatur, S* édit., p. 539. 



286 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Nord, dans la Haute-Saône , dans Seine-et-Oise et dans la 
Somme ; un dans chacun des départements de l'Aube , du 
Calvados, du Cher, du Loiret, de la Manche, de la Haute- 
Marne, de la Marne, de TOise, du Pas-de-Calais, de la 
Sarthe, de la Seine-Inférieure, des Deux-Sèvres et de 
r Yonne. Ainsi, au total, les noms de soixante-treize com- 
munes dérivent du gentilice Montanius. 

La forme latine fundus Monianianus se rencontre daos 
une charte de Ravenne (1). 

MusGiAGiE est le nom d'un vicus qui avait une église ; et. 
dans cette église , un personnage arverne , nommé Nunni- 
nus, qui vivait dans la seconde moitié du sixième siècle, 
déposa une relique de saint Germain d'Auxerre ; c'était un 
fragment du tombeau de ce saint (2). Musciacae^ sous-entendu 
domus, au masculin singulier Musciacus^ sous-entendu 
vicus^ et plus anciennement fundus, doit-étre aujourd'hui 
Moissat (Puy-de-Dôme). Parmi les localités situées au sud- 
ouest de la Loire, et qu'en 673 Berchaire donna à l'abbaye 
de Montier-en-Der , se trouve un certain Musciacus [S). Un 
monasterium Musciacum fut l'objet des libéralités de Louis 
le Débonnaire (4) ; il était situé à Moissac (Tarn-et-Garonne). 

Musciacus s'explique par le gentilice Mustius. Le chevalier 
romain C. Mustius fut défendu par Cicéron- qui parle de 
lui dans les Verrines (5). C. Mustius Tettianus fit deui 
dédicaces, Tune à Jupiter, l'autre à Epona, qui ont été 
trouvées à Cilly en Styrie (6). Les inscriptions d'Afrique 
nous font connaître plusieurs Mustius : à Lambessa. 



(1) Fantuzzi, Monumenti Ravennati, t. I, p. 29. 

(2) Grégoire de Tours, De gloria confeasorum, c. 41. Chez Bordier, Us 
livres des miracles, t. II, p. 422-425. Amdt et Krusch, p. 773, 1. 20; cf. Lon- 
gnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 506-507. 

(3) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 159. 

(4) Vie de ce prince par l'Astronome, chez Dom Bouquet, t. VI, p. 95c. 
Constitutio de monasteriis, en 817, tbid., 409 a. 

(5) Pauly, Rêal'Encyclopaedie, t. V, p. 283. 

(6) C. /. L., III, 5175, 5176. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 287 

C. Mustius Portunatus (1); à Sadjar, Q. Mustius (2); à 
Arsacal, G. Mustius Rusticus (3); à Beni-Ziad, A. Mus- 
tius (4). Mustius a donné le dériy é * Mv^tiaciLS dont Musciacus 
n'est qu'une variante orthographique. 

De Musciacus viennent les noms de communes suivants : 
trois Moissac (Lozère , Tarn-et-Garonne , Tarn) ; Moissat 
(Puy-de-Dôme) ; Moissey (Jura) ; Moissieu (Isère) ; Moissy 
(Seine-et-Marne , Nièvre) ; peut-être Moussac (Gard et 
Vienne); Moussey (Aube et Vosges); enfin probablement 
six Moussy, dont deux dans Seine-et-Marne et un dans 
chacun des quatre départements de TAisne , de la Marne , 
de la Nièvre et de Seine-et-Oise. Moussy (Aisne) est ap- 
pelé Musceium dans la vie anonyme de saint Rigobert, ar- 
chevêque de Reims , mort en 749 (5) ; le groupe se que 
nous ofifre cette orthographe est d'accord avec Tétymologie 
que nous proposons. Cette étymologie est contredite par 
Torthographe Mulciacum , Molceiv/m^ du nom de Moussey 
(Aube) , dans des textes du douzième siècle (6) ; mais cette 
orthographe est peut-être le résultat d'une hypothèse étymo- 
logique, plutôt que le reflet de la tradition; cependant 
Mulciacum peut s'expliquer par un primitif * Molliciacus 
qui dériverait de MoUicius , geutilice connu par quelques 
inscriptions (7). 

Une colonica du nom de Noniacus appartenait à l'abbé 
Aridius , qui vivait au sixième siècle ; elle était probable- 
ment située en Limousin ; voilà ce que nous apprend une 
vie de ce personnage attribuée à Grégoire de Tours (8) ; 

(1) c. 1. L., VIII , 2949, 3204. 

(2) Ibid,, VIII, 6022. 

(3) JbW., VIII, 6152. 

(4) Ibid., VIII, 6532. 

(5) Matton, Dictionnaire topographique du département de l'AisnCy p. 194. 

(6) Bontiot et Socard, Dictionnaire topographique du département de 
VAube, p. 109. 

(7) MoUicius, C. /. L., III, 341, 342; V, 1305; Mollicia, X, 6501. 

(8) Vita sancti Aridii abbatis, c. VIII; chez Bordier, Les livres des mi- 
ncies, t IV, p. 173. 



288 LIVRE II. CHAPITRE II. 

cette localité est aussi mentionnée dans |le texte qu'on 
nous a conservé du testament du même Aridius (1). 

Nonius est un gentilice romain qu'on rencontre quelque- 
fois (2). En Tan 50 avant notre ère, M. Nonius Sufifenas était 
propréteur de Crète et de Cyrène (3). Un sénateur du nom 
de Nonius fut proscrit par Antoine (4). Auguste gratifia 
d'un collier d'or Nonius Asprenas (5). Deux ou trois Nonius 
Asprenas figurent dans la liste deè consuls , aux années 6, 
29 et 38 après notre ère (6). De tous les Nonius, celui qui est 
le plus connu de nos jours est le grammairien Nonius 
Marcellus; il écrivait au troisième siècle de notre ère et 
a laissé un ouvrage souvent édité (7). Ce gentilice fut porté 
chez nous par M. Nonius Gallus qui fut gouverneur de la 
Gaule transalpine en l'an 29 avant notre ère, et qui soumit 
les Treveri ; il reçut pour cette raison le titre dHmperaior (8\ 
Deux inscriptions de Lyon contiennent le nom de Nonius 
précédé du prénom Caius et suivi dans lune d'elles du 
surnom Euposius (9). Une inscription de Trêves nous of- 
fre l'orthographe Nonnius avec deux n et le surnom Ger- 
manus (10). 

Nogna (Jura), suppose un plus ancien Noniacus. 

NoviACUM castrum fut en 752 donné à l'abbaye de Prlim 
par le roi Pépin le Bref (11). 



(1) Pardessus, Diplomata, t. I, p. 138. On y lit Nonniacus avec deux n; 
cf. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 527. 

(2) Pauly, Real'Bncyclopaedie, t. V, p. 687-692. 

(3) Cicéron, à Atticus, livre VI, lettre i. 

(4) Pline, Histoire naturelle, livre XXXVII, c. 81. 

(5) Suétone, Auguste, c. 43. 

(6) Joseph Klein. Fasti consulares, p. 17, 27, 30. 

(7) Teuflfel, Gcschichte der roemischen Literatur, 3» édition, p. 909-912 

(8) Voy. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Giule 
romaine, t. IH, p. 40, 45. 

(9) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 18, 53. 

(10) Brambach, n* 835. Nonius dérive du nombre ordinal nonus, c neu- 
vième »; Nonnius, du cognomen Nonnus, sur lequel on peut voir Paul/, 
Real'Encyclopaedie, t. V, p. 692-694. 

(11) Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 2, n* 4. 




' 



LA DÉSINENCE - 1 - A C U S AU MOYEN AGE. 289 

Les auteurs et les inscriptions nous font connaître de 
nombreux exemples du gentilice Novius. Tels sont le poète 
comique Q. Novius qui vivait au commencement du P' siè- 
cle avant notre ère (1). En 58 avant notre ère, L. Novius 
était tribun du peuple ; on l'apprend par Asconius (2). 
Novius Niger était questeur au temps de la conjuration de 
Catilina, en l'an 56 avant J.-C (3). Ce nom se répandit 
dans les provinces. Deux inscriptions de Spalatro , Tan- 
cienne Salona, nous font connaître les noms de Novius 
Persicus et de P. Novius Laurus (4). Dans une inscription 
des environs de Bude , on lit les noms du légionnaire No- 
vius Provincialis (5). Une inscription de Worms rappelle 
un vœu de Novia Prisca (6). A Schwanden , dans le Pala- 
tinat, on a trouvé l'épitaphe d'une femme appelée Novia (7). 
Nous nous bornons à ces exemples , dont il serait facile 
d'augmenter le nombre (8). 

De Novius est dérivé Noviacus qui est devenu Neuvy , 
dans dix-neuf noms de communes , savoir : trois dans le 
Cher, deux dans l'Eure-et-Loir et dans Tlndre; un dans 
chacun des départements de l'Allier, des Deux-Sèvres, de 
rindre-et-Loire , de Loir-et-Cher , du Loiret , de Maine-et- 
Loire , de la Nièvre , de l'Orne , de Saône-et-Loire , de la 
Sarthe et de l'Yonne. A la même origine se peuvent 
rattacher Neufvy (Oise) ; Nevy (Ardennes) ; et probablement 
les deux Nevy , du Jura. 

Au neuvième siècle, la véritable étymologie de Noviacus 
était oubliée, et on considérait ce mot comme un dérivé 
de l'adjectif latin noviis. C'est pour cela que Jérémie, ar- 
chevêque de Sens, imagina d'appeler Noviacus l'abbaye 



(1) Teoffel, Geschichte der rœmiachen Literatur, 3* édit., p. 243. 
(?) Asconias, 6ur le c. 14 du Pro Milone de Gicéron. 

(3) Suétone, César, c. 17. 

(4) C. /. L., III, 2511, 2552. 

(5) /Wd., III, 3556. 

(6) Brmmbach, n» 907. 
fT) Brambach, n- 1765. 

(8) Voyez Pauly, Re&l-Encyclopaedie, t. V, p. 717-719. 

19 



I 

« 



290 LIVRE IL CHAPITRE IL 

qu'il fonda en 818, à Mauriacus, en Auvergne (1). Mais 
cette dénomination nouvelle , qu'une erreur avait inspirée, 
ne fut pas [adoptée par la population , et l'ancien nom de 
Mauriacus persiste encore , à peine modifié , dans celui de 
Mauriac (Cantal). 

La villa Novilliàgus fut donnée à Téglise cathédrale de 
Reims par le roi Karloman en 771 , et Charlemagne con- 
firma cette libéralité ; les diplômes, aujourd'hui perdus, sont 
analysés dans l'appendice à Flodoard , écrit vers la fin du 
dixième siècle (2). Ce nom de lieu est assez fréquent, mais 
le plus souvent altéré. On le trouve écrit avec une seule i, 
Noviliacus. Ainsi Grégoire de Tours écrit Noviliacus le nom 
de deux vici qui auraient été , suivant lui , fondés , c'est- 
à-dire évidemment, dont les paroisses auraient été créées 
par les évoques Injuriosus et Baudinus, tous deux ses pré- 
décesseurs, l'un de 529 à 546, l'autre de 546 à 552 (3). On 
remarque la môme orthographe dans le diplôme de Clo- 
taire III pour l'abbaye de Bèze , en 664 , tel que nous l'a 
conservé la chronique de cette abbaye (4) ; dans la charte 
originale contenant les donations faites par Wandmir et 
Ercamberte à diverses églises en 689 (5); dans les diplô- 
mes donnés : en 705 par Childebert III à l'abbaye de Saint- 
Serge et de Saint-Médard d'Angers (6) ; en 802 par Char- 
lemagne (7) , en 832 par Louis le Débonnaire , à la 
cathédrale du Mans (8). Au lieu de Noviliacus, on a écrit 
quelquefois Nobiliacus avec un b au lieu d'un v, phéno- 

(1) Chronique de Siint-Pierre-Ie-Vtf de Sens; chez Dom Bouquet, VI, 237 a. 

(2) Dom Bouquet, t. V, p. 362 b, c; cf. t. VI, p. 216 c, d. Bickèl, Actolt- 
rolinorumt t. II, p. 380. 

(3) Hietoria, Francorum^ livre X, c. 31, i 15, édit Amdt, p. 447, lignes 13-20. 
Cf. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle^ p. 282. 

(4) Pertz, Diplomatum imperii tomus primvLS, p. 40, 1. 23. 

(5) Tardif, Monuments historiques, p. 637, col. 1. 

(6) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 65, 1. 44. 

(7) Dom Bouquet, V, 768 e; cf. Sickel , Acta Karolinorum, t. Il, p. 67, 
n- 181. 

(8) Dom Bouquet , VI , 585 e; cf. Bickel, Acta Karolinorum^ U II, p. 179, 
n* 308. 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 291 

mène fréquent dans la basse latinité. Cette orthographe 
se rencontre dans certains manuscrits de Grégoire de 
Tours (1) , dans un diplôme de [Fannée 680 en faveur de 
l'abbaye de Saint-.Wast d'Arras (2), et dans la vie de Louis 
le Débonnaire dite de l'Astronome , où Tabbaye de Saint- 
Vaast est appelée monasterium Nobiliacum (3). 

Le gentilice d'où est dérivé le nom de lieu qui se pré- 
sente dans les textes sous ces trois formes a été porté sous 
le règne de l'empereur Tibère par Novellius Torquatus, de 
Milan, qui devint préteur et proconsul et qui dut une 
grande notoriété, non à l'habileté avec laquelle il s'acquit- 
tait de ses hautes fonctions , mais au talent qu'il avait de 
boire d'un trait , en se conformant à toutes les règles de 
l'art, trois congés, c'est-à-dire environ neuf litres de vin; 
Pline, dans son Histoire natv/relle^ s'étend avec détails sur 
les faits qui attestent combien Novellius s'acquittait cons- 
ciencieusement de cette tâche glorieuse, vraie merveille 
dont l'empereur lui-même fut témoin (4). D'autres Novel- 
lius, moins célèbres, nous sont connus par les inscriptions. 
Tels sont Novellius Optatus , dont l'épitaphe a été trouvée 
près de Salzbourg (5) ; Novellius Aequalis (6) , Novellius 
Agilis, Novellius Euodius dont les épitaphes ont été re- 
cueillies à Milan (7). Il serait trop long d'énumérer tous les 
autres exemples de ce gentilice que l'Italie nous offre. 
U pénétra en Gaule. Nous citerons C. Novellius Amphio 
dans une inscription de Genève (8), L. Novellius Hispelo (9) 

(1) Voyez les notes placées par Amdt au bas de la page 447 citée plus 
haut; cf. Gloria confessorurrif c. 7; chez Bordier, Les livres des miracles, 
t II, p. 358; Krasch, p. 753, 1. 9. 

(2) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 181. 

(3) Dom Bouquet, VI, 95 c. 

(4) Pline, Histoire natureUe, livre XIV, g 144-146; cf. Pauly, Real-Ency- 
clopsedie, t. V, p. 714. 

(5) C. /. L., t. ni, n* 5626. 

(6) /Wd., V, 6051. 

(7) Ibid., V, 6054. 

(8) Mommsen , Inscriptiones confoederationis helveticae , n* 92. AUmer , 
îmeriptions antiques de ViennSy t. II, p. 319. 

(9) Brambach, n* 1201. 



292 LIVRE II. CHAPITRE II. 

et M. Novellius (1) au musée de -Mayence , Tépitaphe de 
P. Novellius Novanus et de ses enfants qui a été trouvée 
à Apt (2). 

* Novelliacus , Noviliacus , dérivé de Novellius , peut se 
reconnaître dans trente-six noms de communes : Neuillac 
(Charente-Inférieure), Neuillay (Indre), deux Neuillé (Indre- 
et-Loire) , Neuillé (Maine-et-Loire) , Neuilli (Orne) ; vingt- 
trois Neuilly, savoir : deux dans chacun des départements 
de l'Allier, du Calvados, du Cher, de la Haute-Marne, de 
l'Oise , de Seine-et-Oise et de la Somme ; un seulement 
dans chacun des départements suivants : Aisne, Côte-d'Or, 
Eure , Indre-et-Loire , Mayenne , Nièvre , Orne , Yonne ; 
NeuUiac (Morbihan) ; Neuvilley (Jura) ; Neuvilly (Meuse), 
et Neuvilly (Nord) ; trois Nuillé , dont un dans la Sarthe 
et deux dans la Mayenne; enfin NuUy (Haute-Marne). 

De ces noms de lieux il faut distinguer Nouaillé (Vienne), 
au huitième siècle Novaliacus , comme nous l'apprend un 
diplôme émané en 794 de Louis le Débonnaire , alors roi 
d'Aquitaine (3). Novaliacus suppose un geniïlice * Novalius 
dérivé de Tadjectif novalis. 

PiçiACus est le nom d'une localité située dans le Perche, 
et où saint Avit, mort vers Tannée 527, mena la vie éré- 
mitique ; on le sait par une vie anonyme , à peu près con- 
temporaine (4). On ignore où était l'emplacement précis 
de Piciacus, 

Ce mot est dérivé de Pitius. On a trouvé à Veglia, île 
voisine de la côte de Dalmatie, Tépitaphe du décurion 
P. Pitius Marullus (5) ; à Petronell , en Autriche , celle de 



(1) Brambach, n* 1216. 

(2) C. J. L., XII, 1133. 

(3) Dom Bouquet, t. VI, p. 452 c ; cf. Sickel, Acta, KArolinorum.^ t. VL, p. 84, 
n- 1. 

(4) Dom Bouquet, t. III, p. 439 d; cf. Longnon, Géographie de <a GdMk 
au sixièifne siècle, p. 328, 329. 

(5) C. L L., III, 3128. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 293 

l'affranchi C. Pitius Hilarus (1). On conserve à Ebersdorf 
(Autriche), celle de l'affranchi C. Pitius Jucundus (2). 

De Pitius on a tiré * Pitiacus , puis par effet de Tassibi- 
lation et avec substitution du c au t^ Piciacus. Peut-être ce 
nom explique-t-il celui de Pécy (Seine-et-Marne). On doit 
aussi probablement le reconnaître dans les deux Pessac du 
département de la Gironde ; dans Pessat (Puy-de-Dôme) ; 
dans Pissy (Somme et Seine-Inférieure). Pissy (Somme) 
est vraisemblablement le Pisciacus qu'un diplôme émané 
de Pépin le Bref, en 751, met dans \e^ pagus^^Ambianen-' 
m (3) ; mais cette orthographe peut être le résultat d'une 
étymologie populaire qui rapprochait le nom de lieu Pissy 
du latin jnscis , poisson , bien connu à une époque où de- 
puis longtemps le gentilice Pitius était oublié. Nous termi- 
nerons par Pizy (Yonne), qui, suivant M. Quantin, s'est 
appelé Piciacum au septième siècle (4). 

PociACus est le nom d'une des villae qui , au huitième 
siècle, appartenaient à Tabbaye de Saint-Martin de Tours. 
Nous l'apprenons par un diplôme de Charlemagne qui re- 
monte à l'année 775 (5). La situation de Pociacus est 
inconnue. 

Ce mot peut être dérivé du gentilice Paucius, dérivé lui- 
même de l'adjectif paucus. Une inscription de Bénévent 
contient le nom du décurion Q. Paucius (6). 

PoDENTiACus (7), lisez PuDENTiACus, dérivc de Pudentius 
qui est un gentilice romain, probablement d'assez basse 



(1) c. /. L., III, 4518. 

(2) 7Wd., III. 4602. 

(3) Perte, Diplomatiim imperii lomus primuSy p. 109, 1. 16. 

ik) Dictionnaire topogr&phique du département de l'Yonne^ p. 99. 

(5}Pom Bouquet» V, 737 c; cf. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. 27, 
nMî; cf. Habille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 69, 106, 
107. 

(6) C. /. L., IX, 1653. 

(7) Cartulaire de Saint-Seine cité par Garnier, Nomnnrlattirp historiqvp, 
etc„ du département de la Côte-d'Or, p. 51. 



294 LIVRE II. CHAPITRE IL 

époque : Pudentius Maximinus, vétéran, fît à Hercule 
une dédicace trouvée près de Salzbourg (1). C'est aussi le 
nom d'un saint qui fut martyrisé à Alexandrie, et dont od 
célèbre la fête le 29 avril (2). 

Poncey-lez-Pellerey (Côte-d'Or) , Pouançay (Vienne), 
Pouancé (Maine-et-Loire) , peuvent être d'anciens Puden- 
tiacus. 

PoMPEiAGUM est le nom d'un castrum où , suivant les 
actes du martyre de saint Vincent d' Agen , le corps de ce 
saint, mis à mort sous Dioclétien, aurait été transféré et se- 
rait devenu l'objet d'un culte vers le milieu du cinquième 
siècle (3) ; ce castrum était situé, suivant M. Longnon, au 
Mas-d'Agenais (Lot-et-Garonne) (4). En 829, Pépin I", roi 
d'Aquitaine , confirma l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés 
dans la possession du quart d'une propriété que son diplôme 
appelle Pompeiaci villa (5). La vie de saint Theuderius. 
abbé de Vienne (Isère) au sixième siècle , écrite trois siè- 
cles plus tard, met dans le voisinage de Vienne (Isère), 
alors bien fortifiée, cinq forts destinés en cas de guerre à 
tenir l'assiégeant à distance; un de ces forts s'appelait 
Pompeiacus (6). 

Pompeiacus dérive du genlilice d'abord obscur Pompeius, 
qui est d'origine ombrienne et vient du nom de nombre 
* pompe = quinque, cinq. Ce gentîlice fut à peu près ia- 
connu avant le consul Q. Pompeius, 141, un des généraux 
romains qui échouèrent dans la guerre contre les Celtibè- 
res (7). Après lui Cn. Pompeius Strabo et Q. Pompeius 
Rufus, parvinrent aussi au consulat, l'un, Tan 89, Tau- 

(1) C. /. L., III, 5531. 

(2) BoUandistes, avril, t. III, p. 617. 

(3) Voir les actes du martyre de saint Vincent, dans les Bollandistes, t. II 
de juin, p. 166-168. 

(4) Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 549-552. 

(5) Tardif, Monuments historiques^ n» 121, p. 84, col. 1. 

(6) Dom Bouquet, t. III, p. 470 b. 

(7) Sur la gens Pompeia, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie^ t. V, p. 1844- 

1858. 



LA DÉSINENCE -I<ACU8 AU MOYEN AGE. 295 

tre, Tan 88 avant J.-C. ; ce nom d'homme dut surtout 
sa célébrité au fils du premier des deux , Cn. Pompeius , 
surnommé le Grand. Entre autres affaires importantes 
dont il fut chargé, une des plus graves fut la guerre con- 
tre Sertorius, en Espagne. Elle l'occupa de 77 à 72, et 
pendant ce temps il parait avoir exercé Tautorité suprême 
dans la Gaule, administrée sous ses ordres par le propréteur 
Fonteius (1). C'est à cette date que doit remonter l'introduc- 
tion en Gaule du gentilice Pompeius. Un des monuments 
antiques les plus curieux de la France est la porte d'entrée 
de la sépulture d'une famille Pompeia , à Âix , en Savoie ; 
L. Pompeius Campanus la fit construire de son vivant , et 
les épitaphes d'un certain nombre de ses parents s'y lisent 
encore aujourd'hui (2). Nous citerons ensuite Sex. Pom- 
peius Macrinus, connu par une inscription de Novairy (3) ; 
Ponpeius Octavianus, dont l'épitaphe a été trouvée près 
de Ghozeau (Isère) (4) ; Q. Pompeius Adjutor, dont les noms 
se lisent dans une inscription d'Annecy (5) ; Pompeia Da- 
tiva, dont l'épitaphe vient d'être découverte à Arles (6); 
une autre Pompeia dont le musée de Bordeaux possède 
l'épitaphe (7). Je me bornerai à ces exemples : on en 
trouvera beaucoup d'autres dans le t. XII du C. /. L 

De Pompeiacus viennent les noms de Pompejac (Gironde), 
et Pompiac (Gers). 

PoNGiAGus est une villa dépendant de l'église du Mans, 
aux termes d'un diplôme de Louis le Débonnaire en 832 (8) ; 
c'est probablement aujourd'hui Poncé (Sarthe). 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Pontius qui est latin , 

(1) E. Desjardins, Géogr&phie de U Gaule romaine^ t. II, p. 330-334, 347. 
(?) E. Desjardins, ihid., t. III, p. 118; cf. Allmer, Inscriptions antiques 
de Vienne, t. III, p. 312-317. 

(3) AUmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 245. 

(4) AUmer, ibid., t. III, p. 182. 

(5) Allmer, ibid., t. III, p. 340. 

(Q AUmer, Revue épigraphique, t. I, p. 268, n* 296. 

m AUmer, ibid,, t. II, p. 22, n* 469. 

(8)Dom Bouquet, VI, 586 a; Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179. 



296 LIVRE II. CHAPITRE II. 

mais d'origine samnite (1), e} vient du thème ombrien 
*ponto- =: *pomptO', identique au thème latin *quintO' = 
* quinqtO' du nom de nombre ordinal signifiant cinquième. 
Pontius est la forme ombrienne du gentilice latin Quintius, 
mieux Quinctiiis. Le plus célèbre personnage de ce nom 
que Ton rencontre dans l'histoire de la république romaine 
est C. Pontius, fils d'Herennius, qui commandait les Sam- 
nites quand ils firent Tarmée romaine prisonnière aux 
Fourches Caudines, l'an 321 avant J.-C. (2). Ce gentilice 
avait pénétré à Rome de fort bonne heure, si Ton en croit 
la légende ; en effet, dès le siège de Rome par les Gaulois. 
en Tan 390 avant notre ère , un jeune et ardent patriote 
romain, Pontius Cominius , aurait rendu son nom illustre 
par l'heureuse audace avec laquelle, trompant la sur\'eii- 
lance des assiégeants, il pénétra, dit-on, dans le Capitole 3 . 
Plus tard, L. Pontius Aquila fut du nombre des meurtriers 
sous les coups desquels César perdit la vie. Tan 44 avant 
notre ère (4) : ici nous sommes en présence d'un fait his- 
torique. Enfin tout le monde connaît le nom du procuni- 
teur de Judée, Pontius Pilatus (5). 

On rencontre ce gentilice dans les inscriptions de Rome 
et des provinces, Q. Pontius Severus, à Tarragone 6'; 
P. Pontius Blandus, P. Pontius Pontianus, P. Pontius Se- 
cundinus, dans une inscription de Hongrie (7). On a trouve 
nombre de fois en Gaule et en Grande-Bretagne la marque 
du potier Pontius. 

De Pontius on a tiré ; 1** un dérivé en -anus : Pontianus 
qui explique Ponsan (Gers), et qui est à comparer au fundus 

(1) Corssen, Ueher Aussprache, Vohalismus und Betonung der lateini' 
schen Sprache, 2*édit., 1. 1, p. 116. Ponto- est pour *pomp''lO'' comme quin- 
tus pour * quinqU'tus. 

(2) Tite-Live, liv. IX, ch. i et suivants. Sur le gentilice Pontius, voyez 
Pauly, Real'Encyclopaedie, t. V, p. 1891-1893. 

(3) Tite-Live, livre V, c. 46. 

(4) Suétone, César, c. 78 ; édit. Teubner-Roth, p. 32, 1. 3-4. 

(5) Tacite, Annales, livre XV, c. 44. 

(6) C. /. L., II, 4937. 

(7) Ibid,, III, 6271. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 2fl7 

Poncianus d'une charte de^ Ravenne (1) , 2® un dérivé en 
acus ; * PontiaciÀS, écrit Ponciacus au moyen âge. De là pro- 
bablement, outre le nom de Poncé (Sarthe), déjà cité, ceux 
de : Pontiacq (Basses-Pyrénées), Poinchy (Yonne), Poincy 
(Seine-et-Marne), et Poncey-lez-Athée (Côte-d'Or). Poncey- 
lez-Pellerey, aut?e commune du même département, parait 
devoir s'expliquer par un bas-latin Podentiacus (p. 293). 

PoNTiLiACDS est le nom d'un palais d'où Charles le 
Chauve data, en 873, un diplôme en faveur des églises 
Saint-Mammès de Langres , et Saint-Etienne de Dijon (2) ; 
c'est aujourd'hui Pontailler-sur-Saône (Côte-d'Or). La 
forme latine correspondant à ce nom de lieu gallo-romain 
est Poniilianus^ nom d'une villa située dans le Roussillon ; 
on l'apprend par un diplôme du roi Lothaire, 982 (3). 

Pontiliacus et PontUianus sont dérivés de Pontilius, gen- 
tihce romain dérivé lui-même de Pontius, Le plus ancien 
exemple de Pontilius nous est offert par une inscription 
recueillie en Espagne, près de Carthagène (4). On le trouve 
deux fois répété dans une inscription d'Afrique (5). Il appa- 
raît dans plusieurs inscriptions d'Italie (6). 

PosTHiMiAGus est le nom d'un locus de situation inconnue 
donné à l'abbaye de Limours (Seine-et-Oise) , aux termes 
de l'acte de sa fondation par Gammon , en 697 (7). Un 
diplôme de Charles le Gros, en faveur de l'abbaye de Saint- 
Etienne de Dijon, en 885, nous donne le même nom de 
lieu avec l'orthographe un peu plus archaïque Postu- 
miacus (8) ; il s'agirait ici de Potangey, commune d'Aiserey 



(1) Fantuzzi, Monumenti AavennaCt, t. I, p. 64. 

(2) Dom Bouquet, VIII. 643 d. 

(3) Dom Bouquet, IX, 649 b. 

(4) C. /. L., I, 1478 ; II, 3433. 

(5) /Wd., VIII, 8799. 

(6) Ibid., IX, 5799; X, 47, 363, 364. 

(7) Pardessus, DiplomsiU, t. II, p. 244, 

(8) Dom Bouquet, IX, 336 c. 



298 LIVRE II. CHAPITRE II. 

(Côte-d'Or) , suivant M. Garnier, le savant archiviste de ce 
département (1). 

Posthumiacus vient de Postumius. h^gens Postumia était 
patricienne (2) ; elle atteignit de très bonne heure aux plus 
hautes magistratures de Rome. Le premier consul qu'elle 
donna à la république romaine fut P. Postumius Tubertus, 
élevé à cette dignité d'abord Tan 249 de Rome (av. J.-C. 
505) , puis Tan 252 (503) , et qui obtint deux fois les hon- 
neurs du triomphe (3). Quelques années plus tard (496 
avant J.-C), le dictateur A. Postumius Albus, fils du pré- 
cédent, battait les Latins près du lac Régille et triom- 
phait (4). Nous nous bornons à ces deux exemples. La 
gens Postumia donna son nom à un des plus anciens mo- 
numents de la législation de Rome , une des lois somp- 
tuaires attribuées à Numa (5). Le même nom fut aussi 
porté par une des grandes routes de la Gaule Cisalpine, la 
via Postumia^ construite, à ce que Ton croit, par le consul 
Sp. Postumius Albinus, Tan 148 avant notre ère (6). Le 
gentilice Postumius persista sous l'empire ; ainsi , au 
second siècle de notre ère , Postumius Festus fut célèbre 
par son éloquence (7). On trouve ce nom fréquemment dans 
les inscriptions d'Espagne (8) , d'Afrique (9), d'Italie (10), 



(1) Garnier , NomencleLture historique des communes du département de 
te Côte-d'Or, p. 19. 

(2) Sur la gens Postumia, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie, t. V, p. 1932- 
1944. 

(3) Tite-Live, livre II, c. 16. Pline, livre XV, } 125; cf. Acta triumphorum 
capitolina dans le C. /. L., t. I, p. 454. Fastes consulaires, ibid., p. 486487. 

(4) Tite-Live, livre II, c. 19, 20, et Acta triumphorum capitolina dans le 
C. /. L., 1. 1, p. 454. 

(5) Pline, livre XIV, { 88. 

(6) Voyez ce que dit de cette route M. Mommsen dans le C, /. L. , t. V , 
p. 827. 

C7) Aulu-Gelle, livre XIX, c. 13. Gomp. le passage de Fronton cité par 
Teuffel, Geschichte der rœmischen Literatur, 3* édit., p. 848. 

(8) C. /. L.. t. II, index, p. 728, col. 4. 

(9) Ibid., t. VIII, index, p. 1012, col. 2. 

(10) ibid., t. V, index, p. 1123, col. 4, 1124, col. 1 ; t IX, index, p. 723, 
col. 1 ; t. X, p. 1052, col. 2, 1065, col. 4. 



LA DÉSINENCE -1-AOUSAU MOYEN AGE. 299 

de Grande-Bretagne (1), etc. (2). Nous jfignalerons en Gaule 
trois exemples : Tun est une dédicace à Diane par Q. Pos- 
tumius Potens ; elle a été trouvée près de Trêves (3) ; le 
second monument, qui existe encore dans la ville d'Aven- 
che, en Suisse^ est aussi une dédicace à des dieux ; ses au- 
teurs sont Q. Postumius Hyginus et Postumius Hermès (4) ; 
enfin le musée de Toulouse possède le signaculum de Pos- 
tumius Faustinus (5). 

Pbimiagus est une villa mentionnée dans un diplôme 
de Louis le Débonnaire en faveur d'Albéric, évéque de 
Langres, 834 (6) ; c'est aujourd'hui Prangey (Haute-Marne). 
Une autre villa , du nom de Primiacus , fut donnée en 866 
par Lothaire, roi de Lorraine, à sa femme Theodeberge (7). 

Ce nom de lieu dérive de Primius , gentilice tiré du sur- 
nom Primus, et qu'une inscription découverte en Autri- 
che nous montre dans le nom de femme Primia Hono- 
rata (8). Nous le retrouvons dans une inscription du musée 
de Mannheim qui débute par le nom de femme Primia 
Accepta (9) ; dans une inscription d'Oppenheim, en Hesse, 
qui nous fait connaître le nom de femme Primia Am- 
miUa (10). On a découvert à Meylan (Isère), Tépitaphe de 
L. Primius Valerius gravée par ordre de son fils Primius 
Vassillus et de sa fille Primia Valeria (il). On a recueilli à 
Lyon Tépitaphe de M. Primius Secundianus, sévir augus- 
tal, gravée par les soins de M. Primius Augustus, son 



(1) C. /. L., t. VII, index, p. 320, col. 1. 

(2) Ibid., t. III, index, p. 1082, col. 2. 

(3) Brambach, n* 844. 

(4) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 164. 

(5) C. /. L., XII, 5690. 106. 

(6) Dom Bouquet, VI, 596 a; cf. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. 183, 
n*322. 

(7) Dom Bouquet, VIII, 412 d. 

(8) C. /. L., III, 5606. 

(9) Brambach, n* 868. 

(10) Brambach, n* 917. 

(11) AUmer, InBcriptions de Vienne, t. III, p. 176. 



300 LIVRE II. CHAPITRE II. 

fils (1), et celle de, P. Primius Eglectianus , aflFranchi de 
P. Primius Cupitus (2). 

Le nom Premiacus , d'une localité située dans le pagiu 
Aurelianensis suivant un diplôme de Tannée 689 (3), parait 
être une variante orthographique de Primiacus. C*est par un 
primitif Primiacus que semble devoir s'expliquer le nom des 
trois communes de Pringy situées dans les départements 
de la Marne , de la Haute-Savoie et de Seine-et-Marne. 

Prisciacus est une villa d'Auvergne donnée à Téglise 
Saint-Etienne de Châlons-sur-Marne , en 565 , par Elafius, 
évoque de la môme ville (4). Un autre Prisciacus^ dans 
le pays de Chambly (Oise) , apparaît dans un diplôme de 
l'année 689 (5). Une villa Prisciacus qui forme aujourd'hui 
deux communes, Précy-Notre-Dame et Précy-Saint-Martin 
(Aube) , appartenait au neuvième siècle à l'abbaye de Mon- 
tier-en-Der, comme on le voit par deux diplômes de 
Charles-le-Chauve donnés l'un en 845 , l'autre en 854 (6;. 
Une villa Prisciacus^ située dans le Poitou, fut donnée 
pour partie à l'abbaye de Noirmoutier par Charles le Chauve 
en 854 (7). Une villa Prisciacus y dans l'Autunois, apparaît 
dans une charte de Cluny au commencement du dixième 
siècle (8). Plusieurs chartes de la même abbaye mention- 
nent au même siècle une villa Prisciacus et un ager Priscia- 
censis situés dans le [Maçonnais , c'est Prisse (Saône-et- 
Loire) (9). 



(1) Boissieu, p. 203, 204. 

(2) Boissieu, p. 494. Voir d'autres exemples dans le t. XII xlu C. I, L. 

(3) Tardif, Monuments historiques, p. 637; cf. Pardessus, DtploTiuta, t. II, 
p.. 209. 

(4) Pardessus, Dtpfomata, t. II, p. 423. 

(5) Tardif, Monuments historiques, p. 637, col. 2. Pardessus, Dipforrute, 
t. II, p. 210. 
■(6) Dom Bouquet, VIII, 477 a, 529 e. 

(7) Dom Bouquet, VII, 344 a ; VIII. 529 a. 

(8) Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, p. 164. 

(9) Bruel, Recueil, t. I, p. 133, 243, 296, 298, 402, 408, 513, 664; cf. Ang. 
Bernard, Cartulaire de Savigny, t. II, p. 1092, col. 1 ; 1095, col. 2. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 301 

Priscioums est dérivé du gentilice Priscius, venant lui- 
même de Priscus , usité d'abord comme surnom : P. Ser- 
vilius Priscus fut consul Tan 495 avant J.-C. (1). T. Numi- 
cius Priscus remplit la même fonction en 469 (2). Priscius 
est beaucoup plus récent , et nous n'en avons pas constaté 
Texistence avant l'établissement de l'empire. On conserve 
près de Klagenfurt, en Styrie, l'épitaphe de C. Priscius 
Surio (3). On a recueilli près de Leibnitz, dans la même 
province, l'épitaphe de Priscia Albina (4). Priscia Restituta 
est le nom d'une propriétaire mentionnée dans la table 
alimentaire des Ligures Baebiani (5). 

Prisciacus paraît être la forme ancienne du nom : 1** de 
huit communes appelées aujourd'hui Précy , savoir : deux 
dans l'Aube , deux dans l'Yonne , et une dans chacun des 
quatre départements du Cher, de la Côte-d'Or, de l'Oise et 
de Seine-et-Marne ; 2* des deux communes de Pressy (Pas- 
de-Calais , Saône-et-Loire) ; enfin des communes de Pré- 
cey (Manche) ; Pressac (Vienne) ; Prétieux et Preyssac (Dor- 
dogne) ; total , quatorze communes , dont le nom actuel 
tient lieu d'un primitif Prisciacus, 

De * Prisciniacus dérive V Biàjectif prisciniaeensis, employé 
avec le substantif vicus , par Grégoire de Tours , pour dé- 
signer un bourg de son diocèse dans l'église duquel il mit 
des reliques de saint Nizier, évêque de Lyon, mort 
en 573 (6) ; il s'agit, soit du Grand-Pressigny, soit du Petit - 
Pressigny (Indre-et-Loire) (7). Un second Prisciniacus, au- 
jourd'hui Pressagny l'Orgueilleux (Eure), était situé dans 



(1) Denys d'Halicamasse, Uvre VI, c. 23. C. /. L., t. I, p. 487. 
^) Tite-Liive, livre II, c. 63. Denys d'Halicamasse , livre IX, c. 56; cf. 
C. /. t., t, I, p. 491. 

(3) C. /. L., III, 4951. 

(4) Ibid., III, 5362. 

(5) C. /. L., IX, 1455. 

(6) Viiae patrum^ c. VIII, | 11. Bordier, Les livres des mtraoleâ, t. III, 
p. ^. Bdit. Arndt et Kruscb, t. II, p. 700, 1. 15. 

(7) Longnon, Géographie de la GaxO.e au sixième siècle^ p. 285, 286. 



302 LIVRE II. CHAPITRE II. 

le Vexin, et, dès le septième siècle, appartenait pour moitié 
à Tabbaye de Saint-Denis, comme Tatteste une charte 
donnée en 682 ou 683 (1). Un troisième Prisciniacus dépen- 
dait de l'abbaye de Saint-Martin de Tours ; c'est aujour- 
d'hui Précigné (Sarthe) (2) ; il en est question pour la pre- 
mière fois dans un diplôme donné par Charlemagne, 
en 775 (3) ; nous le retrouvons mentionné dans des diplô- 
'mes de Charles le Simple, en 903 (4), en 904 (5), et 
en 919 (6), et dans un diplôme du roi Raoul, en 931 (7. 
Un quatrième Prisciniacus dépendait de Tabbaye de Saint- 
Ouen de Rouen, comme nous le voyons dans un diplôme 
donné par Charles le Chauve en 876 (8). Un cinquième 
Prisciniacus appartenait à l'église d'Orléans , ainsi qu'il ré- 
sulte d'un diplôme du roi Louis V, daté de 979 (9). Un 
sixième Prisciniacus était situé en Lyonnais (10). 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Priscinius qui nous 
est connu par une inscription de Neuss où l'on trouve 
mentionné le vétéran Priscinius Florus (1 1). Priscinius vient 
lui-même du surnom Priscinus qui est plus fréquent (12). 

Les communes dont le nom moderne parait tenir lieu 
d'un primitif Prisciniacus sont au nombre de neuf, savoir : 
Précigné (Sarthe), et Pressagny (Eure), déjà cités; deux 
Pressignac (Charente et Dordogne), et cinq Pressigny, sur 
lesquels deux dans l'Indre-et-Loire, dont il a été déjà ques- 



(1) Tardif, Monuments historiques ^ p. 19, col. 2. Marquis de Blosseville , 
Dictionnaire topographique du département de l'Eure, p. 175. 

(2) MabiUe, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 231. 

(3) Dom Bouquet, V , 737 c; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II , p. 27, 
n* 42; cf. MabiUe, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours^ p. 67, 106- 
107. 

(4) Dom Bouquet, IX, 497 b, 

(5) Dom Bouquet, IX, 511 c. Mabille, La pancarte notre, p. 88, n* XLV. 

(6) Dom Bouquet, IX, 543 b ; cf. MabiUe, ibtd., p. 58, n* VII. 

(7) Dom Bouquet, IX, 574 e; cf. MabiUe, ibid.y p. 57, n* VI. 

(8) Dom Bouquet, VIII, 650 e. 

(9) Dom Bouquet, IX, 660 d. 

(10) Aug. Bernard, Cart. de Savigny, t. II, p. 1083. 

(11) Brambach, n* 265. 

(12) C. /. L., VIII, 9476; IX, 338, 3, 36; 2152, 2153, 3180. 



LA DâSINENGE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 303 

lion, et les trois autres dans les départements du Loiret » 
de la Haute-Marne et des Deux-Sèvres. 

RoMANiAGus, chez Orégoire de Tours, est un adjectif qui 
sert d'épithète au substantif campus et qui désigne un en- 
droit où, en Tannée 560, deux armées de sauterelles se 
livrèrent bataille, dit-on, non sans éprouver de part et 
d'autre de grandes avaries (1) ; c*est aujourd'hui Romagnat 
(Puy-de-Dôme) (2). 

La variante Rominiacus, avec i pour a dans la seconde 
syllabe, nous est fournie par un diplôme de Charles le 
Chauve pour l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (3) ; 
il s'agit de Romeny (Aisne) , au seizième siècle Romigni , 
Roumigny (4). La forme romaine de ce nom est écrite 
Romagnanus pour * Romanianu^j en 899, dans un diplôme 
de Charles le Simple, où elle désigne une villa située dans 
le comté de Besalu, en Catalogne (5). 

* Romanianus et Romaniacus dérivent de Romanius, gen- 
tilice dérivé lui-même du cognomen Romanus, et qui exis- 
tait déjà au commencement de l'empire , comme l'atteste 
le nom de Romanius Hispo , délateur et rhéteur souvent 
cité par Sénèque le rhéteur, et dont la première mention 
datée remonte à l'an 14 de notre ère (6). D'autres Romanius 
nous sont connus par les inscriptions, par exemple L. Ro- 
manius Justus, dans une inscription de Patras en Grèce (7) ; 
M. Romanius Encolpus, dans une inscription d'Hermanns- 
tadt, en Hongrie (8) ; Q. Romanius Verecundus, dans une 
inscription de Oebensdorf en Suisse (9); Q. Romanius 



(1) BistoriM Pnncorum, 1. IV, c. 20; édition Amdt, p. 157, 1. 12. 

(2) Longnon, Géographie de ta Gaula au êixième tiède, p. 510. 

(3) Tardif, Monuments hUtoriqueêf p. 136. 

, (4) Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 235. 

(5) Dom Bouquet, t. IX, p. 484 b. 

(6) Tacite, Annales, livre I, c. 74. Voir l'édition de Bénéque le Rhéteur 
donnée chez Teubner par KiessUng, p. 551 (Jlndex), 

(7) C. /. L., m, 505. 

(8) C. J. L., III, 1613. 

(9) Uommsen, Inscriptiones helveticae, jy 254. 



304 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Probus, dans une inscription du musée de Mannheim {[): 
C. Romanius Capito, dans une inscription du musée de 
Mayence (2) ; T. Romanius Epictetus (3) et Romanius Sol- 
lemnis (4), dans des inscriptions de Lyon. On a trouvé à 
Saint-Aubin-suT-Gaillon (Eure), le cachet de l'oculiste Sex. 
Romanius Symforus (5) ; à Arles l'épitaphe de Romanius 
Adrastus (6), etc. 

A Romaniacus remontent les huit noms de communes 
suivants : Romagnat (Puy-de-Dôme) ; Romagné (lUe-et-Vi- 
laine) ; Romagnieu (Isère) ; Romagny (Manche et territoire de 
Béfort) ; Rômigny (Marne) ; Rumigy (Ardennes et Sommet. 

RoMiLiACus est une villa où , en 629 , le roi Dagobert I" 
répudia Gomatrude, sa femme, et la remplaça par Nan- 
thilde (7) ; Jacobs a pensé que c'est Reuilly , aujourd'hui 
compris dans Paris. On doit probablement reconnaître le 
môme nom , malgré la différence d'orthographe , dans un 
locus Rumliacus sis au pays de Thérouanne et acheté par 
Tabbaye de Saint-Bertin, eti 704 (8). On lit Rumeliacus dans 
un diplôme de Charles le Chauve en 842 (9) , Rumiliacus 
dans un diplôme de Louis de Germanie en 875 (10), tous 
deux en faveur de l'abbaye de Saint-Arnould , de Metz , et 
dans ces deux documents il s'agît de Remilly (Moselle", 
aujourd'hui Alsace-Lorraine (il). 



(1) Brambach, n* 600. 

(2) Brambach, n* 1229. 

(3) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon^ p. 189. 

(4) Boissieu, ibid,, p. 477. 

(5) Héron de Xillefosse et Thédenat, Cachets d'oculistes romsinSy 1. 1, 
pp. 193-198. 

(6) C. /. L.f XII, 871. Voir neuf autres exemples dans le même tome. 

(7) Frédégaire, c. 58, chez Dom Bouquet, t. II, p. 436 b ; édition Kruscb, 
Scriptorum rerum merovingicarum , t. Il; p. 150 1. 8; Gesta D&gobeHit 
I, c. 22, t6td., p. 585 c ; édition Knisch, ibid., p. 408, 1. 10. 

(8) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 265. 

(9) Dom Bouquet, VIII, 430 b. 

(10) Dom Bouquet, VIII, 424 c. 

(11) De Bouteiller, Dictionnaire topographique de l'ancien département 
de la Moselle, p. 213. 




LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 305 

RomiliaeuSj Rumiliaciis, Rumeliacus^ Rumliacus, dérivent 
de Romilius ou Romulius , un des plus anciens ^entilices 
romains qui donna son nom à une tribu , du nombre des 
rustiques ; le territoire de cette tribu était au nord du Tibre. 
A cette gens appartenait T. Romilius ou Romulius, consul 
Van 455 avant notre ère, décemvir en 451 (1). Ce nom se 
rencontre rarement depuis. Cependant Tacite parle d'un 
centurion appelé Romilius Marcellus qui , en 70 , lors de 
rinsurrection par laquelle Galba fut renversé , défendit en 
vain les images de ce prince contre les soldats révoltés (2). 
On a trouvé en Hongrie une dédicace à Jupiter par L. Ro- 
mulius Quintus (3). Une inscription recueillie aux environs 
de Milan nous fait connaître les noms de C. Romilius 
Calla (4). 

Romilitu^us ou * Romuliacus est la forme primitive des 
dix-sept noms de communes qui suivent : Romillé (lUe-et- 
Vilaine) ; cinq Romilly , sur lesquels deux dans l'Eure et 
un dans chacun des trois départements de TAube, d'Eure- 
et-Loir et de Loir-et-Cher ; quatre Rumilly (Aube , Nord , 
Pas-de-Calais, Haute-Savoie); sept Remilly, sur lesquels 
deux dans les Ardennes, autant dans la Côte-d'Or, et un 
dans chacun des trois départements de la Manche, de la 
Nièvre et du Pas-de-Calais. 

RuFiAGus ou Ruffiacus est une villa où étaient situés des 
biens qui furent donnés en 715 à Tabbaye de Saint-Béni- 
gne, de Dijon (5); c*est aujourd'hui Rufifey-lès-Echi- 
rey (Côte-d'Or) (6). Une monnaie mérovingienne a été frap- 

(1) Voyez les textes cités par Mommseii, C. I. L., t. I, p. 492, 493. Of. Pauly, 
Re^l'Encyclopaedie, t. VI, p. 545. 

(2) Tacite, Histoires, 1. I, c. 56. 

(3) C. 7. L., m, 1352. 

(4) /6id., V, 6026. 

(5) Pardessus , Diplomata , t. II, p. 300. Voir aussi sur la même localité la 
Chronique de saint Bénigne^ chez Dom Bouquet, VII, 380 d ; elle nous offre 
l'analyse d'un diplôme de Charles le Chauve dont on trouve le texte chez 
Dom Bouquet, VIII, 618. 

(6) Gamier, Nomenclature historique des communes du département de 
là Côte-d'Or, p. 8. 

20 



306 LIVRE II. CHAPITRE II. 

pée à Rufiacu, que Ton croit être Roufiac (Cantal) (1). Une 
église de Ruflac apparaît en 860 ou 866 dans le Cartulaire 
de Redon (2) ; la paroisse de Ruflac, plebs Rufiac^ est men- 
tionnée dans une autre charte du même Cartulaire en 867; 
cette paroisse est aujourd'hui la commune de RuflBac (Mor- 
bihan) (3). La même année , Charles le Chauve donne un 
diplôme dans une villa Rufiacus dont on ignore la situa- 
tion (4). Rufiacus a une variante Rofiacus] un fundus Rofia' 
eus apparaît en 575 dans le testament du fondateur de Tab- 
baye de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) (5). Il est question 
d'une villa Rofiacus en 891, dans une charte de l'abbaye de 
Cluny; cette villa était située dans le Maçonnais (6). 

Le gentilice Rufius est rare sous la république. Cepen- 
dant une inscription qui le mentionne et qui a été trouvée 
prés de Pérouse paraît antérieure à la période impériale (7). 
Sous Claude , le chevalier Rufius Crispinus fut préfet du 
prétoire (8) ; élevé à la préture par cet empereur (9) , il de- 
vint sous Néron le mari de la trop célèbre Poppée (10). Ce 
gentilice est très fréquent dans les inscriptions. On le 
trouve notamment en Gaule : à Genève, une inscription 
nous a conservé les noms de Rufla Aquilina (11) ; à Chazey 
(Ain), on voit encore Tépitaphe de M. Rufius Cassiolus (12;; 
à Murs (Ain), celle de Rufius CatuUus (13); à Uriage, celle 



(1) Deloche, cité par A. de BarUiélemy dans la Bibliothèque de VEcole 
des chartes, t. XXVI, p. 460. 

(2) A. de Gourson, CArtuUire de l'abbaye de Redon^ p. 106. 

(3) A. de Courson, ibid., p. 106, 747. 

(4) Tardif, Monuments historiques, p. 129, col. 2 ; cf. Dom Bouquet, VHI, 
602 c , 603 a. M. Matton , Dictionnaire topographique du département de 
l'Aisne, p. 238, émet l'hypothèse que ce serait Rouy , commune d'Amignj 
(Aisne). 

(5) Pardessus, Dtptomata, 1. 1, p. 138. 

(6) Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny ^ t. I, p. 51, 52« 

(7) C. /. L., t. I, n* 1394. 

(8) Tacite, Annales, liv. XI, c. 1. 

(9) Tacite, ibid., liv. XI, c. 4, 

(10) Tacite, ibid,, liv. XIII, c. 45. 

(11) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 76. 

(12) AUmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 417. 

(13) AUmer, ibid., t. III, p. 435. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 307 

(le M. Rufius Marcianus (1). L7 est quelquefois doublé ; 
deux exemples de cette orthographe nous sont fournis par 
Tépitaphe du gladiateur RufiBus RufiBanus (2). Le double f 
se rencontre aussi dans une marque du potier Ruffi 
m[anu] (3). 

De Rafiacus ou Ruffiacus viennent les dix-neuf noms de 
communes suivants : Rofifey (Yonne) ; Roffiac (Cantal) ; sept 
RoufiBac , sur lesquels deux dans l'Aude et cinq dans cha- 
cun des cinq départements du Cantal , de la Charente , de 
Charente-Inférieure , de Haute-Garonne et du Lot ; Rouffy 
(Marne) ; deux Ruflfec (Charente, Indre) ; trois Ruffey , sur 
lesquels deux dans la Côte-d'Or, un dans le Jura; deux 
Ruffiac (Lot-et-Garonne , Morbihan) ; Ruffleu (Ain) ; Ruf- 
fieux (Savoie). L'ou de RoufiBac et de Rouflfy s'explique par 
le redoublement de Vf qui compensait l'abrègement de Vu 
primitivement long du latin Rufus, Rufius. Nous avons cité 
plus haut , d'après des textes qui remontent à l'époque ro- 
maine , trois exemples de ce redoublement de Vf, dans le 
nom RuflBus et dans son dérivé RufiBanus. Quant à l'ortho- 
graphe française, RufiFec, Rufifey, RufiBac, RufiBeu et Ruf- 
fieux par double /", elle est défectueuse , Vu de ces mots 
suppose en latin un u long suivi d'un f simple , Rufiacus 
dérivé de Rufius, ce qui est la bonne orthographe latine. 

RuLLiACus est un agellus situé dans le territoire de 
Troyes et mentionné en 635 dans une charte de Palladius, 
évêque d'Auxerre (4) ; on suppose que c'est Rouilly-Saint- 
Loup (Aube) (5). Un autre Rulliacus apparaît en 877 dans 
un diplôme de Charles le Chauve pour l'abbaye de Mar- 
chiennes (6). L'orthographe Ruilliacum nous est ofiferte par 

(1) C. /. L,, XII, 2251 a. Voir d'autres Rufius dans le même tome. 
{2)AUmer, ibid,, t. III, p. 397. 

(3) Boissieu, Inscriptions de Lyon^ p. 435, n* 119. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 37. 

(5) Boutiot et Boc&vd^ Dictionnaire topographique du département de 
i'Auhe, p. 138. 

(6) Dom Bouquet, VIII, 667 c. 



I 
308 LIVRE II. CHAPITRE II. 

un diplôme faux , attribué au roi Dagobert !•' (1). On lit 
Ruiliacus dans un diplôme de Louis le Débonnaire pour 
Téglise du Mans, en 832 (2). La variante Roliacus nous 
est donnée deux fois dans la vie de Charlemagne par le 
moine d'Angoulême , qui appartenait à l'abbaye de Saint- 
Cybard-lès-Angouléme : dans un passage où est résumé un 
diplôme de Charlemagne en faveur de cette abbaye , il est 
question de deux localités, appelées Tune Roliacus (3), l'au- 
tre Roliacus minor (4) ; elles reparaissent dans un diplôme 
de Charles le Chauve en 852 et y sont appelées lune Ro- 
liacus super Noiram , et l'autre Ruliacus Minor (5). 

On voit que ce nom de lieu a été écrit tantôt avec dou- 
ble l et probablement u bref, tantôt avec / simple et pro- 
bablement u long. L'orthographe étymologique est avec 
double / : le gentilice Rullius, d'où le nom de lieu dérive, 
est lui-même un dérivé de l'adjectif rullus^ rural, rustique, 
employé quelquefois comme surnom (6). Le plus ancien exem- 
ple du gentilice Rullius nous est offert par une inscription 
du temps de la république , qui a été découverte à Aquino, 
en Italie ; on y lit le nom de M. Rullius M. fllius (7). Nous 
trouvons ensuite : C. Rullius Communis, à Capoue (8); Rul- 
lius Celer, à Formies (9); RuUia Galla, à Aquilée (10): 
Cn. Rullius Calais, à Isernia (11); P. Rullius Faustus, en 
Afrique (12). 

Rullius, avec double / a donné le dérivé Ruiliacus 
d'où, en France, Roilly (Côte-d*Or), Rouillac (Charente et 

(1) Pertz, Diplom&tum imperii tomus primus^ p. 163, 1. 20. 

(2) Dom Bouquet, VI, 586 a ; cf. Sickel , Acta. Karolinorum , t II, p. 179, 
n- 308. 

(3) Dom Bouquet, V, 184 é. 

(4) Ihid., V, 185 a. 

(5) Ibid., VIII, 521 a. 

(6) Pauly, Real-Encyclopaedie^ t. VI, p. 564. 

(7) C. /. L., I, 1181. 

(8) Ibid., X, 4319. 

(9) Ibid., X, 6097. 

(10) Ibid., V, 1170. 
(U) Ibid., IX. 2682. 
(12) Ibid., Vin, 1635. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 309 

Côtes-du-Nord), Rouillé (Vienne), deux Rouilly (Aube), uu 
troisième, Seine-et-Marne. De la variante Rulius par u 
long et simple / est venu Ruliacus également par u long et 
simple /, en français de l'ouest, Ruillé, nom de quatre 
communes, deux dans la Sarthe et autant dans la Mayenne ; 
ailleurs RuUy , nom de trois communes : Calvados, Oise , 
3aône-et-Loire. Ainsi le nombre des communes qui tirent 
leur origine du gentilice Rullitis , RuUils , est de quatorze. 

Sabiacus est une villa qui , dès Tannée 769 , appartenait 
à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, comme l'atteste, à 
cette date, un diplôme de Charlemagne (1). Ce nom de 
lieu a probablement la même origine que celui de Savia- 
eus porté par une localité des environs de Lyon; là étaient 
situées deux manses qu'en 878 Louis le Bègue donna à 
l'église de Mâcon (2). 

Ces noms de lieux supposent un gentilice Sapins , en 
basse latinité Sabius ou Savius. Sapins, adjectif signifiant 
sage, se rencontre dans le composé nesapius « dépourvu 
de sagesse ou de science » et a été employé comme 
gentilice, exemple : M. Sapins Maximus dans une inscrip- 
tion de Turin (3). La variante par 6 := p est constatée par 
le nom de femme Sabia Optata porté par une affranchie 
de Sabius Plaetor dans une inscription d'Aquilée (4). 

De Sapius , Sabius ou Savius est venu Sapiacus , Sabia- 
eus ou Saviacus. De Sabiacus ou Saviacus sont venus pro- 
bablement en français : Savy, nom de deux communes, 
l'une dans l'Aisne, l'autre dans le Pas-de-Calais, et Sagy, 
aussi nom de deux communes, Saône-et-Loire et Seine-et 
Oise. Quant à Sapiacus, c'est de cette forme que paraissent 
venir Sache (Indre-et-Loire) et Sachy (Ardennes). 

Sacugus est le nom d'une villa dont Vigile, évoque 

(1) Sickel, Acia Karolinorum, p. 17, n» 4. Dom Bouquet, V, 717 b. 
P) Dom Bouquet, IX, 411 e. 

(3) C. /. L., V, 7192. 

(4) Ibid., V, 1359. 



310 LIVRE II. CHAPITRE II. 

d'Auxerre , dispose par une charte de rannée 670 (1). C'est 
aujourd'hui Sacy (Yonne). Saciacus, variante archaïque de 
ce nom désigne un locus du Beauvaisis dans une charte de 
Pépin le Bref, en faveur de Tabbaye de Saint-Denis, en 
751 (2). Dans un diplôme de Charles le Chauve pour l'ab- 
baye de Compiègne, en 877, apparaît une villa Sacciacm, 
également située en Beauvaisis , qui est probablement dif- 
férente (3). En 892, un diplôme de Louis, roi de ProveDce. 
nous montre Téglise de Lyon en possession d'une Sacia- 
clis villa, près de Valence (4). En 912, une charte de l'ab- 
baye de Cluny mentionne une villa Saciagus dans le Ma- 
çonnais (5). En 926, une Saciacus villa appartenait à l'église 
Saint-Bénigne, de Dijon, comme nous l'apprend une charte 
du roi Raoul (6). 

De ce nom de lieu , l'orthographe la plus ancienne, bien 
que nous n'en ayons rencontré qu'un exemple, parait être 
Sacciacus, dérivé du gentilice Saccius conservé par Tinscrip- 
tion d'Igel , près Trêves , où se lisent les noms de L. îSac- 
cius Modestus (7). Saccius a donné le dérivé Sacciarius 
employé comme cognomen dans une inscription de Ley- 
bach (8). Il est dérivé de Saccus, autre cognomen porté par 
un chrétien d'Afrique qui fut martyrisé et dont le culte est 
célébré le 27 mai. Le cognomen Saccus est probablement 
identique au nom commun signifiant « sac ». De Saccus 
vient le dérivé Sacco, employé à titre de cognomen dans une 
inscription de Terracine (9), d'où le gentilice Sacconius dans 
deux inscriptions, l'une de Naples (10), l'autre de Lyon (11). 



(1) Pardessus, t. II, p. 454. 

(2) Pertz, Diplomaitum imperii tomus primuSy p. 109, I. 9. 

(3) Dom Bouquet, VIII, 660 c. 

(4) Ibid., IX, 674 c. 

(5) £ruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, p. 175. 

(6) Dom Bouquet, IX, 570 c. 

(7) Brambach, n» 830. 

(8) C. /. L., III, 3874. 

(9) Ibid., X, 6394. 

(10) Ibid., X, 2198. 

(11) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 241. 









LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 311 

De Sacdacus viennent les noms de Sacé (Mayenne) , de 
Sacey (Manche), et de quatre communes de Sacy, deux 
dans roise, les deux autres dans la Marne et TYonne. 

Salviacus, où Tabbaye de Saint-Denis posséda une église 
dédiée à saint Martial et que mentionnent deux diplômes 
faux, Tun de Dagobert I" (1), Tautre de Clovis II (2), est 
aujourd'hui Saujat, commune de Montluçon (Allier) (3). 

Le gentilice Salvius, d'où Salviacus, remonte à la pé- 
riode de la république, comme le prouve Tépitaphe de C. 
Salvius Cassiae gn[atus] (4) et Tinscription de Pescina qui 
nous a conservé les noms de A. Salvius Cledus (5). Ce 
gentilice, d abord obscur, fut rendu célèbre par l'empereur 
Othon , dont le régne éphémère appartient , comme on le 
sait, à l'an 70 de notre ère : ce prince s'appelait M. Salvius 
Otho; son père, L. Salvius Otho Titianus, avait été con- 
sul en 52 , et son grand-père avait été préteur (6). Un cer- 
tain Salvius fut chargé du gouvernement de l'Aquitaine 
avec titre de légat sous l'empereur Hadrien (117-138); nous 
avons encore l'analyse d'un rescrit que lui adressa cet 
empereur (7) ; on pense que ce Salvius est identique au cé- 
lèbre jurisconsulte Salvius Julianus (8). Le gentilice Sal- 
m\të n'est pas rare dans les inscriptions du temps de l'em- 
pire (9). Ce gentilice pénétra en Gaule, comme l'atteste 

(1) Pertz, Diplojn&tum imperii tomus primus^ p. 159, 1. 36. 
P) Pertz, ibid., p. 180, 1. 45. 

(3) Longnon, Examen géographique du tome premier des diplomata im- 
perii^ p. 33. 

(4) C. /. L., I, 1383. 

(5) /Md., I, 1541 a. Pour plus do détails, voir Tarticle Salvii chez Pauly, 
Real'Encyclopaedie, t. VI, p. 720-722. 

(6) Tacite, Histoires, 1. II, c. 50; cf. Josephus Klein, Fasti consulares, p. 35. 

(7) Callistrate, livre V, De ^ognitionibus, passage reproduit au Digeste, 
Uvrc XLVÏII, titre m, loi 12. 

(8) Desjardins , Géographie historique et administrative de la Gaule ro- 
maine, t. III, p. 253. Voy. Teufifcl, Geschichte der rœmischen Literatur , 
3-édit., p. 817. 

(9j Voyez les index du C. /. L., t. II, p. 729, col. 3; t. III, p. 1083, col. 2 ; 
t. V, p. 1125, col. 4; t. VII, p. 370, col. 1; t. VIII, p. 1013, col 3; t. IX, 
p. 724, col. 2; t. X, p. 1054, col. 1. 



312 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Tépitaphe de C. Salvius Mercurius, trouvée à Pourvieres 
et conservée au palais des Arts, à Lyon (1). 

De SalviacuSf la forme moderne dans les régions méri- 
dionales de la France est : Salviac (Lot) ; Sauviac (Gers, 
Gironde); Sauviat (Puy-de-Dôme, Hau te- Vienne) ; Saujac 
(Aveyron) : six noms de communes , sans compter les 
écarts ; parmi ceux-ci , nous citerons Saugey (Savoie et 
Haute-Savoie) qui nous offrent une forme septentrionale 
de ce nom; la variante romaine est Salvia/nus^ qui a donne 
Sauvian (Hérault). 

Salviniacus est une villa du Tonnerrois qui appartenait 
au neuvième siècle à l'abbaye de Montier-la-Celle, comme 
nous l'apprend un diplôme de Charles le Chauve (2). 

Sâlvinius . d'où Salviniactis dérive, n'est pas un gentilice 
commun ; on l'a trouvé dans une inscription de Constan- 
tine qui nous apprend^les noms de P. Sâlvinius Arat[orj '3.. 
Sâlvinius est dérivé de Salvinus, qui a été employé comme 
surnom, exemple : Ulpius Salvinus dans une inscription de 
Carlsbourg (4). Salvinus, nom de deux saints évêques, l'un 
de Vérone mort vers 562, l'autre de Verdun qui vivait au 
siècle précédent (5), n'est autre chose que ce cognomen dont 
le gentilice Sâlvinius est dérivé. 

De Salviniacus viennent les noms de communes suivante : 
Sauvignac (Charente) ; deux Sauvigney (Haute-Saône) ; et 
quatre Sauvigny, sur lesquels deux dans l'Yonne (6), un 
dans la Meuse (7), un dans la Nièvre (8). 

(1) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon^ p. 184. On trouvera deux 
autres Salvius et quatre Salvia dans le t. XII du C. I. L. ^ 

(2) Dom Bouquet, t. VIII, p. 642 e, 

(3) C. I. L., VIII, 7706. 

(4) Ibid., III, 1145. 

(5) Leurs fêtes ont été mises Tune au 12 octobre, l'autre au 4 septembre. 

(6) S&lvigniacum^ 1217. Quantin, Dictionnaire topographique de l'Yonne, 
p. 121. 

(7) Salviniaco , 846. Liénard . Dictionnaire iopographique de la Meuse, 
p. 219. 

(8) Salviniacum, 817. Soultrait, Dictionnaire topographique de la Nièvre^ 
p. 172. 



LA DÉSINENCE -I-A<3U8 AU MOYEN AGE. 313 

Sansiacus est le nom d'une des propriétés de Tabbaye 
de Saint-Ouen de Rouen, aux termes d'un diplôme donné 
par Charles le Chauve en 876 (1). Sansiacus vient, peut- 
être , d*un plus ancien * Sanctiacus , dont la forme romaine 
était Sanctianus ; ce dernier mot aurait conservé son t dans 
Torthographe Sanlianae, d'un nom de lieu que mentionne, 
vers Tannée 846, un diplôme de l'empereur Lothaire en 
faveur d'un archevêque de Lyon (2). 

Sanctictcits et Sanctianus dériveraient du gentilice Sanc- 
tius dont un exemple nous est conservé par une inscrip- 
tion de la Bavière rhénane où figure un personnage appelé 
Sanctius Honoratus (3). On en trouve un autre exemple 
dans une dédicace conservée au musée de Genève, et qui 
a pour auteur L. Sanctius Marcus (4). Ce gentilice est lui- 
même dérivé du cognomen Sanctus, plus fréquent. 

On peut aussi supposer un primitif Sentiacus^ Sentianus 
dérivé du gentilice Sentius, connu sous la république, fré- 
quent dans les inscriptions sous l'empire romain, où quatre 
personnages de ce nom revêtirent la pourpre consulaire (5). 

*SancHacus — ou SenHacus (?) — a donné à la géographie 
moderne de la France les huit noms de communes suivants : 
deux Sansac (Cantal); Sansais (Deux-Sèvres); Sanssac (Haute- 
Loire) ; Sanssat (Allier) ; Sanxay (Vienne) ; Sanzay (Deux- 
Sèvres), et Sanzey (Meurthe-et-Moselle). * Sanctianus 
peut expliquer Sansan (Gers) (Cf. p. 315-316). 

Secundiaca est le nom d'une cors, c'est-à-dire d'une villa 
mentionnée dans le diplôme de fondation de l'abbaye de 
la Sainte-Trinité de Poitiers, vers l'année 962 (6). Cette 
localité était située près de Melle (Deux-Sèvres). 



(!) Dom Bouquet, t. VIII, p. 650 e. 
[% Ibid., VIII, 384.a. 

(3) Brambach, 1764. 

(4) Mommsen, Inscriptiones helveticae^ n" 75. 

(5) Sur los Sentii, voyez Pauly, Real-Enclopaedie, t. VI, p. 1047-1049, et 
ci-dessous, p. 315-316. 

(6^ Dom Bouquet, t. IX, p. 626 d. 



314 LIVRE II. CHAPITRE IL 

Secundiacus est dérivé de Secundius , gentilice qui ne?* 
pas rare dans les inscriptions, et qui est dérivé du surnom 
plus fréquent encore Secundus (1). Nous citerons : Secuii- 
dius Crispus, dans une inscription de Trêves (2); Secun- 
dius Ursio , au musée de Bonn (3) ; Secundius Agricola, à 
Wiesbaden (4); M. Secundius Saturninus, M. Secundius 
Acceptus, dans une inscription de Lyon (5). 

De Secundius est venu Secundiacus qui, dans le midi de 
la France, a donné Ségonzac (Charente, Corrèze et Dordo 
gne). Quant à Secondigné et Secondigny (Deux-Sèvres), ils 
supposent un primitif * Secundiniacus , dérivé de Secundi- 
nius qu'on trouve dans la dédicace lyonnaise à Mithra, par 
Aur. Secundinius Donatus (6), et dans plusieurs autres 
inscriptions (7). Il peut se faire que, dans le diplôme cite 
plus haut, on ait imprimé Secundiacus pour Secundiniacus^ 
et que la localité mentionnée soit Secondigné (Deux- 
Sèvres), arrondissement de Melle. 

Securiacus est un locus situé en Brabant , comme nous 
l'apprennent deux diplômes, l'un de Louis le Débonnaire. 
qui parait dater de Tannée 822 (8), l'autre de Charles le 
Chauve, en 847 (9). Dans un diplôme de Charles le Simple, 
en 899, Securiacus est qualifié de villa (10). 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Securius, qui parait 
très rare. Le seul exemple rigoureusement certain que 
nous en puissions signaler se rencontre dans une dédicace 



(1) Pauly, Real-EncyclopaLedie^ t. V, p. 914. 

(2) Br&mbach, n* 825. 

(3) /bid., n* 846. 

(4) Ibid,, n- 1526. 

(5) Boissieu, Inscript, de Lyon, p. 521. Cf. C. /. L., t. XII, p. 881, col. 2 

(6) Boissieu, ibid,, p. 40. Ces lignes ont été écrites avant la publicaUon 
du t. XII du C. /. L. où ont été recueillis dix exemples de ce gentilice. 

(7) Voyez les index du C. /. L. , t. III, p. 1083, col. 2; t. V, p. 1126, col. 1. 

(8) Dom Bouquet, VI, 530 c ; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. I3vV 
n* 180. 

(9) Dom Bouquet, VIII, 488 e. 

(10) Ibid., IX, 474 6. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 315 

à Jupiter trouvée près de Mayence ; Tauteur de cette dé- 
dicace est le légionnaire Securius Carantus (1). On suppose 
que le même gentilice était inscrit dans une épitaphe 
recueillie à Neumayer (Prusse rhénane) ; cette épitaphe 
aurait été gravée par les soins de Securius Novellus ; mais 
quand a été trouvée cette inscription aujourd'hui perdue , 
le commencement de la ligne où ce nom avait été gravé 
manquait, et dans cette lacune était comprise la lettre 
initiale s de Securius (2). 

Sentiacus, aujourd'hui Sinzig, près de Coblenz (3), est 
une localité où se trouvait un palais d'où Pépin le Bref a 
daté un diplôme, en 762 (4). Sentiacus est aussi mentionné 
dans un autre diplôme du même prince et de la même 
année (5). L'empereur Lothaire y fit un feéjour en 842 , et 
en nous rapportant ce fait, les Annales de Saint-Bertin se 
servent de l'expression Sentiacum palatium (6), les Annales 
de Fulde emploient celle de villa Sentiaca (7). Mais la forme 
mascuUne était la plus usitée : en 876, nous la retrouvons 
encore; Louis, fils de Louis le Germanique, allant d'An- 
dernach à Aix-la-Chapelle, passe à Senciacus (8). 

La forme romaine de ce nom est Sentianus , nom d'une 
station de l'Italie méridionale, non loin de Bénévent (9). 

Sentiacus dérive du gentilice romain Sentius (10). Le pré- 



(1) Brambacb, n* 921. 

(2) Ibid., n* 858. 

(3) Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. 483; cf. Mabillon, De re diploma- 
ttca,liv. IV, J 131. 

(4) Sickel, Acia Karolinorum, t. II, p. 6, n* 19. 

(5) Sickel, ibid., t. II, p. 6, n* 20. Migne, Patrologia latina, t. XGVI, 
col. 1539 d. 

(6) Dom Bouquet, VII, 60 d. 

(7) Ibid., VII, 160 a. 

(8) Migne, Palrologia latina, t. CXXVI, col. 1280 b; Annales de Saint-Ber- 
iin, chez Dom Bouquet, VII, 122 e. 

(9) Itinéraire d'Antonin, édit. Parthey et Pinder, p. 112 ; cf. C. /. L., t. IX, 
p. 657. 

(10) Sur la gens Sentia, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie, t. V, p. 1047- 
1049. 



316 LIVRE IL CHAPITRE II. 

teur C.Sentius, connu surtout parce que, comme le raconle 
Varron , il ne buvait de vin de Chio que par ordonnance 
de médecin (1) , fut battu par les Thraces Tan 89 avant 
notre ère (2). On lit sur des monnaies romaines les noms 
de L. Sentius C. fllius (3). G. Sentius Saturninus obtint 
les honneurs consulaires l'an 19 avant J.-C. (4). Un autre 
C. Sentius fut préteur de Syrie trente-huit ans plus 
tard. (5). Cegentilice, fréquent dans les inscriptions delà 
période impériale (6), pénétra en Gaule : un certain C. Sen 
tins apparaît dans une inscription du musée de Mayence ;7i ; 
Sentius Ursio , dans une inscription de Gologne (8) ; Sen- 
tius Successianus dans une épitaphe trouvée à FuUy, près 
Martigny, en Suisse (9); G. Sentius Diadumenus, médecin, 
fit à Mars une dédicace dont on signale l'existence à Yver- 
dun dans le même pays (10). 

Seniiacus^ dérivé de Sentius, n'a pas laissé en France de 
traces certaines. Il est cependant possible que Sincey 
(Gôte-d'Or) soit un ancien Sentiacus (il). En général, on 
peut croire qu'en français Sentiacus s'est confondu avec 
" SanciiacuSy traité plus haut, p. 313. 

Severiacus est le nom d'une villa située près de Tours, 
et qui appartenait à l'église de Paris au sixième siècle. 



(1) Pline, Histoire naturelle, livre XIV, J 96. 

(2) Tite-Live, Epitome du livre LXX; cf. Cicéron, In Verrem, II, 93; /n 
Pisonevrif 34, et Mommsen, Histoire romaine, 6* édit., t. II, p. 285. 

(3) C. /. L., I, 409. 

(4) Ibid,, t. I, n»» 742, 743, p. 546, 547; c'est sous son consulat que mou- 
rut Virgile. Voyez les fragments de Suétone dans l'édition de cet auteur 
donnée par L. Roth, chez Teubner, p. 796. 

(5) Tacite, Annales, II, 74. 

(6) C. /. L., t. V, p. 1126, col. 1 et 2; t. VIII, p. lOll, col. i ; t. X, p. 1054. 
col. 3 et 4; p. 1065, col. 4. 

(7) Brambach, n» 78. 

(8) Ibid., n* 361. 

(9) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 13. 

(10) Mommsen, ibid,, n* 136. On trouvera sept autres exemples dans le 
t. XII du C. /. L. 

(11) Cotte hypothèse n'est pas admise par Gamier, Nomenclature hiitori- 
que des communes, etc., du département de la Côte-d'Or, p. 171, n" 67?. 



LA DESINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 317 

ronime nous le voyons par la vie de saint Germain, évoque 
de Paris , qu'écrivit Fortunat (1). Des documents de Tépo- 
que carlovingienne et du commencement de la période 
capétienne conservés par le Cartulaire de Tabbaye de Con- 
ques (Aveyron) , nous font connaître trois Severiacus situés 
dans le voisinage de ce monastère (2). 

SeveriaciAs est dérivé de Severius, gentilice romain dérivé 
lui-même du cognomen plus ancien Severus (3). Le genti- 
lice Severius se trouve en Italie ; on a recueilli, par exem- 
ple, à Milan, Tépitaphe de Q. Severius Saturianus (4). Ce 
nom pénétra en Gaule. Le musée de Nimes a Tépitaphé 
de L. Severius Severinus, édile de la colonie de Nimes (5); 
celui d'Avignon, l'épitaphe de Severius Viator (6). Le musée 
de Genève possède une dédicace au dieu Liber par P. Se- 
verius Lucanus ; elle a été trouvée à Saint-Prex , dans 
l'ancien territoire de la colonie de Noviodunum, aujour- 
d'hui Nyon (7). L. Severius Martius fit faire à sa femme 
une épitaphe découverte, il y a plus de deux siècles, près 
d'Avenche, en Suisse (8). Non loin de là, à Wifelsburg, on 
a lu jadis une épitaphe que Severius Marcianus fit graver 
pour sa sœur (9). Le musée de Chalon-sur-Saône possède 
l'épitaphe de Severia Severa(lO). Une seconde Severia Se- 
vera figure dans une autre épitaphe trouvée à Lyon (11). 
L'épitaphe de Severia Fuscina existe au palais des Arts , à 

(1) Vt^a gancti Germant parisiensis episcopij c. 64. Migne, Patrologiê, la- 
iina, t. LXXXVIII, col. 474 c, édit. de Fortunat donnée par B. Krusch dans 
les Monumenta Germaniae, in-4*, t. II, p. 24; cf. Longnon, Géographie de 
la Gaule au sixième siècle, p. 292. 

(2) Desjardins, Cartulaire de l'abbaye de Conques, p. 35, 135, 136, 185, 
192, 505. 

(3) Voyez, par exemple, C. J. L., t. I, n» 1422 ; cf. Pauly . Real-Encyclo- 
paedte, t. V, p. 1132. 

(4) C. 7. L., V, 5962. 

(5) Herzog, Galliae Narbonensis.., historia, t. II, p. 35, n* 140. 

(6) Herzog, ibid., p. 74, n- 357. 

(7) Mommsen, Inscriptiones helveticae, n* 113. 

(8) Mommsen, ibid., n* 191. 

(9) Mommsen, tbtd., n* 202. 

(10} Bcissien, Inscriptions antiques de Lyon, p. 217. 
(U) Boissieu, ibid., p. 421. 



(1) Boissieu, ibid.^ p. 523. 

(2) Bulletin épigraphique , t. I, p. 74. Le tome XII du C /. L. mentionne 
six autres Severius et trois autres Severia. 

(3) Siveriacum^ vers 1250. Lucien Merlet, Dictionnaire topographique du 
département d'Eure-et-Loir , p. 49. 

(4) Sivriacum, en 1170. Quantin, Dictionnaire topographique du dépar- 
tement de l'Yonne^ p. 36. 

(5) Ce sont deux des Severiacua du Cartulaire de Conques, Severac 
(Loire-Inférieure), suppose un ancien *SeveracuSf dérivé du cognomen 
Beverus. Voy. Cartulaire de Redon^ p. 314. 



318 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Lyon (1). M. Germer Durand a lu, il y a quelques années, 
les noms de L. Severius Severus dans une inscription de 
Bruges, commune de Palhers (Lozère) (2). 

Suivant M. Longûon , le Severiacus dont parle Fortunat, 
au sixième siècle , est Civray-sur-Cher (Indre-et-Loire). Le 
même département contient une autre commune dont le 
nom s'explique par la môme étymologie , c'est Civray-sur- 
Esves, Il y a encore en France deux autres communes de 
Civray , l'une dans le Cher , l'autre dans la Vienne , et le 
nom de chacune a probablement la même origine. Dans le 
midi, Severiacus a donné Civrac; on compte dans la Gironde 
trois communes de Civrac ; ailleurs , la désinence -act« est 
devenu -ieux ou -y : nous citerons deux Civrieux (Ain, 
Rhône); quatre Civry (Côte-d'Or, Eure-et-Loir (3), Seine- 
et-Oise, Yonne) (4). Dans tous ces noms, 1'^ initial a été 
supplanté par un c. L'* persiste dans les suivants : Sevrai, 
(Orne) ; Sevrey (Saône-et-Loire) ;, Sévry (Cher) ; deux Seve- 
rac dans l'Aveyron (5). 

On pourrait expliquer aussi par Severiacus le nom de sLx 
communes de Sivry, parmi lesquelles deux dans la Meuse 
et quatre dans les départements des Ardennes, de la Marne, 
de Meurthe-et-Moselle et de Seine-et-Marne. 

Toutefois, le nom d'une de ces communes remontée 
une autre origine. Sivry-sur-Meuse , dans le département 
de la Meuse, s'est appelé superiacus au dixième, au 
onzième et au douzième siècle ; Vu de la première syllabe 
n'a commencé à se prononcer i qu'au treizième siècle. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 319 

comme Ta établi M. Liénard (1). &aperiacus est dérivé de 
Siiperius, gentilice que nous fait connaître une épitaphe 
africaine , celle de Superius Flavianus (2). On ne peut 
donc comprendre Sivry-sur-Meuse dans la liste des noms 
de communes qui offrent la forme moderne d*un pri- 
mitif Severiacus. Il en reste vingt-trois. Il est possible que 
dans le nombre quelques-uns soient, comme Sivry-sur- 
Meuse, d'anciens Superiacus, cependant, le gentilice Supe- 
rius étant beaucoup plus rare que le gentilice Severius, le 
dérivé Severiacus a dû être plus fréquent que le dérivé 

* Sexciacus est un nom de fundus , d'où vient le nom 
du vicus Seœciacensis situé dans le Bigorre, c'est-à-dire pro- 
bablement dans le département des Hautes-Pyrénées; vers, 
la fin du sixième siècle, Grégoire de Tours nous rapporte 
que là fut enterré le prêtre saint Justin et que , dans une 
dépendance de ce victis, le prêtre saint Sévère fit bâ- 
tir une église (3). * Seœciacus est une orthographe de basse 
époque pour * Sextiacus. L'orthographe plus altérée encore, 
Smiacus, nous est offerte en 854 par un diplôme de l'em- 
pereur Lothaire pour l'abbaye de Saint-Claude (4). 

Ces noms de lieux sont dérivés du gentilice romain 
Sextius, porté par une famille plébéienne. Dès l'an 339 
avant notre ère, L. Sextius était tribun du peuple à 
Rome (5). Un autre L. Sextius, tribun du peuple en 377, 
se rendit célèbre par l'ardeur et le succès de sa lutte con- 
tre les patriciens (6) ; il fut le premier plébéien élevé au 
consulat, l'an 366 avant notre ère (7). C. Sextius Calvinus, 



(i) Dictionnaire topogr&phique du département de la Meuse, p. 224. 
(2) C. /. L., t. VIII, n- 9639. Cf. Superinius, à Arles, XII, 687. 
(Z) Gloria confessorum, c. 49, 50. Bordier , Les livres des miracles, 
t. II, p. 436, 438, édit. Arndt et Krusch, c. 48, 49, p. 777, 1. 3, 11. 

(4) Dom Bouquet, VIII, 394 a. 

(5) Tite-Uve, livre IV, c. 49, } 6. 

(6) Jbid,, livre VI, c. 35. 

(7) /5id., livre VII, c. 1. 



3Î0 LIVRE II. CHAPITRE II. 

consul Tan 124 avant notre ère (1), porta ce nom en Gaule: 
il y fut proconsul les deux années qui suivirent son con- 
sulat , et y fonda la ville d'Aquae Sextiae , aujourd'hui Aii 
en Provence, le premier établissement des Romains dans 
la région qui est devenue la France (2). On a recueilli quel- 
ques inscriptions qui attestent Texistence en Gaule du gen- 
tilice de ce consul : telles sont Tépitaphe de M. Sextius 
Atticus , trouvée à Verenay (Rhône) (3) , les marques de fa- 
brique de C. Sex[tius] Eutyches (4), et de G. Sext[iu5; 
Post[umus] au musée de Vienne (Isère) (5). Une inscrip- 
tion de Lyon nous a conservé les noms de P. Sextitis Flo- 
rus (6); une inscription d'Ingweiler (Alsace), ceux de L. 
Sextius Marcianus (7); une inscription d'Huttich, en Hesse, 
ceux de L. Sextius Perwincus (8). 

C'est d'un primitif * Sextiacus que viennent probable- 
ment les noms de deux communes de Sexey (Meurthe-et- 
Moselle) , appelées chacune Sessiacum en 1050 (9). Sissy 
(Aisne), est aussi appelé Sessiacum en 1168 (10). Peut-être 
Cessey (Doubs), et Cession (Isère), ont-ils la même origine. 
On doit, ce semble, expliquer autrement le nom de Cessey- 
sur-Tille (Côte-d'Or) (11), et de Cessy-les-Bois (Nièvre) (lÎ!; 
ce sont des dérivés du gentilice Saccius, étudié page 310. 



(1) c. I. L., t. I, p. 534, 535; cf. n» 632. 

(2) Voyez Tétude faite sur lui par M. E. Desjardins, Géographie historique 
et administrative de la Gaule romaine, t. II, p. 271-273 ; et sur la gens 
Seztia, consultez Pauly, Real-Encyclopaedie , t. VII, p. 1142-1146. 

(3) AUmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 5. 

(4) Allmer, ibid., t. IV, p. 9. 

(5) AUmer, ibid,, t. IV, p. 194. 

(6) Bolssieu, Insûriptions de Lyon, p. 194. 

(7) Brambach, Inscriptiones rhenanae, n* 1878. 

(8) Ibid.f n* 1088. Plusieurs autres Sextius sont mentionnés dans le tome XII 
du C. /. L. On y trouve aussi Seccius, 3709, et Seccia, 415. 

(9) Lepage , Dictionnaire topographique du département de la Meurthe , 
p. 129. 

(10) Matton, Dictionnaire topographique du département de V Aisne, p. 261. 

(11) Sactacus. Garnier, Nomenclature historique des communes, etc., du 
département de la Côte-d'Or, p. 20, n* 80. 

(12) Sassiacense monasterium, cenobium Saxiacense. Soultrait, Diction- 
naire topographique du département de la Nièvre, p. 32. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 321 

SiuACus est un loous dépendant de Lagny-le-Sec (Oise), 
suivant un diplôme de Thierry III qui remonte à 688 (1). 
Un diplôme de Charlemagne pour Tabbaye de Saint-Calais, 
en 774 , nous transporte dans le Maine « in condita Silia^ 
censé » ; dans cette condita se trouve une villa appelée 
mrte Bosane (2). Un diplôme de Charles le Gros, en faveur 
de l'abbaye de Saint-Etienne de Dijon, en 885, nous mon- 
tre en Bourgogne un autre Siliacus situé « in comitatu 
Uscarensi », c'est-à-dire un peu au sud de Dijon (3). 

Siliacus vient de Silius, gentilice qui apparaît dans les 
derniers temps de la république romaine, et qui n'était 
pas rare sous l'empire (4). Ainsi, sous la république, P. Si- 
lius Nerva , élevé à la préture Tan 59 avant notre ère, fut, 
quelques années après, avec le titre de propréteur, chargé 
de Tadministration de la Bithynie et du Pont ; c'était un 
des amis de Gicéron (5). Le grand orateur eut des relations 
d'affaires avec un autre Silius dont le prénom était Âu- 
lus (6). Sous Tempire, on trouve dans les fastes consulai- 
res, en Tan 20 avant J.-C, P. Silius Nerva (7). P. Silius 
fut consul suffecPus en l'an 3 après J.-C (8). C. Silius par- 
vint au consulat en l'an 13 de notre ère (9). P. Silius 
Nerva obtint la même dignité en l'an 28 (10). Sous Claude, 
C. Silius, consul désigné, dut une célébrité scandaleuse à 
son mariage avec Messaline (11). Le poète Silius Italiens 



(1) Pardessus , Diplomata, t. II, p. 205. Tardif, Monuments hUtoriques^ 
p. 20, col. 2. Pertz , Diplomatum imperii tomus primus , p. 51, ligne 32 ; 
et Longnon, Ex&nien géographique^ p. 26. 

(2) Dom Bouquet, V, 724 b; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 22, n* 22. 

(3) ma., IX, 336 c. 

(4) On peut trouver une étude sur la gens Silia chez Pauly, Real-Ency- 
clopaedie, t. V, p. 1190-1195. 

(5) Gicéron, Ad familiares, livre VII, ép. 21 ; livre IX, ép. 16 ; livre XIII, 
ép. 61, 62, 63, 64, 65. 

(6) Ad Atticum, Uvre XII, ép. 24-31, 33, 35. 

(7) C. i. L., t. I, p. 540, 547. Josephus Klein, Fasti consulares^ p. 9. 

(8) Ihid.j t. I, p. 548. Josephus Klein, p. 13. 

(9)lbid., t. I, p. 550, 551, n** 762, 763. Josephus Klein, p. 20. 

(10) Josephus Klein, p. 26. 

(11) Tacite, Annales, livre XI, c. 26, 27. 

21 



322 LIVRE IT. CHAPITRE II. 

acquit par ses vers d'autres titres à la notoriété ; mais il 
n'était pas seulement homme de lettres, il obtint les 
honneurs consulaires en Tan 68 de notre ère (1). 

Les noms de lieux que nous avons cités attestent que 
ce gentilice pénétra en Gaule. Nous ignorons si ce fut par 
l'influence de l'un des personnages que nous venons de 
mentionner; ce que nous savons, c'est que le C. Silius. 
consul en l'an 13, commanda l'armée de la Germanie su- 
périeure, avec titre de légat, pendant sept ans, de l'an 14 
à l'an 21 de notre ère (2). 

SiliaciÀSy dérivé de Silius, est devenu dans le Midi Si- 
Ihac ; c'est le nom d'une commune du département de l'Ar- 
dèche ; dans le Nord , d'autres formes modernes de Silia- 
eus nous» sont offertes par : Sillé, nom de deux communes 
de la Sarthe; Silley, nom de deux communes du Doubs; 
Silli, nom d'une commune de l'Orne ; Silly, nom porté par 
trois communes , deux dans l'Oise , une dans l'Aisne. Le 
nombre total de ces communes s'élève à neuf. 

La forme latine de Siliacus était Silianus ; une charte de 
Ravenne mentionne un fundum qui vocatur Siliamim (3!. 

*8iLVANiACus est probablement l'orthographe primitiTe 
du nom de lieu écrit Selvaniacus dans un diplôme accordé 
par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Conques, en 819 (4;. 
En effet, nous trouvons le même nom de lieu écrit à 
l'ablatif Silvaniago^ avec un i à la première syllabe, dans 
une charte du onzième siècle conservée par le Cartulaire 
de Conques (5). Le nom actuel de cette localité est Savi- 
gnac, c'est une dépendance de la commune d'Asprières 
(Aveyron). 



(1) Josephus Klein, Fasti consul&res, p. 41. 

(2) E. Desjardins, Géographie historique et administrative de U GauU 
romaine, t. III, p. 248. 

(3) Fantuzzi, Monumenti Ravennati^ t. I, p. 35. 

(4) Dom Bouquet , VI, 717 e, Gustave Desjardins , Cartulaire de l'abbaye 
de Conques, p. 410. 

(5) Gust. Desjardins, ibid.y p. 81. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 3Î3 

Silvaniacus est dérivé du gentilice Silvanius, dérivé lui- 
même du surnom Silvanus. L'épitaphe de Silvanius For- 
tunatus existe encore à Vienne (Isère) (1). Les noms de 
L. Silvanius Probus nous ont été conservés par une inscrip- 
tion de Rheinzabern , en Bavière rhénane (2), et ceux de 
C. Silvanius Matemus par une inscription de Saint-Hippo- 
iyte-de-Caton (Gard) (3). 

Les noms de lieux dérivés du gentilice Silvanius offrent 
une grande analogie avec ceux qui sont tirés de Silvinius 
[p. 325), et il doit être souvent difficile de les en distinguer. 

SiLviAGus , orthographe de basse époque pour Silviacus^ 
est le nom d'un vious où étaient situées des vignes qu'en 
615 Bertramne, évoque du Mans, donna à la basilique de 
Saiot-Germain, fondée par lui près de la ville du Mans (4). 
La légende Silviaco se lit sur une monnaie mérovin- 
gienne (5) , et nous ignorons où était située la localité que 
désigne cette légende monétaire. Mais il est vraisemblable 
que le Silviacus , inscrit en 832 dans la liste des villas et 
des vici dépendant de Téglise du Mans que nous a con- 
servée un diplôme de Louis le Débonnaire (6), est identi- 
que au Silviagus du testament de Bertramne. Un autre 
SilviaciLs est aujourd'hui Servais (Aisne) (7) ; les empereurs 
carlovingiens y avaient un palais dont il est question pour 
la première fois sous le règne de Louis le Débonnaire ; ce 
prince data du palais royal de Silviacus deux diplômes, le 
premier en 820 (8) , le second en 830 (9) ; plusieurs diplô- 

(1) Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 6. 
P) Brambach, n- 1814. 

(3) C. I. L., XII, 2887. 

(4) Pardessus, DiplomaLta, t. I, p. 209. 

(5) A« de BarUiélemy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes 
t. XXVI, p. 462, n- 599. 

(6) Dom Bouquet, VI, 585 e; cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179, 
n* 308. 

(7) Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 260. 

(8) Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 132, n- 162. 

(9) Sickel, ibid., t. II, p. 166, n- 270. 



324 LIVRE IL CHAPITRE IL 

mes de Charles le Chauve ont été donnés au palais de 
viacus en 846 (1), en 847 (2), en 879 (3); on peut considé- 
rer comme défectueuse l'orthographe Silvaico palatio, dans 
un diplôme du môme roi en 850 (4), et l'orthographe Sil- 
vacus employée pour désigner le nom du lieu où aurait été 
promulgué aussi par Charles le Chauve un célèbre capitu- 
laire de l'année 853 (5). Un troisième Silviacus, situé dans 
une tout autre partie de la France, dépendait en 967 du 
monastère de Saint-Pierre de Vienne (Isère) ; nous l'appre- 
nons par un diplôme de Conrad le Pacifique , roi de Bour- 
gogne transjurane et de Provence (6). 

Silvius, d'où Silviacus, est un nom qui appartiient d'abord 
à l'histoire mythologique de Rome : le fils d'Ascagne , fils 
lui-même d'Enée , s'appelle Silvius , règne sur les Latins. 
et après lui , Silvius devient un surnom commun à ses suc- 
cesseurs (7). C'est dans les inscriptions du temps de Tem- 
pire que le gentilice Silvius apparaît. La Gaule nous en 
offre quelques exemples : le musée du mont Saint-Bernard 
contient une dédicace à Jupiter Poeninus par Q. Silvius 
Perennius, tabellariu^ de la colonie des Séquanes (8) ; une 
inscription d'Yverdun nous a conservé les noms de T. Sil- 
vius Similis (9). Ceux de Q. Silvius Spe[ratus], centurion 
de la première cohorte des Belges , nous sont connus par 
une inscription de l'île de Brazza sur la côte de Dalma- 
tie (10). On a trouvé plusieurs fois, tant en Gaule qu'en 
Angleterre, la marque du potier Silvius (11). 



(1) Dom Bouquet, VIII, 484 0. 

(2) ma,, VIII, 492 b. 

(3) Ibid., VIII, 636 d. 

(4) Ibid.y VIII, 508 0. 

(5) Ibid., VII, 613 c. Cf. MabiUon, De re diplomatica, livre IV, c. 132. 

(6) Dom Bouquet, IX, 702 b. 

(7) Tite-Live, liv. I, c. 3, {{ 6, 7. 8; cf. Virgile, Enéide, VI, 768, 769. 

(8) C. /. L., V, 6887. Mommsen, Inseriptiones helvetictte, n* 42. 

(9) Mommsen, Inttcriptiones helveticae, n* 138. 

(10) C. /. L., III, 3093. 

(11) Scbuormans, Sigles figulins, p. 248, n" 5240-5246: Trois autres SUtIos 
sont mentionnés dans le t. XII du C. /. L. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 325 

SiLviNiAGus est le nom d'une villa dépendant de l'abbaye 
de Saint-Aubin d'Angers, comme on le voit par un diplôme 
émané de Charles le Chauve , en 851 (1). Une autre villa 
Silviniacu^ était située dans le Tonnerrois, et dépendait de 
1 abbaye de Montier-la-Celle (Aube), à laquelle elle fut 
donnée en 856 par le môme roi (2). Un troisième Silvi- 
niacus appartenait à l'église d'Autun , et , à la fin du neu- 
vième siècle , était possédé , à titre de précaire , par une 
femme noble ; le roi Eudes la maintint en possession de ce 
bien en 890 (3). En 979, le roi Louis V comprend un qua- 
trième Silviniacus dans la nomenclature qu'il donne des 
propriétés de l'église d'Orléans (4). 

La forme romaine de ce nom de lieu est Silvinianus , et 
nous la trouvons, en 814, dans un diplôme de Louis le 
Débonnaire concernant une abbaye située à Brescia, et une 
autre abbaye à Nonantola, près de Modène (5). 

Silviniacus est dérivé de Silvinius. Une femme, dont 
Tépitaphe a été trouvée à Lyon, avait pour mari un certain 
Silvinius Balbinus (6). Une dédicace par L. Silvinius Res- 
pectus est conservée au musée de Cologne (7). On a re- 
cueilli , dans la Bavière rhénane , une autre dédicace par 
deux Silvinius surnommés , l'un Justus , et Tautre Dubi- 
tatus (8). 

De Silviniacus vient Selvigny, nom d'une commune du 
département du Nord. 

SiMPLicGiAGus est le nom d'une villa placée dans le Maine 
en 658, par un diplôme de Clotaire III (9). Elle reparait en 

(t) Dom Bouquet, VIII, 518 b. 
(2) /Md.. VIII, 547 c. 
(3} Ibid., IX, 454 b. 

(4) /btd., IX, 660 e, 661 a. 

(5) Migne, Patrologia iafina, t. CIV, col. 1007. Sickel, Acta, Kar&linorum, 
t. Il, p. 87, 88, n- 12. 

(6) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 613. 

(7) Brambach, n* 406. 

(8) Ibid., n- 1790. 

(9) Tardif, Monuments historiques, p. 13, col 1. Pertz, Oiplom&tum im- 
p«ni tomus primus, p. 33, lignes 40, 41. 



326 LIVRE II. CHAPITRE IL 

862, dans un diplôme de Charles le Chauve où son nom 
est écrit sans doublement du c de la troisième syllabe, 
Simpliciaco (1). 

Simplicius, d'où Simpliciacus est dérivé, est un genli- 
lice peu fréquent, mais usité en Gaule; ainsi on a trouvé 
en Gueldre deux dédicaces émanées de personnages qui 
avaient ce gentilice. L'une a pour auteur Simplicius Supe- 
rus, decurio alae Vocontiorum dans l'année de Bretagne ,;2 ; 
on sait que les Vocontii habitaient Vaison (Vaucluse) et les 
environs. L'autre dédicace a été faite par Simplicius Inge- 
nuus (3). L'épitaphe de Simplicia Acutilla, conservée a 
Milan (4) , nous ofifre aussi un exemple du gentilice Sim- 
plicius. Dans d'autres monuments, c'est un cognomen^. 

SociACus est une villa qu'un testament , écrit vers Tan- 
née 690, met en Vexin (6). Un autre Sociacus, qualifié de 
colonia, appartenait à l'église Saint-Martin de Tours, 
en 862 , comme on le voit par un diplôme de Charles le 
Chauve (7) ; on croit que c'est Sausay, commune de Monl- 
richard (Loir-et-Cher). 

Sociacus est dérivé de Socius, gentilice peu commun; 
sa forme féminine nous est conservée par une inscrip- 
tion de Pola, en Istrie , où on lit les noms de Soda 
Maxima (8). La variante Soccius résulte d'une inscription 
de Cherasco où l'on trouve les noms de Soccia Modesta 9 . 

Un gentilice qui présente avec celui-là une grande res- 
semblance de son, et qui a été beaucoup plus fréquent, est 



(1) Tardif, Monuments historiques, p. 117, col. 2. 

(2) Brambach, n* 67. 

(3) Ibid., n* 97. 

(4) C. /. L., V, 6093. 

(5) Ibid., Xll, 964, 2063. 

(6) Tardif, Monuments historiques^ p. 21, col. 1. 

(7) Dom Bouquet, VIII, 573 a. Cf. Mabille, La pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours, p. 65, n' 14, p. 159, n* 61, p. 235. 

(8) C. /. L., V, 141. 

(9) Ibid., V, 7678. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 327 

Sosius, nom par exemple d'un des deux partisans d'Antoine 
qui, à la bataille d*Âctium, commandaient sa flotte (1). 

De Sosius on a pu tirer le nom de lieu dérivé Sosiacus 
qui , à une basse époque , devait se confondre avec Socia- 
eus. C'est par l'un ou l'autre que doivent probablement 
s'expliquer les noms des trois Soisy du département de 
Seine-et-Oise , de Soisy (Seine-et-Marne), de Soizé (Eure- 
et-Loir), de Soisy (Marne). 

De SoLLEMNiACus , par abus Solemniacus ^ dérive l'ad- 
jectif soUmniacensis, épithète d'un ager situé en Limousin, 
suivant l'acte de fondation de l'abbaye de Solignac (Haute- 
Vienne) par saint Eloi, en 631 (2) ; Solignac est une forme 
moderne de Sollemniacus (3). Un autre ager SolemniacensiSf 
situé dans le Tonnerrois , est mentionné dans un acte de 
Vigile, évêque d'Auxerre, en faveur de l'abbaye de Notre- 
Dame , fondée par lui près de cette ville , vers 680 (4) ; on 
l'a reconnu dans Soulangy , commune de Sarry (Yonne). 
Une villa Sollemniacus , située en Anjou , aujourd'hui Sou- 
langé (Maine-et-Loire) , fut donnée à l'abbaye de Saint- 
Maur-sur-Loire, par Charles-le-Chauve en 850 (5). Un titre 
de la cathédrale de Lyon appelle Solemniacus Soleymieux 
^Loire), et quoique ce document soit sans date et ne soit 
conservé qu'en copie du seizième siècle , il parait conser- 
ver une ancienne tradition (6). Nous ne savons où était si- 
tuée la villa Sollempniacus donnée à Tabbaye de Cluny au 
commencement du dixième siècle (7). 

(1) Velleius Paterculus, liy. II, c. 85, § 2; cf. c. 86, { 3. 8ur le gentilice 
Sosius, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie. t. VI, p. 1329, 1330. 
(21 Pardessus, Diplomata, t. II. p. 11. 

(3) Voir, sur la même abbaje, un diplôme de Louis le Débonnaire en 817 
Dom Bouquet, VI, 504); son nom est écrit avec deux 2 : Sollemniacus; cf. 
Sickel, Acta Karolinorurriy t. II, p. 117, n« 111. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 153. Quantin, Cart. de VYonne, t. I, 
p. 19, 596. 

(5) Tardif, Monuments histoHques, p. 103, col. 2. Port, Dict. de Maine- 
et-Loire, t. III, p. 541. 

(6) A. Bernard , Cart. de Savigny^ t. II, p. 1055. 

(7) Bruel, Rec. des chartes de,., Cluny, t. I, p. 165. 



328 LIVRE II. CHAPITRE II. 

Solemniaous^ ou mieux Sollemniacus , dérive de Sollem* 
nius, gentilice assez rare. Une inscription d'Arabie nous a 
conservé les noms de Cl. SoUemnius Pac[atianus] , legatm 
AugusH pro praetore (1). On a trouvé dans une inscription 
de la Bavière rhénane, la mention d*une femme appelée 
Sollemnia Justa (2). L*épitaphe de Solemnius Fidus parait 
e^ster encore à Lyon (3). 

^SoLiACus est le nom de lieu que suppose Fadjectif ^ofad- 
censis dans le livre second des miracles de saint Benoit. 
écrit au temps d'Archambauld de Sully, archevêque de 
Tours , 980-1007 (4). Ce castrum est aujourd'hui Sully-sur- 
Loire (Loiret). Un autre Soliacus^ moins connu, aujour- 
d'hui Souillac (Lot) , est mentionné en 962 dans le testa- 
ment de Raimond !•', comte de Rodez (5). Soliacus^ 
aujourd'hui Souillé (Sarthe) , apparaît dans un titre de 
l'église du Mans qui daterait de 572 (6). 

Soliacus paraît dériver de Solius, gentilice conservé par 
une inscription du musée de Mannheim qui nous apprend 
les noms de P. Solius Suavis (7). Cependant, l'orthogra- 
phe la plus fréquente est SoUius par deux L L. SoUius Se- 
cundo, dans une inscription de Vérone (8); M. SoUius At 
tiens, dans une inscription de Nerelo, Italie centrale (9.; 
SoUia Salvia, à Milan (10); G. SoUius Marculus et G. Sol- 
lius Marcus, à Grenoble (11); Sex SoUius Demosthenianus, 



(1) C. /. L., t. m, n* 94; AddiUmenta, p. 969. 

(2) Brambach, n* 1764. 

(3) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 299. 

(4) E. de Certain, Les miracles de saint Benoit, p. 107 ; ci. Dom Bouquet, 
IX, 140 c. 

(5) Dom Bouquet, IX, 727 c. 

(6) Pardessus, Diplomata^ t. I, p. 136. 

(7) Brambach, 1382. 

(8) C. /. L.. V, 3469. 

(9) Ibid., IX, 5155. 

(10) Ibid.y V, 6094. 

(11) Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. I, p. 329. 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 329 

à Cheyssieu (Isère) (1) ; M. SoUius Marcellus et G. SoUius 
Verus, à La Chapelle-Blanche (Savoie) (2). 

Solicums ou * Solliacus, dérivé de Solius ou de SoUius, 
a donné les noms de communes : Souillac (Lot), dont le 
diminutif est Souillaguet, même département ; Souillé (Sar- 
the); Souilly (Meuse) (3) ; enfin six Sully, savoir : deux dans 
le Ldiret , les autres dans les départements du Calvados , 
de la Nièvre, de l'Oise, de Saône-et-Loire. Un des Sully 
du Loiret a donné son nom au célèbre ministre de Henri IV. 
Nous ne savons duquel des villages appelés Sully M. Sully 
Prudhomme tire la première partie de son nom; cet aima- 
ble poète ignore probablement sa parenté grammaticale avec 
un écrivain antique : dans les derniers temps de l'empire 
romain, SoUius d'où Solliacus = Sully était le gentilice du 
poète Sidoine Apollinaire (430-488), qui s'appelait C. SoUius 
ApoUinaris Sidonius, qui appartenait à une famille noble 
de Lyon et qui fut évoque de Clermont (4). 

Tauwacus, noté Tauryaous. est une villa de l'Orléanais 
donnée à l'abbaye de Saint-Denis par Dagobert P', en 
635 (5). Un second Tauriacus , situé dans le Maine , est 
mentionné dans un diplôme donné par Glotaire III, 
en 658 ; c'était . dit ce diplôme , une villa , propriété de 
l'abbaye de Saint-Denis et détenue indûment par un 
tiers (6); ce Tauriacus est peut-être le même que celui 
dont il est question en 615 , dans le testament de Ber- 
tramne , évoque du Mans (7). Un troisième Tauriacus ap- 

■ 

(1) Allmer, InBcHptions antiques de Vienne, t. III, p. 100. 

(2) Allmer, ibid., t. III, p. 470. Quelques autres SoUius sont mentionnés 
dans le t. XII du C. 1. L, 

(3) M. Liénard, Dictionnaire topographique du département de la Meuse, 
p. i27, propose de rapporter à Souilly la monnaie mérovingienne ob Ton 
trouve la légende SauHaco vico. Mais, dans tous les autres textes qu'il cite, 
le nom de Souilly est écrit avec o et non au. 

(4) Teuffel, Geschichte der roemischen Literatur, 3* édition, p. 1100, 

(5) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus^ p. 18, 1, 22. 

(6) Pertz, ÎMd., p. 33,1. 41, 44. 

(7) Pardessus, Diplomala, t. I, p. 210. 



330 LIVRE II. CHAPITRE II. 

partenait à l'abbaye de Saint-Martin de Tours; nous en 
trouvons la première mention dans un diplôme de Charle- 
magne en 775 (1) ; son nom reparait dans deux diplômes 
de Charles le Chauve en 862 ; l'un de ces diplômes nous 
apprend que cette villa était située en Touraine (2). Une 
quatrième villa de ce nom appartenait à l'abbaye de Sainte- 
Colombe de Sens, comme le constate un diplôme de Louis 
le Débonnaire en 836 (3). Un cinquième Tauria^cus était si- 
tué dans le diocèse de Rodez ; l'abbaye de Joncelle y avait 
une église dans la possession de laquelle elle fut confirmée 
par un diplôme du roi Raoul en 891 (4). 

Tauriacus dérive de Taurins. Ce gentilice , bien qu'as- 
sez rare , apparaît déjà avant la fin de la république ro- 
maine , dans une inscription de Carthagène , où se lisent 
les noms de L. Taurins Aefolan[us] , c'est-à-dire originaire 
d'Aefula, dans le Latium (5). P. Taurins Secundus figure 
dans une inscription trouvée près d'Aquilée (6) ; C. Tau- 
rins Ursinus , dans une inscription des environs d'Esté (7). 
Une épitaphe trouvée à Viel-Arzew , en Afrique , nous fait 
connaître les noms de Taurins Senecio (8). 

Tauriacus est devenu dans le midi de la France Tauriac, 
nom de quatre communes , savoir : deux dans l'Aveyron , 
un dans chacun des départements de la Gironde et du Lot. 
On doit probablement attribuer la même origine aux deux 
Thoiré du département de la Sarthe ; aux trois Thoiry de 
l'Ain , de la Savoie et de Seine-et-Oise ; à Thoré (Loir-et- 
Cher) ; à cinq Thorey , dont trois dans la Côte-d'Or , un 



(1) Dom Bouquet, V, 737 c , où Ton a imprimé T&uciacus, Cf. Habille , U 
pancaWe notre de Saint-Martin de Tours^ p. 69, n* 18; p. 151, n« 18; p. 236, 
col. 1. 

(2) Dom Bouquet, VIII, 576 e; cf. 573 a. 

(3) Dom Bouquet, VI, 611 a ; cf. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. VA, 
n* 347. 

(4) Dom Bouquet, IX, 456 a. 

(5) C. /. L., t. I, p. 564, n* 1555; t. II, n* 3408. 

(6) /6id., V, 8253. 

(7) Ibid., V, 2702. 

(8) Ibid., VIII, 9765. 



LA DÉSINENCE -I-ACU8 AU MOYEN AGE. 331 

dans chacun des deux départements de Meurthe-et-Moselle 
et dTonne ; à deux Thoury (Loir-et-Cher, Seine-et-Marne) ; 
à Thuré (Vienne) ; Thurey (Doubs, Saône-et-Loire) ; à cinq 
Thury , sur lesquels deux dans l'Oise , un dans chacun 
des départements du Calvados, de la Côte-d'Or et de 
TYonne (1) ; enfin trois Toury dont un dans TEure-et- 
Loir (2), les deux autres dans la Nièvre (3). Cela forme un 
total de vingt-huit noms de communes dérivés du gentilice 
Taurins qui paraît avoir été fort répandu en Gaule à 
Tépoque romaine. 

Tauricciacus est une villa mentionnée dans un juge- 
ment du roi Clotaire III, en 638 (4). 

Tauricciacus dont le c a été doublé pour représenter le 
double son qu'avait pris le c en s'assibilant, dérive de Tau- 
ricius, gentilice conservé : 1** par une inscription dédicatoire 
c[ui a été jadis trouvée dans un endroit inconnu, sur les 
bords du Rhin inférieur, et qui contient les noms de 
C. Tauricius Verus (5), 2** par une inscription de Lyon où 
se trouvent les noms de L. Tauricius Florentins (6). 

De Tauricius on forma le dérivé Tauriciacu^, par lequel 
s'expliquent les noms : de trois communes appelées Torcé 
(lUe-et- Vilaine , Mayenne , Sarthe) ; de Torcieu (Ain) ; de 
de neuf communes du nom de Torcy : deux dans l'Aube , 
deux dans la Seine-Inférieure, les cinq autres dans TAisne, 
la Côte-d'Or, le Pas-de-Calais, Saône-et-Loire, Seine-et- 
Marne; de Torsac (Charente); de Torciac (Haute-Loire); 



(1) Thury (Yonne), s'est d'abord appelé Tauriacus. Quantin, Dictionnaire 
topographique du département de l'Yonne, p. 128. 

(2) Thauriacus, vers 1020. Merlet, Dictionnaire topographique du dépar- 
tement d'Eure-et-Loir, p. 180. 

(3) Toury-sur-Abron (Nièvre) est appelé Tauriacus par une charte de 
l'année 1103. Soultrait, Dictionnaire topographique du département de la 
Nièvre, p. 181. 

(4) Tardif, Monuments HistoriqueSy p. 12, col. 2. Pertz, Diplomatum tm- 
perii tomus primus, p. 32, 1. 44. 

(5) Brambach, n* 1993. 

(6) Boissieu, Inscriptions de Lyon^ p. 259. 



332 LIVRE II. CHAPITRE II. 

de Torxé (Charente-Inférieure). Le total de ces noms 
s'élève à seize (I). 

faurmociw, nom d'un viens du diocèse de Tours où une 
église aurait été construite par ordre de Tarchevêque Eu- 
phronius (556-573) (2) est une variante de Tauriciacus ou 
dérive d'un gentilice *Taurisius. 

Tauriniacus est un nom de lieu mentionné vers l'année 
700 dans le testament d'Erminthrude qui est daté de Pa- 
ris (3) et qui parait concerner des biens situés à peu de 
distance de cette ville. Vers la même époque , c'est-à-dire 
en 692 , Aiglibert , évéque du Mans , dispose des dîmes de 
plusieurs églises, entre autres Tauriniacus^ qui paraît ici 
être le nom d'une paroisse de son diocèse (4). 

Tauriniacus dérive du gentilice Taurinius dont nous ne 
pouvons citer que deux exemples, ce sont les épilaphes 
de Taurinius Montanus, à Augsbourg (5), et de L. Taurinius 
Aurelius, à Nimes (6). Taurinius est dérivé de Taurinus, 
surnom que l'on rencontre quelquefois ; par exemple, 
dans une inscription de Fontaine, près Grésy-sur-Isère (7), 
et qui est identique à un nom de peuple Ligure, de l'Italie 
du nord-ouest : tout le monde a entendu parler des Tau- 
fini dont Turin conserve le souvenir dans la nomenclature 
géographique de l'Europe moderne. 

Tau/riniacuLs est le nom primitif de dix communes de 
France; cinq Thorigné (Ille-et-Vilaine , Maine-et-Loire, 
Mayenne (8), Sarthe, Deux-Sèvres); quatre Thorigny (Seine- 



(1) Cf. Longnon, Examen géographique du tome premier des diplomàta, 
imperii, p. 36. 

(2) Grégoire de Tours, livre X, c. 31 ; édit. Amdt, p. 448, 1. 5. Les précé- 
dents éditeurs avaient préféré la variante Tauriacus. 

(3) Pardessus, Diplomata, t. II , p. 256 , 257. Tardif, Monuments histori- 
ques, p. 33. 

(4) Pardessus, Diplom&ta, t. II, p. 226. 

(5) C. /. L.. III, 5820. 

(6) Ibid., XII, 3361. 

* (7) Allmer, Inscriptions de Vienne^ t. II, p. 227. 
(8) M- L, Maître, Dictionnaire topographique du département de Is 



LA DÉSINENCE -I-ACUB AU MOYEN AGE. 333 

et-Marne, Deux-Sévres, Vendée, Yonne); Torigny (Manche)» 
La forme romaine correspondant au gallo-romain Tauri-- 
niacus est Tauriniomus, nom de lieu mentionné en 871 
dans un diplôme de Charles le Chauve qui approuve la 
fondation du monastère de Saint-André au diocèse d'Elne, 
Pyrénées Orientales (1) ; c'est peut-être Taurinya (Pyrénées- 
Orientales). Le nom des deux communes de Taurignan 
(Ariège) , est mieux conservé. 

TuRiLiACus est le nom d'un villare situé en Vexin et 
donné à l'abbaye de Saint-Denis vers Tannée 690 par le 
testament du fils d'Idda (2). 

Turiliacus est dérivé de Turelius , gentilice rare , mais 
dont on rencontre les variantes Turellius et Turillius. Un 
certain Turelius Flavinus était, en Tan 188 de notre ère, 
curiale à Savaria, aujourd'hui Stein-am-Anger en Hon- 
grie (3). L'épitaphe de M. Turellius Maximus a été trouvée 
à Guelma, en Algérie (4) ; celle de Turillius Caeso est con- 
servée au musée de Vérone (5) ; celle de Turillius Amian- 
tus a été trouvée à Montelione, dans l'Italie méridio- 
nale (6). 

C'est par Turiliacus^ dérivé de Turelius, que s'expli- 
quent les noms de Tourliac (Lot-et-Garonne) et de Tourly 
(Oise). 

Vassiacus , nom de Vassy (Haute-Marne) , dans la vie de 
saint Berchaire, écrite par Adson, à^la fin du dixième siè- 
cle (7) , est dérivé de Vassius , gentilice dont les inscrip- 

tfayeriTM, p. 312, donne deux exemples de la diphtongue tLU à la première 
syllabe du nom de ce viUage; 7aurtntacu«, douzième siècle; Taurigné , 
1217; TuriniSLcuSf 802, est probablement une mauvaise leçon. 

(1) Dom Bouquet, VIII, 637 a. 

(2) Tardif, Monuments historiques, p. 21 , col. 2. Pardessus, DiplomàU^ 
t. II, p. 211. 

(3) C. I. L., III, 4150. 

(4) Ibid., VIII, 5466. 

(5) ma., V, 8825. 

(6) Ibid., X, 85. 

(7) Migne, P&trologia laiina, t. XXII, p. 137, col. 683 A. 



334 LIVRE II. CHAPITRE II. 

tions romaines d'Italie nous offrent quelques exemples (i). 
Ce gentilice est dérivé du thème gaulois vasso-, 

ViCTOR^ACus est le nom d'une forteresse, castrum, qui 
servit de retraite à Munderic, prétendant à la royauté, vers 
532 (2) ; M. Longnon pense que ce castrwm est Vitry-le- 
Brûlé (Marne) (3). Un second Victoriacus était situé prés 
d'Arras ; c'était au sixième siècle une villa publica servant 
quelquefois de résidence aux rois des Francs : Clotaire II y 
épousa sainte Radegonde en 538 (4) ; Sigebert I y fut assas- 
siné en 575 par deux émissaires de Frédégonde (5) ; en 584, 
Chilpéric donna Tordre d'y élever son fils nouveau-né (6). 
Un troisième Victoriacus était situé près de Brioude ; il est 
qualifié de castrwm en 825, dans un diplôme de Louis le 
Débonnaire (7). 

Victoriacus dérive de Victorius , gentilice qui existe déjà 
sous la république. En Tannée 194 avant notre ère, Q. 
Victorius, centurion de la seconde légion, se distingua 
dan» une bataille contre les Gaulois (8). Sous Tempire, vers 
la fin du premier siècle de Tére chrétienne, Quintilien dé- 
dia à Victorius Marcellus ses douze livres Institution^ ora- 
toriae. Ce gentilice se rencontre dans les inscriptions. On 
a trouvé à Altenbourg, en Hongrie, Tépitaphe du vétéran 



(1) C. /. L., IX, 2015, 2016, 4366, 4447, 4937; XIV, 2964. On trouve en Gaule 
les dérivés Vassetius, C. /. L., XII, 4163, et VassiUius, ibtd., 2746, 2857. 

(2) Historia. Francorurrit livre III, c. 14. M. Amdt, p. 120, 1. 24, a imprimé 
Victuriaci castn, au génitif, pour Victori&ci castri, avec Vu tenant lieu d*o, 
qu'on rencontre si souvent à l'époque mérovingienne. 

(3) Géographie de la, Gaule au sixième siècle^ p. 409, 410. 

(4) Fortunat, Vie de sainte Radegonde^ livre I, c. 2. Dom Bouquet, t. III, 
p. 456 c ; édition Krusch, t. II, p. 39, 1. 8. 

(5) « Villam cui nomen est Vtc(urtacon. Grégoire de Tours, Historia 
Francorum, 1. IV, c. 51 ; édition Arndt , p. 186, 1. 15; cf. 1. V, c. 1, ibid,, 
p. 191 , I. 14« Jonas, Vita §ancti Columbani^ c. 31 ; Dom Bouquet, t. III, 
p. 478 b, c. 

(6) Grégoire de Tours, Historia Francorunit livre VI, <î. 41 ; édit Aradt, 
p. 281. 1. 19, 20. 

(7) Dom Bouquet, VI, 547 b; et. Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. U9 
n*216. 

(8) Tite-Ldve, Uvre XXXIV, c. 46. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 335 

G. Victorius Urso (1). Le musée de Wiesbaden possède 
une dédicace à Jupiter par G. Victorius Januarius (2) ; le 
musée de Trêves, une dédicace à la déesse Calva, par 
M. Victorius PoUentinus, monument gravé Tan 124 de no- 
tre ère (3). On a trouvé, à Huttich, en Hesse rhénane , Tépita- 
phe du vétéran Victorius Cassianus (4). Une inscription de 
Lyon a conservé les noms de deux femmes qui, toutes 
les deux, avaient le gentilice Victoria; elles y joignaient, 
l'une, un surnom commençant par les trois lettres Lam.; 
la seconde, fille de la première, le surnom de Novella (5). 
Le musée de Narbonne possède le signaculum de G. Vic- 
torius Verinus (6). 

Le nom de lieu Victoriaous , dérivé de Victorius , paraît 
avoir, dès le neuvième siècle, perdu dans la prononciation 
To de la seconde syllabe, témoin les distiques d'Ermoldus 
Nigellus dans son poème sur Louis le Débonnaire : 

Aurelianenses sensim dehinc visitât agros , 
Victriacum villam jam pius ingreditur (7) 

En règle générale , dans la langue moderne de la France, 
Yictoriacus perd Vo de la seconde syllabe. Il devient Vi- 
trac dans le Midi ; c'est le nom de cinq communes, Avey- 
ron, Cantal, Gharente, Corrèze, Dordogne, Puy-de-Dôme. 
Dans le Nord, la désinence varie : Vitray est le nom d'une 
commune du département de l'Orne ; on compte deux com- 
munes de Vitray dans l'Eure-et-Loir, une dans l'Allier; i 
y a une commune de Vitré dans Tllle-et- Vilaine, une autre 
dans les Deux-Sèvres; le Jura nous offre la variante Vi- 
treux; Meurthe-et-Moselle et la Haute-Saône ont chacun 



(1) C. /. L., m, 4489. 

(2) Brambach, n» 1452. 

(3) ma., n* 853. 

(4) iWd., n* 1064. 

(5) Boissieu, p. 507, n* 24. 

(6) C. /. L., XII, 5690, 129. 

fî) De rébus gestie Ludovid Pii, livre III, vers 275, 276. Dom Bouquet, VI, 
43 b, n s'agit de Vitry-aux-Loges (Loiret). 



336 LIVRE II. CHAPITRE II. 

une commune de Vitrey. La forme la plus fréquente est 
Vitry ; ce nom est porté par douze communes : trois dans 
chacun des départements de la Marne et de Saône-ei- 
Loire, deux dans la Haute-Marne, les quatre autres dans 
TAube , le Loiret , le Pas-de-Calais et la Seine. Le nombre 
total des communes dont le nom offre une forme moderne 
du primitif Victoricums est de vingt-six. 

ViLLiACus , Villy (Yonne) , au douzième siècle (1) , noté 
Viliacus par une seule l dans deux chartes de Saint-Hugue 
de Grenoble , au neuvième siècle (2) , où il représente Vi- 
lieux (Isère), est dérivé de Villius , gentilice romain qui se 
rencontre six fois chez Tite-Live et qui fut principalement 
illustré par P. Villius Tappulus, consul Tan 200 avant J.-C.(3). 

A Villiaous correspondent le dérivé ligure Vil[l]ioscus, 
aujourd'hui Vilhosc (Basses-Alpes) (4), et le dérivé latin 
FÏZ[f|fanu5, nom d'une localité située en Italie, aux en- 
virons de Modène, suivant une charte de 1041 (5). 

ViNGiAGus est un lacus situé aux environs de Cambrai et 
où Charles Martel battit Chilpéric II et Rainfroi , maire de 
Neustrie en 717 (6). La même localité reparait dans un di- 
plôme faux de Dagobert I" (7). C'est aujourd'hui Vincy, 
commune de Crèvecœur (Nord) (8). 

Le bas latin Vinciaous est dérivé de Vintius ou de Ven- 
dus. Une inscription de l'Italie méridionale nous fait con- 
naître les noms de l'affranchi M. Vintius Acceptus et de sa 



(t) Quantin, Car<. de VYonn^ t. Il, p. 190. 

(2) CartuUire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 10, 73. 

(3) Sur le gentilice Villius, voyez Pauly, Real-Bncyclopaediey VI, p. 2611- 
2613. 

(4) Qnérard, Cart. de Saint-Victor de Marseille, t. II, p. 65, 70. 

(5) Tiraboschi, Memorie storiche Modenesi, t. II, preuves, p. 37. 

(6) Continuation de Frédégaire, c. 106. Chez Dom Bouquet, II, 454 a, cf. 
Paul Diacre, De Gestis Langobardorum, livre VI, c. 42; ibid., p. 639 a. 

(7) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 168, 1. 21 ; cf. Pardanns, 
Diplomaê^ t. II, p. 5& 

(8) Longnon, Examen géographique, p. 39. 



LA DÉ8INBNGE -I-ACU8 AU MOYEN AQE. 337 

patronne Vintia Satumia (1) ; et une inscription de Die , 

« 

ceux de Sex. Vendus Juventianus (2). 

Il y a en France trois communes dont le nom dérive du 
bas latin Vinciacus. Ce sont Vincey (Vosges), Viucy (Aisne), 
et Vincy (Seine-et-Marne). 

ViNBiciACus est le nom d'une localité d'Auvergne où Ton 
battit monnaie à l'époque mérovingienne ainsi que l'atteste 
la légende monétaire Vindiciaco (3). Ce nom de lieu a 
donné le dérivé vindiciacensis , épithëte de domus dans un 
manuscrit des Vitas pairum de Grégoire de Tours (4). Dans 
le passage de Grégoire de Tours dont il s'agit ici, c'est en- 
core d'une localité d'Auvergne qu'il est question. 

Vindiciacus est dérivé de Vindicius. Vindicius est le nom 
deTeselave qui, à Rome, l'an 509 avant J.-C, découvrit 
une conspiration pour le rétablissement de la royauté (5). 
Vindicius, sous l'empire, est un gentilice que l'on rencon- 
tre dans quelques inscriptions ; exemple : en Afrique , les 
noms de femme Vindicia Theodora (6), Vindicia Victo- 
rina (7); à Lyon , le nom de femme Vindicia Luperca (8). 
On trouve aussi le nom d'homme P. Vindicius (9). 

Vindecy (Saône-et-Loire) est probablement un ancien 
Vindiciacus. 

Certains manuscrits de Grégoire de Tours écrivent vin- 
DucENSis l'adjectif dérivé dont nous avons cité la leçon 
vindiciacensis, Vindiacensis suppose un nom de lieu Vindia- 



il) c. /. L., X, 431 . 

(2) Herzog, G^lliae Narbonensis,,. historia, t. Il, p. 97, n* 453. 

(3) A. de Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. XXVI, 
p. 464, n« 707. 

(4) G. 12, { 3. Bordier, Les livres des miracles, t. III, p. 296. Comparez 
Amdt et Knuch , p. 713 , 1. 33 , et Longnon , Géographie de la Gaule au 
sixième siècle, p. 517. 

(5) Tite-Live, livre II, c. 5, i 10. 

(6) C. /. L., VIII, 112. 

(7) JWd., VIII, 323. 

(8) Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 527. 

(9) Allmer, Revue épigraphique, t. I, n* 209. 

22 



338 LIVRE II. CHAPITRE II. 

eus, dérivé lui-même de Vindius. Tandis que Vindicixis, dé 
rivé de Vindex , est rorigine latine , Vindius paraît d'ori- 
gine gauloise et dérivé de Tadjectif vindos qui , dans cette 
langue, a dû signifier « blanc, » et par extension « beau, 
heureux. » On a trouvé à Vérone une inscription votive à 
Hercule par Taffranchi G. Vindius Priscus (1). Une inscrip- 
tion de Pavie conserve les noms de Vindia Secunda i?. 
On a signalé près d*Uzès (Gard) Tépitaphe de Vindia 
Quartina (3). 
Vindey (Marne) paraît être un ancien Vindiacus, 

Wakiacus est le nom d'un loctts situé dans le pagus Tel- 
lau , aujourd'hui compris dans le département de la Seine- 
Inférieure. Ce lociLS (appartenait à Tabbaye de Saint-Denis 
en 775, comme on le voit par un diplôme de Charlema- 
gne (4). Ce même nom est écrit (îManacti^ dans un jugement 
rendu^ par Pépin le Bref en faveur de Tabbaye de Saint- 
Denis vers Tannée 751 , et où il s'agit évidemment de la 
même localité (5). 

Wariacus ou Guariacus tiennent lieu d'un primitif * Varia- 
eus , dérivé du gentilice Varius , qui est déjà fréquent à 
Rome au premier siècle avant notre ère (6). Six Varius sont 

■ 

mentionnés dans les œuvres de Cicéron. Le plus connu 
est Q. Varius Hybrida, tribun du peuple Tan 91 avant notre 
ère, grand orateur, très influent, et qui, après avoir com- 
mis deux assassinats , finit par le dernier supplice (7). Le 
poète tragique L. Varius Rufus fut contemporain de César 
et d'Auguste et se rendit célèbre par sa pièce intitulée 



(1) C. /. L., V, 3228. 

(2) Ibid.^ V, 6457. 

(3) /6id., XII, 2853. 

(4) Dom Bouquet, V, 734. a. Sickel, AcU Karoltnorum, t. II, p. 28, n' 45. 

(5) Pertz, Diploma.tum imperii tomus primus , p. 109 , 1. 14. Tardif, Mo- 
numents historiqueSf p. 45, col. 2. 

(6) Sur le gentilice Varias, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie, t. VI, 
p. 2380-2382. 

(7) Cicéron, De Or&tore, liv. I, c. 15, 8 117 ; Bruius, c. 62, { 221 ; De natura 
deorum, liy. II, c. 33, | 81. 



LA DÉSINENCE -I-ACUBAU MOYEN AGE. 339 

Thyestes , plus encore peut-être par sa liaison avec Virgile 
et Horace (1). Un des premiers Romains qui portèrent ce 
nom en Gaule fut le propréteur Varius Cotylo , c'est-à-dire 
« le buveur, » légat d'Antoine en Gaule, Tan 43 avant no- 
tre ère (2). Une inscription gravée sur un rocher à Gros- 
lée (Ain), nous apprend qu'un certain L. Varius Lucanus a 
fait, dès la période romaine, les travaux de canalisation qui 
fournissent encore aujourd'hui de Teau de source aux ha- 
bitants de ce village (3). M. Varius Capito , étant préteur 
et duumvir à Narbonne , dirigea avec son collègue des tra- 
vaux publics dont une inscription, conservée au musée de 
cette ville, perpétue la mémoire (4). Inutile de citer les nom- 
breux exemples qui attestent combien ce gentilice fut ré- 
pandu dans les provinces au temps de l'empire (5). 

De Varius on a fait le dérivé * Variaous d'où les noms de 
communes Vayrac (Lot) ; Vairé (Vendée) ; et Verry (Meuse), 
ou mieux Véry , qui est en outre le nom de trois hameaux 
(Loire, Haute-Savoie, Vaucluse). La variante Guéry, cor- 
respondant à l'orthographe Guariacus du diplôme de Char- 
lemagne cité plus haut , est conservée par le nom de deux 
hameaux (Cher, Lot-et-Garonne). 

APPENDICE A. 

.NOMS DB LiBUX EN 'Ocus DÉRIVÉS DB cognomina LATINS EN ius, 

Dalmatiagus, au onzième siècle , villa quae dicitur Dalmaciaco, 
daas une charte conservée par le Cartulaire de Saint-Julien de 

« 

Brioude (6) , est un dérivé du cognomen Dalmatius. Un exemple 



(1) Teaffel, Geschichte der rœmischen Liter&tur, 3* édit., p. 453, 454. 

(2) Voyez les textes réunis par M. E. Desjardins , Géogr. hislor. et ad- 
ministrative de la Gaule romaine, t. III, p. 34. 

(3) Allmer, Inscript, de Vienne, t. III, Y>. 441. 

(4) Herzog, Galliae Narbonensis.,. hisloria, t. II, p. 8, n» 16. 

(5) Voyez les Index du C. /. L., t. III. V, VII, VIII, IX, X, XII. 

(6) Doniol, Cart, de Brioude , p. 190. 



340 LIVRE II. CHAPITRE II. APPENDICE A. 

notable de ce cognomen a été donné par le père de Tempereur Pro- 
bus ; on sait que Probus régna de 276 à 281. D'autres exemples 
en ont été réunis (1). On le rencontre à Vienne (Isère) dans deui 
inscriptions chrétiennes (2). A côté du dérivé gaulois Dalmatiam^ 
on trouve le dérivé romain Dalmatianus, aujourd'hui Daumaïao 
(Ariège), qui a été le chef-lieu de la Vicaria Dalmatianensis (3). 

FiDENTiAGus , écrit Pedentiacus dans la vie de Louis le Déiwn- 
naire, dite de l'Astronome, était alors le nom d'un comté, dont 
le souvenir est conservé par la seconde partie du nom de Vic-de- 
Fézensac (Gers) (4). Les comtes de Fézensac ont eu , au Moyen 
Age , une certaine notoriété. 

Fidentiactis est dérivé du cognomen Fidentius signalé dans ooe 
inscription romaine et qui fut porté par plusieurs évâques aa 
quatrième et au cinquième siècles (5). 

* Maurbntiagus est l'orthographe régulière d'un adjectif dérivé 
du surnom Maurentius et qui a reçu des scribes du moyen âge 
une orthographe variée. Ainsi Maurinciagi curtis est le nom 
d'une villa donnée à l'abbaye de Saint-Denis par un certain I^ea- 
ton, comme nous l'apprend un diplôme émané de Charles le 
Chauve en 844 (6) ; la môme villa est appelée Morinciaea curiis 
dans un autre diplôme de ce prince en 862 (7) ; cette localité était 
située sur l'Oise, dans le comitaius Camliacensis ; c'est aujourd'hui 
Morancy, commune de Boran (Oise). Montmorency , près de Pa- 
ris, beaucoup plus connu dans la seccmdd partie du moyen âge et 
à l'époque moderne, fait son apparition dans Thistoire au dixième 
siècle ; il fut assiégé par l'empereur Othon II en 978 (8). 

* Maurentiacus dérive du cognomen Maurentius employé seul 
dans des documents de basse époque où généralement les genti- 
lices étaient tombés en désuétude. C'est ainsi que sous Diodétien, 



(1) De- Vit, Onom&sticon, t. Il, p. 554, 

(2) C. I. L., XII, 2069, 2141. 

(3) Molinier, Géogr. histor, de la, province de Languedoc, col. 189. 

(4) Longnon, Atl&s historique de la France, p. 152-153, résume stram- 
ment la plus ancienne histoire de ce comté. 

(5) De- Vit, .Onowiashcon , t. III,#p. 65. 

(6) Tardif, Monuments historiques, n» 147, p. 97, col. i. 

(7) Tardif, Ibid., n* 186, p. 119, col. 1. 

(8) GestA consulum andegavensium, Dom Bouquet, X, 249 a. 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 341 

284-305, le chrétien Maurentius fut martyrisé à Fossombrone, en 
Ombrie (1). A Trieste existe encore Tépitaphe d'un certain Mau- 
rentius» mort en 571 (2); celle de Maurentius Fabricensis, con- 
servée à Spalatro, en Dalmatie (3), ne remonte pas non plus aux 
premiers sièdes de l'Empire romain. 

Morancé (Rhône) est probablement un ancien *MaurentiactiS. 
Morenchies (Nord) suppose un primitif * Maurenliacas villas. Mo- 
raacez (Eure-et-Loir) , écrit Morentiae^ en 1110 , suppose un pri- 
mitif * Maxirtniiacaij sous-entendu domus ou villas, et cette forme 
persiste dans Torthographe actuelle, tandis que la variante Moren- 
ciaeum , pour * Maurentiacus funditSy est tombée en désuétude (4). 

Patrigiaqus, nom de villa duquel dérive celui de Vager patrida- 
ctnsis^ situé dans TAutunois au neuvième siècle » comme nous 
rapprennent deux diplômes, l'un de Pépin , roi d'Aquitaine, eu 
838 (5), l'autre de Louis le Débonnaire, en 839 (6), désigne, dans 
ces documents, Perrecy (Saône-et-Loire) ; le même nom reparaît, 
en 885 , dans un diplôme de Charles le Gros pour les chanoines 
de Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône (7) ; il s'agit, probablement, 
de la même localité. Un autre PalridacxtSy aujourd'hui Parce 
(Sarthe), appartenait à l'abbaye de Saint-Martin de Tours, comme 
on le voit par plusieurs diplômes dont le plus ancien est de l'an- 
née 775 et émane de Charlemagne (8). 

Patriciaeus est dérivé de Patricius, qui est, à proprement parler, 
UD eognomefiy mais qui n'apparaît qu'à une époque basse et pour 
des gens qui n'avaient pas de gentilice ou dont legentilice est in- 
connu. Tel est le potier Patricius dont on a recueilli la marque 



(1) On célèbre sa fête le 31 août. V07. les Bollandistes, août, t. VI, p. 665. 
p) C. /. L., V, 694. 

(3) C. /. L., III, 2043. 

(4) V07. Lucien Merlot, Dictionnaire topographique du département 
d'Eure-et-Loir, p. 124. 

(5) Dom Bouquet, VI, 677 6. 

(6) /Wd., VI, 628 c. 
Ci) Ibid IX, 337 c. 

(8) C'est le numéro 42 de Sickel, Acta Karolinorum , t. II, p. 27; chez 
Dom Bouquet, t. V, p. 737 c, on a imprimé, par erreur, Parriciacus avec 
deux r au lieu do Patriciaeus avec tr. Pour Tétude des documents qui 
concernent cette localité, voir Mabille, La pancarte notre de Saint-Martin 
de Tours, p. 230. 



M2 LIVRE n. CHAPITRE II. APPENDICE B. 

sur un grand nombre de vases (1). Telle est Pesclave Patricia dont 
on a trouvé l'épitaphe en Espagne (2). On a copié, en Italie et eu 
France, cinq épitapbes d'hommes appelés Patricius, mais elles 
sont des derniers temps de TEmpire romain (3). 

De Patriciacui , dérivé de Patricius, paraissent venir quinze 
noms de communes : deux Parçay (Indre-et-Loire) ; trois Parce 
(Ille-et-Tiiaine , Maine-et-Loire, Sarthe); Parcey (Jura); Par- 
cieux (Ain) ; Parcy (Aisne) ; quatre Percey, savoir : deux dans la 
Haute-Marne, un dans la Haute-Saône, un dans T Yonne; trois 
Percy (Calvados, Isère, Manche). 

APPENDICE B. 

NOMS DE LIBUX EN -OCUS DÉRIVÉS OB &BNTILIGBS PBRDU8. 

L'étude des noms géographiques français du moyen âge peut 
faire connaître un grand nombre de gentilices romains dont les 
textes antérieurs à la chute de l'empire romain n*ont pas conservé 
d'exemple. Nous nous bornerons à établir l'existence de deux de 
ces gentilices. 

Bbggiacus est le nom d'un vicus mentionné par Grégoire de 
Tours ; M. Longnon a reconnu, dans ce vieus^ Bessay (Vendée) (4). 
De Becciacus on peut conclure un gentilice * Beccius , dérivé du 
cognomen Beccus, qui était originairement un nom commun gau- 
lois signifiant c bec, » et qui est identique à ce mot français. Bec- 
cus fut employé en Gaule comme surnom. Antonius Primus,qui, 
par la victoire de BedriacuSy Tan 70 de J.-C. , assura le triomphe 
de Vespasien sur Vitellius, avait été surnommé Beccus dans sou 
enfance ; il était né à Toulouse (5). Beccus fut aussi , en Gaule, 
un nom pérégrin ; on a trouvé à Ruffleux (Ain) une dédicace à 



(1) c. /. L., II, 4970, 376; t. VII, n- 1336, 806-811 , 1079, 1080. AUmcr, Ins- 
criptions de Vienne, t. IV, p. 137. 

(2) C. /. L., t. II, 2796. 

(3) Ibid., IX, 6408; X, 1379, 8174; XII, 2133, 3791. 

(4) Longnon, Géogr. de la Gaule au sixième siècle^ p. 565. 

(5) Suétone, Vitellius^ 18. 



^4 



LA DÉSINENCE -I-ACUS AU MOYEN AGE. 343 

Apollon par un certain Beccus (1). Le cognomen ou nom pérégrin 
Beccus a, comme d'autres, cités plus haut, p. 132, donné un 
dérivé en ius qui a été employé comme gentilice. 

BiuifiAcus, au neuvième et au dixième siècle, dans les titres 
de la cathédrale d'Autun, est le nom de Bligny-sur-Ouche (Côte- 
d'0r)(2). Dans les titres de la cathédrale de Grenoble, au neuvième 
siècle, le même nom de Beliniacus désigne Beligneux (Ain) (3). 
Les trois Belligné du département de Maine-et-Loire paraissent 
être aussi d'antiques Beliniacus (4). On doit en dire autant de 
Bligny-sous-Beaune (Gôte-d*Or) pour lequel on a trouvé, au 
douzième siècle , la forme Beliniacum (5). 

De Tezistence du nom de lieu Beliniacus^ on est en droit de 
conclure Tezistence d'un gentilice Belinius. 11 y a un gentilice 
Camulius, probablement dérivé du nom divin Camulos(6), et 
Camiilius a donné le nom de lieu Gamuliacus (7). De même, le 
nom divin gaulois bien connu Belenos avait donné un dérivé, 
'Belenius, ou * Belinius avec assimilation de la seconde syllabe 
à la troisième, et ^Belenius explique le nom de lieu Beliniacus. 



(1) C. 7. L., XII. 2514. 

(2) A. de Charmasse, Ctirtulaire de l'église d'Autun, p. 22, 26, 27, 42, 78, 
86; cf. Gamier, Nomenclature... de la Côte-d'OVy p. 76, n* 317. 

(3) Carlulaire de Saint-Hugues de Grenoble , p. 11 ; à la p. 73, Beliacum 
paraît être une faute de copie pour Beliniacum. 

(4) Port, Dictionnaire historique du département de Maine-et-Loire, t. I, 
p. 300. 

(5) Gamier, Nomenclature, p. 61. 

(6) De- Vit, Onomasticon, t. II, p. 103. 

(7) Voyez ci-dessous, chap. III, { 2, p. 356 : cf. ci-dessus, p. 207. 



CHAPITRE III. 

EXEMPLES AU MOYEN AGE DE NOMS DE fUtuH IDENTIQUBS A 

DES GENTILIGES ROMAINS EN iiiS (1). 

Sommaire : 

§ 1. Généralités : gentilices romains en -ius employés substantivement avec 
un sens géographique au génitif dans les textes de Tompire romain et du 
moyen âge ; gentilices romains en -lus employéis adjectivement avec no 
sens géographique au masculin singulier dans les textes de l'empire 
romain. — § 2. Gentilices romains en -ius employés adjectivement avec 
un sens géographique aii masculin singulier dans les textes du moyen âge. 

— I 3. Gentilices romains en -tus employés adjectivemeot avec un sens 
géographique au féminin singulier. — 2 4. Gentilices romains en -ius 
employés adjectivement avec un sens géographique au datif-ablatif pluriel. 

— § 5. Gentilices romains en -tus employés adjectivement avec an se&5 
géographique à l'accusatif féminin pluriel. — Appendice. Les cognomins 
en -tus employés adjectivement avec un sens géographique. 

S l®^ — Généralités. Gentilices romains en -ius employés 
substantivement au génitif, avec un sens géographique^ sous 
V Empire romain et au moyen âge ; gentilices en -ius em- 
ployés adjectivement j avec un sens géographique, dans les 
textes contemporains de l'Empire romain. 

Nous allons nous occuper des noms de lieux habités qui, 
dans les documents du moyen âge, offrent des exemples 
d'une désinencejautre que -iacus. Nous parlerons d'abord 



(1) Texte de leçons faites au Collège do Franco en décembre 1888. La 
première a été déjà publiée dans la Revue des patois yaZfo-romanx, de 
MM. Gilliéron et Rousselot, t. II, p. 241-256. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES QENTILICE8 EN -lUS. 345 

des cas où le gentilice qui sert à désigner un lieu habité 
se termine en -iti^, et n'est pas développé à l'aide d*un 
suffixe. Ce gentilice peut rester substantif et être mis au 
génitif ; bien plus souvent il prend la valeur d*adjectif et 
s'accorde avec un substantif quelquefois exprimé, la plu- 
part du temps sous-entendu. 

D'abord les gentilices peuvent être au génitif pluriel. 
En voici un exemple qui remonte à l'empire romain : 
Casas villa Anieiorum^ en Afrique (1). Villa Aniciorwn veut 
dire exploitation agricole et maison de campagne des Ani«- 
cius. La gens Anicia est une famille noble qui a donné à 
Rome plusieurs consuls avant et après l'ère chrétienne. Au 
lieu de villa ^ fundus Anidorunij on pouvait dire aussi : 
1*" fundus Anicianus , villa Aniciana , ou , dans les régions 
celtiques, fundus Aniciacus^ villa Aniciaca^ cf. Anisiacus 
villa in agro Forensi dans une charte de 980 (?) (2) ; 2® Fun- 
dus Anicius : Anicius est le plus ancien nom connu de la 
ville du Puy (Haute-Loire), comme on le verra p. 349. 

Voici deux exemples du génitif pluriel d'un gentilice 
romain dans des documents géographiques du moyen âge : 
Curtis Acutior, dans une charte de 877 (3) ; ecclesia de Monte 
Aguzor^ in monte Aguzor^ dans deux chartes de la fin du 
onzième siècle (4). Acutior^ Aguzor = Acutiorum, génitif 
pluriel d'Acutius. On aurait pu dire AcutianuSj Acutiana, 
Acutiaous^ Acutiaca : Acutianus est le nom d'un monastère 
d'Italie dont il est question au neuvième siècle dans les do- 
cuments recueillis par D. Bouquet; Acutiacus est un nom 
de lieu étudié ci-dessus (5). Acutianus et Acutiaous déri- 
vent du gentilice Acutius. 



(1) n\néT8iire d'Antonin, p. 61, 1. 2, 

(2) A. Bernard, Cartulaire de SsLvigny, p. 174. Voir aussi ci-dessus, p. 193. 

(3) Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 2, 
col. 2. — Une autre localité de mômonom, Curtis Agutior, aujourd'hui 
Courtisols (Marne), est citée par M. Longnon dans le texte explicatif de son 
savant Atlas historique de la France, p. 176. 

(4) G. Desjardins, Cartulaire de Conques^ p. 281, 286» 

(5) Page 189-190. 



34^ LIVRE II. CHAPITRE III. { 1. 

Le gentilice peut être au génitif singulier : Aquis Neri, 
dans la table de Peutinger, désigne Néris (Allier). Une 
inscription appelle les habitants Nerio-magienses ^ d'où ré- 
sulte que Nerio-magas , « champ de Nérios , » est le nom 
le plus ancien de remplacement sur lequel Néris est bâti : 
Nerios ou Nerius est le nom du propriétaire primitif des 
eaux et du champ. On trouve le gentilice Nerius dans plu- 
sieurs inscriptions du temps de l'empire romain; de ce 
gentilice vient le nom de lieu dérivé écrit Niriaeus au neu- 
vième siècle (1). 

Dans la langue géographique, un certain nombre de gen- 
tilices transformés en adjectifs s'accordent avec un substantif 
sous-entendu soit masculin, comme fundus^ soit féminin, 
comme villa ou cortis. La plupart des exemples de genti- 
lices employés adjectivement dans la langue géographi- 
que ne se rencontrent pas dans les monuments antérieurs 
au Moyen Age. Il y a cependant quelques exceptions : 
ainsi , une inscription du temps de Fempire romain men- 
tionne, dans la cité d'Arles, un pagus Lucretius (2). On sait 
que la gens Lucretia est une des plus anciennes et des 
plus célèbres de Rome, qu'elle était patricienne, et qu'elle 
a eu des consuls au commencement de la république. Les 
inscriptions de l'époque impériale attestent que ce genti- 
lice pénétra en Gaule (3). 

V Itinéraire d'Antonin (4) nous montre , en Espagne , un 
CsBcilius vic%LS, La gens Cœcilia est une des plus illustres 
familles plébéiennes de Rome ; Cœciliiis est le gentilice des 
Metellus. Grammaticalement, il n'y a pas de différence 
entre Cœcilius vicus et Pons JEmilius, Il y avait, à Rome, 
un pons jEmilius^ c'était Tancien pons Sublicius^ d'abord 
bâti en bois ; il devait son nom nouveau à M' iEmilius, 
qui l'avait fait rebâtir en pierre. Dans ces exemples, le 



(1) Voy. ci-dessus, p. 155, note 2. 

(2) C. /. L., t. XII, p. 594. 

(3) Ibid,, t. XII, p. 876, col. 4. 

(4) Pa^e 4M, 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILIGE8 EN -lUS. 347 

gentilice est employé adjectivement au masculin ; il Test 
au féminin dans les noms des grandes routes de Tempire 
romain, comme «fa Aurélia^ via Clodia, via Flaminia^ via 
Yaleria. Aurélia, Clodia, Flaminia , Valeria sont autant de 
gentilices bien connus. La première de ces routes , via 
Atirelia, arrivait en Gaule; elle allait de Rome à Arles. 
Elle était encore désignée par son nom antique, aux envi- 
rons de Marseille, dans le courant du onzième siècle ; on 
le voit par une charte de Tannée 1056 (1). 

§2. — Genlilices romains en -ius employés adjectivement au 
Tnasculin singulier^ avec sens géographique^ dans les textes 
du moyen âge. 

iEMiLius. Colonia in Amelio , dixième siècle (2). Amelius 
pour iEmilius nous offre deux déformations caractéristiques 
du latin vulgaire : a pour œ, e pour i, M. Schuchardt (3) a 
réuni un certain nombre d'exemples d'à pour », parmi les- 
quels nous citerons Amilia = Mmilia. Quant aux exemples 
de pour i, ils sont très nombreux , comme on peut le voir 
chez le même auteur (4), et nous signalerons Emelius^ 
Mmelia^ Mmelius^ Mmelii^ Emelio (5). 

Le plus ancien exemple d'Amelius nous est donné par 
le gentilice d un élève de Plotin, Amelius Gentilianus, qui 
eut, comme philosophe, une certaine célébrité ; il était ori- 
ginaire d'Etrurie ; il vivait au troisième siècle de notre ère ; 
il suivit, à Rome, les leçons de Plotin, qui enseigna, dans 
cette ville, de 241 à 270; sous la plume grecque de Por- 
phyre, son nom 'Af^Atoç se rapproche d'âfAiXiiç, « sans 
souci, » et la forme primitive de ce nom, -^milius, n'est 
plus reconnaissable. Amelius devient fréquent en Gaule 



(1) Guérard, CaHulaire de SeLint-Victor de Marseille, t. I , p. 264, a pu- 
blié co document. 

(2) Guépard, Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, t. I, p. 309. 

(3) Vohalismus des Vulgaerlateins, t. I, p. 220-223. 

(4) Ibid,, tome II, p. 1-91. 

(5) Ibid., tome II, p. 15. 



848 LIVRE II. CHAPITRE III. t 2. 

à partir du sixième siècle de notre ère. C'est le nom d'un 
archevêque de Bordeaux, chanté par le poète Fortunat (1), 
et d'un évoque de Tarbes dont il est deux fois ques- 
tion dans l'histoire des Francs , de Grégoire de Tours (2). 
M. Le Blant a relevé le nom d'Ameliûs parmi les graffiti 
mérovingiens de l'autel de Minerve (Hérault) (3). On trouve 
ce nom parmi ceux des témoins d*ua diplôme de l'an- 
née 706 , donné dans le pays de Liège (4). Âgde eut, au 
neuvième et au dixième siècle , deux évéques du nom 
d'Âmelius. Le nom d'Ameliûs est fréquent d^ns le Cam- 
laire de Conques (Aveyron) , se rencontre dans ceux de 
Savigny (Rhône) , de Saint- Victor de Marseille , de Bea/alm 
(Corrèze), etc. 

Le gentilice -flEmilius, dont Amelius est la variante vul- 
gaire, appartient à une maison patricienne, et fut porté en 
Gaule par M. ^milius Lepidus, triumvir, qui eut laNar- 
bonnaise sous son autorité, de 44 à 42 avant Jésus-Christ. 
Il est très commun dans les inscriptions de la Gaule au 
temps de l'empire romain. Il y avait notamment des iEmi- 
lius à Aix, en Provence ; voir l'inscription qui porte le 
n* 537 au t. XII du C. I. L. Ces iEmilius n'étaient pas 
éloignés du lieu dit Amelius , où Tabbaye de Saint- Victor 
de Marseille avait des colons. Ce sont peut-être ces ^mi- 
lius qui ont donné leur nom au lieu dit Amelius. 

Le gentilice iEmilius a fourni à la géographie de la 
Gaule les deux dérivés : JSmiliacu^ et JSmiliavus. Comme 
exemple du premier, nous citerons : Amilly (Eure-et-Loir), 
appelé à l'accusatif Amiliacum villam dans une charte 
de 986 (5) ; Millac (Vienne) , appelé Amellac , Ameilhac , 
Ameillac au quatorzième et au quinzième siècle (6) ; enfin 



(1) Fortunat, I, 2, 5 ; éd. de Frédéric Léo, t. I, p. 13. 

(2) VIII, 28; IX, 6; édit. Amdt, t. I, p. 341, 1. 23; p. 363, 1 13. 

(3) Inscriptions chrétiennes de la GauZe, t. II, p. 437. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 276. 

(5) Guérard, Cartulaire de Satnt-Pére de Chartres, p. 76. 

(6) Redet, Dictionnaire topogr. du départ, de la Vienne^ p. 263. 



NOMS DB LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 349 

Amilly (Loiret), Amillis (Seine-et-Marne). Pour le second , 
£miliavus, on peut donner comme exemples : Millau (Âvey- 
ron), appelé, au onzième siècle, villa AmeliavênHs (1), et 
de Amiliavo (2) ; Milhaud (Gard) , au douzième siècle Ami- 
liau (3). 

Afranius : Nostram mcclesicmi quœ vocatur AfragniOy 1061- 
1065 (4) ; aecclesiam quB vocatur Afragnio sive Vauro^ 1060-* 
1065 (5). Il s'agit de Lavaur (Tarn). 

La gens Afrania a donné à Rome plusieurs personnages 
historiques, entre autres L. Afranius, consul Tan 60 
av. J.-G. Ce gentilice pénétra en Gaule, comme nous l'ap- 
prennent des inscriptions : de Trêves (6), de Narbonne (7), 
et de Vaison (8). La dernière concerne Sextus Afranius 
Burrus , préfet du prétoire sous Claude et sous Néron ; 
Sextus Afranius Burrus parait avoir été originaire de Vai- 
son; on sait qu'avec Sénëque il exerça une grande in- 
fluence pendant les premières années du règne de Néron, 
sous lequel il mourut Tan 62 de Jésus-Christ. 

D'Afranius est dérivé le nom du fwndus Afranian/us dans 
la table alimentaire de Veleia (9). Les deux Fragny du dé- 
partement de la Nièvre peuvent avoir la même origine ; ils 
seraient d'anciens fundi Afraniaoi. 

Anicius. Grégoire de Tours (10), parlant des événements 
de Tannée 591, nomme un lieu appelé Anicius, hcum quem 
Anicium vocitant^ dans la cité des Vellavi (11). C'est le plus 



(1) G. Desjardins, CartuUire de Conques, p. 21. 

(2) Qnérard, CartuUire de Saint-Victor de Marseille, t. II, p. 201. 

(3) Germer-Durand, Dictionnaire topogr, du départ, du Oard, p. 1S6. 

(4) G. Desjardins, Cartulaire de Conquës^ p. 61. 

(5) Ibid., p. 880. 
(6)Brambach, 787. 

(7) C. /. L., XII, n* 4377. 

(8) /Wd., n- 1309, 5842. 

(9) Page 3, h 3-4; C. /. L., t. XI, p. 211. 

(10) UiêtmrU Francorum, X, 25. 

(11) Edit. Amdt, 1. 1, p. 437, 1. 26. Les manuscrits offrent deux leçons Ani- 
Hum par t et Anicium par c. 



350 LIVRE II. CHAPITRE HL i 2. 

ancien nom connu du Puy en Velay. Ce nom est encore 
porté par le mont Ânis , sur les flancs duquel est bâtie la 
ville du Puy (1). 

La gens Anicia, originaire de Préneste, est une des plus 
illustres de Rome, à qui elle a donné plusieurs consuls 
avant et après notre ère. On trouve le gentilice Anicius 
en Gaule, dans les inscriptions, par exemple à Nimes [f. 
à Narbonne (3), à Orange (4). 

Une charte de la fin du dixième siècle nous fait connaître 
un nom de lieu dérivé d'Anicius ; c'est Anisiacus villa in 
agro Forensi^ c'est-à-dire en Forez (5). Il a été parlé, p. 193, 
d'Anisy-le-Château (Aisne), appelé, au neuvième siècle, 
Anisiacus par Hincmar (6). Cf. Anicianwm^ aujourd'hui 
Nissan (Hérault), dans une charte de 1199 (7). 

• Antonius. In pago Arvernico, in comitatu Talamitensi, in 
vicaria Ambronense^ in villa quœ nominatur Antonio^ 13 juil- 
let 898 (8); in villa quss dicitur Anionio, 937-938 (9); in 
villa quB diciPur Antonio, 906? (10) ; ad ecclesiam de AnUmio, 
27 décembre 906 (11). C'est Antoingt (Puy-de-Dôme) (12). 

Antoingt tire son nom du gentilice Antonius. Le plus 
célèbre des hommes que ce gentilice a désignés est Marc- 
Ajitoine, le fameux triumvir ; il a exercé pendant plusieurs 
années une grande influence en Gaule , d'abord quand , à 
partir de Tan 55 avant Jésus-Christ , il fut le compagnon 



(1) Longnon, Géographie de la Gauie au sixième siècle, p. 533. 

(2) C. /. L., XII, 3402, 3403, 3424. 

(3) Ibid,, 4500. 

(4) Ihid., 1247. 

(5) Aug. Bernard, Cartutaire de Savigny^ t. I, p. 174. 

(6) Vie et miracles de saint Remy, Dom Bouquet, V, 452 G. 

(7) E. Thomas, Dictionnaire topogr, de l'Hérault, p. 133. 

(8) Doniol, Cartulaire de Brioude, p. 48. 
»(9) Ibid,, p. 94. 

(10) Ibid., p. 255. 

(ll)7bid., p. 334. 

(12) M. Houzé l'a établi à la p. 678 de sa dissertation géographique pnbliée 
en appendice à l'édition du Carfuiatre de Sauxillanges donnée par M. Do- 
niol. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILIGES EN -IU8. 351 

de Jules César pendant la guerre contre les Gaulois ; en- 
suite, quand, de 43 à 40, en qualité de triumvir, il eut 
dans la Gaule conquise un pouvoir absolu. Un grand nom- 
bre de Gaulois prirent son nom ; de là résulte la fréquence 
du gentilice Antonius dans les inscriptions de la Gaule. 

Du gentilice Antonius vient le nom de lieu Antoniacv^. 
Parmi les villes de Saint-Germain-des-Prés nous trouvons 
mentionnée celle qui est appelée , en 828 , au cas indirect 
Antaniacum (1), plus tard Antoniaco (2), c'est Antony (Seine- 
et-Oise). Les diplômes de Saint-Martin de Tours mention- 
nent deux Antoniaous : le premier parait, dès 775, dans un 
diplôme de Cbarlemagne (3), c'est Antogné (Maine-et-Loire); 
du second, il es,t question pour la première fois, au dixième 
siècle (4), c'est Antogny (Indre-et-Loire). Antogné (Vienne), 
nommé Antoignec vers la fin du onzième siècle (5), a la 
même origine. Antoigné (Sarthe) est probablement la loca- 
lité appelée au cas indirect : villa Antoniaco dans les diplô- 
mes de Téglise du Mans , en 802 (6) et en 832 (7) ; c'est 
encore un dérivé en -acus du gentilice Antonius (8). Dans 
la table alimentaire de Veleia, on trouve onze fundi Anto- 
niani. 

Ascins. Les mots Actum Ascio villa dominica se lisent 
dans une charte de Tannée 648 (9) : In Ascio super fluviwm, 
Widolaci dans une charte de l'an 800 (10). Il s'agit d'Aix-en- 
Erquigny (Pas-de-Calais). 



(1) Diplôme des empereurs Louis le Pieux et Lothaire , chez Lasteyrie , 
CàrtuUire de Paris, p. 48. 

(2) Longnon, Polyptyque de S&int-Germ&in^des-PréSf p. 48. 

(3) Dom Bouquet, V, 737 c. 

(4) Habille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 186, n* 131. 

(5) Redet, Dte^onnatre topogr. du départ, de la Vienne, p. 9. 

(6) Dom Bouquet, V, 768 c. 
. (7) Ibid., VI, 586 a. 

(8) n a déjà été question du nom de lieu Anioniacus ci-dessus, p. 140; 
des textes différents y sont cités. 

(9) Guérard, Cartulaire de Saint-Bertin, p. 19. 
(10] Ihid., p. 65. 



36t LIVRE II. CHAPITRE III. { 2. 

Àsoius ne diffère du gentilice Àstius que par remploi du 
c pour tf substitution qui est sans importance phonétique 
au moyen &ge. Le gentilice Astius se trouve dans trois 
inscriptions d'Afrique (1). Ascius n'a été trouvé, au temps 
de Tempire, qu'avec valeur de cognomen : Asinia Ascia 
Veausta dans une inscription de Salerne, en Campanie (2). 

Braccius. La formule locella nostra in pago Regense mm- 
cupantes Braccio , et plus bas les mots ad ipsv/m Bractio^ 
désignant une localité située au pays de Riez, se rencon- 
trent dans un passage d'une charte de Tannée 739 (3 . 
La localité dont il s'agit est Bras d'Asse (Basses- Alpes). 

Braccius et sa variante Bractius sont identiques au genti- 
lice Braccius qui se trouve dans les inscriptions romaines 
en Campanie (4), et qui dérive probablement àebrdcca^ 
variante de bràca, nom de la culotte gauloise. De Braccius 
vient le nom de lieu Bracciacus : celui-ci , dans une charte 
du neuvième siècle, désigne Bracy, commune d'Egrisel- 
les-le-Bocage (Yonne) , comme nous l'apprend M. Quantin 
dans son Dictionnaire topographique de VYonns. Le CarUi- 
laire d'Ainay (Rhône), nous offre l'orthographe Braxiacus : 
in villa qux dicitur BraxiacOj dans une charte de l'an- 
née 990 (5) ; cette localité était dans le pagus Lugdunensis. 
Une variante Braciacus curtis par un seul c nous a été con- 
servée par une charte de 926 reproduite dans le Carfulaire 
de Saint' Julien de Brioude (Haute-Loire) (6) ; il s'agît probable- 
ment ici de Brassac (Puy-de-Dôme). Citons encore Bras- 
sac (Tarn-et-Garonne) , qui a été appelé Bradaeias au 
moyen &ge (7). 



(1) c. I. L., Vm, 460, 4605, 10526. 

(2) Ibid., X, 559. 

(S) Carful«ir« de Satnt-Huyues de Grenoble, p. 44. 

(4) C. /. L., X, 6233, 6234, 6235. 

(5) A« Bernard, Cartulatre de Sàmgnyy p. 596. 

(6) Page 319. 

(7) Delocbo, Carfulaire de fiaaulieu, p. 201. 



NOHB DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILIGES EN -1U8. U3 
Centolius. Les mots Unus campus voeatw Ceni/uXio 36 
lisent dans une charte de l'an 1055 ou environ, dans 
laquelle ils désignent une localité de l'Aveyron, commune 
de Leuc (Aude) (1). Comparez le gentiiice de C. Centullius 
Fortunatus dans une inscription trouvée en Gaule cisalpine, 
à Toscolano , près du lac de Garde (2). 

C\HnLius.£cclMidHnsandféeJfariâ3(IeCamuIio, vers 1100(3). 

Camulius est un gentiiice romain dont on trouve quel- 
ques exemples en Gaule. Deux inscriptions romaines nous 
doDQent la forme masculine , ce sont l'ëpitapbe de Juliiis 
Camulius Verus à Carsan (Gard) (4), et celle du légion- 
naire C. Camulius Lavenius à Grenoble ^). Nous rencon- 
trons aussi la forme féminine : Camulia Marcella dans une 
inscription de Vienne (Isère) (6) ; Camulia Procla dans une 
inscription de Narbonne (1). Camulius a une variante par 
lieux l : CamuUius ; exemples : T. Camullius ^milianua, 
dans une inscription d*Apt (8); T. Camullius Telesphorus, 
dans une inscription de Vaison (9); Camullia Tertulla, dans 
une inscription d'Apt (10). 

Ce gentiiice romain parait être un ancien nom gaulois. 
Il a cette valeur dans l'inscription de Bordeaux : D. M. Ca- 
mulia patribus Blasto et Ivorigi (p)osuit (11), et dans l'in- 
scription du Norique où une femme s'appelle Camulia 
Quarti (12). 

Camulius est un dérivé du nom divin Caraulos. Un pro- 



(1) 0. Desjardina, Carlulaire de Conquet, p. cit, 72. 

P) C. /. L., V, *870. 

0) C. thraait, CtrtuMre de Sttint-Semin de Toutouae, p. 131. 

(4)C. 1,L., XII, 372*. 

(5) /bld., XII, 2230. 

(6} IMd., XII, 1960. 

(T) ma., XII, 4677. 

(8j ibid., XII, 1116. 

0)tMd., XII, 1401. 

(10) Ibid., XII. 1125. 

(U) Jullian, tntcriptions romaines de boràeiux, t. 1, p. 8« 8t ! 

(12) C./. L., 111,4687. 



354 LIVRE II. CHAPITRE III. | 2. 

cédé identique a donné à la langue grecque les noms 

d'homme Atovuaioç de Atovoaoç et 'AttoXXwvcoç d'AicoXXttiv; ces 

noms grecs d'homme, comme le gaulois Camulius ou 
mieux Camulios , ont été dérivés de noms divins au 
moyen du suffixe io-. 

Le plus célèbre peut-être des monuments du culte du 
dieu Camulos est au musée du Vatican. Il a été dédié à 
cinq divinités : 1® aux deux divinités gauloises Arduinna 
(la forêt d'Ardenne) et Camulos ; 2** aux trois dieux romains 
Jupiter, Mercure, Hercule, par M. Quartinius Sabinius, 
citoyen de Reims , cives remus , soldat prétorien de la sep- 
tième cohorte ; Camulos est représenté avec les attribuai 
distinctifs du Mars romain (1). On voit par ce monument 
que le culte de Camulos était en honneur chez les Rmi. 
Une autre preuve en est donnée par une inscription trou- 
vée près de Clèves et conservée en cette ville , c'est une 
dédicace à Mars Camulos par les habitants de Reims, 
cives Rémi , qui , dit cette inscription, ont construit un tem- 
ple pour le salut de l'empereur Néron (2). Cette inscription 
est un témoignage de l'attachement des populations de la 
Belgique pour Néron , auquel elles restèrent fidèles pen- 
dant la révolte de Vindex; Galba, vainqueur, s'en ven- 
gea (3). 

Le culte de Camulus était aussi connu en Grande-Bre- 
tagne. On a trouvé dans le nord de cette île une dédicace 
Deo Marti Camulo ; elle est conservée au musée de Glas- 
gow , en Ecosse (4). La piété celtique envers le dieu Ca- 
mulus ne se manifeste pas seulement par des inscriptions 
dédicatoires. On donna son nom à une ville de Grande- 
Bretagne, CamulO'dunum y aujourd'hui Colchester. Cette 
ville , antérieure à la conquête romaine , était la capitale du 
roi Cunobelinos et l'empereur romain Claude la prit en 



(1) c. /. L., VI, 46. 

(2) Brambach, n* 164. 

(3) Tacite, Histoires, 1. I, c. 8, 51. 

(4) C. /. L., VII, 1103. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES OENTILICES EN -lUS. 355 

l'an 43 (1). Devenue colonie romaine, elle tomba entre 
les mains des Bretons insurgés qui massacrèrent les colons, 
l'an 62 de notre ère (2). 

Le nom divin Camulus fournit à des noms d'hommes 
leur premier ou leur second élément : on connaît le nom 
de Camulo-gffnus , eburovicr, c'est-à-dire d'Evreux , qui fut 
chef des Parisii et des peuples voisins révoltés contre Cé- 
sar, et qui , dans une bataille contre Labienus, perdit à la 
fuis la victoire et la vie (3), en l'an 52 avant Jésus-Christ ; 
Camulogenus veut dire Qls de Camulos. Camulognata, « ha- 
bituée à Camulos, » « adoratrice de Camulos » est le nom 
d une femme gauloise qui offrit à Mercure un des vases 
(l'argent trouvés à Bernay (Eure); ce vase appartient au 
cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale à Paris. 
Camulos est le second élément du nom d'homme, Ande- 
cj'mulos , probablement « très [semblable à] Camulos, u 
cûDservé par l'inscription gauloise de Nevers ; Ande-camulos 
est devenu un nom de lieu en Limousin , comme l'atteste 
uae inscription trouvée à Rançon (Haute-Vienne) : on y 
voit les Andecamulenses dédier aux divinités impériales 
une chapelle de Pluton (4). 

Quelques personnes portèrent par piété le nom de Ca- 
mulos comme on porte aujourd'hui un nom de saint. On 
en trouve des exemples : au musée d'Arles, où une inscrip- 
tion nous offre le nom de femme Camula (5) ; à Bordeaux, 
011 le musée possède l'épitaphe d'un certain Camulus (6). 
Daus l'antique Noricum, prés de Klagenfurt, dans l'empire 
d'Autriche, sur le bord d'un chemin, on lit, encastrée 
dans une croix de pierre , l'épitaphe de Camulianus, ûls de 



(I) Les textes des autenrs anciens < 
nis p«r HûbQor, C. l. L., VII, 33-34. 
(î) Tacite, .Annales, XII, 32; XIV, 31-3Î. 
(3) De btHo gmico. Vil, 57, 59, 62. 
(4] OreUi, n- 1804. 

(5) C. î. L., XII, 744. 

(6) JoUian, ImcripUont Tomaine» de Bordeaux, t. I, p. 331. 



356 LIVRE II. CHAPITRE III. | 2. 

Camulus (1). A Indenburg, dans la même région, on â logé 
dans la tour de Tégliâe Tépitaphe de Qtlartâ, affranchie de 
Camula (2). 

Camulus donna des dérivés. L'un est Caiïltiliuô ou Ca- 
mullius, dont il a déjà été question. On trouve aussi 
Camulatus, qui est un cognomen; ainsi : C. Valeriùs Se- 
norigis fllius Camulatus se fit construire un monument 
funèbre dont un débris existe encore à Aix-les-Bains , en 
Savoie (3). De Camulatus on tira le gentilice Camulatius : 
à Nimes existe encore Tépitaphe de Camulatia Severa (4). 
On peut en rapprocher Camulates , nom de fabricant ins- 
crit sur une tuile qui a été trouvée en Espagne (5). Un 
autre dérivé de Camulus est Camulinius , c'est un gentilice 
attesté par une inscription de Trêves , où se lisent les noms 
de Camulinius Oledo (6). 

Des dérivés de Camulus , il en est un qui a laîésé des 
traces évidentes dans la géographie tnoderïle de la France, 
c'est le gentilice Camulîus ou CamuUius. L'ecclesia de Ca- 
mulio citée ci-dessus doit avoir été située pi*ês Toiilouse; 
elle a pour pendant Chamouille (Aisne). Chamôuille (Aisnel 
est une ancienne villa Camulia ou Canïullia] Son nom 
est écrit Camolia dans une charte de l'année 1151 (7). Nous 
citerons ensuite deux dérivés en -acus de Câttiulius ou 
CamuUius : Chamouillac (Charente-Inférieure) , Chamouil- 
let (Haute-Marne); ce sont des communes dont le nom 
rappelle le culte de Camulus. Peut-être en est-il de même 
de Chamolay, commune des Avenières (Isère), qui serait 
un p^ncien Camulacus^ c'est-à-dire la propriété d'un honune 
appelé Camulus à cause de la piété de seô parents envers 
le dieu de ce nom. 



(1) c. /. L., m, 4892. 
(l) Ibid., III, 5479. 

(3) Ibid.y XII, 2480. 

(4) Ibid,, XII, 3645. 

(5) Ibid., II, 4967, 34. 

(6) Brambach, 825. 

(7) Matton, Dtctionnatre topogr, du département de rAitne, p. 55. 



NOHB DE LIEU IDENTIQUES A DBS 0BNTIUCB8 EN -lUB. 357 
Caucius en Limousin. In villa Caticius , charte d'octo- 
bre 887 (1); in alio loco qui vocatur Caucius, autre charte 
d'octobre 887 (2) ; villam meam qus vocatur Caucius média- 
nus, 1165-1170 (3). 

On a parlé, pages 215-216, du gentilice Caucius et de son 
dérivé Cauciacw, aujourd'hui Choisy-sur- Aisne (Oise), où 
le roi Childebert III fut enterré en 711. Caucius parait 
dérivé de cottcw, gobelet; mais, au moyen âge, il pou- 
vait se confondre avec Gautius, dérivé de cautus, avisé, 
prudent. 

COMARTDS. Les mots in Comario dans le testament d'Ab- 
bon en 739 (4), désignent Gommiers (Isère). 

Ce nom de lieu est identique à un gentilice que nous 
fait coQDaitre l'épitaphe de Quintus Comarius , conservée à 
Milan (5). 

Comarius a donné le dérivé Comariacus, écrit Comariago 
au cas indirect en 615 dans le testament de Bertramne , 
eïêque du Mans (6). Un diplôme de Gbarlemagne, en 775, 
nous offre la variante Comoriaco (7) , et dans un diplôme de 
Louis le Débonnaire en 832, on trouve la variante Commo- 
Tiaco (8); dans ces deux exemples, la seconde syllabe est 
assimilée à la première. Il s'agit, semble-t-il, de Comeré, 
commune de Ballée (Mayenne). 

Cornélius. Mansum de Comilio... Mansus vero de Corni- 
lio, vers 971 (9). Il s'agit de Gornil, près de Queyssac (Gor- 
rèïe); on peut en rapprocher Cornille (Dordogne), proba- 
blement Comelia (villa). 



(1) D«loehe, CsrluUlrs de Beaulieu, p. 22&. 

(1) Daloehe, ibtd., p. 226. 

(3] Ibii., p. 62. 

H) CtriitUire de Suint-Huguet de Grtnoblê, p. 48. 

(i) C- I. L., V, 5997. 

[^ PudeMos, DiplomalA, I, 200. 

(7) Dom Boaqnet, V, 769 a. 

(8) Ibid., VI, 586 a. 

<3) Deloch«, C«rluUIr« de Beaulieu, p. 228. 



35$ LIVRE IL CHAPITRE III. { 2. 

Cornélius est un des gentilices les plus célèbres de 
Rome, celui des Scipion et du dictateur Sylla. On le ren- 
contre très fréquemment en Gaule, sous l'empire romain 
dans les inscriptions ; il y a été porté par Cornélius Gaelu 
licus, légat de Germanie supérieure, 28-39 de Jésus- 
Christ (1). 

Il a donné à la France des dérivés en -acus, en -anus ei 
en -0 , -onis, Cornillé (Maine-et-Loire) : villa 7iomim Cof 
niliacus apparaît, au onzième siècle, dans une charte citée 
par M. Port (2); Cornillé (lUe-et-Vilaine), Cornillac (Drôme, 
Cornillac, commune de Saint-Clair (Tarn-et-Garonne) , pa- 
raissent être aussi d'anciens Corneliacus. Corneilhan (Hh- 
rault), Corneillan (Gers), les trois Corneilla des Pyrénées- 
Orientales sont chacun un ancien fiindus Corneliatius ; k 
premier apparaît à l'ablatif, de Comeliano^ dans une cliarte 
de 1135 (3). 

Il y avait à Veleia quatre fundi Comeliani\ il y en 
avait deux à Plaisance (4). On parlera plus bas du dérive 
ComeliOy -onis. 

Grussius est le nom d'une villa située dans le pagus 
Turonicus, et où deux chanoines de Saint-Martin de Tours, 
Haganon et Adjuteur, frères, avaient un manse seigneurial 
qu'ils donnèrent à l'abbaye de Saint-Martin (5). Celait 
eu 818, et la localité dont il s'agit est aujourd'hui Greus 
(Indre-et-Loire) v^^- La même localité est mentioniii'e 
dès 785 dans une autre donation à la même abbaye, mais 
dans les copies que nous avons de cet acte, on a écrit, en 
omettant un i : Grussas au lieu de Grussius (7). 



vl> K. DcsJAr\iins. G^v'^P^^î' hiMorique de Im. Gaule romaine, II, *^4^ 
^S' Gw^Tani^ Oarh.lJiï-v V S'.:-.f-Vi -:or de Marseille^ t. I, p. 2^. 

(4> 0. L L., XI, p, mn ^y. :si. ^î.v :i.x *:i7. 

v,^^ M^rtone, Th^sn.é^-.^s \:t'>s i••.'.^:^:c•-î<•n, t. I, col, ÎO. 

(7' Matk^ïic, r*ïr,<;:).-î.* ,:r't.f Jt~.r. .:::. T4»n, U I, p. 68. Mabille, U pa» 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES QENTILICES EN -IU8. 

Ce nom de lieu est identique au geatilice écrit Grusi 

avec une seule s, dans une inscriptioD romaine d'Italie i 

Iccius. In pago Athoariorum Hicio. 721 (2) ; suivi 
J. Garnier (3) , il faut lire Hiccio ; c'est Is-sur-Tille (Cô 
d'Or), Comparez Icius pour Iccius dans les deux tex 
suivants : In patria Arvernica in aice Brivatense in vi 
cui nomen est Icio , i" mai- 843 (4); in Alvemia, in cor 
iatu ipsius Brivatis... in îoco dicto Icio, novembre 926 (5 
[ Iccius est le nom d'un Gaulois de la cité de Rein 
' envoyé en ambassade à César l'an 57 avant Jésus-Chri 
Mais ce nom était déjà, à cette époque, ua gentilice roma 
En l'an 44, c'est-à-dire dix-sept ans plus tard, Cicén 
dans sa troisième philippique , parle du préteur M. Icc 
qui eut pour lot la Sicile. Dix-sept ans encore après, en ! 
nous trouvons à Rome un autre Iccius, c'est un famil 
d'Horace ; il a d'abord cultivé la philosophie ; mais , trt 
vant cette science peu lucrative, il veut chercher la riche; 
dans le métier des armes, et va se joindre à une expéi 
lieu militaire contre les Arabes : Horace lui adresse u 
ode, la vingt-huitième du premier livre. En l'an 20, i 
Iccius, ayant encore une fois changé de carrière, admin 
trait les biens d'Agrippa en Sicile; Horace lui adres 
l'épître 12 du livre I ; elle commence par le vers : 

Pmctibus Agrippao siculia, qnos colligis, Icci. 

3ous l'empire, le nom propre Iccius persista en Gai 
comme gentilice. Les inscriptions l'attestent. Nous le In 
vous à Vaison (Vaucluse) (6), où il produit Vagnomen déri 

(I) C.I.L, X. 37M; cf. De-Vil. Onomamcon, III, 378. 
(!) Pftrdessas, Dfplomala, II. 3Î5. 

(3) iVomfncUlure hiiloriqxie de» communes du itépurUment de la Ci 
<iOr, p. M, n- 146. 

(4) Doniol, Carlufaire d« Brioude, p. 210. 
(5)fbid., p. 169. 

(6) C. I. Z,,, XII, 1335. 



360 LIVHB II. CHAPITRE III. { 2. 

Iccianus (1); nous le trouvons au Pégue; près de Valréas 
(Vauduse) (2), à Saint-Paul-Trois-Chàteaux (Drôme) (3), à 
Nimes (Gard) (4). 

On doit le reconnaître dans le premier terme àlcio- 
magus^ aujourd'hui Usson (Loire), nom de station romaine 
inscrit dans la table de Peutinger, et qui veut dire « champ 
d'Iccius; » dans le premier terme d7cf o-dwrtfm , « forte- 
resse dlccius , » gui apparaît au sixième siècle chez Gré- 
goire de Tours, qui, chez cet historien, désigne à la fois 
Izeures (Indre-et-Loire) et Issoire (Puy-de-Dôme) (5), et qu'on 
retrouve au huitième siècle dans une charte où il est la 
forme antique du nom dlzeure (Côte-d*Or) , comme nous 
rapprend M. J. Garnier (6). 

Le gentilice Iccius donna aussi naissance à un dérivé 
en -aous : Icciacus. Ce dérivé est écrit par deux $, en 
928, dans une charte de Tabbaye de Cluny (8aône-et- 
Loire) ; il y est question de biens situés in pago Matisco- 
nense, in fine Hissiaoense^ in Hissiaco (7); Torthographe 
moins bonne in Hisiaco par une seule «, se trouve, en 935, 
dans une autre charte de la même abbaye ; il s'agit proba- 
blement Issy-r Evoque (Saône-et-Loire) (8). On trouve la 
même faute dans l'orthographe in potestate Isiaca d'un 
diplôme de 980 provenant de Tabbaye de Saint-Magloire(9); 
mais cette orthographe est rectifiée en 1085 dans une charte 
de Marmoutier, où il est question de l'église de Issiaco (10); 
enfin, dans le diplôme faux de Childebert I" pour la fon- 
dation de Saint-Germain-des-Prés : on y lit Isciacus {li) ] 



(1) C. /. L.. 1319. 

(2) Ibid., 1705. 

(3) Ibid., 1733. 

(4) Ibid., 3226, 3494. 

(5) Voir plus haut, p. 148, 154, 182. 

(6) Nomenclaturey p. 21, n* 86. 

(7) Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny , t. I, p. 337, 338. 

(8) Bruel, ibid., p. 429. 

(9) Robert de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, p. 88. 

(10) Ibid., p. 133. 

(11) Ibid,, p. 3. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A PES QBNTILICES EN -IU8. 36 

c'est Issy-sur-Seine, près Paris. Issac {Dordogne), appeli 
Issacum dans un pouillé du treizième siàcle (1). doit ôtr< 
aussi un ancien fondus Icciacus. Les Issac de l'AUier , di 
l'Ardècbe, de la Gironde, de Lot-et-Oaronne ont probable 
meut la même origine. On peut faire la même bypothèa< 
au sujet d'issay (Eure-et-Loir), qui s'appelait, au quatorziènif 
et au quinzième siècle Isaâ, et au sujet d'Issè (Loire- 
Inférieure). 

Enfin Is-en-Bassigny (Haute-Marne) ne serait-il pas m 
ancien fundus Iccius, Isse (Marne), une ancienne villa Iccia i 

Ingenius. Ecclesiam S. Johannis de Ingénia, 1080, aujour- 
d'hui Engins (Isère) (3), s'explique par le gentilice Ingenius 
conservé par une inscription d'Afrique (3). 

Lancius. Ce nom de lieu apparaît au cas indirect : ville 
qva vocatw Lanceum, dans une charte de l'année 1080 (4): 
de Lancio, en 1090(5); Lantium et Lanz, en 1109 (6). C'est 
aujourd'hui Laos (Isère). 

Lancius, nom de lieu est identique, soit au gentilice Len- 
tius, soit au gentilice Lancius. Le gentilice Lentius est coU' 
serve par une inscription de l'ancien territoire d'Aix en Pro- 
vence (7) ; comparez le cognomen Lentiaus en Afrique (8| 
et le gentilice Lentidius à Rome (9). Le gentilice Lancius 
se trouve dans une inscription d'Espagne (10), la variante 
féminine Lcmtia a été relevée dans une inscription ài 
Campanie (11). 



(1) Da Qoargnea, IHctfonnalre topogr. de la Dordogne, p. 160. 

(2) CartuUire de Sainl-Haguee dt Grenoble, p. 147. 
f3) C. /. L., VIII, 6775. 

(4) Carlulalre de SaiTU-Bugu»» d< Grenoble, p. 117. 

(5) ma., p. U9. 

(6) /6fd., p. 152. 

(7) C. I. L.. XII, M5. 

(8) Ibid., VIII, 996Ï. 

(9) ibid., VI, 21181. 

(10) Ibid., II, 573. 
(ll]It>ld., X, 4955. 



362 LIVRE II. CHAPITRE III. { 2. 

Lancius ou Lentius a donné des noms de lieu dérivés 
en -0 et en -ctcus. 

Des dérivés de Lancius , voici des exemples : 1® le po- 
lyptyque de Saint- Victor de Marseille, qui date du neu- 
vième siècle, mentionne : Colonica in Lancions (1) ; il s'agit 
probablement de Lançon (Bouches-du-Rhône) ; 2* Une 
charte de Cluny, de Tannée 930, parle d'un ager Lancianis 
dans le M&connais (2) , et une villa LanciaciAs est nommée 
dans une charte de la même abbaye, que l'éditeur met 
entre les années 997 et 1031 (3). 

On reconnaît un dérivé de Lentius dans une charte de 
Tannée 696 : Lentiacus en Angoumois (4). Comparez la 
curtis Lenziacus donnée à Tabbaye de Beaulieu au dixième 
siècle (5), c'est Lanzac (Lot). L'existence du gentilice Len- 
tius en Gaule paraît établie par les dérivés : 1® * Lentinius; 
2^ *Lentilius nécessaires pour expliquer : a)Lentigny (Loire , 
Lantignie (Rhône) ; ce dernier, écrit Lantigneu vers 1300 ;6;; 
b) Lentilly (Rhône), appelé Lentiliacus en 975 (7) ; les trois 
Lentilliac du département du Lot; Lantilly (Côte-dOr) , 
appelé villam Lentiliacum dans un diplôme du roi Karlo- 
man, en 883 (8) ; comparez Lantillac (Morbihan). 

Lucius. C'est ainsi qu'on doit lire un nom de lieu écrit 
Lucus dans plusieurs documents du moyen âge, dont les 
auteurs ont écrit sous l'influence de leurs études gramma- 
ticales et du mot latin lucus. Le plus ancien de ces docu- 
ments est le testament de Tabbé Widerad ; il date de 721 , 
mais on n'en a que des copies et la plus ancienne ne re- 
monte pas au delà du onzième siècle. Le testateur réserve 



(1) Quérard, Cartul&ire de Saint-Victor de Marseille, t. II, p. 640. 

(2) Bniel, Recueil des chartes de Cluny, t. I, p. 816. 

(3) Bruel, ibid., t. III, p. 525. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 240. 

(5) Deloche, Cartulaire de Beaulieu, p. 58. 

(6) A. Bernard, Cartulaire de Savigny, t. II, p. 914. 

(7) Ibid., t. I, p. 130. 

(8) Dom Bouquet, IX, 430 c. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICEB EN -lUB. 31 
à ses héritiers divers bieas, dans la propriété appelée Luc 
et située dans le pagus Âtkoariorum (I); c'est aujourd'hi 
Lux (Côte-d'Or). Il est possible que Lux {Saône-et-Loire} ( 
Lux (Haute-Garonne) s'expliquent de la même façon. 

11 ne faut pas confondre ce nom avec celui de Luccas o 
litcas, comme l'écrivent les manuscrits de Y Historia Frari 
nrum de Grégoire de Tours (2), ou de Loceis, Locas dans le 
manuscrits du livre des Vitœ Patrum du même auteur (3) 
il s'agit de Loches (Indre-et-Loire), dont le nom primit 
Luccœ et en latin vulgaire Luccas, sous-entendu casas, es 
le féminin pluriel du cognomen Luccus. Une inscriptio 
de Trêves mentionne un certain Hilarius Luccus (4). Ces 
à ce cognomen que correspond le gentilice Luccîus coe 
serve par quelques inscriptions à Rome (5) et en Gauk 
par exemple à Aps (Ardéche) (6) et à Narbonne (7). Voi 
p. 258-261 ce qui a été dit du gentilice Luccius, du gent 
lice Lucius, sa variante, et des noms de lieu en -acus qx. 
en sont dérivés. 

Quelqu'un pourrait essayer d'expliquer par le gentilic 
Lucius te nom de Castellucius dans les deux cartulaires d 
Beaulieu et de Brioude. Le cartulaire de Beaulieu oËFre c 
nom dans deux chartes de l'année 885 : Cum ipso castell 
qui vocatur Castel- Lucius (8) , Cum ipso castello quod voco 
iur Castellucio (9) ; dans ces deux documents , il s'agit d 
Chalus (Haute-Vienne). Le même nom se lit dans deu 
chartes d'Auvergne qui datent du siècle suivant : In pag 
irvemico, in comitatu Telamitensi... in monte qui vocatti 
Castellucius, juin 932 (10); In patria Arvemica in comitat 

(]} Pardessus, Diplomata, t. II, p. 325. 

(?) L. 10, c. 31 ; édit. Aradt, t. I, p. 444, 1. 20, 

(3) Arndt et Knisch, t. II, p. 734, 1. I 

(4) Brarabach, n- 825. 
(i) C. /. t., VI, 21557, 21560. 
(6) Ibid., XII, 265G. 
(T) ma., Xli, 4954. 

(8) Doloche, Carlulaire (ie Beaulieu, p. 100. 

(9) Deloche, Una., p. 530. 
■.10) Doniol , CaWuIaire de Brioude, p. 96, 



364 ;.IVRE IL CHAPITRE IILI 1 

Telamitensi... in villa qwB diciPur Castelluoio, mai 945 (1); 
il s'agit ici de Chalus (Puy-de-Dôme), comme Ta établi 
}i. Hou9é (2). Il y a au moins une troisième localité de 
môme nom, c'est Chastelux (Yonne) ^ en 1147 Casteluz (3). 

Il parait invraisemblable qu'un composé syntstctique 
CasteJfluS'lAicius ait été fabriqué en France daus trois ré- 
gions éloignées Tune de l'autre, comme la Haute- Vienne , 
le Puy-de-Dôme et l'Yonne ; on doit, ce semble, préférer 
à cette hypothèse celle de la dérivation. Castellucius serait 
dérivé 4^ castellum comme Castellio , Châtillon. La langue 
latine a un suffixe ûceus qu'on trouve dans pannûc&ÂS^ « dé- 
guenillé ; ce suffixe s'est prononcé ûcius dans les bas temps 
et s'est confondu avec celui qui a servi à former fidûoia^ 
« confiance , » cadûoia, « épilepsie ; » on trouve ce suffixe 
en France dans les noms de lieu Tumucius et Petronudus. 

Turnucius est noté Turnuciv/m, villa/m dans un diplôme de 
Charles-le-Chauve en 875 (4) ; l'orthographe Tomotium, en 
853, dans un autre diplôme du môme prince (5) repré- 
sente le môme son ; il s'agit de Tournus (Saône-et-Loire) ; 
Turnucius est un dérivé du cognomen Turnus étudié p. 170, 
Le cognomen Turnus a donné, outre Turnucius, les dérivés 
primaires : Turnacus ; — Tournay (Belgique, Calvados, Orne), 
Tournac (Ariège), — et *Turnius, gentilice dont l'existence 
est attestée par les noms dérivés Tourny (Eure), Tournhac 
(Aveyron), Tourniac (Ariège, Cantal , Lot), autant de nota- 
tions modernes du gallo-romain Tumiacu^. 

PePronuciuSj écrit au cas indirect Petronutio^ dans un 
diplôme de Charles le Chauve pour l'abbaye de Saint- 
Riquier (Somme) en 844 (6) , est un nom de lieu dérivé de 
Petro, Petronis; Petro est un cognomen; on a trouvé dans 



(1) Doniol, ibid., p. 182. 

(2) Chez Doniol, Cartulatre de SauxilUnges, p. 677, 679. 

(3) Quantin, Dictionnaire topogr&phique du département de l'Yonne, p. 31. 

(4) Dom Bouquet, VIII, 647 c. 

(5) /Md., VIII, 524 c. 

(6) Ibid.y VIII, 468 e. 



NOMS DE LIEU IDÈNTIQUtîÔ A DBS GEirt'iLICES EN -IU8. 

les murailles de la ville de Narbonne l'épitaphe que L. Ss 
nius Petro, affranchi de L. Salonius, fit graver pour di 
personnes et pour lui-ûiôme (1). 

LucAKtDs. Par unô chartâ qui se place entre les ann 
1031 et 1065, Aimoù de Gombrouse donna & l'abbaye 
Sainte-Pby-de-Conques le manse de Causeria , situé in 
caria iMgafiiensi (3). Luganiensis est un adjectif dérivé 
Substantif Lut/am'tu, dans lequel on reconnaît Lugan,c( 
mune de Villeneuve (Aveyron) ; Luganim représente \ 
prononciation basse du latin classique huccmim. 

On a parlé, p. 160-161, de ce gentilice et de ses déri 
en -octu. 

Mabcids. Dans une charte de l'année 940 ou de l'an: 
941, qui fait partie des archives de l'abbaye de Cluny, 
bienfaiteur donne à ce monastère les biens qu'il poss< 
in villa Marcio (3). Il s'agit d'une localité située dans le 
gus communacensis , dont le chef-lieu était Communac 
aujourd'hui Coinmunay (Isère). \l y avait dans le dépai 
ment do Gard un autre ifartius ou Marcius : de Jiartio 
de iBarcio dans plusieurs chartes du douzième , du qua 
zième et dii quinzième siècle, citées par M. Qermer-1 
rand (4}; ce Martius ou Marcius s'appelle aujourd'hui Mi 

Il a été déjà question , p. 270-275 , de ce gentilice el 
ses dérivés en -acus et en -aniis. 

Matroïhbs. Une charte de l'année 921 f?), a pour 
jet la donation de biens situés en Auvergne, dans la vii 
rie de Nonette {Puy-de-t)ôme) , in villa quà dicihiir 
Aronio (5). 



(I] c. I. L., XII, 4650. 

(I) Dealardina, Carlul«ir« da ConquM, p. 313-314. 

(3) Bniel, R«cu«tt de» charlu de l'abbaK* de dluViv, 1. 1, jt.^. 

(4) tticHonnaire fopopraphfgue du département du Gard, p. 123. 

(5) Doniol, Carlulaire de Srloude, p. 157. 



366 LIVRE II. CHAPITRE III. { 2. 

Matronius est un gentilice mentionné dans une inscrip- 
tion de Vérone (Italie) ; c'est l'épitaphe de Matronia Mater- 
nina (1). On trouve plus souvent Matrinius, exemple : les 
épitaphes de L. Matrinius Secundus, de L. Matrinius 
Stichianus et de Matrinia à Rome (2) ; une dédicace aux 
mères Veteranehœ par C. Matrinius Primus aux envii-ons 
d'Aix-la-Chapelle (3) ; Tinscription de Mayence, qui nous a 
conservé les noms de Matrinius Zmaragdus (4). Le philoso- 
phe épicurien C. Matrinius Valentius nous est connu par 
son épitaphe qu'on trouve chez Orelli sous le n® 1192. 

De Matrinius vient le nom de Matriniacus^ au neuvième 
siècle Madriniacus, aujourd'hui Marnay (Aube), donnée 
Tabbaye de Saint-Denis en 859 par le roi Charles-le- 
Chauve (5). Un autre Madriniacus qui serait Marigny-Mar- 
mande (Indre-et-Loire) , apparaît au neuvième siècle dans 
une charte de Tabbaye de Saint-Martin-de-Tours (6). 

PoMPONius. En 861 , Charles-le-chauve donna à Tabbaye 
de Saint-Denis, pour subvenir aux dépenses du luminaire, 
une partie des biens qui composaient le domaine royal dit 
Pomponius en Beauvaisis : ex rébus fisoi nost/ri Pomponii in 
pago Belvacensi (7). M. Longnon a reconnu que la localité 
dont il s'agit est Pontpoint (Oise). L'orthographe moderne 
de ce nom offre un exemple caractéristique de la façon intel- 
ligente dont les scribes officiels entendent Tétymologie. 

Le gentilice Pomponius est celui d'une gens plébéienne 
de Rome qui arriva aux dignités curules. M. Pomponius 
Matho fut consul deux fois, l'an 233 et Tan 231 avant 
Jésus-Christ ; la première fois il obtint les honneurs triom- 
phaux pour avoir vaincu les Sardes. Bien antérieurement, 



(1) c. /. L., t. y, n- 3668. 

(2) Ibid., VI, 22298-22300. 

(3) Brambach, 575. 
(4)/bid., 1124. 

(5) Dom Bouquet, VIII, 558 d. 

(6) MabiUe, La pancarte noire, p. 227. 

(7) Dom Bouquet, VIII, 569 a. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lUS. 9 
des PomponJus avaient occupé des magistratures inférieu 
res. été par exemple tribuns du peuple. Dés 449, un de 
dix tribuns élus par la plèbe romaine fut M. Pomponius (1 
Pomponius n'est pas originairement un nom romain 
c'est un dérivé du nom de nombre pompe « cinq » qui ei 
osque et ombrien ; c'est un des témoins qui attestent ] 
présence d'éléments étrangers dans la population romair 
dès les premiers siècles de son histoire. 

La conquête romaine introduisit ce gentilice en Oauli 
A Aime (Savoie), on a trouvé encastré dans un mur d'églif 
une dédicace à la déesse Silvana par T. Pomponius Victo 
procurator augustorum (2) dans les Alpes Graiae et Poenina 
Le cimetière des Aliscamps d'Arles, a fourni l'épitaphe c 
C. Pomponius Polycarpus (3). On a autrefois lu à Uzi 
l'épitaphe de Pomponius Orbus (4), etc. De Pomponius déi 
vent deux noms de lieu conservés par la géographie au 
derae de la France : Pompignac (Gironde) = Pomfi 
niacm ; Pompignan (1° Gard , 2° Tarn-et-Garonne) ■ 
Pomponiarwtë. Des fundi Pomponiani sont inscrits sur 
table alimentaire de Veleia, p. 5, 1. 60 et 91 (5). 

La parenté grammaticale du poète Le Franc de Pomp 
gnan avec le tribun du peuple Pomponius, qui vivait dei 
mille deux cents ans ans plus t6t, est le résultat d'un basa: 
dont l'étymologie géographique offre de nombreux exei 
pies. 

Pompogne (Lot-et-Garonne) parait être une ancieni 
villa Pomponia. 

Priscius. Une charte de l'an 801 , par laquelle débute 
cartulaire de l'abbaye de Conques (Aveyron) , contie 



(1) Tit«-Livo, III, H. Sor U gtn» Pomponia, voyaz Paul;, Real-Bncye 
p«ed!B. (. V, p, 1874-I88Ï. 
{!)C. I.L., XU, 103. 

(3) /btd., XII, 836. 

(4) IbU., Xll, 29*6. 

[i) IbU., t. XI, p. 315-216, 



m LIVRE II. CHAPITRE III. ( 2. 

donation à ce monastère de biens situés en Rouergue , in 
locis vel villù nuncopantilms ubi vocabulum est Prisdo (1). 
Le donateur, énumérant ses largesses, parle plus bas de 
ipsa rocca Prisdo (2). Dans le même cartulaire, vers 1100, 
cette localité est appelée Pris (3). Dans un autre document 
de la môme époque, conservé par le même cartulaire, le ré- 
dacteur voulant faire de la science a écrit Pri9cm (4) ; 
c'est une faute pour Prisdu^. 

On a parlé plus haut, p. 300-301, du gentilioe Priseius 
et de son dérivé Prisôiatms. 

QtjmTiLttJs. Par une charte dont la date se place entre 
les années 1061 et 1065, un bienfaiteur de Tabbaye de 
Conques (Aveyron) donne à ce monastère ecclesiam nostram 
de Quintilio (5). M. G. Desjardins, éditeur de ce document, 
a établi que l'église de Quintilio devait être située près de 
Touk)iise (6). En 1107, on disait Quintil : Bernardus de 
Quintil (7). 

La bonne orthographe de ce gentilice est Quinctilins , 
bien qu'on trouve déjà Quintilius sans c daûs les inscrip- 
tions romaines. La gens Quinctilia était patricienne et remon- 
tait, dit"0n, au temps de Romuius où un de ses ïnembres 
aurait présidé les prêtres dits Qmnctiliani Luperei (8). Les 
Luperrcales, fête fixée au 15 février, étaient célébrées par 
deux groupes de prêtres : les Quinctiliani Luperei et les 
Fabiani Lupèixi^ tirant chacun leur surnom d'Urne ^nde 
famille de Rome. 

La branche la plus importante de la gen>s QuinctiUa était 



(1) Q. Desjardins, CtirtuUire de Conques^ p. 1. 
(î) îbid., p. 2. 

(3) Ibid., p. 347. 

(4) ïbtd., p. 3^. 

(5) /bid., p. 62. 

(6) Ibid.y p. cvi, cvii. 

(7) Ibid., p. 386. 

(8) Pestas, livre XVI. Sur la gens Quin[c]tilia , voyez t^aùly, ReaX-Èncy- 
clopaêdiê, t. VI, p. 372-373. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICEB EN -lUB. 36» 
celle des Quiaclilius Varus. Un d'entre eux devint dicta- 
teur l'an 331 av. J.-C. ; un autre, tribun militaire en l'année 
403; deux, consuls, l'un l'an 453, l'autre l'an 13 av. J.-C. 
Le dictateur fut élu pour apaiser une émeute populaire ; le 
moyen qu'il employa et qui eut plein succès, fut d'enfon- 
cer un clou dans la paroi d'un temple ; c'était le moyen le 
plus sûr d'apaiser la colère des dieux et de faire cesser les 
calamités publiques (1). Les deux consuls furent moins 
heureux. Le premier, étant en fonctions, mourut d'une 
maladie épidëmique qui, cette année-là, fit beaucoup de 
victimes; le second est ce fameux Varus qui, l'an 9 av. 
J.-C, commandant en Germanie trois légions, périt avec 
son armée ; il s'appelait P. Quinctilius Varus, 

Son gentilice pénétra en Gaule. Trois inscriptions l'attes- 
teul ; au musée de Narbonne est wnservée l'ëpitapbe que 
de son vivant se ût préparer C. Quintilius Celsus (2) ; 
à Nimes, C. Quintilius Eutychus fît graver celle de sa 
femme (3) ; on a trouvé , à Vaison , l'épitapbe de Quintilia 
Paterna (4). 

Quintilius a donné à la géographie de la Gaule le dérivé 
Quiniiliacus, aujourd'hui conservé par les noms de Quan- 
tiliy (Cher) et de Cantillac (Dordogne). Celui-ci, écrit au- 
jourd'hui par un C initial, a commencé autrefois par un Q. 
On le voit écrit Qentilhacum au treizième siècle, Qumtillac 
en 1382 (5). 

SoLLEMNius. Vers l'année 751, Pépin le Bref, encore 
maire du palais, ordonna, par un jugement conservé en 
original, la restitution de divers biens à l'abbaye de Saint- 
Denis. Dans la nomenclature se trouve le monastère dit 



(l|Tit«-Liv0, VIII, 18; et. VII, 3. 

lî) C. I. L., XII, 4990. 

(i| ibid., XII, uns. 

H) Ibid.. XII, tSTt. 

[i] De Qowgaes, Dictionnaire topogr. du départ, de la Dordogne 

24 



370 LIVRE IL CHAPITRE IIL { 2. 

C)^ce, aujourd'hui Croix-Nord, arrondissement d' A vesnes 1 , 
alors situé dans le pagm de Famars (Nord) (2) et près du 
fiscus ou domaine royal appelé au cas indirect Solemnio /, . 
précédemment donné à Saint-Denis par le roi Childeben. 
Les mêmes indications géographiques se retrouvent en 773 
dans un diplôme de Charlemagne (4). La donation par le 
roi Childebert à Tabbaye de Saint-Denis avait eu lieu ei: 
706; on n*en a plus qu'une copie, et le nom du domaine 
royal y est écrit deux fois Solemio (5), sans n entre Vm et 
Vi ; il faut corriger Solemnio. Il s'agit, parait-il, de Soles- 
mes (Belgique) (6). 

On a parlé déjà, p. 327, du gentilice Sollemnius et de son 
dérivé Sollemniacus . 

SoLius. In alio loco nfuod vulgo dicitur Solius, telle est la 
formule employée en 1055 par le rédacteur d'une charte 
pour désigner une localité située dans le Val de Salerne 
au comté de Fréjus (7). 

On a étudié déjà, p. 328-329, le gentilice Solius et son 
dérivé Soliacus. 

Tertius. En 896, il fut fait à l'abbaye de Cluny dona- 
tion d'un bien situé dans le comté de Vienne, in villa 
Tercio superiori (8). 

Tertius fut d'abord un surnom. C'était celui de Junia Ter- 
tia, sœur de M. Junius Brutus et femme de C. Cassius 
Longinus. Elle passait pour être devenue la maîtresse de 



(i) Longnon, Examen géographique du tome premier des Dtplomala im- 
periif p. 19. 

(2) Sur ce pagus^ voy. Longnon, texte de VAtlas historique de U France, 
p. 124. 

(3) Tardif, Monuments historiques, p. 45, col. 1. Pertz, Diplomalum im- 
perii tomus primus, p. 109, 1. 5. 

(4) Dom Bouquet, V, 733 e. 

(5) Pertz, Diplomatum imperii tomus primus^ p. 66, 1. 41, et p. 67,1. 10. 

(6) Longnon, Atlas historique de la France, p. 202. 

(7) Guérard, CartuL de Saint-Victor de Marseille^ t. I, p. 506. 

(8) Bruel, Rec, des chartes de Cluny, t. I, p. 68. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 371 

Jules César, et la mère de Tertia était accusée de favoriser 
les relations des deux amants. César rendit à cette mère in- 
dulgente le service de lui adjuger en vente publique, pour 
une somme fort modique , de vastes domaines confisqués ; 
Cicéron dit en plaisantant que le prix avait été fixé Tertia 
deducta. On pouvait comprendre au choix , ou que le tiers 
avait été déduit, ou que la valeur de Tertia avait été retran- 
chée du prix, ou que Tertia avait été conduite par sa mère 
à César (1). Dans le langage familier, Tertia s'appelait Ter- 
luUa : Cicéron la nomme ainsi dans ses lettres à Atticus (2). 
Antérieurement à cela, en Tan 168 avant Jésus-Christ, 
le consul L. Aemilius Paulus avait une fille qui se distin- 
guait des autres Aemilia par le cognomen de Tertia ; elle 
se fit un nom dans l'histoire romaine par une parole enfan- 
tine où Ton vit une prédiction de la défaite du roi de Macé- 
doine, Persée (3). 

Une Tertia moins illustre, était la ûlle du mime Isidore. 
Cicéron parle d'elle dans ses Verrines. 

Sous l'empire romain nous trouvons dans Tacite le cog- 
nomen Tertius, passé à la dignité de gentilice. En l'an 70 
de notre ère , Tertius Julianus commandait , avec titre de 
légat, la septième légion ; il faillit être une des victimes des 
discordes civiles (4) ; l'année suivante , il fut préteur (5). 
D'autres Tertius moins connus apparaissent dans les in- 
scriptions : T. Tertius Italiens et T. Tertius Paullus , au 
musée de Nimes (6); T. Tertius Félix, au musée de 
Mayence (7), etc. 

Le gentilice Tercius a donné un dérivé en -acus qui 
désigne plusieurs localités différentes. Au commencement 
du neuvième siècle, le Polyptyque de Saint-Victor de 

(1) Suétone, César, c. 50. 

(2) Livre XIV, 20; livre XV, 11. 

(3) Cicéron, De divin&tione, livre I, c. 46, i 103 ; livre II, c. 40, g 83. 

(4) Tacite, Histoires, livre II, c. 85. 

(5) Ibid., livre IV, c. 3940. 

(6) C. /. L., XII, 3593, 3945. 

(7) Brambacb, 1049. 



372 LIVRE II. CHAPITRE III. { 2. 

Marseille nous apprend que cette abbaye avait une colo- 
nica in Terciago^ c'est-à-dire une propriété immobilieiv 
habitée par des colons dans un ancien fundu$ Tertio- 
cv^ (1). En 860, Raoul, archevêque de Bordeaux, donne 
pour la fondation de l'abbaye de Beaulieu un manse 
in villa Terciaco ; il ajoute que cette villa est situe^ 
in orbe Lemovicino et t&iTitorio Tornense , c'est-à-dire f-w 
Limousin dans la pays de Turenne ; c'est aujourd'hui Ter 
sac (Haute-Vienne) (2). Dans le siècle suivant, les cha^le^ 
de Cluny mentionnent deux Teriiacus ; le premier apparaît 
en 956 : il s'agit de la donation d'une curtis^ située dans le 
pays d'Autun dans Vager Marcilliacensis ^ in villa Ter- 
ciaco (3), c'est aujourd'hui Terzé, commune de Mar- 
cilly (Saône-et-Loire) ; le second est nommé dans une 
charte de 960, où il est dit qu'une villa Buciagusesi^iw^-^ 
en Maçonnais in fine Terciacensi (4). 

Terssac (Tarn) parait être aussi un ancien Teriiacus. 
Ainsi peut s'expliquer également le nom de Tressé (Maine- 
et-Loire), qu'on a autrefois écrit Tercé (5). 

TiLius ou plutôt TiLLius. Une villa Tilius, ou mieux 
Tillius^ mentionnée en 845 et en 854 dans des diplômes de 
Charles le Chauve pour l'abbaye de Montiérender ^6, 
est aujourd'hui Thil (Aube). Un autre Tilius : [in alio loc- 
qui vocatur Tilius) apparaît en 878 dans une charte de 
l'abbaye de Beaulieu (Corrèze) (7); ce parait être Tillet, 
commune de Molières, ou Tillet, commune de Lenlil- 
lac, tous deux dans le département du Lot. Une troisième 



(1) Guérard, Cart. de Saint-Victor de MarsetHe, t. II, p. 638. 

(2) Deloche, CaW. de Beaulieu, p. 4, 384, 385. 

(3) Bruel, Recueil des chartes de Cluny^ t. II, p. 90. 

(4) Bruel, ibtd., t. II, p. 183. 

(5) Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire^ t. III, p. 626. 

(6) Dom Bouquet, VIII, 477 a, 429 e. Lalore, Collection des principm 
cartulaires du diocèse de Troyes, t. IV, p. 126, 128. 

(7) Deloche, Car(. de Beaulieu, p. 84. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 373 

villa Tilifis, située dans TAutunois figure dans une charte 
de l'abbaye de Saint-Germain-d'Auxerre en 924 (1). 

Tillius est un gentilice qui n'était pas rare sous Tempire 
romain. On peut s'en assurer en consultant les index du C. 
I. L. , t. V , VIII , IX, X , XIV. Ce gentilice a pénétré en 
Gaule ; on a lu le nom de femme Tillia dans une inscription 
de Narbonne (2). 

Tillius a des dérivés en -a(yus : on a reconnu que la 
Tilliacus villa d'une charte de 989 est aujourd'hui Tillé, 
commune de Champgéneteux (Mayenne) (3). En 952, une 
charte d'Otton I", roi de Germanie, pour l'abbaye de 
Saint- Vannes , parle d'un Tilliacus (4) qui est aujourd'hui 
Thilly ou Tilly-sur-Meuse (Meuse) (5). 

Les formes modernes de Tilliacus^ dérivé en -aous de 
Tillius, nom d'homme, doivent être soigneusement distin- 
guées des formes modernes de Tilietum , dérivé en -etum 
de iilia , nom d'une espèce d'arbre , c'est-à-dire du tilleul ; 
ainsi Tillay (Eure-et-Loir) , est un ancien Tilietum comme 
l'a montré M. Merlet (6); Tilietum est un endroit où il y 
a des tilleuls, Tilliacus est la propriété de Tillius. 



Nous sommes arrivés, par ordre alphabétique, au dernier 
des exemples que nous voulions donner de gentilices romains 
employés au masculin comme noms de lieux dans les textes 
du moyen âge. 

Nous terminerons par un exemple d'un phénomène ana- 
logue en Gaule au temps de l'empire romain. C'est : 

Nasium. Ptolémée au deuxième siècle de notre ère 

(1) Dom Bouquet, IX, 563 e, 564 a. 
P) C. /. L., XII, p. 854, col. 1, n- 5135. 

(3) Léon Maître, Diciionnaire topogr&phique du département de la 
Mayenne, p. 313. 

(4) Dom Bouquet, IX» 384 a. 

(5) Liénard, Dict. iopogr, du départ, de la Meuse^ p, 235. 

(6) L. Merlet, Dictionn, topogr, du départ. d'Eure-et-Loir^ p, 178. 



874 LIVRE IL CHAPITRE IIL { 2, 

nomme deux villes des Leuci : ce sont, au nominatif singu- 
lier, TooXXov « Toul » (Meurthe-et-Moselle) etNaatov a Naix» 
(Meuse) (1). 

Pour comprendre ces deux noms de lieux qui sont des 
substantifs masculins employés adjectivement au neutre, il 
faut les écrire en caractères latins Tullum et Nasium, comme 
dans Vltinéf^aire d'Antonin et suppléer praedium, Tullum et 
Nasium sont le premier un cognomen latin (2), l'autre un 
gentilice , employés tous deux adjectivement au neutre. 

L'orthographe du gentilice Nasius par une seule s est 
conforme à Tétymologie, car ce nom d'homme dérive de 
nasuSj « nez. » comme les cognomina bien connus du poète 
Ovide, P. Ovidius Naso, et du consul P. Cornélius Scipio 
Nasica. De nasus viennent aussi les gentilices Nasellius, 
Nasennius, Nasidius, Nasonius, qu'on trouve dans les 
inscriptions. Dans tous ces dérivés Vs est simple et Va long 
comme dans nasv^. Cette orthographe est respectée dans 
Nasium et dans le gentilice de Maxima Nasia que nous a 
conservé une inscription dédicatoire à Apollon trouvée à 
Maurovalle dans l'Italie méridionale (3). 

Mais par un phénomène dont l'onomastique latine offre 
d'autres exemples, le gentilice Nâsius double ordinaire- 
ment son s en abrégeant son a et s'écrit Nassius (4). 
Comme exemple de cette notation nous citerons une ins- 
cription de Narbonne; c'est l'épitaphe gravée sur une stèle 
funéraire par les soins de Nassius Eutycus (5). 

(1) Ptolémée, 1. II, c. 9, § 7; édition Didot-MûUer. t. I, p. 225. Un certain 
nombre de mss. donnent la forme TouXXtov d*accord avec la table de Pentia- 
gor, où on lit Tullio : ToOXXov est l'orthographe des autres mss. de Ptolémée 
d'accord avec l'Itinéraire d'Antonin, où on lit Tullum, p. 365, 1. 4; p. 385, 
1. 10; et TullOf p. 385, 1. 6. ToOXXov, Tullum est la bonne leçon confirmée 
par la prononciation moderne Toul. Tullium aurait donné Touille. Voyez, 
du reste, les textes réunis par £. Dosjardins, Géographie de la Gaule d'après 
le lable de Peutinger, p. 123-124, 

(2) C. /. L., V, 2845, 3930, 7576; VII, 794, 1336 (1136); VIII, 2556; IX, 5560; 
X, 2625, 8048; XII, 3726, 5804. 

(3) C. J. L., IX, 5803. 

(4) Ibid., VI, 22283; IX, 3191 ; X, 1403, 2765; XIV, 2966. 

(5) Ibid,, XII, 4910. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 375 

§3. — Gentilices romains en -ius employés adjectivement 
avec un sens géographique au féminin singulier, (1). 

U Itinéraire cTAntonin nous donne un exemple d'un nom 
de fundus employé au féminin et s'accordant avec villa ex- 
primé : ad villam Servilianam (p. 42), c'est en Afrique. Le 
plus souvent, dans V Itinéraire d'Antonin, le mot villa est 
sous-entendu : voici des exemples de noms de fundi au 
féminin tirés de gentilices à l'aide du suffixe --anus : 

Antistiana {Itinéraire^ p. 398) 
Barbariana (p. 406) 
Bassiana (p. 262) 
Clodiana (p. 318) 
Crispiana (p. 267) 
Domitiana (p. 499, 500) 
Malliana (p. 38) 
Manliana (p. 292) 
Marcelliana (p. 110) 
Mariana (p. 445) 
Valeriana, Variana (p. 220) 

Ont été formés avec le suffixe -aci« : 

Arriaca [Itinéraire d'Antonin, p. 436, 438) 

Artiaca (iWd., p. 361) 

Darentiaca {Itinéraire de Jérusalem^ p. 554). 

Il ne faut donc pas s'étonner si les gentilices employés 
comme noms de lieux se rencontrent quelquefois au fémi- 
nin dans les documents du moyen âge. On en peut citer 
pour la France un exemple qui remonte au temps de l'Em- 
pire romain : 

Cantilia, dans la Table de Peutinger, aujourd'hui Chan- 

(1) Go paragraphe contient le texte de leçons faites au Collège de France 
en janvier 1889. l\ a paru en partie dans la Revue celtique, t. X, p. 153-177. 



376 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

telle (Allier) (1), est la forme féminine du gentilice Cantilius. 

La forme féminine Cantilia de ce gentilice est ua nom 
de femme dans une inscription du musée de Naples (2). 
Au masculin, L. Cantilius est le nom d'un scriba pontificis 
mentionné par Tite-Live (3) ; il fut condamné à mort pour 
avoir rendu grosse une vestale et périt sous les verges. 

Au lieu de villa Cantilia y on aurait pu dire villa Canti^ 
liana ou fundus Cantilianus. C'est d*un fimdus Cantilianus 
que tire probablement son nom la vicaria Cantilianenns 
mentionnée dans une charte de 926 et qui était située dans 
le comté de Brioude (Haute-Loire) (4). De Cantilianus est 
venu le dérivé Cantilianicus écrit Cantillanicus dans une 
charte de 894 relative à la même région (5). 

Les dérivés en -acus de Cantilius ne sont pas rares en 
France. Nous citerons Chantilly (Oise), Chantilly, commune 
de Courcelles (Indre-et-Loire), Chantillac (Charente), Chan- 
tillac, commune de Ceyssac (Haute-Loirq), Cantillac (Dor- 
dogne), Cantilly, hameau de Cerisy-la-Forêt (Manche). 

De cet exemple fourni par un- document contemporain de 
l'empire romain , nous passons à ceux qu'offrent les textes 
du moyen âge. 

AcuLiA. Une localité de ce nom dans le pays de Vosge, 
in pago Vosago, est mentionnée en 713 par une charte de 
l'abbaye de Wissembourg (6). En 1056, une charte deTab- 
baye de Saint-Victor de Marseille parle d'un château ap- 
pelé Agulia : castrum quem vocatur Agulia (7). Agulia est 
une orthographe moderne pour Àculia. 

Àculia est le féminin d'Aculius , gentilice écrit Aqulius 



(1) E. Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger, 
p. 298. 

(2) C. /. L., X, 4116. 

(3) Tite-Live, Uvre XXII, c. 57. 

(4) Douiol, Cartul&ire de Brioude^ p. 63. 

(5) Doniol, i6id., p. 115. 

(6) Pardessus, DtpZomata, t. II, p. 437. 

(7) Guérard, Cari, de SAint-Victor de MarsetHe, t. I, p. 264. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -IU6. 377 

dans la marque d'un potier qu'on a relevée sur un vase 
trouvé à Aix en Provence : C. Aqulius Félix (1). Aculius 
est le pendant du gentilice Âculenus (2). En dérivent le 
coff^nomen Aculinus (3) et quelques noms de lieu. 

Tel est Aguliacus pour Aculiacus dans une charte de Tan- 
née 850; c'est aujourd'hui Saint- Apollinaire (Côte-d'Or) 
comme Ta reconnu M. J. Gamier (4). Un primitif i4ctiKa- 
ctis explique : Eguilly (Aube), au douzième siècle Aguilley (5) ; 
Eguilly, commune de Saint-Avit (Eure-et-Loir), au quator- 
zième siècle Aguilly (6). 

Aiguillan , commune de Mérindol (Drôme) , Aiguillanes , 
commune de Vilhac-Aiguillanes (Ardèche), sont dérivés du 
gentilice Aculius au moyen du suflBxe ^anus. Aiguillon 
•Lot-et-Garonne) et les deux Aiguillon de la Vendée nous 
offrent le môme gentilice développé à Taide du suffixe -o, 
■onis. 

Albâniâ. Les mots in territorio quod dicitur Albania (7), 
in territorio villae Albaniae (8) , in Castro Albaniae (9) , dans 
des chartes du onzième siècle , paraissent désigner Auba- 
gne (Bouches-du-Rhône). 

C'est un gentilice dont les inscriptions romaines nous 
offrent quelques exemples en Afrique et en Italie (10). On 
le trouve aussi dans une inscription romaine de Valence 
(Drôme) (11). 

Le nom d'Aubagnan (Landes) est un dérivé en -anus de 
ce gentilice. Les dérivés en -actÀS sont plus nombreux en 



(1) c. I. L., XII, 5686, 69. 

(2) Ibid., IX, 3351. 

(3) JMd,, VIII, 7973. 

(4) Nomenclature historiqtu^ p. 190, n* 28; cf. p. 8, même numéro* 

(5) Boutiot et Socard, Dicî. topogr. du départ de l'Aube, p. 61. 

(6) Merlet, Dict, topogr. du départ. d'Eure-et-Loir, p. 63. 

(7) Guérard, Cari, de Saint-Victor de Marseille, t. I, p. 67. 

(8) Ibid., p. 83. 

(9) Ibid., p. 162. 

(10) C. /. L., VIII. 6718, 7185, 8003, 8005; IX, 1639, 5351 ; X, 6132. 

(11) Ibid., XII, 1759. 



378 LIVRE II. CHAPITRE III. § 3. 

France ; tels sont : trois hameaux du département de 
TAveyron, tous appelés Albagnac, communes de Monla- 
gnol, Sauveterre et Saint-Igest; Albagnac, commune de 
Saint-Etienne-de-Chomeil (Cantal) ; Aubagnat, commune de 
Frugières-le-Pin (Haute-Loire) (1). 

Albia. C'est Albi , chef-lieu du département du Tarn. 

La plupart des textes les plus anciens supposent une or- 
thographe Albiga avec un g parasite entre Vi et Va. C'est 
ainsi que la Notitia dignitatum parle des équités cataphrao 
tarii albigenses placés sous les ordres du magister militum 
de Thrace (2); et que la civitas Albigensium figure dans la 
« Notice des provinces et des cités de la Gaule (3). » Gré- 
goire de Tours appelle Albi au génitif Àlbige (4) et en tire 
V ^d^eciit Albigensis f Albiginsis (5). 

D'Anville (6) a reconnu qu' Albiga est une notation à'Al- 
bia. M. Schuchardt (7) a relevé des exemples analogues 
d'épenthèse de g entre deux voyelles : aligenare pour alie- 
nare, aliginigenus pour alienigenus ; origeniis pour oi'imtis. 

On a étudié, p. 190, le gentilice Albius et son dérivé 
Albidcu^. 

Antia. Ancia , forme vulgaire pour Antia, est un nom de 
lieu mentionné dans un diplôme faux du roi Dagobert II 
en faveur d'une abbaye du diocèse de Trêves (8. 
Ance (Basses-Pyrénées) , Anse (Rhône) , se sont peut-être 
appelés primitivement Antia. 

Antius est un gentilice romain peu connu. Le moins obs- 



(1) Voy. Ghassaing, Spicilegium Brivatense, p. 579, 585. 

(2) Notitia orientis, ch. VII, g l, b. 1. Ed. Boecking, t. I, p. Si, 216. 

(3) Longnon, Atlas historique de la France, p. 15. 

(4) Historia Francorum, 1. IX, c. 20; édit. Arndt, p. 375, 1. 16. 

(5) Historia Francorum, 1. II, c. 3, 37; 1. VI, c. 33; 1. VII, c. 1; 1. VIII, 
c. 22, 45; édition Arndt, p. 65, 1. 18; p. 102, I. l; p. 274, 1. 5; p. 292,1.2; 
p. 340, 1. 9; p. 356, 1. 14. 

(6) Notice des Gaules, p. 45. 

(7) Vohalismus des VulgaerlateinSt I, 170 ; III, 25. 

(8) Pardessus, Dtplomata, II, 168. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lUS. 379 

cur de ceux qui l'ont porté sous la république est Antius 
Restio ; étant tribun du peuple , édile ou préteur , on ne 
sait lequel , il fit voter une loi pour empêcher les candi- 
dats aux magistratures et les magistrats d*aller dîner en 
ville. Sa loi ne fut exécutée par personne , lui excepté ; 
avant soin de bien dîner chez lui tous les soirs , il n'eut 
jamais la tentation de dîner une seconde fois chez les au- 
tres (1). 

On trouve ce gentilice sous l'empire à Rome et hors de 
Rome, par exemple en Gaule (2). 

Le gentilice Antius a donné à la France des noms de 
lieu dérivés en -actw et en -anus : Ancy-le-Franc (Yonne) 
est appelé à l'accusatif Ànciacum dans deux testaments , 
Tun de Tannée 721 , Tautre de 746 (3) , et dans une dona- 
tion de la fin du onzième siècle (4). L'église d'^ncy-le- 
Serveux (Yonne) est en latin ecclesia Anciaci dans une 
charte de 1108 (5). Ancey (Côte-d'Or) a la môme origine, 
bien que les textes les plus anciens , douzième siècle , ne 
conservent la tradition ni de l'a ni du c du suffixe et écri- 
vent son nom Ancium (6). Ancy (Rhône) dans une charte 
de la fin du onzième siècle est à l'ablatif Anciaco (7). An- 
sac (Charente) paraît être la notation méridionale d'un an- 
tique Anti(iciis. Ansan (Gers) doit être la forme moderne 
d'un primitif Antianits. 

Aria, mieux arriâ. Une charte de l'année 856 contient 
la date de lieu Actum Aria monasterio (8). Il s'agit d'Aire- 
sur-la-Lys (Pas-de-Calais). 

(1) Aulu-Gelle, II, 24, 13; Macrobe, Saturnales, III, 17, 13; cf. De- Vit, 
Onomisticon, I, 345. 

(2) C. /. L., VI, 11940-11945; XII, 753, 1392. 

(3) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 324, 400; cf. Quantin, Cartulaire de 
l'Yonne, U II, p. 2. 

(4) Quantin, Cartul. de l'Yonne, t. II, p. 18. 

(5) Ibid., t. I, p. 216. 

(6) Garnier, Nomenclature historique, p. 56, n* 243. 

(7) A. Bernard, Cartul. de Savigny, p. 429. 

(8) Guérard, Cartul. de Saint-Berlin, p. 162. 



380 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

On a trouvé à Rome les épitaphes de L. Arius Abascan- 
tus, d'Arius Amandus et ë'Aria Gemella (I). Cependant les 
inscriptions et les textes classiques écrivent ordinairement 
ce gentilice avec deux r; la bonne orthographe du nom de 
lieu serait donc Arria. C'est la forme féminine du gentilice 
Arrius. Arrius est le nom d'un centurion qui s'empara du 
bien de Virgile près de Mantoue. Servius nous l'apprend 
dans son commentaire sur le vers 47 de la première éclo- 
gue , sur le vers 94 de la troisième et sur le premier vers 
de la neuvième (2). On y voit que le domaine occupé par 
Arrius touchait au Mincio, un affluent du Pô ; que, Virgile 
s'étant remis en possession, Arrius voulut le tuer, et que le 
poète ne put sauver sa vie qu'en se jetant dans la rivière 
et en la traversant à la nage. 

Catulle (poème 84) se moque de la prononciation d'un au- 
tre Arrius qui ornait la langue latine d'aspirations inutiles : 

Ghommoda dicebat, si quando commoda vellet 
Dicere, et hinsidias Arrius insidias. 

Arrius est fréquent chez les auteurs, et on rencontre par 
exemple chez Cicéron plusieurs Arrius. On trouve souvent 
aussi ce gentilice dans les inscriptions romaines. Ainsi, 
parmi celles de la ville de Rome, on a publié les épitaphes 
de dix-sept Arrius et de vingt Arria (3). On peut citer dans 
la Gaule méridionale le nom du potier Arrius au musée de 
Nimes (4). L'épitaphe d'un certain Capito , trouvée prés de 
Mayence , nous apprend que ce Capito était affranchi d'Ar- 
rius et qu'Arrius , son patron , avait un esclave nommé 
Diomède (5). Une inscription de la Bavière rhénane rap- 
pelle que G. Arrius Patruitus avait élevé un temple à la 
déesse Maia (6). 

(1) C. /. L., VI, 12328-12330. 

(2) Ed. Thilo, t. III, p. 11, 41, 108. 

(3) C. /. L„ VI, 12366-12415. 

(4) Ihid., XII, 5686, 76. 

(5) Brambach, 934. 

(6) /btd., 1835. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICEB EN -IU8. 381 

Les noms de lieu dérivés d'Arrius ne nous offrent 
qu'une seule r dans les monuments du moyen âge. En 
721, l'abbé Wideradus donne à l'abbaye de Flavigny (Côte- 
d'Or), une cotonica in Ariaco, c'est-à-dire à Herry (Niè- 
vre) (1). Dans la charte de Saint-Bertin , d'après laquelle 
on a cité, p. 379, le nom ancien, Aria, d'Aire-sur-la-Lys , 
on trouve aussi l'indication géographique in Ariaco. Une 
charte du neuvième siècle, comme la précédente (3), donne 
une énumération de localités comprises dans le comté de 
Vienne, et nous y lisons au cas indirect Ariaco, c'est Hey- 
rieux (Isère). Nous parlerons encore de la viearia Ariacensis 
mentionnée au dixième siècle (3) ; elle était située en 
Rouergue, c'est aujourd'hui Arjac, commune de Saint- 
Cyprien (Aveyron). La bonne orthographe par double r 
nous est conservée par l'ItiTiéraire d'Antonin, où une sta- 
tion d'Espagne est deux fois appelée Arriaea (4). 

A côté du dérivé en -actts, il y en a un autre en -anus 
dont la forme féminine nous est offerte par le nom de lieu 
Ariana. Ce nom de lieu sert à distinguer des autres Giraud, 
Giraldus de Ariana dans une charte de ta Qn du onzième 
siècle (5). Ariana a dû s'écrire originairement par deux r : 
dans une inscription de Pompeii, il est question de Vln- 
suia Arricma (6). 

Art[a. Nous diviserons cet article en cinq paragraphes. 
Le premier traitera de l'étymologie du nom de lieu Artia 
dérivé d'Artos « ours. » Dans le deuxième, àh dira qu'unf 
idée religieuse était associée au mot Artos. La preuve «c 
sera donnée dans le troisième paragraphe par l'examen de: 
noms d'hommes composés gaulois dont le second terme es 
genos. Le quatrième paragraphe concernera 1° trois noms 

0) QuanUo, Carlul. de VYonne, t. II, p. S40. 

(!) Cartulaice de Saint-Hugues de Grenoble, p. 15, 

(ij G. DeajardiDS, Carlulaire de Conques, p. 230. 

(4) IlinérairB d'Anfonin, p. 436, 1. 3 ; p. 438, 1. 10. 

(5) Carlulaire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 12?. 
(6)C. ;.'!,., IV, 138, 



382 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

propres d'hommes gaulois identiques comme Artos à des 
noms communs d'animaux divinisés, 2** les dérivés de ces 
noms propres. Dans le cinquième paragraphe, on répondra 
à une objection possible qui serait tirée de la phonétique. 

4« EtymologU du nom de lieu Ârtia ; c'est un genUlice dérivé d'Artos 

c Oun. > 

Le testament d'Abbon, en 739, met in pago GraHanopoli- 
tano, c'est-à-dire en Graisivaudan , une colonica (c'est-à- 
dire une terre habitée par des colons)... prope Arcia (1). 
La même localité est appelée Arces vers 1100 (2); c'est au- 
jourd'hui Arces , commune de Saint-Ismier (Isère). Arcia, 
Arces (lisez Arce) , figurent la prononciation moderne d'un 
antique Artia, féminin d'Artius. 

Artius est un gentilice romain peu répandu. De-Vit (3', 
au mot Artia ^ en offre deux exemples. On trouve Artius 
servant de cognomen dans une inscription de Pozzuoli en 
Campanie; c'est l'épitaphe d'un monument funèbre élevé 
par deux affranchis à leur mère, affranchie comme eux 
d'un certain Junius : l'un s'appelle M. Junius Artius (4}. 
Artius est dérivé d'Artus ou Artos , que l'on suppose être 
le nominatif d'Arti 1® dans le composé syntactique gaulois 
Arti-cnos « fils d'Artos , » conservé par une inscription 
grecque d'Ancyre (5) en Galatie, 2"* dans une inscription de 
la Pannonie supérieure où est mentionnée la tvrma Àrti, 
le « peloton d'Artos » qui faisait partie de Vala Pannonio- 
rumy c'est-à-dire de l'escadron des Pannoniens (6). Arti peut 
être le génitif d'Artius aussi bien que d'Artos. Cependant 
l'existence d'un nom d'homme Artos ou Artus parait dé- 
montrée par le nom de lieu Arto-briga, forteresse d'Artos , 

(1) Cartul. de Saint'Hugues de Grenoble^ p. 44. 

(2) Ibid,, p. 105. 

(3) Onom&sticonj t. I, p. 494. 

(4) C. /. L., X, 2626. 

(5) Mouaavoc 'Aprtxvw. Bœck, C. /. Gr., t. III, n» 4039, 1. 37. 

(6) C. /. L., III, 4376. 



NOMS DE LIEU IDENTIQTJEB A DES GENTILICE8 EN -IU8. 383 

en Norique suivant la table de Peutinger, en Vindélicie 
suivant Ptolémée (1) ; c'est par un premier terme primitif 
ArtO" que s^explique le nom à! Arte-dunus , Arti-dunus ou 
Arta-dunum porté au huitième et au dixième siècle par Ar- 
thun (Loire) dans les Cartulaires de Savigny et de Saint- 
Victor de Marseille. 

A ArtO'briga comparez Eburo-briga « forteresse d'Ebur 
ros, » nom d'une station romaine des Gaules; Augusto- 
briga , Caesaro-briga , noms de villes d'Espagne dont le 
premier terme est un cognomen romain comme Eburus ; 
Coelio-briga^ Flavio-briga^ Julio-briga^ noms de villes d'Es- 
pagne dont le premier terme est un gentilice romain. A 
* ArtO'dunum , comparez Augusto-dunv/m ^ Caesaro-dunumi. 

Arto-s a donné plusieurs dérivés; l'un est Artinus, cogno- 
men d'Acceptius, dans une épitaphe trouvée à Trêves (2); 
un autre est Artilius , gentilice employé au féminin dans 
une inscription de Lyon (3), au masculin dans une inscrip- 
tion de Brescia (4). On trouve les gentilices Artanius et 
Ârtidius dans des inscriptions de Rome (5). 

D'Artius est venu le nom de lieu dérivé Artiacus, em- 
ployé au féminin dans Y Itinéraire d'Antonin où Artiaca est 
Arcis-sur-Aube (Aube) (6). L'accusatif pluriel féminin Arda- 
cas^ dans un diplôme de Charlemagne en 802, désigne Assé- 
le-Bérenger (Mayenne) (7). Ailleurs le masculin l'emporte .% 
Âriiacas est Arçay (Vienne) dans un acte de l'année 791 (8) ; 
Arcy-sur-Cure (Yonne), s'appelle à l'ablatif Arsiaco dans 
une charte du douzième siècle (9) ; Arciacus est en 11251e 



(1) Ptolémée. 1. II, c. 12, § 4; édition Didot-Mûller, t. I, p. 283, 1. 7; cf. 
p. 284, la note de la ligne 8. 

(2) Brambach, 817. 

(3) Boissieu, p. 200. 

(4) C. /. L., V, 4535. 

(5) ma., VI, 12452, 12471. 

(6) Voyez ci-dessns, p. 159. 

(7) L. Maître, Diciionnsiire topogr, du départ, de 2a Mayenne, p. 7. 

(8) Redet, Dictionnaire topogr. du départ, de la Vienne, p. 11. 

(9) Qaantin, CarfuZaire de l'Yonne^ t. I, p. 71. 



384 LIVRE II. CHAPITRE III. | 3. 

nom d'Arcy-Sainte-Restitute (Aisne) (1) ; le même nom de- 
signe au onzième et au douzième siècle (2), Arciat ou Ar- 
cieux, commune de Saint- Jean-de-Thurigneux (Ain). 

Dans le midi de la France , les communes d'Arsac (Gi- 
ronde) et d'Arzacq (Basses-Pyrénées), les hameaux d*Arzac, 
commune de Cahuzac (Tarn) ; d'Arsac, commune d'Auzer? 
(Cantal) ; d'Arsac , commune de Garât (Charente) ; d'Arsac. 
commune de Saint-Fréjoux (Corrèze) • d'Arsac , commune 
de Coubon ; d'Arsac , commune de Saint^Pierre-du-Champ, 
tous deux dans la Haute-Loire , se sont probablement ap- 
pelés primitivement chacun Ariiacus. Arsague (Landes) pa- 
rait être une ancienne Artiaca villa. Ces formations ne 
sont pas spéciales à la France : M. Flechia, dans le 
t. XXVII des mémoires de l'Académie des sciences de Tu- 
rin, signale les noms de lieu Arzago etArzaga^ près de Mi- 
lan et près de Bergame, Une charte de 976 qui fait partie 
des archives de la cathédrale de Novare mentionne près de 
cette ville un fundus Arciacus (3). 

Le nom d'homme gaulois Arto-s , dont le gentilice Ar- 
tins dérive, parait identique au gallois arth « ours. » Le 
nom latin de cet animal, ursiÀS^ a été employé en Gaule 
comme cognomen sous l'empire romain. A Grézy, près 
Aix en Savoie, existe encore l'épitaphe de Rutilia Ursa(4l 
On a autrefois copié à Narbonne les épitaphes de Cornelia 
Ursa (5) et d'Usulena Ursa (6). On a trouvé : à Vienne 
(Isère), une lampe romaine qui porte la marque du fabri- 
cant de poterie L. Aemilius (?) Ursus (7) ; près de Mayence, 
une dédicace au génie du collège de la jeunesse d'un n- 
cu$ par Acutius Ursus et par Acutia Ursa (8). 



(1) Matton, Dictionnaire topogr. du départ, de VAisne, p. 8. 

(2) Ragut, Cartulaire dé Saint-Vincent de MAcon, p. 340 et 374. 

(3) Historiae patriae monumenta ; Chartae^ tome I, col. 249. 

(4) C. /. L., XII, 2476. 

(5) Ibid., XII, 4747. t 

(6) Ibid., XII, 5265, 

(7) Ibid., XII, 5682, 53. 

(8) Brambach, 1138. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN - 1 U 8 . 385 

Ursus fut un nom fréquent chez les chrétiens vers la fin 
de l'Empire romain, et dans les siècles qui ont suivi sa 
chute ; on peut citer : saint Ursus, évêque de Troyes, au 
commencement du cinquième siècle; saint Ursus, évêque 
d'Auxerre, vers la fin du même siècle; saint Ursus, né à 
Cahors, qui devint abbé de Loches et dont Grégoire de 
Tours a raconté l'histoire (1); il était contemporain du roi 
Alaric et vivait sbu^^Ja domination de ce prince qui pérît, 
comme on sait, à la bataille de Veuille en 507. Grégoire de 
Tours raconte (2) comment, au temps du roi Sigebert (561- 
575), un certain Ursus, riche habitant de Ctermont-Ferrand, 
faillit être dépouillé de sa fortune par les intrigues d'un 
aventurier appelé Andarchius. Andarchius avait trouvé 
pour compère un pauvre diable nommé aussi Ursus qui 
s'était engagé à lui donner sa fille en mariage , et il pré- 
tendait contraindre le riche Ursus à exécuter cette pro- 
messe. 

D'Ursus est venu le gentilice Ursius dans les inscrip- 
tions romaines , par exemple aux environs de Mayence (3) 
et dans l'Italie méridionale (4). On peut y rattacher le nom 
d'Orsay (Seine-et-Oise) et d'Orçay (Loir-et-Cher) qui seraient 
d'anciens Ursiacus; ces noms de lieu ont le même sens 
qu'Arcis, Arcy, Arçay, etc., ceux-ci dérivés d'un gentilice 
tiré du gaulois artos « ours, » tandis qu'Orsay parait venir 
d'un gentilice dérivé du latin ursus. 

On ne doit pas hésiter à reconnaître l'identité du mot 
gallois arth « ours, » en gaulois arto-s^ avec le premier 
terme des noms d'hommes composés : 1® Arth-mael, 
2* Arth-uuiu , fréquents au neuvième siècle dans les char- 
tes de la Bretagne continentale que nous a conservées le 
Curtulaire de Redon , S"" Arthbiu , qui s'y rencontre aussi , 
mais une fois seulement. Arth-mael = * Arto-maglo-s 



(1) V«ae p&trum, ch. XVHI, K U 2; édition Arndt et Krusch, p. 733-735. 
P) Hisloria Francorum, 1, IV, c. 46; édition Arndt, p. 180-182. 

(3) Brambach, 1238. 

(4) C. /. L., X, 6238. 

25 



386 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

parait signifier « prince, roi des ours (1); » Arth-uuiu 
« digne d'être un ours; » Arth-biu « vif comme un ours. » 
On a proposé d'expliquer le premier terme de ces nom? 
composés par Tirlandais art « pierre ; » il est bien plus na 
turel de Texpliquer par le gallois. Le premier et le dernier 
de ces deux noms composés ont été usités chez les Gallois 
comme chez les Bretons. On trouve dans le Cartulairc de 
Llandaf, au douzième siècle, le nom d'homme Arthtnail = 
Arth-mael « roi des ours (2) » ; Artbeu = Arthbiu « vif 
comme un ours » est un nom d'homme inscrit au hui- 
tième ou au neuvième siècle sur une stèle funéraire du 
pays de Galles (3). M. Rhys traduit comme nous les 
substantifs arth et mail dans les noms d'homme composés 
gallois (4). 

Il y a un nom d'homme germanique dont la compa- 
raison avec Arth-mael devra, ce semble, convaincre les 
plus sceptiques , c'est Bern-rich « roi des ours », dont 
M. Fœrstemann a réuni des exemples (5). Un exemple 
français est fourni par les actes des évoques du Mans 
fabriqués au neuvième siècle ; on y voit paraître les té- 
moins Berna-ricus (6), Berne-richus (7) et Berne-ricus (8). 
Ces personnages, créés par le même faussaire, constituent, 
à côté des exemples allemands colligés par M. Fœrstemann, 
un témoignage français unique, mais ce témoignage atteste 
que le nom dont il s'agit était connu dans le diocèse du 
Mans au neuvième siècle. Un autre nom bien plus répandu 
est le nom germanique Bern-hard, littéralement « dur 
comme un ours ; » il peut se comparer aux noms bretons 

(1) M. Rhys, Lectures on Welsh Philology, 2* édit.,p. 369, rend par noble^ 
prince t hing ^ ma,el = maglos, ot on peut voir dans le même ouvrage, 
p. 358 , que arth (bear) a été employé comme nom d'homme en Galles. 

(2) Grammatica celtica, 2* édition, p. 114. 

(3) Hûbnor, Inscripliones Britanniae Christianae, n* 57. 

(4) Lectures on Welsh Philology, 2- édit., p. 358, 369. 

(5) Altdeutsches Namenbuch, t. II, col. 233. 

(6) Pardessus, Dtplomafa, t. I, p. 95. 

(7) Ibid,, t. I, p. 98. 
{8)/6td., t. I, p. 99, 127; 11,45. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTIUCE8 EN -IU8. 387 

Arlh-biu « vif comme un ours, » Arth-uuiu « digne d'être 
un ours. » 

Le nom d'homme Arth-mael a fourni le second élément 
du nom de lieu breton Ploermel (Morbihan). Ploermel 
s'appelait Plebs Arihmael au neuvième siècle, comme nous 
l'apprend une charte du temps (1). 

Plebs Arihmael signifie « paroisse d'Arthmael , » c'est-à- 
dire du « roî des ours, » comme Artiaca, sous-entendu 
y//ia, signifie « ferme d'Artius, » c'est-à-dire « ferme du 
fils d'Arlos, du fils de Tours, » Qi Ario-Briga, *Arto-dunum^ 
« château d'Artos, » c'est-à-dire d'un homme dont le nom 
était le nom gaulois de l'ours. 

Nous serions incomplet si nous ne disions qu'Artilius, 
signalé plus haut comme dérivé d'Artos, a donné un nom 
de lieu en -actis , c'est Artiliacus dans le Talou , pagus 
Tellavus (2), c'est-à-dire aux environs d'Eu (Seine-Inférieure), 
suivant un diplôme de Pépin le Bref pour l'abbaye de 
Saint-Denis en 751 (3). 

Artiliacus a pour pendant Ursiliacus en Lyonnais donné 
à l'abbaye d'Ainay vers le milieu du onzième siècle (4). 

^ De l'idée religieuse associée au mot Arlos. — Les animaux divins. 

Une des causes qui ont dû contribuer à faire adopter à 
certaines personnes dans le monde gaulois le nom d'Artos 
et les noms dérivés d'Artos, est le sentiment religieux. 
L'ours était considéré comme un animal divin. Chez les 
Celtes , on avait divinisé l'ours et l'auroch , qui étaient les 
plus redoutables animaux des forêts , et le corbeau qui , 
après la bataille, rongeait le cadavre du guerrier vaincu. 
Les Germains avaient des croyances analogues. En Scan- 



(1) A. de Courson, Cartulaire de Redon^ p. 20. 

(^) Voyez, sur ce pagu8 , dont le nom est ordinairement écrit Tellauai 
Longaon, Atlas historique de la France, p. 98. 

(3) Tardif, Monuments historiques, p. 45, col. 2. 

(4) Aug. Bernard, Cart, de Savigny, t. II, p. 568. 



388 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

dinavie , ours, biorn^ était un surnom de Thorr, dieu de la 
foudre (1) , et un corbeau perchait sur chaque épaule du 
grand dieu Odin (2). Dans les premiers siècles du royaume 
de France des parents donnant à leurs fils les noms de 
Bero « ours, » de Chramnus ou Hrabanus « corbeau, » ont 
dû avoir présentes à l'esprit ces croyances religieuses. 

En Irlande, le mot art = artos, au gén. airt = arti 
« ours, » tombé en désuétude comme nom d'animal, sur- 
vécut dans la littérature la plus ancienne comme nom de 
dieu en général; on le trouve même appliqué à Jésus- 
Christ (3). 

En Gaule , au temps de l'empire romain , nous le recon- 
naissons au féminin dans le nom And-arta = Ande-arta 
d'une déesse honorée à Die (Drôme) , comme l'établissent 
plusieurs inscriptions dédicatoires (4). And[e]-arta, dontle 
premier terme est la particule augmentative ande, dont le 
second terme est un nom d'animal divinisé, peut être com- 
paré à deux noms d'homme qui devinrent noms de lieux : 
Ande-matunnum et Ande^camultis . Tous deux ont pour pre- 
mier terme le préfixe ande et pour second terme un nom 
de divinité. Ande-^matunnum , nom de la ville de Langres 
sous l'empire romtiin , est probablement une expression 
abrégée pour Ande-matunno-dunum , forteresse d^Ande- 
maPumnus, et le second terme de ce nom d'homme n'est 
autre chose que le nom du dieu Matunus , probablement 
par u long , mentionné dans une inscription romaine de la 
Grande-Bretagne (5) , et employé au féminin comme cogno- 
men dans une inscription romaine de Séville (6). Quant à 
Andecamulus [fandus] ou Ande-oa/mulum (pour And&camulO' 



(1) Qrimm, Deutsche Mythologie, 3* édit., p. 633. Simrock, H&ndbuch der 
deutschen Mythologie, 5* édit., p. 239. 

(2) Simrock, Handbitnh der deutschen Mythologie, 5* édit., p. 174. 

(3) Glossaire de Cormac^ V Art, chez WhiUey Stokes, Three Irish glos- 
saries, p. 2. 

(4) C. /. L., XII, 1554-1560. 

(5) Ibid., VII, 995. 

(6) Ibid., II, 1209. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES QBNTILICE8 EN -IU8. 389 

dunum ou pour Andecamulum praedium) (i), tout le monde 
connait le nom de Camulus , un des dieux gaulois de la 
guerre, qui a fourni le second terme de ce composé. 

\y*artos^ nom de l'ours m&le, ou d'arkz, nom de sa 
femelle , paraissent tirés deux autres noms de divinités : 
i"" celui de la déesse Ârtio : un fragment de statue dé cette 
divinité a été découvert dans le canton de Berne (2) ; 
2"^ celui du dieu Ârtaios assimilé à Mercure : une dédicace 
Mercurio Augusto Ârtaio a été trouvée à Beaucroissant 
(Isère) (3). 

On comprend Timportance du culte de Tours dans le 
voisinage des Alpes, mais ce culte parait avoir été connu 
dans le monde celtique en des régions bien éloignées de 
ces montagnes. 

3* Nom$ d^homme composés dont le second terme est genos : Matu^ 

genos, Arti-^enoSf etc. 

De Tétude du mot art-o-s, qui est un des noms de Tours, 
nous ne pouvons guère séparer Tétude du thème maPur- qui 
est un autre nom du même animal. Maiu-s est en moyen- 
irlandais Tnath^ gén. matho (4). Les dictionnaires de Tirlan- 
dais moderne fournissent le composé math-ghamhain ou 
math'-ghamhuiny dont le second terme veut dire « veau. » 
Math-ghamhain est, à proprement parler, « le veau de Tours », 
c'est-à-dire « Tourson ». Cependant ce mot signifie « ours » 
aujourd'hui. C'est l'expression qui, dans la traduction ir- 
landaise de la Bible, correspond à Vursus de la Vulgate. 
De Math^ghamhna, gén. sing. de mathghamhain, la notation 
anglaise est aujourd'hui Mahon, c'est la seconde partie du 



(1) Uinscription 1804 d*Orelli nous fait connaître les Andec&mulenaes , 
c'est-à-dire les habitants d^Ande-camulus ou Ande-camulum. Cette in- 
cription a été trouvée à Rançon (Haute- Vienne). 

(2) Mommsen, Inscriptiones helveticae^ 215. 

(3) C. /. L.. XII, 2199. ♦ 

(4) Windisch, Irische Texte, t. I, p. 681, col. 2. 



390 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

nom de famille Mac-Mahon ; ce nom de famille , écrit en 
irlandais Mac-Mathghamhna ^ veut dire « fils de Tours. » 

Le principal témoignage qui atteste le culte de Tours 
sous le nom de maPa-s dans le monde celtique est le nom 
d'homme Matu-genos « fils de Tours. » On le lit écrit sur 
une monnaie gauloise comme on peut le voir dans le der- 
nier travail de M. A. de Barthélémy sur les légendes nu- 
mismatiques de la Gaule (1). On a trouvé en France, tant 
dans le département du Qard qu'à Narbonne, les épitaphes 
de trois Matugenus (2) ; à Bordeaux, un autel dédié à Jupi- 
ter par les soins d'un quatrième Matugenus (3). On con- 
serve au Musée Britannique quelques vases qui portent la 
marque du potier Matugenus (4). De ce nom gaulois dérive 
le gentilice Matugenius dont le féminin Matiigenia nous a été 
conservé par une inscription de Soleure en Suisse (5) et 
dont la forme masculine apparaît avec un c au lieu d'un ^ : 
Matuceni au génitif, dans une inscription trouvée à Saint- 
Benézet-de-Cheyran (Gard) (6). 

Les composés asyntactiques dont le second terme est 
-genos expriment une filiation mythologique ; ils s'opposent 
aux composés syntactiques dont le premier terme est un 
nom d'homme au génitif et dont le second terme est eno-s : 
exemple, Druti-cnos « fils de Drutus, » Dannotali-cnos « fils 
de Dannotalos , » Toutissi-cnos « fils de Toutissos , » Arti- 
cnos cité p. 382, etc. Ces derniers noms expriment la 
relation juridique de fils à père; tandis que les noms dont 
le second terme est -genos ont un sens religieux : tel est 
dans une inscription de Rome (7) Totati-gen[u]s, «fils deTo- 
tatis, » ailleurs Toutatis, dieu assimilé à Mars, le Tentâtes 
de Lucain. Totati-genus est le nom d'un soldat gaulois au 



(1) Revue celtique, t. IX, p. 33, col. 1. 

(2) C. /. t., XII, 2865, 2880, 4986. 

(3) JuUian, Inscriptions romaines de Bordeaux^ p. 25. 

(4) C. /. L., VII, 1334, 34 ; 1336, 683. 

(5) Mommsen, Inscr, helveticàe, 231. 

(6) C. /. L., XII, 3935. 

(7) Ibid., VI, 2407. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN - lUS. 391 

service de Tempire romain. Camulo-genus , chef aulerque 
d'Evreux, qui prend les armes contre César en Tan 52 
avant J.-C, est étymologiquement un fils du dieu Camu- 
los. Divo-genus , Divo-gena dans des inscriptions de Bor- 
deaux (1), variantes dialectales d'un plus régulier *Dévo- 
genos, * Dévo-gena, signifient « fils » et « fille de Dieu ». 
Le grec a des composés analogues, Aio-y<vt)ç, *Ep[jto-Y^vT)ç , 
« fils de Zeus », « fils d'Hermès ». 

Des noms gaulois dont le second terme est genos et dont 
le premier terme est un nom de divinité , on peut rappro- 
cher les noms gaulois en genos dont le premier terme est 
le nom d'un être abstrait : Rectu-genus (2) « fils du droit » 
dans deux inscriptions romaines d'Espagne (3), Boduogenus 
« fils de la volonté, du bon plaisir », peut-être « du des- 
tin, » dans une inscription romaine de Grande-Bretagne (4) ; 
Litu-genus « fils de la fête » dans un graffito romain de 
Grande-Bretagne (5). et dans des marques de potier du 
même pays (6); au féminin Litu-gena « fille de la fête » 
oogiiomen de femmes dans plusieurs inscriptions romaines 
du Xorique (7). Litugena faisait au génitif Litugenes ou, 
avec une orthographe moins exacte , Litogenes : c'était le 
nom d'une fabricante de lampes en terre dont on a trouvé 
des spécimens dans plusieurs localités de l'Italie septen- 
trionale (8). Ce nom antique a persisté en Grande-Bretagne 
après la chute de l'empire romain; on signale encore, dans 
le comté de Pembroke , l'épitaphe du fils de Lito-genus , 
gravée entre les années 500 et 700 de notre ère (9). 

Les chartes du moyen âge gallois et breton nous offrent 
des exemples de noms d'hommes formés de cette façon : 

(1) Jullian, p. 129, 27. 

(2) Rextu-genos, dans rinscription de la figurine de Caudebec. 

(3) C. /. L., II. 2402. 2907. 

(4) Ibid., VII. 1202. 

(5) Ibid., VII, 1256. 

(6)fMd., VII, 1331, 66; 1336, 563. 

(7) Ibid., III. 5066, 5099. 5269. 5430. 

(8)/6id.. V, 8114, 81. 

(9) Hûbner. Inscriptiones BHtanniae ChHsUanae. n* 98. 



392 LIVRE II. CHAPITRE III. § S. 

Anaugen = * Anavo-genos « fils de la musique et de la 
poésie » dans le Liber Landavensis , manuscrit du pays de 
Galles, et dans le Cartulaire de Redon ^ qui est breton; 
Cat-gen = * Catu-genos dans le Liber Landavensis^ veut dire 
« fils de la bataille; » Bud-ien = *Bodi-genos, dans le Car- 
tulaire de Redon , signifie « fils de la victoire. » * Bodi- 
genos exprime une idée analogue au sens de Bodiacos qui 
veut dire « celui qui appartient à la victoire, » « celui qui 
est en quelque sorte membre de la famille dont la victoire 
personnifiée est le chef : » le suffixe celtique -acus a une valeur 
analogue à celle du suffixe latin -anus^ et celui-ci, dans les 
noms d*hommes , exprime la filiation naturelle de Tenfant 
adoptif par opposition à sa filiation légale : Octavianus est 
celui qui, de par la nature, a appartenu à Octavius et auquel 
une fiction légale adonné un père nouveau. Bodiacus forme 
le second terme du nom d'un peuple de Galatie, les Teuto- 
bodi-aci (1) ; ce nom peut être rendu par : « fils ou protégés 
de la divinité qui préside aux victoires sur les peuples. » 

La paternité mythologique chez les Celtes a été attribuée 
à un minéral : Hoiarn-gen = *Esarno-genos « fils du fer », 
Dubr-ien = *Dubro-genos « fils de Teau » dans le Cartulaire 
de Redon. En regard de ce nom aquatique conservé au 
moyen âge on pourrait mettre le nom plus gai de Medu- 
genus « fils de l'hydromel, » porté par un Gaulois d'Espagne 
sous l'empire romain (2). Mais Dubr-ien = *Dubro-genos 
« fils de l'eau » s'explique par la croyance à la divinité des 
rivières. 

Cette croyance explique aussi le vers où Properce, par- 
lant du chef gaulois Virdumaros tué par le consul M. Clau- 
dius Marcellus Tan 222 av. J.-C, dit que Virdumaros 
prétendait compter le Rhin parmi ses ancêtres : 



...genus hic Rheno jactabat ab ipso (3). 



(1) Pline, livre V, { U6. 

C2) C. /. L., II, 162. 

(3) Livre V, élégie 10, v. 41. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILIGE8 EN -IU8. 393 

Cela veut dire qu'il était flls de Reno-genus. Il s'appelait 
Virdumaros *Renogeni-cnos. Le Rhin (c'est-à-dire non seu- 
lement le grand fleuve, mais tout amas d'eau, rian^ en ir- 
landais « la mer ») était dieu : on pouvait s'appeler par 
piété Renos dans le monde celtique, comme Mercurius dans 
le monde romain. Parmi les inscriptions romaines de Pa- 
doue se trouve le nom d'une femme appelée Isellia Rena (1). 

Ainsi Renos, nom de fleuve, était devenu nom d'homme. 

De Renos, nom d'homme, on a tiré, en abrégeant Ve et 
en doublant l'n, le gentilice Rennius. Les Gaulois ont porté 
ce gentilice dans diverses parties de l'empire romain. On 
le rencontre par exemple à Aquilée (2), à Adria (3), à 
Oderzo (4), dans l'Italie du Nord ; à Nonnberg, près de 
Salzburg en Autriche (5). On le trouve enfin en Gaule, à 
Narbonne (6). 

Il a donné naissance au nom de lieu * Renniacus très ré- 
pandu en France. On doit reconnaître d'anciens Renniacus 
dans les nombreux — Regney, Regny , Reignac, Reignat , 
Reigny, — Rignac. Rigneux, Rigné, Rigny — que la France 
possède. Les uns ont conservé Ve de la première syl- 
labe, les autres l'ont assimilé à la syllabe suivante. Dans la 
première catégorie sont : Regney (Vosges), Regnié (Rhône), 
Regniactis au dixième siècle (7); Regny (Aisne), appelé Re- 
gni en 1110, et Reini en 1143 (8); et six autres Regny (Cher, 
Isère, Loire), sept Reignac (Charente, Corrèze, Gironde, 
Indre-et-Loire , Lot-et-Garonne) , deux Reignat (Puy-de- 
Dôme), un Reigny (Cher), total dix-neuf. La seconde caté- 
gorie comprend trente-trois localités : Rignac (Aveyron) , 
encore appelé à l'ablatif de Regniaoo au onzième siè- 

(1) C. /. L., V, 2967. 

(2) lbid.,V, 8444. 

(3) Ibid., V, 2359. 

(4) Ibid., V, 19T7. 

(5) Ibid., III, 5554. 

(6) Ibid,, XII, 5967. — Comparez le nom d'homme Rodanus , Rhodanus, 
dans deux inscriptions de la Qanle cisalpine (C. J. L.» V, 3677, 5559), 

(7) Ragut, C&rt, de Saint-Vincent de Mâcon, p. 59. 

(S) Matton, Dictionn. topogr, du départ, de l'Aisne, p. 228. 



394 LIVRE II. CHAPITRE III. g 3. 

cle (1) , et huit autres Rignac (Cantal , Corrèze, Dordogne. 
Gers, lUe-et-Vilaine, Lot), Rigné (Maine-et-Loire) qui 
s'appelait déjà ainsi vers 1100 (2), Rigney (Doubs), deux 
Rigneu dans TAin et dix-neuf Rigny , dont il est inutile 
d'énumérer les départements , et enfin Rinhac (Lot) ; cela 
donne un total de cinquante-deux Renniacus, noms de 
lieux dérivés du gentilice Rennius, dérivé lui-même de 
Renus et ayant pour point de départ la croyance à la divi- 
nité du grand fleuve, comme *Reno-genos, fils du Rhin, 
nom du père de Virdumaros. 

Rennius, gentilice en Gaule, est le résultat d'un procède 
de formation grammaticale analogue à celui qui, en Grande- 
Bretagne , a donné naissance au cognomen Bslismius (3;. 
Belismius, surnom d'une personne dans une inscription 
romaine de Caerleon en Galles, est dérivé de Belisama qui, 
en Grande-Bretagne , est l'embouchure d'une rivière prés 
de Liverpool, tandis qu'à Saint-Bertrand de Comminges, 
Belisama est une Minerve (4). 

De *Reno-genos on peut rapprocher Eni-genus, nom du 
père d'un certain Secundus, qui près de Vence fit élever 
une stèle funéraire à ses enfants (5). Eni-genus veut dire 
fils de TEnus ou mieux de IVEnus , qui est Tlnn (6;. Du 
thème Eno- on a peut-être tiré le gentilice Enius conservé 
par une inscription des environs de Vence (7) et qu'on croit 
reconnaître dans la marque de potier où le nom du fabri- 
cant est écrit au génitif Q. Eni (8) ; cf. Eni-boudius, « vain- 



(1) G. Desjardins, C&rtulaire de ConqueSt p. 3, 4. 

(2) Port, Dictionn. de Mitine-et-Loire^ t. III, p. 257. 

(3) C. /. L., VII, 97. 

(4) OreUi, 1431. Cf. Ptolémée, 1. II, c. 3, { 2, éd. Didot, t. I, p. 85. 

(5) C. /. L., XII, 33. 

(6) Enignus, nom pérégrin dans trois inscriptions de la Pannonie supé- 
rieure (C. /. L. , III, 3784, 3793, 3871), paraît ne différer d'Eni-genus que 
par une variante orthographique. Enicenius pour Enigenius, cognomen 
conservé par une inscription d'Esté, en Italie (C. /. L., V, 2620), est dérivé 
d'Eni-genus. 

(7) C. /. L., XII, 17. 

(8) Ibid,, XII, 5686, 329. 



NOMS DE UEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 395 

queur de Tlnn », gentilice connu par deux inscriptions des 
environs de Nice (1). L'Inn est un affluent du Danube. 

La croyance à la divinité de Teau et du fer, qui a donné 
naissance à des noms comme * Dubro-genos « fils de l'eau », 
*Esarno-genos « fils du fer », a eu son effet dans Tordre 
des choses juridiques. Le fer, c'est-à-dire l'épée, était le 
juge des contestations, non seulement quand les parties 
recouraient aux armes, mais aussi quand le serment d'une 
des parties décidait du gain du procès : les Irlandais 
juraient sur leur épée et croyaient que l'épée se levait 
elle-même pour frapper le parjure (2). L'épreuve de l'eau 
bouillante était usitée dans le droit irlandais comme dans 
celui des Germains; des deux côtés on l'appelait l'épreuve 
du chaudron , caire en irlandais (3) , (leneum dans la loi 
salique (4); mais ce n'était pas le chaudron, c'était l'eau 
qui, en brûlant le coupable, faisait triompher la justice. 
Le Rhin, en qualité de Dieu, était le juge des femmes 
mariées dont les maris suspectaient la fidélité ; il englou- 
tissait, disait-on, l'enfant adultérin qui., couché sur un 
bouclier, était exposé aux hasards des flots par un mari 
soupçonneux; l'enfant légitime surnageait. 

Un poète grec anonyme a chanté cette épreuve juridi- 
que : il peint les inquiétudes de la mère qui, après les dou- 
leurs de l'enfantement, ressent des angoisses nouvelles et 
attend toute tremblante le jugement des flots agités. Si l'on 
prenait cet auteur à la lettre , tous les enfants des Celtes 
auraient été soumis à cette redoutable épreuve (5) ; il est 
évident qu'il ne faut pas l'entendre ainsi. En règle géné- 
rale , chez les Celtes comme chez les Germains, on ne re- 
courait aux ordalies, au jugement de Dieu, que lorsqu'il y 
avait contestation et que les autres preuves faisaient dé- 

(1) C. /. L., y, 7865, 7866. 

(2) Revue celtique, t. IX, p. 144. 

(3) Ancient Uws of Ireland, t. I, p. 194, 1. 23; 198, 1. 19. 

(4) Ad inium ambulat, Loi salique, XIV, 2, cod. 2, édition Hes^çls, col. 83. 
(^) ... xal oO icàpoc elal ToxS)ec 



396 LIVRE II. CHAPITRE III. | 3. 

faut : il faudrait connaître bien mal le cœur humain pour 
admettre qu'un mari croyant être père aurait exposé son 
enfant au danger de périr dans les flots (1). 

Il serait intéressant de savoir à quelle date Tépigramme 
grecque dont nous parlons remonte. Nous l'ignorons; eUe 
est probablement la source où a puisé l'empereur Julien 
quand il parle de cet usage dans son second discours à 
l'empereur Constance et surtout dans une lettre au philo- 
sophe Maxime. 

Voici comment Julien s'exprime dans son discours : 

« On dit que chez les Celtes un fleuve est- le juge in- 
» corruptible de la légitimité des enfants ; jamais les pleurs 
» des mères n'obtiennent de lui qu'il voile et cache leur 
» faute; les pères attendent sans crainte la sentence qu'il 
» prononce sur les femmes et sur les enfants; c'est un juge 
» véridique et qui ne ment pas (2). » Julien ne dit pas ici 
le nom du fleuve dont il s'agit , il est plus explicite dans 
sa lettre au philosophe Maxime : « On ne peut, » écri- 
vait-il, « accuser le Rhin d'injustice envers les Celtes, car 
» il engloutit dans ses flots tourbillonnants les bâtards et 
» punit ainsi la profanation du lit conjugal; mais quand il 
» reconnaît qu'un enfant est légitime, il le tient élevé au- 
» dessus des eaux et le ramène entre les mains de la mère 
» tremblante ; en le lui rendant plein de vie il est en quel- 
» que sorte le témoin incorruptible de la vertu et de l'hou- 
» neur de l'épouse (3). » 

Des ijoms de rivières divinisées , on peut rapprocher le 
mot gaulois nemeton qui signifiait « temple », ou, plus 
exactement, « espace de terrain consacré à un ou plusieurs 
dieux. » On disait Reno-genos « fils du Rhin, » on disait 
aussi Nemeto-genos , « fils du temple. » 



(1) AnthologitL, livre IX, ép. 125; éd. Didot, t. U, p. 24. 

(2) Oratio II, éd. Toubner-Hortlein, p. 104-105. 

(3) Edit. Teubner-HcrUein, p. 495 ; Tidéo de la mare tremblante» Tpcftouoii, 
est évidemment empruntée par Julien à l'épigramme dont l'auteur a écrit 
Tpotiiouaou 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES QENTILIGE8 EN -lUH. 397 

Il y eut à Bordeaux , sous Tempîre romain , une esclave 
de la cité, ancilla publica^ qui s'appelait Nemeto-gena 
« fille du temple (i). » On a trouvé dans la même ville 
Tépitaphe d'une autre femme qui portait le môme nom, 
mais avec une légère modification dans Torthographe , le 
second terme est écrit avec un c au lieu d'un g : Nemeto- 
cena(2). Cette particularité orthographique se remarque avec 
une autre, qui est le doublement de Tn, dans le nom le 
plus ancien d'Arras, Nemeto-cenna pour Nemeto-gena^ formule 
abrégée probablement pour Neineto-geno-bona (3). Le dou- 
blement de Tn de gêna se rencontre ailleurs, par exemple 
dans Nitio-genna, surnom d'une femme qui fit à la Victoire 
une dédicace conservée au musée de Lausanne (4). G&na 
a été altéré en cenna , non seulement dans Nemeto-cenna , 
mais aussi dans Sumelo-cenna , nom d'une station romaine 
inscrite dans la carte de Peutinger. Sumelo-cenna paraît 
avoir occupé remplacement de la ville moderne de Rotten- 
burg et donna son nom au territoire appelé dans une ins- 
cription romaine salttÀS sumelo-cennensis (5). Samelocenna 
doit probablement son nom à un personnage appelé Su- 
melo-genus ; mais le premier terme de ce nom , probable- 
ment nom de divinité, reste obscur, tandis qu'on peut 
expliquer Nemeto-gena. qui signifie, ce semble, « fille du 
temple personnifié et divinisé. » 

Quelquefois le père que l'imagination celtique donne à 
un homme est un végétal : Guidgen = *Vidu-genos « fil% 
de l'arbre , Guern-gen = * Verno-genos « fils de l'aune , » 
dans le Liber LandaA)ensis ; Der-gen = * Dervo-genos « fils 

(1) JuUian, Inscriptions romaines de Bordeaux^ t. I, p. 194. 
(î) /6W.. p. 366. 

(3) Nemetocenna = Nemeto-gena , est le nom d'Arras chez Hirtius, De 
beilo gallico, 1. VIII, c. 46, § 23; c. 52, § 2. La variante Nemetacus^ dans le 
milliaire de Tongres,la Table de Peutinger et 17linéraire d'Antonin, pourrait 
bien n'être qu'une traduction de Nemetocenna, et signifier fils de Nemetos. 
Nemetacus serait, comme Nemetocenna ^ un nom d'homme employé avec 
sens de nom de lieu. 

(4) C. J. L., XII, 162. 

(5) Brambach, 1633; cf. Sumeli, C. /. L., XII, 1351. 



1 



398 LlVRE II. CHAPITRE III. g 3. 

du chêne » dans le Cartulaire de Redon. Der-gen, notation 
du neuvième siècle, est devenu plus tard Der-ien qu'on 
trouve au treizième siècle dans une charte de Beauport. 
Aujourd'hui on écrit Derrien , c'est la dernière partie du 
nom de La Roche-Derrien (Côtes-du-Nord). Ce nom de lieu 
veut dire « La Roche du fils du chêne. » 

Enfin le père mythique peut être un animal divinisé. 
Un prêtre du nom de Con-gen = * Cuno-genos « fils du 
chien » est témoin dans une charte du neuvième siècle 1 
en Bretagne. A la même catégorie appartiennent chez le> 
Celtes contemporains de Tempire romain : 

1** *Uro-genos « fils de Tauroch » (ûrus), nécessaire pour 
expliquer le gentilice Uro-genius dans une épitaphe trouvée 
à Lyon (2) et le nom c^ vétéran Uro-geno-nertus « celui 
qui a la force du fils de Tauroch, » dont l'épitaphe a été 
découverte à Lyon comme la précédente (3) ; 

2** Branno-genos « fils du corbeau, » nom d'homme bar- 
bare nécessaire pour expliquer le terme géographique Bran- 
no-genium qui désigne dans V Itinéraire d'Antonin une station 
romaine de Grande-Bretagne. Branno-genium^ sous-entendu 
praedium , est le neutre d'un gentilice romain Branno- 
genius , dérivé de Branno-genos ; 

3** Matu-genos « fils de Tours , » synonyme antique , — 
mais avec sens mythologique — du moderne Mac-Mahou 
(p. 289-390), qui désigne une filiation réelle et veut dire fils 
d'un homme appelé Mahon ou l'ours ; 

4* Un autre synonyme antique de Mac Mahon est un 
mot dont nous n'avons rien dit encore, *Arto-genos, ou, 
avec une légère variante, Arti-genos qui explique le nom, 
Arti-geni, d'un endroit où l'abbaye de Saint-Victor de Mar- 
seille avait une colonica au commencement du neuvième 
siècle (4). Artigeni, sous-entendu fundi, est un domaine formé 



(1) A. de Gourson, Cartulaire de Redon, p. 25. 

(2) Boissieu, p. 193. 

(3) Ibid,, p. 330. 

(4) Guérard, C&rt. de $9int'Victor de Marseille, t. II, p. 641. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 399 

par la réunion de plusieurs fonds de terre dont le plus an- 
cien propriétaire connu s'appelait Arto-genos ou Arti-genos 
« Gis de Tours, » de Tours divinisé. Il ne faut pas confon- 
dre ce nom avec Arti-cnos , qui veut dire fils d'un homme 
appelé Artos ou Tours (p. 382). 

4° Les noms propres d'hommes identiques à ceux d'animaux divi- 
nisés : UrO'S, Branno-s, Matus et leurs dérivés. 

Le nom d'homme Arto-s « ours » était adopté sous Tin- 
fluence d'une idée religieuse analogue à celle qui a fait créer 
le nom d'Artigenos. Les noms d'homme Uros « auroch, » 
Brannos « corbeau, » parallèles à Uro-genos et à Branno- 
genos s'expliquent de même par un sentiment religieux. 

On a trouvé à Bordeaux Tépitaphe de Julia Uri fllia (1); 
Uro-maguSy « champ d'Uros, » est le nom probable d'une 
station romaine de Suisse (2). 

D'UrO'S on a tiré un gentilice Urius\ je n'en connais pas 
d'exemple dans les inscriptions; mais son existence est 
prouvée par le nom de lieu dérivé Uriaeus dans une charte 
de Louis VI en 1113 (3), c'est aujourd'hui Ury (Seine- 
et-Marne). L'w du latin se prononce u en français parce 
qu'il était long : telle est la quantité d'urus : 

Silvestres uri assidue capraeque sequaces 
lUudunt (4). 

Quaesitas ad sacra boves Junonis, et uris 
Imparibus ductos alta ad donaria currus (5). 

C'est le nom d'homme Brânos par a long et simple n , 
variante de branno-s « corbeau , » par a bref et n double , 
qui explique le terme géographique Brano-dunum, nom 



(1) Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, p. 351. 

(2) C. /. L., XII, p. 21. 

(3) Lastoyrio, Carf. de Paris, p. 188. 

(4) Virgile, Géorgiques, II, 373-374. 

(5) Virgile, i6id., III, 532-533. 



400 LIVRE II. CHAPITRE III. g 3. 

d'une localité de Grande-Bretagne, où dans les derniers 
temps de l'empire romain les cavaliers dalmates tenaient 
garnison (1). La villa Brandono^ d'une charte de l'an 1,000 
ou environ (2) , est un ancien Brano^dunum ou Branno- 
dunum; c'est aujourd'hui Brandon (Saône-et-Loire). Braine 
(Aisne) appelé Braina par Flodoard au dixième siècle 
dans son histoire de l'église de Reims, est une an- 
cienne villa Brana ainsi nommée à cause d'un ancien pro- 
priétaire Brfinos. On retrouve le double n chez César (3;, 
dans le surnom des -rfuterct Branno-vices où Branno- est un 
nom d'homme , comme Eburo- dans le surnom des Aulerci 
Eburo-vices chez le même écrivain. On doit reconnaître 
Brannos dans le nom d'homme Bran « corbeau » fréquent 
au neuvième siècle dans le Cartulaire de Redon, De Bran- 
nos ou de Brânos est venu un gentilice *Brannius ou 
*Brânius, d'où le dérivé Braniacus qui, dans un pouillé 
du onzième siècle, désigne Bragny-en-Charolais (Saône-el- 
Loire) (4). 

De matU'S « ours » employé comme nom d'homme, nous 
n'avons pas trouvé d'exemple, mais de ce mot viennent les 
cognomina dérivés primaires : 1** Matuus et Matua à Bor- 
deaux (5) ; 2* Matucus en Grande-Bretagne (6) d'où Matuco 
et Matuccius. Matuco est un cognomen qu'on trouve en 
Norique (7). Matuco, au génitif Matuconis , a donné nais- 
sance au gentilice Matuconius dans une inscription de 
Castellane (Alpes-Maritimes) (8). Matucius, autre dérivé de 
Matucus, est un gentilice qu'une inscription de Nice nous 
a conservé (9). Ces noms complètent ce que peut nous 



(1) Notitia occidentis, c. 25, | 4; édit. Bœcking, t. II, p. 81. 

(2) Ragut,'CaW. de Saint'Vincent de M&corif p. 225. 

(3) De bello gallico, 1. VII, c. 75, i 7. 

(4) Aug. Bernard, Car(. de S&vigny^ t. Il, p. 1052, 1109. 

(5) JuUian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. I, p. 287-288. 

(6) C. /. L., VII, 1336, 682. 

(7) Ibid,, III. 5624. 

(8) ibtd., XII, 66. 

(9) /M4., V, 7923, p. 925. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -IU8. 401 

apprendre du culte de Tours chez les Gaulois Tétude du 
thème arto- et ses dérivés. 

^ ObiecUon tirée de la phonétique : ar notation d*r voyeUê. 

On ne s'est pas arrêté dans cet article à une difficulté 
phonétique : le nom indo-européen de Tours est *rft-^-5 
avec r voyelle initiale dont la résonnance produit en grec 
un a, en latin un u (ou un o) antécédent : (ïpxToç, ursus. 
Ordinairement cette voyelle r produit en celtique r con- 
sonne avec un e ou un i subséquent : on devrait donc, ce 
semble, avoir ici rectos, ou ricto-s] or ici Vr voyelle pro- 
duit r consonne avec une voyelle antécédente a identique 
à celle du grec. 

Mais ce phénomène n'est pas isolé en celtique. Compa- 
rez au latin mortuosj d*une racine réduite mr avec la 
voyelle brève r, Tirlandais marb , le breton marv « mort. » 
Dans rctos « ours » comme dans mrtvos « mort » IV voyelle 
est suivi de plusieurs consonnes, il est devenu ar au lieu 
de re ou ri; la voyelle produite par la résonnance de IV 
dans ces mots celtiques est la même que la voyelle pro- 
duite par la résonnance d'n voyelle suivi d'une consonne, 
par exemple iaouank « jeune, » en breton = yovnkos. 

Atteia. Ateia dans une charte de Tannée 907 , concer- 
nant Tabbaye de Saint-Martin de Tours, désigne Athée (In- 
dre-et-Loire) (1). Ateia ^ dans une charte du douzième siè- 
cle (2); est aujourd'hui Athée (Mayenne). On trouve aussi 
ce nom au pluriel : Ateias dans des chartes, en 877 et 
en 880 ; ces deux mentions s'appliquent à deux localités 
différentes, Tune du département de TYonne, Tautre de la 
Côte-d'Or; la première concerne Athée, commune de Ton- 
nerre (3), la seconde est Athée près d'Auxonne (4). Aties ^ 

(1) Habille, La pancarte noire, p. 218; cf. p. 183. 

(2) Léon Maitre, Dict, topogr. du départ, de la Afaj/enne, p. 6. ' 

(3) Qnantin, Dictionnaire topogr&phique du département de l'Yonne, p. 5. 

(4) (Hmier, Nomenclature, p. 13, n* 46. 

26 



402 LIVRE II. CHAPITRE III. | 3. 

1131, aujourd'hui Athies (Aisne) (1), semble n'être qu'une 
autre notation d'Ateias. Aieias lui-môme doit s'être prononcé 
primitivement comme Ateia avec un t double, Audm^ 
Atuia, autrement cette dentale ne subsisterait pas aujour- 
d'hui. Ateia est donc la forme féminine d'un gentilice 
Atteins. 

Comme exemple de l'orthographe par double t nous cite 
rons deux épitaphes trouvées à Rome , l'une est celle <le 
C. Atteins Antiochus, l'autre, celle d'Atteia Fortunate % 
Mais l'orthographe ordinaire est Ateius par un seul t. De 
la gens Ateia, le membre le plus connu est le jurisconsulte 
C. Ateius Capito, consul suffectus l'an 5 après Jésus-Christ, 
et mort en 22 ; il laissa un ouvrage de droit intitulé Conjecr 
tanea qui contenait au moins neuf livres. 

Barbâria. Par une charte dont la date se place en 971 
ou en 972 , il fut fait donation à l'abbaye de Cluny d'une 
vigne in Barbâria (3). 

Le gentilice Barbarius, dont Barbâria est le féminin, est 
rare, mais s'est rencontré en Italie et en France. Une 
inscription ti'Avella, en Campanie , nous fait connaître les 
noms de Barbarius Pompeianus v[ir] c[larissimus] cons[ula- 
risl Kampaniae (4). On a trouvé à Valence, en France, l'épi- 
taphe que M. Barbarius Perpetuus fit graver pour sa 
femme (5). 

l^' Itinéraire dCAntonin mentionne un nom de lieu dérivé 
de ce gentilice , c'est Barbariana : ainsi s'appellent deux 
stations romaines d'Espagne. A l'aide du même suffixe a 
été formé le nom Barbarianus, noté Barbairanum en 1185, 
d'une ferme appelée aujourd'hui Barbayrac (Hérault) (6). 



(1) Matton, Dict, topogr, du départ, de l'Aisne^ p. 10. 

(2) C. l. L., VI, 12573, 12577. 

(3) Bruel, Recueil des chartes de Vabbaye de Cluny^ t. II, p. 386. 

(4) C. /. L., X, 1199. % 

(5) Ibid., XII, 1756. 

(6) E. Thomas, Dict, topogr. du départ, de VHéraulty p. 13. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 403 

Le sufiBxe -act« est ordinairement préféré en France. 
Une terra de Barbariaco est mentionnée, au neuvième 
siècle, dans une charte de Tabbaye de Saint- Vincent de 
Mâcon (1). En 992, il fut fait don, à Tabbaye de Cluny, 
d un champ et d'une vigne in villa Barberiacense ; cette 
ville était située au pays de Chalon-sur-Saône, in pago 
Cabilonense , dans le territoire de Ballore (Saône-et-Loire) , 
in fine Baloronense (2). Suivant la chronique de Saint-Beni- 
gne de Dijon , qui date du milieu du onzième siècle , le 
roi Gontran, Tan 23 de son règne, soit en 587, aurait donné 
à cette abbaye des biens situés dans plusieurs localités 
voisines de Dijon, notamment in Barbiriaco (3), il s'agit 
de Barbirey (Côte-d'Or) (4). Vers Tannée 1100, l'église de 
Barberey (Savoie) est appelée ecclesia de Barbariaco dans 
une nomenclature des bénéfices qui dépendaient de l'évô- 
ché de Grenoble (5). Barberey (Aube) est nommé Barbaria- 
cum dans deux documents du douzième siècle , Barberi 
dans un autre du môme siècle (6). 

Catussia. C'est ainsi que doit être restituée l'ortho- 
graphe antique du nom d'un village du département de 
l'Aube qui s'écrit aujourd'hui Chaource et qu'on trouve 
écrit : Cad/ascia = Cadussia dans la copie d'une charte de 
l'année 896 , Cadusia avec une s simple pour une s dou- 
ble dans la copie d'une charte de l'année 878, Cadmsia 
en 1117 (7). Dans Chaource, -i^ce = -ssia offre la môme 
dissimilation que Marseille de Massilia. 

Catussia est la forme féminine d'un gentilice Catussius 



(1) Ragnt, Cartulaire de Saint-Vincent de Maçons p. 243. 

(2) Bruei, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny^ t. III, p. 147. 

(3) Migne, Patrologia latina^ t. CLXII, col. 768; édit. Bougaud et Garnier, 
p. 29. 

(4) Gamier, Nomenclature, p. 57, n* 246. 

(5) Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 187. 

(6) Boutiot et Socard, Dict, lopogr, du département de VAube, p. 12. 

(7) Boutiot et Socard , Dictionn. topogr, du départ, de l'Aube , p. 36. 
Cf. H. d'A. de J., Voyage paléogr, dans le dép, de l'Aubej p, 67, 70. 



404 LIVRE II. CHAPITRE! III. | 3. 

dont une variante par s simple est conservée par une ins- 
cription de Pola, en Istrie (1). Catussius est dérivé du nom 
d'homme gaulois Catussa que des citoyens romains , d'ori- 
gine gauloise, gardèrent intact en en faisant un cognomen, 
tandis que d'autres en tirèrent un gentilice. Nous avons 
encore deux exemples du cognomen Catussa. Ils ont été re- 
cueillis, l'un en France, à Lyon, Tautre dans l'empire 
d'Autriche, à Seckau en Styrie. A Lyon, Pompeius Ca- 
tussa, originaire de Besançon, cives sequanus, exerçait le 
métier de tector^ c'est-à-dire couvrait les murs d'enduits en 
stuc , quand il perdit sa femme à laquelle il fit élever un 
monument funèbre (2). A Seckau, on a trouvé l'épitaphe de 
Vibius Catussa (3). Le même nom^ écrit Cadussa, suivant la 
prononciation du neuvième siècle , dans un diplôme du 
roi Charles le Chauve en 867, y désigne un village du dé- 
partement de l'Aisne , aujourd'hui écrit Chaource (4). 

Catussa est dérivé du gaulois catu-s c< bataille. » Catns 
est inscrit en grandes capitales sur un des boucliere gau- 
lois de l'arc de triomphe d'Orange ; c'est là probablement 
un nom d'homme. On retrouve ce substantif dans des 
composés où il est premier terme, tels sont : Caturslogi^ 
« troupes de ^bataille » nom d'un peuple de la Gaule 
Belgique écrit Cato-slugi chez Pline (5), Catu-riges, « rois 
de la bataille, » nom de peuple de la Gaule du sud-est qui 
persiste dans celui de Chorges (Hautes-Alpes) ; c'était sous 
l'empire romain une dépendance de la cité d'Embrun; 
Catu-[v]ellauni ce les bons dans la bataille » ancienne forme 
du nom de peuple qui est devenu Catalauni au moyen 
âge, comme l'a établi M. Longnon; c'est aujourd'hui Chà- 
lons-sur-Marne , et la conquête belge , vers l'an 200 avant 
notre ère, a porté en Grande Bretagne le nom des Ca^ 



(Ij C. /. L. 8uppU italicA, fasc. 1, n* 1096. 

(2) Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 429. OreUi, n* 4803. 

(3) C. /. L., m, 5392. 

(4) Tardif, Monuments historiques, p. 129, col. 1. 

(5) Histoire naturelle^ 1. IV, ( 106. 



NOMS DE tilEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 405 

vellc^uni. On peut citer aussi Catu-volcus, nom d'un roi des 
Eburons chez César (1). Enfin le nom de Caen, Cadum^ 
Cadomus au onzième siècle (2), parait être la forme mo- 
derne d*un antique Catu-magus. 

Du thème catu- sont venus plusieurs dérivés ; l'un est le 
cognomen Catuso. Il existe à Genève une dédicace à Apol- 
lon par M. Aufustius Catuso (3). Le suflBxe est noté par ^ 
simple dans ce monument comme dans Tinscription de Pola 
déjà citée qui est Tépitaphe de Q. Catusius Severianus , 
marchand d*oiigine gauloise, civigallo^ negotianti^ a écrit le 
lapicide. De Catusius est venu Catusiacus^ qui est dans 
V Itinéraire d'Antcmin le nom d'une station située sur la 
route de Bavay à Reims (4). 

Catusius, comme Catussius, est un dérivé secondaire de 
ca*t«-, il suppose un dérivé antérieur contenant un suiBBlxe 
sigmatique auquel on a ultérieurement ajouté le sufl&xe 
-îo-, caractéristique de la plupart des gentilices romains. En 
ajoutant immédiatement le suffise -to- au thème catur- , on 
en a tiré le gentilice Catu-ius ; nous n'avons pas rencon- 
tré d'exemple de ce gentilice dans les inscriptions ni dans 
les auteurs du temps de l'empire romain, mais il est néces- 
saire pour expliquer le nom de lieu CaPuiaca d'une station 
située sur la route de Milan à Arles dans VltirUraire d'Àn- 
ionin ; l'emplacement de Catuiaca serait dans les Basses- 
Alpes suivant M. Longnon (5).* Catuius, perdu comme nom 
d'homme, se reconnaît comme nom de lieu au cas indirect 
Cadugio , dans le testament de Vigile , évêque d'Auxerre 
à la fin du septième siècle ; c'est aujourd'hui Chéu 
(Yonne) (6). 



(1) De bello g&llico, V, 24, 26 ; VI, 31. 

(2) Hippeau, Dict. topogr. du dépa,rt. du Calvados, p. 50. 

(3) C. /. L., XII, 2585. - 

(4) Itinéraire d'Antonin, p. 381, 1. 3. 

(5) Atlas historique de la France, p. 26; cf. Itinéraire d'Antonin, p. 343, 
1.2. 

(6) Pardessus, Diplomate, U, J53. ûuantin, Dict, top, de l'Yonne, p. 35. 



406 LIVRE II. CHAPITRE lU. { 3. 

Cepia ou Cipia. Une localité appelée villa Cipia en 848 . 
Cepia en 1035, Cechia^ 1052-1082, est aujourd'hui Seiches 
(Maine-et-Loire) , comme Ta reconnu M . Port (1) . Ce nom de lie « i 
est la forme féminine d'un gentilice romain qui a été si- 
gnalé dans plusieurs inscriptions. On le trouve écrit ave» 
un « à la première syllabe dans les formes masculines Ce- 
pius et Ceppius en Campanie (2) ; et dans la forme féminine 
Cepia en Afrique (3). On le voit avec un i dans la pre- 
mière syllabe : Cipius au masculin à Rome (4), à Ostie (5 , 
en Grande-Bretagne (6) ; Cipia au féminin , à Padoue (7, . 
et à Vérone (8), etc. 

Il y a une variante par ae : Caepius, Caepia, en Campa- 
nie (9); Caepius à Ostie (10). Antérieurement à ce gentilice, 
le cognomen Caepio a existé dans la gens Servilia. Cn. Ser- 
vilius Caepio fut consul en 203 avant J.-C. Un autre per- 
sonnage qui porte exactement les mômes noms* apparaît 
dans les fastes consulaires, en 141 et en 140 avant J.-C. 
Caepio, Caepius, Cepius, Cipius paraissent dériver de 
caepa^ cepa^ « ognon, » qui a donné, avec un autre suffixe, 
le nom de lieu dérivé Cepetum. 

Cepetum est un endroit où Ton cultive les oignons. Ce 
nom de lieu est devenu , dans le midi , Cepet ; c'est une 
commune du départemeni de la Haute-Garonne ; elle est 
appelée Ceped au onzième siècle (11). Dans le Nord, le d 
final est toujours tombé, et Ve qui précède est devenu oi 
dans trois exemples certains : Cepoy (Loiret), Spoy (Aube). 
Spoy (Côte-d'Or). Le dernier est appelé Cypetum dans un 



(I) DicL de Maine-et-Loire, t. III, p. 516. 
p) C. /. L., X, 479 (Ceppius), 2251 (Cepius). 

(3) Ibid,, VIII, 1510. 

(4) Ibid., VI, 14832, 14833. 

(5) Ibid,, XIV, 250, 251, 252. 

(6) Ibid., VII, 1293. 

(7) Jbid., V, 2928. 

(8) Ibid., V, 3399. 

(9) Ibid., X, 2191. 

(10) Ibid,, X, 256, 1. 149. 

(II) G. Desjardins, Cartulaire de Conques, p. 62, 63. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUB. 407 

diplôme royal de Tannée 664 en faveur de Tabbaye de 
Bèze (1). Quant à Spoy (Aube), il avait encore deux syllabes 
et s'écrivait par c initial, Cepoi^ au treizième siècle (2). Mais 
\e de etum est resté dans le nom de Spay (Sarthe), qui 
semble être le Cipid/us d'un diplôme mérovingien fabriqué 
au neuvième siècle (3). 

De Cepius on a tiré deux dérivés : l'un est* Cepianus^ d'où 
Sepian, commune de Valeyrac (Gironde) ; l'autre est ^Cepia- 
eus , qui a donné probablement Séchy, commune de Viry 
(Saône-et-Loire) , et Séchy, commune de Thonon (Haute- 
Savoie). 

Cronia. En 739, Abbon donne à l'abbaye de Novalèse 
Cronia in pago Tolonense (4). 

Cronia est la forme féminine du gentilice Cronius. On 
conserve , dans la bibliothèque de Lucera , ville de l'Italie 
méridionale, l'épitaphe de M. Cronius (5). Cronius, mieux 
Chronius , est un nom grec, XpiSvioç, dérivé du nom divin 
Xpdvo^. La bonne orthographe par ch est respectée dans 
l'épitaphe d'une femme appelée Chronia ; cette épitaphe est 
conservée au palais épiscopal de Porto, près de Rome (6). 

De Cronios on a pu tirer * Croniacus, d'où Crogny, com- 
mune des Loges-Margueron (Aube). 

Decia. Vers l'année 1015, Humbert, évoque de Grenoble, 
céda à Manassès , comte d'Albon (Drôme) , des biens de 
l'église cathédrale de Grenoble dans plusieurs localités du 
pays de Genève, notamment in Desia (7). Desia est une 
orthographe du moyen âge pour Decia. 

Decia est le féminin du gentilice Decius, un dès plus 

(1) Pertz, DiplomatSL, p. 40, 1. 21. 

(2) Boutiot et Socard, Dict. topogr. du dép, de l'Aube, p. 157. 

(3) Pertz, Diplomatay p. 122, 1. 36. 

W C^rtulaire de Saint-Hugues de Grenoblef p. 41. 

(5) C. /. L., IX, 848. 

(6) Ibid., XIV, 801. 

(7) Cartulaire de Saint-Hugues de Grenobley p. 173. 



408 LIVRE IL CHAPITRE III. ( 3. 

illustres de Rome (1). Trois membres de la gens Decia por- 
tant les mêmes noms, P. Decius Mus, furent consuls à Rome 
de Tan 340 à Tan 279 avant J.-C. Suivant la tradition romaine, 
ils auraient tous trois successivement assuré aux Romains 
la victoire en allant chercher la mort au milieu des batail- 
lons ennemis après avoir rempli les formalités de la devo- 
tio ; cela ne parait vrai que pour les deux derniers. 

Le gentilice Decius pénétra en Gaule. Un des monu- 
ments les plus intéressants qui rétablissent est une inscrip- 
tion trouvée près de Genève. Elle est datée du consulat de 
C. Marcius Censorinus, c'est-à-dire de Tan 8 avant J.-C. 
On y lit les noms de P. Decius Esunertus, fils de Trouce- 
teius Vepus. Elle nous apprend, en outre, que ce person- 
nage appartenait à la tribu Voltinia (3). P. Decius Esuner- 
tus avait obtenu la dignité de citoyen romain que n*avait 
pas eue son père. Son nom gaulois était Esu-nerto-s « celui 
qui a la force du dieu Esu-s, » 

Son père s'appelait Vepus , et lui-môme était fils de 
Trouces, au génitif * Troucetos, ou, avec la désinence latine, 
Troucetis, comme on l'apprend par une inscription de 
Saint- Alban (Isère) (4). C'est de Vepus qu a été tiré le gen- 
tilice Vipius conservé par une inscription de Genève (5) , 
et d'où le dérivé * Vipiacus = Vichy (Allier). Trouces, Trou- 
cetos était dérivé d'un thème trouco- qui a donné le dérivé 
Troucillus, nom pérégrin dans une inscription de Nimes (6). 
Trouco- est devenu ensuite trôco- par o long = ou, comme 
la phonétique l'enseigne, et de troco on a tiré le gentilice 
* Trôcius ou Troccius ; la seconde notation est celle de deui 
inscriptions, Tune à Nimes (7), l'autre à Tresques -(Gard) (8). 



(1) De- Vit, Onomaisiicon, t. II, .p. 575, 579. 

(2) Mommsen, Roemische GeschichtBy 6* édition, 1. 1, p. 355 note. 

(3) C. /. L., XII, 2623. 

(4) Ibid., XII, 2356. 

(5) J6id., XII, 2590. 

(6) Ibid,, XII, 3944. 

(7) Ibid., XII, 3961. 

(8) Ibid,, XII, 2758. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILIGES EN -lUB. 409 

De ce . gentilice est venu le nom de lieu Trociacus. En 844, 
dans un diplôme de Charles le Chauve , c'.est une localité 
du pc^gus Belvacensis (1) ; on suppose qu'il s'agit de Trocy 
(Seine-et-Marne). En 885 , dans un di[dôme de Charles le 
Gros pour la cathédrale de Toul (2); en 894, dans un 
diplôme d'Arnoul, roi de Germanie, pour la même église (3), 
le môme nom désigne Troussey (Meuse). 

Ainsi , les noms du père et du grand-père de P. Decius 
Esunertus ont donné chacun un dérivé en -acus qui se 
retrouve dans la géographie moderne de la France. Decius 
a eu la même fortune. Ou doit reconnaître un ancien De- 
ciaciAS dans la villa Disiacus que mentionne, en 662, la 
charte de fondation de l'abbaye d'Hautvilliers (4) ; c'est au- 
jourd'hui Dizy (Marne). Ce nom, écrit Disciacus en 713 dans 
une charte datée de Sarrebourg (Alsace-Lorraine), désigne 
une localité située dans le pagiis auquel la Sarre, qui passe 
à Sarrebourg, donnait son- nom. En 907, Disiacus^ d'où 
Charles le Simple date un diplôme (5), parait être Dizy-le- 
Gros (Aisne), qu'on retrouve sous le môme nom en 1060. 
dans une charte d'Henri P' (6). Le nom de Dicy (Yonne) 
parait avoir la même origine ; il aurait conservé sourde la 
gutturale assibilée qui est devenue sonore dans|Dizy (Aisne), 
et dans Dizy (Yontie). 

r 

Gracilia. m. Port (7) a cité des chartes des années 1100 et 
1105 où apparaît, sous le nom de Grésilla, Gresilia^ Grisilia, 
le village appelé aujourd'hui Grésille, commune d'Am- 
billon (Maine-el-Loire). Ces notations modernes représen- 
tent un antique Gracilia, 

Le gentilice Gracilius se rencontre au masculin dans une 



(1) Dom Bouquet, VIII, 454 c. 

(2) Ibid., IX, 343 a. 

(3) ma., IX, 368 c. Cf. Liénard, DicU top. de la Meuse, p. 238. 

(4) Pardessus, Diplomata, t. II, p. 129. 

(5) Dom Bouquet, IX, 505 d. 

(6) Lasteyrie, CartuUire de Paris, p. 123. 

(7) Dictionnaire de Maine-et-Loire, t. II, p. 301. 



410 LIVRE II. CHAPITRE III. | 3. 

inscription du Norique (1); au féminin, dans une inscrip- 
tion de Campanie (2). 

On en a tiré un dérivé en -ociw: Grésillé (Maine-et-Loire), 
Gresillac (Gironde) semblent être d'anciens * Graciliacus. 

HisPANiA. Dans, le cartulaire de Molesme (Côte-d*Or), 
c'est le nom porté, en 1097, par Epagne (Aube) (3). 11 y a 
en France une autre commune d'Epagne dans le déparle- 
ment de la Somme. 

On n'a pas encore, je crois, rencontré d'exemple du gen- 
tilice Hispanius ; ce qu'on a trouvé , c'est le gentilice 8pa- 
nius, dans une inscription italienne (4) et dans une ins- 
cription d'Afrique (5) ; Spanius = Hispanius avec aphérèse 
de la voyelle initiale. Tiré du cognomen Hispanus, Spanius 
a été dépouillé de sa syllabe initiale sous l'influence peut- 
être du grec ot^vcoç « rare. » 

[Hijspanius a dojiné un dérivé * Hispaniacus que Ton re- 
connaît dans les noms d'Epagny (Aisne, Côte-d'Or, Haule- 
Savoie); d'Epiniac (lUe-et-Vilaine) ; d'Espagnac (Corréze). 

LiviA. En 892, il y avait dans le pays de Vienne, en 
Dauphiné , in pago \iennmse , une villa Livia (6). On doit 
reconnaître le même nom dans une chafte de Tannée 885, 
où , par erreur , on a , dans le Cartulaire de Saint-Hugues 
de Grenoble, imprimé Luvam pour Liviam (7). 

Tout le monde connaît le nom de la gens Livia , qui a 
donné à Rome plusieurs consuls, la femme de l'empereur 
Auguste et le plus célèbre des historiens romains. 

Les inscriptions attestent que le gentilice Livius pénétra 



(1) C, I. L., III, 5482. 

(2) Jbid., X, 3413. 

(3) Boutiot et Socard , Dictionnaire topographique du d^artement de 
l'Aube, p. 61. 

(4) C. /. L., X. 4349. 

(5) Ibid., VIII, 2978. 

(6) Cartulaire de Saint-Hugueê de Grenoble, p. 73. 
(7)idid., p. 11. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -IU8. 411 

en Gaule (1), mais il parait y avoir laissé peu de traces daus 
la géographie. Peut-être Ligeay (Loire) , Légé (Loire-Infé- 
rieure), sont-ils chacun un ancien fundus Liviacus? 

Mabcia. Une charte de Tannée 892 (2) parle d'une villa 
quae nominatur Marcia et qui aurait été située dans le pays 
de Vienne (Isère) , in pago Vianense. C'est le même nom 
qui est devenu, dans le département de Meurthe-et-Moselle, 
Maixe, prononcé encore en patois Mâche, en donnant au 
ch la valeur du ch allemand. Marciacus est très fréquent 
dans les textes français du moyen âge ; nous l'avons étudié 
p. 270-275, il est dérivé ordinairement du gentilice Marcius, 
peut-être quelquefois du gentilice Martius. 

Papia. Deux chartes du onzième siècle , conservées par 
le Cartulaire de Saint- Victor de Marseille , parlent d'un cas- 
iruim appelé Papia : in territorio de Castro quod nominatur 
Papia j 1056 (3) ; caspf^m de Papia juxta Marinanam, 1095 (4). 
11 est aussi question de Papia sans mention de castrum, 
dans le même cartulaire, en 1079 (5). Le château de Papia 
était situé près de Marignane (Bouches-du-Rhône), comme 
nous l'apprenons par la charte de 1095 précitée. 

Papius est un gentilice romain d'origine samnite qui 
doit à diverses circonstances une certaine notoriété. A deux 
reprises , dans le Samnium , un Papius fut chef de guerre 
contre Rome : Papius Brutulus en 326 avant J.-C. , Gains 
Papius Mutilus en 91. En l'an 9 de J.-C, le consul M. 
Papius Mutilus et son collègue , Q. Poppaeus Secundus , 
donnèrent leur nom à la loi Papia Poppaea, célèbre par 
ses dispositions contre le célibat. 11 y avait des Papius à 
Rome antérieurement à cette date ; en l'an 65 avant J.-C, 



(1) C. /. L., XII, 217, 1604, 1927, 2805, 4951, 4952. 

(2) Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, p. 54. 

(3) Quérard, Cartulaire de Saint-Victor de MarseilUt tome I, p. 237. 

(4) Ibid., tome II, p. 209. 

(5) Ibid., tome II, p. 219. 



412 UVBE II. CHAPITRE III. | 3. 

le tribun du peuple C. Papius fit voter la loi Papia qui ex- 
pulsait de Rome les pérégrius. Ce nom pénétra en Gaule ; 
on conserve encore à Grenoble l'épitaphe du décurion G. 
Papius Secundus (1). 

Papia, en français, donnerait Pache. C'est le nom d'un 
maire de Paris ; ce nom d'homme tire peut-être son ori- 
gine d'un nom de lieu. En Italie, Papia est devenu Pavia^ 
nom qui s'est substitué , dès le commencement du moyen 
&ge , à celui de la ville de Ticinum ; c'est probablement le 
nom d'un faubourg, construit sur l'emplacement d'une an- 
cienne villa Papiay et qui a fini par supplanter la ville an- 
cienne de Ticinum. 

Un phénomène analogue s'est produit en France : 1^ quand 
le nom antique de Cénabum a été remplacé par celui des 
fundi Aureliani, qui se prononce aujourd'hui Orléans; 
2*" quand, au vieux nom de Divodurum, capitale des Medioma- 
irici^ l'usage a substitué celui des fundi MetH, au datif plu- 
riel Mettis, comme on écrivait en latin à la fin de l'empire 
et au début du moyen âge ; Metti est le- nominatif pluriel 
du gentilice Mettius ; Mettis en est le datif-ablatif pluriel. 

En France , Pachan (Lot-et-Garonne) est probablement 
un ancien fandus * Papianus^ et Paché (Indre-et-Loire), un 
ancien fundus * Papiacus. 

ScoTiA. Une charte du milieu du dixième siècle, donnée 
en faveur de l'abbaye de Cluny , met dans le Maçonnais 
une villa Scotia (2). 

C'est la forme féminine du nom du potier Scotius dont 
on trouve la marque en France, au musée de Vienne 
(Isère) (3) ; en Suisse, au musée de Genève (4) ; dans l'empire 
d'Autriche, à Bregenz (5). On a lu au musée de Tarragone 

(1) c. /. L., Xll, 2246. Sur la gens Papia, voyez Paulj, Real-Eneyciop^t- 
die, t. V, p. 1139-lUl 

(2) Bniel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, p. 539. 

(3) C. /. L., XII, 5686, 795. 

(4) Ibid. 

(5) Ibid., III, 6010, 199. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lUS. 413 

(Espagne) la marque de potier, ScoH m[anu], qui nous offre 
probablement le génitif singulier de Scotius (1). Scotius 
est un nom patronymique dérivé du nom pérégrin Scottus, 
dont la marque Scottus fe{cit) a été relevée au musée de 
Vienne (Isère) (2). Au même musée, le môme nom Scottus 
est inscrit sur un contre-poids de craie (3). Enfin , le nom 
pérégrin de femme Scotta est conservé par une inscription 
trouvée près de Saint-Gilles (Gard) (4). Scottus veut dire 
« irlandais. » On s'est appelé Scottus ou Scôtus sous l'em- 
pire romain, comme de nos jours, Lallemand, Langlois. 

Scotius de Scôtus a donné un dérivé en -aciLSy Scotiacus 
d'où la villa Scociacus située au comté de Mâcon , suivant 
une charte de l'abbaye de Cluny, 938-939 (5). Le môme nom 
est écrit à l'ablatif villa EscuHaco dans une autre charte 
du même siècle, 965-966 (6). 

Le procédé grammatical auquel nous devons le nom de 
lieu Scotia ne doit pas être confondu avec celui qui nous a 
donné les noms de villages français Allemagne, Marmagne, 
Sermaise ou Sermoise, plus anciennement Alamarmia^ 
Marcomannia , Sarmatia. Scotia offre matériellement une 
grande ressemblance avec ces trois noms. Scotia, comme 
Alamannia^ Marconumnia^ Sarmatia, est dérivé d'un nom 
de peuple à l'aide du suflBxe -ia ; mais Scotia, féminin d'un 
gentilice romain, était tout formé antérieurement à la date 
où il a acquis une valeur topographique ; tandis que Ala- 
mannia, Marcomannia, Sarmatia doivent leur sens topogra- 
phique au phénomène morphologique par lequel le suflfee 
-ia est venu s'ajouter aux noms de peuples, Alamannus, 
Marcomannus , Sarmata. Scotia veut dire villa de Scotius , 
Al^mam/nia, Marcomannia ^ Sarmasia, ou mieux Sarmatia ^ 



<1) C. J. L., II, 4970, 458. 

(2) Ibid., XII, 5686, 797. 

(3) Ibid., XII, 5688, 8. 

(4) Ibid., XII, 4127. 

(5) Bmel, Recueil des chartes de Vabbaye de Cluny, U I, p. 478. 

(6) Ibid., t U, p. 276. 



414 LIVRE II. CSAPmŒl UI. } S. 

signifient villa d'Alamannus, de Marcomannus, de Sarmata. 
Ce sont des formations identiques à Gallia de Gallus, à 
Graecia de Graecus, à Germania de Germanus. Gallia, 
Graecia, Germania sont des substantifs et n'ont pas de 
masculin ; Alamanniay Marcomannia Sarmatia donnent 
lieu à la même observation. Scotia {villa) est un adjectif : 
ce mot a un masculin qui est Scotius. 

Sermaise (Maine-et-Loire) s'appelait, au onzième siècle, 
Sarmasias ; lisez Sarmatias sous-entendu villas (1). C'est 
ainsi que doivent s'expliquer les noms de Sermaise (Loiret, 
Marne, Oise, Seine-et-Oise). Sermoise (Nièvre) est désigné, 
en 903 , par les mots Sarmasia villa et villa Sarmasias (2) ; 
corrigez Sarmatia, Sarmatias. La môme observation s'ap- 
plique à Sermoise (Aisne), Sarmasia en 1223 (3), et à Ser- 
moise (Yonne). 

Sarmatia a donné un diminutif * Sarmatiolae , en 1199 
SarmisoliaSy aujourd'hui Sermizelles (Yonne) (4). 

M. Fustel de Coulange, dans un livre éloquent et 
curieux (5), a deux chapitres fort intéressants sur les 
(( Germains établis dans Tempire comme laboureurs et 
comme soldats. » Il aurait pu dire, non pas <c Germains, » 
mais en général barbares, puisque dans le nombre nous 
trouvons des Sarmates (6). 

Marmagne (Côte-d*Or) portait, en 723, le nom de Marco- 
mannia (7). Marmagne (Cher), Marmagne (Saône-et-Loire;, 
ont probablement la même origine. Tout le monde sait que 
les Marcomans sont un peuple germain. 



(1) Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire, t. III, p. 521. 

(2) Soultrait, Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, 
1877, p. 174. 

(3) Matton, Dict. topogr. du département de l'Aisne, p. 260. 

(4) Quantin, Dict. topographique du déparlement de l'Yonne, p. 123. 

(5) Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, 2* édition, 
p. 377 et suiv. 

(6) Sur les Sarmates de Gaule, voyez Tétude que le D' Lagnean a donnée, 
sous le titre de France (anthropologie), dans le Dict tonna tre encyclopédique 
des sciences mcdicales^ 4* série, t. V, p. 1. 

(7) Garnier, Nomenclature, p. 163, n* 648, 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lus. 415 

Allemagne (Calvados) est une ancienne Alamannia^ dont 
on trouve le nom écrit au onzième siècle, Alemannia (1). 

Ces noms conservent le souvenir des mesures par les- 
quelles les empereurs romains du troisième et du quatrième 
siècle ont eu recours aux barbares pour combler les vides 
de la population agricole et des armées. Mais Scotia (villa) 
n'a pas la même origine. ScoHa {villa) doit son nom à une 
famille irlandaise qui avait acquis droit de cité dans Tem- 
pire; elle avait tiré son gentilice du terme ethnique Scottus 
ou Scôtus qui désignait son ancienne patrie. 

SoLiA, dans le pagus Rigomagensis , c'est-à-dire, comme 
nous l'apprend M. Longnon , dans la vallée de Colmars 
(Basses-Alpes), est mentionné par un acte de Tannée 739 (2). 
C'est le féminin du gentilice Soiius dont la forme mas- 
culine a été employée comme nom de lieu , ainsi qu'on Ta 
vu plus haut, p, 370. 

SoLiGiA est le nom d'un vicus mentionné dans une in- 
scription conservée à Basoilles (Vosges). On y lit les deux 
mots vico Soliciae. C'est aujourd'hui Soulosse (Vosges), 
comme Ta établi M. Longnon (3). Cette localité a donné 
son nom au pagus Solocensis du moyen âge. Solocensis vient 
de * Solocia^ tiré de Solicia par assimilation de la seconde 
syllabe à la première. 

Solicia est la forme féminine du gentilice Solicius dont la 
forme féminine nous est conservée en Italie par une in- 
scription de Suse (4). Ce gentilice pénétra en Gaule. On 
conserve à Embrun Tépitaphe de Solicia Vera (5). Les noms 
1* de L. Solicius Aurelianus , 2'' de Q. Solicius Maximus 



(1) Hippeau, Dictionnaire topographique du département du Calvados f 
p. 3. 

(2) Pardessus, Dtptomafa, II, 373. 

(3) Revue archéologique d*août 1877; nouvelle série, t. XXV, p. 127-132 

(4) C. /. L., V, 7316. 

(5) Ibid., XII, 91. 



416 LIVRE II. CHAPITRE HI. { 3. 

et de Q. Solicius Euhodus, nous ont été transmis par des 
inscriptions de Fréjus (Var) (1) et du Beausset (Var) (2). 

TiLiA. Une charte de Tannée 1151 (3) mentionne prata 
Thiliae; ce sont les prés de Theil (Yonne). Le Teil, commune 
de Hambers (Mayenne), a aussi porté le môme nom, écrit 
Tilia dans un document du treizième siècle (4). Le Theil, 
commune de Saint-Gervais (Puy-de-Dôme), est deux fois 
appelé Tylia dans un acte du treizième siècle (5). 

Tilia est le féminin de Tilius dont il a été question plus 
haut, p. 373. 

ViNDiciA. Une charte de l'année 946 (6) met dans le 
comté de Brioude (Haute-Loire) la villa quae dicitur Ymir 
decia. 

Yendecia est une notation en bas latin du latin classique 
Vindicia, forme féminine d'un gentilice dérivé de Vindei. 
On trouve ce gentilice dans deux inscriptions d'Afrique (7;. 
De Vindicius dérive Vindiciacus , nom de lieu écrit au cas 
indirect Vindiciaco dans la légende d'une monnaie méro- 
vingienne ; on en a parlé plus haut, p. 337 (8). 

ViNiciA. Une charte du douzième siècle place en Au- 
vergne, dans la vicaria Bonorochensis^ une villa quae vocatw 
Vinecia, Vinecia = Vinicia (9). * 

Vinicius est un gentilice romain très répandu. Il y eut 
plusieurs consuls de ce nom; nous citerons : L. Vinicius, 
l'an 33; M. Vinicius, l'an 19; L. Vinicius l'an 5, avant 

(1) C. /. L., XII, 264. 

(2) ma., XII, 323. 

(3) Quantin, C&rtulàire de VYonne^ t. I, p. 484. 

(4) Léon Maître, Dictionnaire topogr&phique du département de U 
UayennÊf p. 308. 

(5) Gbassaizig, Spicilegium Briv&ten8ey p. 65, 69. 

(6) Doniol, Cartulaire de Brioude, p. 289. 

(7) C. /. L., VIII, 112, 323. 

(8) Vojr. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 517. 

(9) Doniol, Cartulaire de Brioude^ p. 173. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICES EN -lUS. 417 

J.-C. M. Viaicius, au sortir de son consulat, fut gou- 
verneur de la Gaule septentrionale jusque vers Tan 15 
avant notre ère (1). Le gentilice Vinicius se rencontre sou- 
vent dans les inscriptions de la Gaule (2) : il a donné le 
dérivé Vinicicicfis^ d'où Venizy (Yonne), Venissieux (Rhône), 
Vinezas (Ardèche), Vennecy (Loiret). 

VisELLiA doit être l'orthographe latine classique du nom 
de lieu écrit Visilia en 996 dans une charte de Tabbaye de 
Cluny (3), vers 1100 et en 1109 dans des chartes de la 
cathédrale de Grenoble (4), aujourd'hui Visille (Isère). 

C'est la forme féminine du gentilice Visellius, connu 
principalement par la loi Visellia, qui est antérieure à 
l'an 71 avant J.-C. Ce gentilice se trouve dans plusieurs 
volumes du C. L L, Il fut porté par deux consuls, C. Vi- 
sellius Varro en Tan 12, et L. Visellius Varro en Tan 24 
de notre ère; le second avait été légat en Germanie en 
Tannée 21 (5). Les noms de Visellius Sabinus nous ont été 
conservés par une inscription d'Aix-la-Chapelle (6). 

Magontia, Mogontiacus. Le premier de ces deux mots est 
la forme hypocoristique, le second est la forme romaine offi- 
cielle du nom de Mayence ; le second nous ofiFre l'ortho- 
graphe des inscriptions et de la plupart des auteurs con- 
temporains de l'empire romain. Une variante Magontiacus 
avec un a et non un o dans la première syllabe — parce qu'a- 
lors cette syllabe était atone — apparaît chez Tacite. Le plus 



(1) E. Desjardins, Géographie... de la Gaule romaine , t. III, p. 184. Sur 
le gentilice Vinicius, voyez Pauly, Real-Encyclopaedie, t. VI, p. 2626-2629. 
ffl C. /. L., XII, 43, 1075, 1515. 1528, 2735, 4020, 4021, etc. 

(3) Bruel, Recueil, t. III, p. 430. 

(4) Cartulaire de Saint-Huguea de Grenoble, p. 110, 132. 

(5) Tacite, Annales, III, 41. 

(6) Brambach, 57U. Sur le gentilice Visellius, voyez Pauly, Real-Encyclo- 
paedic, t. VI, p. 2C79-2680. Cf. villam ... Visiliaco, 1188, aujourd'hui Visiago, 
en Italie, dans la province de Reggio, Tiraboschi, Memorie Sloriche Mode- 
nesi, t. III, Preuves, p. 107. 

27 



418 LIVRE II. CHAPITRE HI. { 3. 

court Magontia^ d'où la prononciation moderne « Mayence r 
en France , Mainz en Allemagne , ne se montre dans les 
textes qu'après la chute de Tempire romain (1). 

Mogontiacus est dérivé d*un gentilice romain, * Mogontius, 
dont nous n'avons pas d'exemple. * Mogontius était à son 
tour dérivé du nom divin écrit au datif Mogonti dans deux 
inscriptions de la Grande-Bretagne (2). De mogont-, thème 
du nom de ce dieu , on avait dérivé un nom d'homme bar- 
bare, *Mogontinus, d'où le gentilice Mogontinius dans une 
inscription des bords du Rhin (3). 

Des noms d'hommes gaulois dérivent de noms divins .tel 
est Beliniccus, de Belenus ou Belinus, dans une inscription 
de Bordeaux (4); il y a eu un potier du nom de Beliniccus, 
on trouve en Grande-Bretagne et en Gaule les produite de 
son industrie (5). On avait créé à côté de ce nom barbare 
un gentilice Belinius ; on peut le conclure avec cer- 
titude du nom de lieu Beliniacus dans des diplômes de 
Louis le Bègue en 878 (6) , de Boson, roi de Bourgogne, 
en 879 (7); et dans le testament d'Hervé, évêque d'Autun 
en 919 (8) ; c'est aujourd'hui Bligny-sur-Ouche (Côte- 
d'Or) (9). Il y a, dans le même département, deux autres 
Bligny : Bligny-sous-Beaune , appelé Beliniacum dans une 
charte de l'année 1160 (10), et Bligny-le-Sec , appelé M- 
gniacum en 1199 (11). Il faut éviter de confondre ces Bli- 
gny avec ceux qui sont d'anciens Blaniacus. 

Belinius venait, comme Beliniccus, du nom de dieu gau- 



(1) E. Desjardins , Géographie de la. Gaule d'après la carte de Peutinger, 
p. 58-59. 

(2) C. /. L., VII, 958, 996. 

(3) Brambach, n* 1988. 

(4) JuUian, Inscriptions romaines de Bordeaux^ t. I, p. 503. 

(5) C. /. L., VII, 133.i, 138, 140, 141 ; XII, 5686, 124. 

(6) Gall. CkrisL, IV, instr,, col. 61 a. Dom Bouquet, IX, 415 c. 

(7) Dom Bouquet, IX, 670 c. 

(8) Ibid., IX, 717 e. 

(9) Garnier, Nomenclature^ p. 76, n* 317. 

(10) Garnier, ibid., p. 67, n* 281. 

(11) Garnier, ibid., p. 48, n* 212. 




NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES QENTILICE8 EN -lUS 419 

lois Belenus ou Belinus, principalement honoré à Âquilée, 
mais eonnu aussi en Gaule, comme rattcstent plusieurs 
documents. Nous avons parlé p. 356, de Camulius qui 
vient de Camulus ; on peut citer aussi Esuvius, d'Esus (1). 
Le thème mogont-^ employé comme nom divin, d*oti, le 
nom d'homme ^Mogontius, parait être le participe présent 
d'un thème verbal mogo-y « grandir ; » son féminin devait 
être en celtique mogonti, avec un i final que les Romains 
ont remplacé par --ia. Le nom de la de a Mo€M)N7ia , sur 
un monument de Metz que M. Prost a publié (2), n'est pas 
autre chose que la notation romaine du féminin du nom 
divin écrit au datif Mogonti en Grande-Bretagne. C'est, 
quant à la désinence, le pendant de Brigantia, déesse cel- 
tique de Grande-Bretagne au temps des Romains (3). Bri- 
gantia est une notation romaine de * Briganti , mot celti- 
que qui explique le nom de la déesse irlandaise Brigit, 
confondu plus tard avec la sainte de même Aom : i long 
était, en celtique comme en sanscrit, la désinence du nomi- 
natif singulier féminin du participe présent (4). 

A côté du participe présent mogonP-, le verbe dont le 
thème est au présent mogo- a eu un participe passé primitif 
mocto-s , en vieil irlandais mocht , « grand » (5) ; de mockt 
dérive le participe passé vieil irlandais mochtae « grandi, » 
et par extension, « loué beaucoup, » d'où a été tiré le 
verbe dénominatif moidim « je loue. » Le participe passé 
mochtae est la notation au moyen âge d'un antique *moctios^ 
et chose remarquable, ce mot, écrit par les Romains Moc- 



(1) C. /. L., VIII, 2564 c, 88; cf. De-Vit, OnomsLSlicon, t. II, p. 764-765; et 
J. de Witte, Recherches sur les empereurs qui ont régné en Gaule au 
troisième siècle de 1ère chrétienne, p. 157 et 181, pi. xxxiz, n* 154; pi. xlv, 
n*4. 

(2) Mémoires de la société des antiquaires de France^ t. XLI, p. 7. 

(3) C. I. L., VII, 200, 203, 875, 1062. 

(4) R. Thurneysen, dans le tomo XXVIII, p. 145 de la Revue de Kuhn. 
Briganti est le nominatif singulier du participe présent féminin d'un thème 
verbal dérivé en â, mogont- est le thème du participe présent d'un verbe 
primitif en -o-. 

(5) Qlossaire d'O'Clery, dans la Revue celtique, t. V, p. 24. 



420 LIVRE II. CHAPITRE III. { 3. 

tius , a existé comme nom d'homme dans la Gaule Cisal- 
pine : une inscription romaine des environs de Saluces 
Tatteste (1). De la même racine on avait tiré un thème dé- 
rivé moget- « celui qui grandit : » comparez le thème ch^get- 
(c guerrier, » littéralement « celui qui marche » du thème 
verbal cingo- « marcher. » Du thème moja^ dérive le gentilice 
Mogetius qu'on trouve quelquefois dans les inscriptions ^2). 
De Mogetius vient le nom de la station romaine appelée 
Mogetiana dans la Pannonie supérieure , nom écrit par er- 
reur, dans un passage de V Itinéraire d'Antonin^ Mogenlianis 
avec un n de trop entre Ve et le t (3). 

Il y a entre Mogetiana et Mogontiacus une sorte de 
parallélisme ; tous deux ont à peu près la même valeur et 
dérivent de la même racine au moyen de suflBxes différents. 
mais dont le sens est analogue. 

On aurait tort du supposer une parenté quelconque entre 
le nom de Mayenceet celui de la rivière du Main. Le nom 
du Main apparaît pour la première fois dans Thistoire en 
Tannée 214 avant J.-C. avec le nom du roi gaulois Moeni- 
captus, tué en Espagne dans une bataille contre les Ro- 
mains (4) ; Mœni-captus veut dire « captif , esclave du 
Main, » du Main considéré comme dieu. C'est aussi la 
croyance au caractère divin des fleuves qui a donné nais- 
sance au gentilice Mœnius dont on a deux exemples ^5 . 
On s'appelait Mœnius, u fils du Main, » comme Rennius, 
« fils du Rhin, » comme Eni-genus, « fils de Tlnn. » 

Il n'y a pas plus trace de g dans Mœni-captus, nom de roi, 
chez Tite-Live, que plus tard dans Mœnis ou Mœnus, nom 
de rivière, chez Mêla, Pline et Tacite (6). Il n*y a donc 
aucun rapport étymologique entre le nom de la rivière et 



(1) c. /. L., V, 7639. 

(2) Ibid,, III, 4452, 4568, 5635; V, 782, 6350, 6576. 

(3) llinérAire d'Anlonin, p. 233, 1. 4 : Mogeti&na ; p. 263, 1. 5 : MogerUisnis. 

(4) Tite-Live, XXIV, 42. 

(5) C. /. L., III, 2436, et V, 2995. 

(6) Mêla, 1. III, § 30, édition Teubner-Frick , p. 62, I. 15, écrit Mœnis; 
Pline, 1. IX, § 45 ; Tacite, Germani&, 28, ont, paraît-il, préféré Moernis. 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lUB. 421 

celui de la ville de Mogontiacus près de laquelle la rivière 
se jette dans le Rhin. 

MogonOa^ Maguntia^ nom de Mayence, Mainz, au moyen 
âge, n'est autre chose que la forme féminine du gentilice 
dont Mogontiacus est dérivé ; c'est Texpression familière et 
plus courte par laquelle le peuple rendait l'idée que les 
lettrés exprimaient par le mot savant MogonticLcus (sous- 
entendu fundus), 

S 4. — Des gentilices employés adjectivement avec sens 
géographique au datif-ablatif pluriel en -is = -iis. 

Des fundi contigus pouvaient porter le même nom , soit 
qu'ils eussent appartenu au même propriétaire soit que le 
hasard leur eut donné des propriétaires qui avaient le 
même gentilice. On a des exemples certains de ce phéno- 
mène pour des fundi dont le nom est dérivé de gentilices 
au moyen du suffixe -anus. A la première page de la 
table alimentaire de Veleia, on lit : « Fundos sive saltus 
Xarianos Catusanianos... qui sunt in Veleiate pago Junonio, 
adfinibus C. Coelio Vero et Dellio Proculo... Fundos Teren- 
tianos et Malapacios qui sunt in Veleiate pago Statiello, 
adfinibus republica Lucensium et Licinio Ruparcellio et 
populo (1). » L'itinéraire d'Antonin nous donne plusieurs 
exemples de noms de lieux qui sont d'anciens noms de 
fundi au pluriel : Albianis, Alphen, d'Albius (2); Aquilianis 
d'Aquilius (3); Bassianis de Bassius (4) ; Clodianis de Clo- 
dius (5); Quintianis de Quintius (6) ; Varianis de Varius (7); 
comparez à ces deux derniers Quintiano (8) et Variana (9). 

(1) L. 28-30, 54-56. C. 7. L., t. XI, p. 208, 209. 

(2) Page 369, 1. 1. 

(3) Page 43, 1. 5. 

(4) Page 131, l. 5. 
(5j Page 329, 1. 7. 

(6) Page 249, 1. 6. 

(7) Pages 260, 1. 3; 265, 1. 6. 

(8) Page 499, 1. 3. 

(9) Page 220, 1. 3. 



422 UVRE II. CHAPITRE III. g 4. 

Des noms de fvmdi en -Ktnus au pluriel se rencontrent en- 
core dans les documents du moyen âge; ainsi, en 814, 
dans le Polyptyque de Saint-Victor de Marseille : in Siveria- 
nis = Severianis (1). 

Des noms de lieux ainsi formés, le plus connu en France 
est celui de la ville d'Orléans. On sait qu'Orléans, donl le 
plus ancien nom est Cenabum^ a pris le nom à^Aurtliani 
vers la fin de l'empire romain , comme nous le montre la 
Notitia provinciarum et civitatum Galliae, où Orléans est 
appelé civitas Aurelianofum (2). Chez Grégoire de Tours, 
Orléans s'appelle, au cas indirect, Àurilianus (3), c'est-à-dire 
Aurelianos , accusatif pluriel , et Aurilianis (4) , c'est-à-dire 
Aurelianis, datif-ablatif pluriel ; et les habitants s'appellent 
Aurilianenses (5). La conclusion à en tirer, c'est que, vers la 
fin de l'empire, l'antique Cenabum, se développant, couvrit 
plusieurs fundi Aureliani et en prit le nom. Ce nom doit 
être rapproché du passage de la table alimentaire de Veleia, 
où C. Vibius se reconnaît débiteur de sommes hypothéquées 
sur les fundos Aurelianos Yettianos et sur les fundos Betu- 
iianos Aurelianos (6). D'Anville propose l'hypothèse que 
Cenabum aurait pris le nom de l'empereur Aurélien (7); 
mais cette hypothèse se concilie difficilement avec l'emploi 
du masculin pluriel. Les villes qui prennent le nom d'un 
empereur le mettent au féminin singulier : Augusta Sues- 
sionum^ Soissons; Flavia Constantia, Coutances. Pour faire 
intervenir un empereur dans l'étymologie du nom d'Or- 
léans il n'y a pas plus de raisons que dans l'étymologie du 
nom d*Albiniani^ Alphen, ou des fundi Aureliani de Veleia. 

A côté des noms de lieu dont le cas indirect se termine 



(1) Guérard, Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, t. II, p. GSi 

(2) Desjardins, Géographie historique et administrative de la GauU ro- 
maine, t. m, p. 505. Longnon, Atlas historique de la France^ p. 14, 111. 

(3) Edition Arndt, p. 57, 1. 19. 

(4) Edition Arndt, p. 68. 1. 18; p. 83, 1. 5; p. 160, 1. Il; p. 324, 1. 12. 

(5) Edition Arndt, p. 287, 1. 17 ; p. 292, 1. 17-18 ; p. 302. 1. 22. 

(6) P. 4, 1. 93, 97, 98. C. /. L., t. XI, p. 214. 

(7) D'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p. 347 (au mot Genabum), 



NOMS DE LIEU IDENTIQUES A DES GENTILICE8 EN -lUS. 423 

en -anis et qui sont dérivés de gentilices , on peut placer 
ceux qui sont identiques à des gentilices et qui se terminent 
en is j désinence populaire égale à la désinence classique 
iis. Un de ces noms a une telle importance que , pour lui , 
on peut faire une exception à l'ordre alphabétique ; c'est : 

Mettis (Metz). Ce nom supplante le nom gaulois de 
Divodwrum^ vers la fin du quatrième siècle, dans la Notitia 
dignitatum : « Legio prima Plavia Métis (1). C'est ce nom 
nouveau qu'on trouve au sixième siècle chez Fortunat : 

Hoc Mettis Aindata loco speciosa coruscans (2), 

« 

et plus tard chez Frédégaire (3). Mettis et ses variantes 
Métis ^ Mettes sont, à l'époque mérovingienne, les formes 
adoptées dans les légendes monétaires (4). 

De là l'adjectif Mettensis, et, chez Grégoire de Tours, la 
formule habituelle urbem Mettensem. Mettis est le datif ablatif 
pluriel du gentilice Mettius, qui tire son origine du prénom 
Met tus. Il y a deux Mettus dans la légende romaine. Le 
premier, Mettus Curtius, est chef des Sabins dans leur 
guerre contre les Romains au temps de Romulus (5). Le 
second est Mettus Fufetius, dictateur des Sabins quand 
TuUus Hostilius était roi de Rome ; il trahit les Romains , 
et TuUus Hostilius le fit écarteler (6). Les scribes et les 
grammairiens qui nous ont conservé le texte de Tite-Live 
au temps de l'Empire romain connaissaient le gentilice 



(1) Edition Bœcking, t. II, p. 28. 

(2) Livre III, 13 : « Ad Vilicum episcopam Mettensem, » vers 9: édition 
Léo, p. 65. 

(3) C. 39, 74, 75, édit. Monod, p. 134, 1. 21; p. 153, 1. 13, 31. Ed. Krusch, 
p. 140, 1. 9; p. 158, 1. 14, 28. 

(4) A. de Barthélémy, Bibliothèque de l'école des chartes, t. XXVI, p. 458, 
col. 2. 

(5) Tite-Live, I, 12. Denys d'Halicamasse, II, 42, 46; éd. Didot-Kiessling, 
p. 98-102. 

(6) Tite-Livo, I, 23-28. Dcnys d'Halicamasse, III, 5; éd. Didot-Kiessling, 
p. 128. Après avoir adopté la bonne orthographe Méttoc, l'éditeur lui subs- 
titue celle des éditions de Tite-Live, Mixxioç, p. 155, 158. 



424 LIVRE II. CHAPITRE IIL l 4. 

Mettius, et non le prénom Mettus ; ils ont, dans le texte de 
rhistorien romain, changé Mettus en Mettius, mais un vers 
de Virgile protestait contre cette réforme : 

Haud procal inde citae Mettum in diversa quadrigac 

Distulerant 

Enéide, VIII, 642-643. 

Le grammairien Servius a prétendu qu'en écrivant Met- 
tum au lieu de Mettium , Virgile avait mutilé un nom à 
cause du mètre (1). Il est pitoyable de trouver Virgile entre 
les mains de cet inepte commentateur. 

Mettius, dérivé de Mettus, est un gentilice peu commun 
à Rome sous la République. Cependant, Cicéron connaissait 
un certain Mettius dont il parle dans une lettre à Atticus ;2;, 
Tan 44 avant Jésus-Christ. M. Metius, que César envoya 
comme ambassadeur au roi Arioviste , Tan 58 avant notre 
ère (3) , portait le . même nom , et Metius ne diffère de 
Mettius que par une variante d'orthographe. 

Le gentilice Mettius pénétra en Gaule. On en a trouvé, 
aux environs de Mayence, deux exemples dans des inscrip- 
tions romaines, Tun avec double t (4), l'autre avec t sim- 
ple (5). Les inscriptions romaines de Lyon en offrent quatre 
exemples avec double t (6) ; celles de Nimes trois (7), celles 
d'Arles un (8). 

Avec nos habitudes classiques , il peut sembler étr